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Emmanuel Carrère

Emmanuel

 

 

 

 

 

 

 

 Emmanuel

 

Séries technologiques

Objet d'étude : le biographique

Textes

  • A. Emmanuel Carrère, texte de présentation de la biographie de Jean-Claude Romand, intitulée L'Adversaire (quatrième de couverture), coll.
  • "Folio", Editions Gallimard, 2000, POL.
  • B. Deborah Ross, "Pour elle, la vie n'est vraiment qu'un long fleuve tranquille", article paru dans le journal anglais The Independant et publié par
  • Courrier international, n° 561 (2 au 22 août 2001), supplément intitulé : "Génies, fous et imposteurs, trente-six portraits de personnages hors du commun".
  • C . André Malraux [1910-1976], Antimémoires, éditions Gallimard, 1967.
  • Consulter le document

 

 

Emmanuel

 

Romancier, essayiste, scénariste et réalisateur écrivain

Né le 9 décembre 1957 à Paris

Langue d’écriture : Français, genre Roman, autofiction

Distinctions : Prix Femina, Prix Renaudot

2011, Prix Renaudot pour sa biographie romancée de l’écrivain dissident Russe, Edouard Limonov

 
   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel

 

Emmanuel Carrère, l'Adversaire

Entre la séparation décrétée par Florence et cette rentrée de septembre, juste avant les vacances d'été, prend place un épisode avant-coureur. Ils étaient dans une boîte de nuit, la bande habituelle moins Florence, déjà partie pour Annecy. À un moment, Jean-Claude a dit qu'il sortait chercher des cigarettes dans sa voiture. Il n'est revenu que plusieurs heures après, sans que personne apparemment se soit inquiété de cette absence prolongée. Sa chemise était déchirée, maculée de sang, et lui hagard. Il a raconté à Luc et aux autres que des inconnus l'avaient agressé. Sous la menace d'un pistolet, ils l'avaient obligé à monter dans le coffre de sa voiture et à leur donner les clés. La voiture avait démarré. Elle roulait très vite et lui, dans le coffre, était trimballé, meurtri par les cahots, terrifié. Il avait l'impression qu'on allait très loin et que ces types qu'il n'avait jamais vus, qui le prenaient peut-être pour un autre, allaient le tuer. Aussi brutalement et arbitrairement qu'ils l'y avaient jeté, ils avaient fini par le sortir du coffre, le rouer de coups et l'abandonner au bord de la route de Bourg-en-Bresse, à 50 kilomètres de Lyon. Ils lui avaient laissé sa voiture, au volant de laquelle il était rentré tant bien que mal.

« Mais enfin, qu'est-ce qu'ils te voulaient ? » demandaient les amis, stupéfaits. Il secouait la tête : « justement, je n'en sais rien. Je n'y comprends rien. Je me pose exactement les mêmes questions que vous. » Il fallait prévenir la police, porter plainte. Il a dit qu'il le ferait mais les mains courantes des commissariats lyonnais n'en gardent pas trace. Pendant quelques jours, on lui a demandé s'il y avait du nouveau, puis les vacances sont arrivées, chacun est parti de son côté, on n'en a plus reparlé. Dix-huit ans plus tard, cherchant dans le passé de son ami quelque chose qui pourrait expliquer la tragédie, Luc s'est rappelé cette histoire. Il en a parlé au juge d'instruction, qui la connaissait déjà. Dans un de ses premiers entretiens avec les psychiatres, le prévenu l'avait évoquée tout à fait spontanément, comme un exemple de sa mythomanie : de même qu'il s'était inventé, adolescent, une amoureuse prénommée Claude, il avait inventé cette agression pour qu'on s'intéresse à lui. « Mais après, je ne savais plus si c'était vrai ou faux. Je n'ai bien sûr pas le souvenir de l'agression réelle, je sais qu'elle n'a pas eu lieu, mais je n'ai pas non plus celui de la simulation, d'avoir déchiré ma chemise ou de m'être moi-même griffé. Si je réfléchis, je me dis que je l'ai forcément fait mais je ne me le rappelle pas. Et j'ai fini par croire que j'ai vraiment été agressé. »

Le plus étrange, dans cet aveu, c'est que rien ne l'y obligeait. L'histoire, dix-huit ans après, était parfaitement invérifiable. Elle l'était déjà quand, de retour à la boîte, il l'avait racontée à ses amis. Par ailleurs, elle ne tenait pas debout et c'est pourquoi, paradoxalement, personne n'a songé à la mettre en doute. Un menteur s'efforce en général d'être plausible : ce qu'il racontait, ne l'étant pas, devait être vrai.

