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L’interprétation


Définition :
L’interprétation vient d’un mot latin qui veut dire le médiateur, l’intermédiaire puis par extension celui qui explique ou le traducteur. Interpretatio a servi à traduire le grec hermêneia qui a donné herméneutique et qu’on rapproche parfois du Dieu grec Hermès, dieu des marchands et des voleurs et qui est aussi l’intermédiaire entre les hommes et les dieux.

L’historique du l’herméneutique : Platon considère les poètes comme des interprètes des Dieux, ils transmettent aux hommes une parole qui les dépasse. L’herméneutique est née dès qu’un homme a voulu déchiffrer des mots gravés sur la pierre, un papyrus, un texte sacré, une norme juridique. Pendant longtemps, l’herméneutique sera identifiée à l’exégèse des Ecritures. Philon le Juif est le premier à avoir affirmé que l’écriture est le symbole d’une vérité cachée, qu’il faut savoir en dévoiler le sens symbolique par-delà le sens littéral, créer un lien entre une vérité d’origine et sa trace, entre cette trace léguée par la tradition et ceux qui la recueille des années après. L’interprétation a pour but de mettre au jour un sens qui pourrait être compromis par les distances historiques et culturelles. Un interprète d’un point de vue musical crée un lien entre une partition et un public. On pourra d’ailleurs se demander si l’interprétation se contente de restaurer un sens qui, sans elle, serait perdu ou si elle peut être créatrice d’une nouvelle dimension. On retrouve cette dimension d’entre deux, de travail de médiation dans les multiples situations où l’homme est confronté à la nécessité d’interpréter de façon plus banale, alors que la démonstration est issue d’une démarche de construction rationnelle, l’interprétation est la manière la plus courante de se rapporter au réel.

La question de l’herméneutique, un recours indispensable : Ainsi, les pleurs sont-ils le signe d’un chagrin d’amour, d’une mauvaise nouvelle ? De même dès que nous échangeons par la parole, nous interprétons ce qui est signifié, c’est même nécessaire à une compréhension possible d’un sens mais non assurée. Nous n’avons en revanche pas à interpréter des signaux qui délivrent un message sans ambiguïté. L’interprétation est ainsi rejetée hors de la sphère de l’objectivité, du côté du tâtonnement subjectif.

Questionnement sur l’herméneutique : Toutes les interprétations se valent elles ? Faut-il considérer que les sciences humaines qui relèvent de l’interprétation sont moins rigoureuses que des sciences dites de la nature qui reposent sur un raisonnement mathématique démonstratif et des points de départ explicitement définis ? Les sciences de la nature ne sont-elles pas toutefois issues de l’homme et ne nous révèlent elles pas une conception de l’homme impliquée par le projet de rationalisation de la nature ? Derrière la différence entre les sciences de la nature et les sciences de l’homme ne se cache-t-il pas une parenté profonde, ne relèvent elles pas toutes deux de l’interprétation ? La démonstration n’est-elle pas une interprétation parmi d’autres de la vérité ? S’il est impossible de mettre la subjectivité hors-jeu, ne faut-il pas plutôt l’affronter comme une dimension essentielle de l’humain et l’affronter le plus rigoureusement possible. Plutôt que d’être rivales, les sciences de la nature qui cherchent à expliquer et les sciences humaines qui cherchent à comprendre ne pourraient-elles pas s’enrichir mutuellement ? Le monde que nous expliquons ne nous permet til pas de mieux nous comprendre car ce qui est premier et fondamental, c’est cette appartenance au monde qui nous réalise et nous reflète ?