Quand j'étais en seconde, au lycée, beaucoup d'élèves s'étaient mis à fumer. J'étais à quatorze ans le plus petit de la classe et, craignant de faire sourire en imitant les grands, j'avais mis au point un stratagème. Je prenais une cigarette dans la cartouche de Kent que ma mère avait achetée lors d'un voyage et gardait à la maison au cas où un invité aurait voulu fumer, je glissais cette cigarette dans la poche de mon caban et, le moment venu, au café où nous nous retrouvions après les cours, j'y plongeais la main. Fronçant les sourcils, j'examinais ma trouvaille avec étonnement. Je demandais, d'une voix qui me semblait péniblement stridente, qui avait mis ça dans ma poche. Personne, et pour cause, ne disait que c'était lui, et surtout personne ne prêtait grande attention à l'incident, que moi seul commentais. J'étais certain qu'il n'y avait pas de cigarette dans ma poche quand j'étais parti de chez moi : cela signifiait que quelqu'un y avait glissé celle-ci à mon insu. Je répétais que je n'y comprenais rien comme si cela suffisait à écarter le soupçon que j'avais pu moi-même arranger cette saynète pour me rendre intéressant. Or ça ne me rendait pas intéressant. On ne refusait pas de m'écouter, mais les plus complaisants disaient « ouais, c'est bizarre » et passaient à autre chose. J'avais l'impression, moi, de les placer devant un de ces dilemmes qui tout en l'agaçant ne peuvent que mobiliser l'esprit. Soit, comme je le prétendais, quelqu'un avait mis cette cigarette dans ma poche et la question était : pourquoi ? Soit c'était moi qui l'avais fait, qui mentais, et la question était la même : pourquoi ? dans quel intérêt ? Je finissais par hausser les épaules avec une feinte désinvolture et dire que bon, puisque cette cigarette était là je n'avais plus qu'à la fumer. Ce que je faisais. Mais je restais surpris et déçu de ce qu'aux yeux des autres il ne semblait pas s'être passé autre chose que les gestes habituels d'un fumeur : sortir une cigarette et l'allumer, ce qu'ils faisaient tous et que je désirais faire sans l'oser. On aurait dit que cette contorsion par laquelle je voulais à la fois affirmer que je fumais et que si je le faisais c'était à la suite de circonstances tout à fait spéciales, en somme qu'il ne s'agissait pas de ma part d'un choix dont je redoutais qu'on se moque (ce à quoi nul ne songeait), mais d'une obligation liée à un mystère, que tout ce petit cirque n'avait été remarqué par personne. Et je me figure bien l'étonnement de Romand devant la façon dont ses amis ont pris leur parti de son invraisemblable explication. Il était sorti, revenu en racontant que des types l'avaient tabassé et voilà tout.

 

E. Carrère, l'Adversaire, oral EAF, questionnaire 42 questions réponses

Emmanuel

Questionnaire de 42 questions réponses

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Emmanuel

 

Questionnaire sur le passage à présenter à l’oral

Support : lecture du texte

 

L’ADVERSAIRE

Chapitre 7

Divonne est une petite station thermale proche de la frontière suisse, réputée surtout pour son casino. J’y ai situé autrefois quelques pages d’un roman sur une femme qui menait une double vie en cherchant à se perdre dans le monde du jeu. Ce roman se voulait réaliste et documenté mais, faute d’avoir visité tous les casinos dont je parlais, j’ai écrit que Divonne est au bord du lac Léman, distant en réalité d’une dizaine de kilomètres. Il y a bien quelque chose que l’on appelle un lac, mais ce n’est qu’un petit plan d’eau devant lequel se trouve un parking où il stationnait souvent. J’y ai stationné, moi aussi. C’est le souvenir le plus net que je garde de mon premier voyage sur les lieux de sa vie. Il n’y avait que deux autres voitures, inoccupées. Il ventait. J’ai relu la lettre qu’il m’avait écrite pour me guider, regardé le plan d’eau, suivi dans le ciel gris le vol d’oiseaux dont je ne connaissais pas les noms-je ne sais reconnaître ni les oiseaux ni les arbres et je trouve ça triste. Il faisait froid. J’ai remis le contact pour avoir du chauffage. La soufflerie m’engourdissait. Je pensais au studio où je vais chaque matin après avoir conduit mes enfants à l’école. Ce studio existe, on peut m’y rendre visite et m’y téléphoner. J’y écris et rafistole des scénarios qui en général sont tournés. Mais je sais ce que c’est de passer toutes ses journées sans témoin : les heures couché à regarder le plafond, la peur de ne plus exister. Je me demandais ce qu’il ressentait dans sa voiture. De la jouissance ? une jubilation ricanante à l’idée de tromper si magistralement son monde ? J’étais certain que non. De l’angoisse ? Est-ce qu’il imaginait comment tout cela se terminerait, de quelle façon éclaterait la vérité et ce qui se passerait ensuite ? Est-ce qu’il pleurait, le front contre le volant ? Ou bien est-ce qu’il ne ressentait rien du tout ? Est-ce que, seul, il devenait une machine à conduire, à marcher, à lire, sans vraiment penser ni sentir, un docteur Romand résiduel et anesthésié ? Un mensonge, normalement, sert à recouvrir une vérité, quelque chose de honteux peut-être mais de réel. Le sien ne recouvrait rien. Sous le faux docteur Romand il n’y avait pas de vrai Jean-Claude Romand.

 

Carrère, L'Adversaire, "Divonne est une petite station...", questionnaire de 43 questions réponses

Emmanuel

Questionnaire de 43 questions réponses

 

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Emmanuel

 

 

Questionnaire sur le passage à présenter à l’oral

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L’ADVERSAIRE , Carrère

 

La vieille dame douce et craintive. Son mari, raide comme la justice, les yeux écarquillés derrière ses grosses lunettes d'écaille. Florence belle et souriante. Lui avec sa bonne tête de père tranquille, un peu empâté, un peu dégarni. Et puis les deux petits, surtout les deux petits, Caroline et Antoine, sept et cinq ans. Je les regarde en écrivant cela, je trouve qu'Antoine ressemble un peu à Jean-Baptiste, le cadet de mes fils, j'imagine son rire, son léger zézaiement, ses colères, son sérieux, tout ce qui était très important pour lui, toute cette sentimentalité pelucheuse qui est la vérité de l'amour que nous portons à nos enfants et moi aussi j'ai envie de pleurer.

Une fois décidé, ce qui s'est fait très vite, d'écrire sur l'affaire Romand, j'ai pensé filer sur place. M'installer dans un hôtel de Ferney-Voltaire, jouer le reporter fouineur et qui s'incruste. Mais je me voyais mal coinçant mon pied dans les portes que des familles endeuillées voudraient me refermer au nez, passant des heures à boire des vins chauds avec des gendarmes francs-comtois, cherchant des stratagèmes pour faire connaissance de la greffière du juge d'instruction. Surtout, je me suis rendu compte que ce n'était pas cela qui m'intéressait. L'enquête que j'aurais pu mener pour mon compte, l'instruction dont j'aurais pu essayer d'assouplir le secret n'allaient mettre au jour que des faits. Le détail des malversations financières de Romand, la façon dont au fil des ans s'était mise en place sa double vie, le rôle qu'y avait tenu tel ou tel, tout cela, que j'apprendrais en temps utile, ne m'apprendrait pas ce que je voulais vraiment savoir : ce qui se passait dans sa tête durant ces journées qu'il était supposé passer au bureau ; qu'il ne passait pas, comme on l'a d'abord cru, à trafiquer des armes ou des secrets industriels ; qu'il passait, croyait-on maintenant, à marcher dans les bois. (Je me rappelle cette phrase, la dernière d'un article de Libération, qui m'a définitivement accroché : « Et il allait se perdre, seul, dans les forêts du Jura. »)

Cette question qui me poussait à entreprendre un livre, ni les témoins, ni le juge d'instruction, ni les experts psychiatres ne pourraient y répondre, mais soit Romand lui-même, puisqu'il était en vie, soit personne. Après six mois d'hésitations, je me suis décidé à lui écrire, aux bons soins de son avocat. C'est la lettre la plus difficile que j'ai eu à faire de ma vie.

 

Paris, le 30 août 1993

 

Monsieur,

Ma démarche risque de vous heurter. Je cours ma chance tout de même.

Je suis écrivain, auteur à ce jour de sept livres dont je vous envoie le dernier paru. Depuis que j'ai appris par les journaux la tragédie dont vous avez été l'agent et le seul survivant, j'en suis hanté. Je voudrais, autant qu'il est possible, essayer de comprendre ce qui s'est passé et en faire un livre – qui, bien sûr, ne pourrait paraître qu'après votre procès.

Avant de m'y engager, il m'importe de savoir quel sentiment vous inspire un tel projet. Intérêt, hostilité, indifférence ? Soyez sûr que, dans le second cas, j'y renoncerai. Dans le premier, en revanche, j'espère que vous consentirez à répondre à mes lettres et peut-être, si cela est permis, à me recevoir.

J'aimerais que vous compreniez que je ne viens pas à vous poussé par une curiosité malsaine ou par le goût du sensationnel. Ce que vous avez fait n'est pas à mes yeux le fait d'un criminel ordinaire, pas celui d'un fou non plus, mais celui d'un homme poussé à bout par des forces qui le dépassent, et ce sont ces forces terribles que je voudrais montrer à l'œuvre

Quelle que soit votre réaction à cette lettre, je vous souhaite, monsieur, beaucoup de courage, et vous prie de croire à ma très profonde compassion.

Emmanuel Carrère

 

Carrère, l'Adversaire, "la vieille dame douce et craintive...de ma vie", questionnaire de 58 questions réponses

Emmanuel

Questionnaire de 58 questions réponses

 
 

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