L’interprétation et sens ouvert : Un comédien livre d’un texte une interprétation jugée plus ou moins judicieuse, l’amateur d’art interprète un tableau en fonction de ses connaissances et de son goût : il n’y a dans de telles situations d’interprétation possible que dans la mesure où la signification de l’œuvre ou du texte, semble ne pas être définitivement fixée et rester disponible, au moins en partie, à ceux qui ont pour tâche de la raviver et de la transmettre. Les textes et les œuvres sont des réserves de sens. Au XIXème siècle, Dilthey oppose les sciences de la nature et les sciences de l’esprit. Concernant les premières, il s’agit de rendre compte des phénomènes par des lois et concernant les secondes, les faits humains en particulier, psychiques. On peut ainsi dire qu’un phénomène n’est pas seulement soumis au déterminisme naturel ; Il fait aussi intervenir les intentions des acteurs et l’historien devra donc interpréter ces intentions contrairement à un fait physique qui est tout simplement et ne peut pas être autrement. L’histoire est une science de l’herméneutique.
– La philosophie de l'histoire l'histoire appelle la philosophie de l'histoire. Elle concerne les hommes et le sens de la vie donc la recherche historique conduit à la recherche des causes, des lois, des fins des évènements. La vraie philosophie de l'histoire renvoie à la métaphysique du devenir humain, c'est-à-dire, de l'humanité toute entière, de l'homme en tant qu'il est porteur de l'humanité et de son avenir tout entier. Le projet historique à construire du point de vue humain On a une interprétation du cours des évènements en fonction d'une vision du monde, une étude humaine dans la condition temporelle. Nous avons en outre des difficultés de compréhension relativement à ce qui se passe dans le temps. Le devenir se plie mal aux exigences de la raison. Dès qu’un fait relève de l’existence ou de l’activité humaine, on constate au contraire que pour être compris, il faut qu’interviennent activement une subjectivité et des jugements de valeur. 

L’interprétation est-elle achevable ? Dans le cadre d’une cure analytique, le psychanalyste interprète les discours, contrôle ou non, de son patient, les souvenirs, les récits de rêves, les lapsus, rien n’et à ses yeux insignifiant, et tout participe à l’élaboration du sens y compris, dit-on le retard, l’exactitude ou l’avance avec lequel les patients arrivent. Ce matériau d’où naitra du sens est-il épuisable ou doit-on considérer qu’il recèle indéfiniment des franges nouvelles de sens ? Freud lui-même considérait que le travail d’interprétation mené par l’analyste est en principe et en droit interminable : ce n’est en fait que pour des raisons pratiques ou économiques que l’on met fin à la cure et qu’on la déclare terminée. L’interprétation fait donc l’objet d’un cercle herméneutique, ce qui est insignifiant pour le patient est au contraire chargé de sens pour le psychanalyste. De même, un historien commence en fonction de ses choix idéologiques et méthodologiques, même si son honnêteté fait que généralement, il les formule publiquement, par poser le sens qu’il essaie de constituer : il va donc lire un événement à travers une grille d’interprétation qui écartera dès le départ d’autres significations possibles. Un sociologue ou un psychologue ne peut pas davantage faire abstraction des postulats qui fondent ses conceptions. Enfin, le chercheur en sciences humaines ne peut s’extraire de son monde, de sa mentalité, de ses inquiétudes et de ses interrogations : ses centres d’intérêt, les directions de ses recherches et les questions qu’il cherche à éclaircir sont déterminés par son époque, en même temps bien entendu que par le travail des chercheurs qui l’ont précédé, eux-mêmes liés à une époque et à une mentalité au moins partiellement déterminantes. Parce que de multiples interprétations d’un même fait humain sont ainsi possibles, et parce que diverses interprétations peuvent se trouver en concurrence pour rendre compte d’une même situation, on croit pouvoir accuser les sciences humaines de manquer d’objectivité ou de scientificité. Outre qu’un tel reproche témoigne d’une conception ans doute trop étroite de la vérité, il oublie que le sens produit par des conduites échappe par définition à une lecture unique, parce qu’il excède les intentions qui l’ont fait naître, et parce qu’il s’offre ainsi à des lectures d’autant plus nombreuses qu’elles seront effectuées dans des contextes indéfiniment variables.

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