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Dans la solitude des champs de coton, Bernard Marie koltès

Koltes

 

 

 

Dans la solitude des champs de coton, Bernard Marie koltès

 

 

Dans la solitude des champs de coton
 
Auteur Bernard-Marie Koltès
Pays Drapeau de la France France
Genre Tragédie
Éditeur éditions de Minuit
Date de parution
Lieu de parution Paris
Nombre de pages 60
Date de la 1re représentation
Metteur en scène Patrice Chéreau
Lieu de la 1re représentation Théâtre Nanterre-Amandiers

 

 

Dans la solitude des champs de coton est une pièce de théâtre écrite par Bernard-Marie Koltès en 1985. Longtemps qualifiée de « théâtre littéraire », la pièce apparaît davantage comme une confirmation du style de Koltès qui procède par monologues.

Dans la solitude des champs de coton met en scène un dealer et un client dans une situation de deal. Le dealer sait que le client désire - est dépendant de - quelque chose qu'il (le dealer) peut lui offrir. Il est cependant dépendant lui aussi du désir du client.

« Et la seule frontière qui existe est celle entre l'acheteur et le vendeur, mais incertaine, tous deux possédant le désir et l'objet du désir, à la fois creux et saillie, avec moins d'injustice encore qu'il y a à être mâle ou femelle parmi les hommes ou les animaux ».

D'où l'analyse intéressante de Koltès sur les rapports commerciaux et le marché en général. Plus encore, le rapport humain en général est réduit à un marché entre deux protagonistes. Koltès multiplie les couples d'opposition (dealer/client, homme/animal, mâle/femelle, blanc/noir…). À l'intérieur de ces couples, un seul rapport est possible : le deal.

Dans la solitude des champs de coton se passerait avant les coups, avant le véritable conflit. Le théâtre classique a souvent montré le conflit jusqu'à sa résolution, son « dénouement ». Koltès nous donnerait à voir ce qui se déroule juste avant le conflit.

« Le premier acte de l’hostilité, juste avant le coup, c’est la diplomatie, qui est le commerce du temps. Elle joue l’amour en l’absence de l’amour, le désir par répulsion. Mais c’est comme une forêt en flammes traversée par une rivière : l’eau et le feu se lèchent, mais l’eau est condamnée à noyer le feu, et le feu forcé de volatiliser l’eau. L’échange des mots ne sert qu’à gagner du temps avant l’échange des coups, parce que personne n’aime recevoir de coups et tout le monde aime gagner du temps. Selon la raison, il est des espèces qui ne devraient jamais, dans la solitude, se trouver face à face. Mais notre territoire est trop petit, les hommes trop nombreux, les incompatibilités trop fréquentes, les heures et les lieux obscurs et déserts trop innombrables pour qu’il y ait encore de la place pour la raison » (Bernard-Marie Koltès, dans Prologue).

La question du conflit apparaît à la fin du texte. Le Client demande au dealer « Alors, quelle arme ? ».

Source



Bernard-Marie KOLTÈS
Dans la solitude des champs de coton
Editions de Minuit, 1986




1. Courte biographie de l’auteur.

Bernard-Marie KOLTES (1948/1989) est un dramaturge français. Il fait des études de scénographie au Théâtre National de Strasbourg. Il effectue aussi de nombreux voyages notamment en Amérique du Sud, en Afrique et à New York qui vont être une grande source d’inspiration dans l’écriture de ses œuvres.

En 1977, il écrit et met en scène La nuit juste avant les forêts qui sera présentée au Festival Off d’Avignon la même année avec Yves FERRY dans l’unique rôle de la pièce. Il s’agit d’un long monologue, d’une seule phrase, adressé à un personnage muet. C’est son premier succès en France et en Europe.

En 1979 il écrit Combat de nègre et de chiens, mis en scène en 1983 par Patrice CHEREAU qui deviendra son metteur en scène quasi attitré. Le succès est mondial. Il collabore à nouveau avec Patrice CHEREAU en 1985 pour Quai Ouest et Dans la solitude des champs de coton.

En 1988, il écrit Roberto Zucco qui reste aujourd’hui sa pièce la plus jouée de par le monde.

Il meurt en 1989 du virus du Sida.

KOLTES à également traduit des pièces étrangères notamment Le Conte d’Hiver de SHAKESPEARE.


2. Présentation et analyse de la pièce.
 

Dans la solitude des champs de coton n’est composé que d’une seule scène dans laquelle on assiste à la rencontre et à la discussion que vont avoir les deux personnages de la pièce : Le Dealer et Le Client. L’action se situe dans un lieu désert et indéterminé à une heure elle aussi indéterminée de la nuit. Les deux protagonistes dialoguent par le biais de longues tirades, sauf à la fin où le dialogue s’accélère.

La pièce se donne pour but de décrire les rapports humains en partant d’une action spécifique : le deal :

« Un deal est une transaction commerciale portant sur des valeurs prohibées ou strictement contrôlées, et qui se conclut, dans des espaces neutres, indéfinis, et non prévus à cet usage, entre pourvoyeurs et quémandeurs, par entente tacite, signes conventionnels ou conversation à double sens - dans le but de contourner les risques de trahison et d’escroquerie qu’une telle opération implique - , à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, indépendamment des heures d’ouverture réglementaires des lieux de commerce homologués, mais plutôt aux heures de fermeture de ceux-ci. ».

KOLTES a une vision très pessimiste des rapport humains qui ne peuvent aboutir qu’au conflit comme il le dit dans Prologue (Editions de Minuit) mais aussi à de nombreuses reprises dans la pièce.

« Si un chien rencontre un chat - par hasard, ou tout simplement par probabilité, parce qu'il y a tant de chiens et de chats sur un même territoire qu'ils ne peuvent pas, à la fin, ne pas se croiser ; si deux hommes, deux espèces contraires, sans histoire commune, sans langage familier, se trouvent par fatalité face à face - non pas dans la foule ni en pleine lumière, car la foule et la lumière dissimulent les visages et les natures, mais sur un terrain neutre et désert, plat, silencieux, où l'on se voit de loin, où l'on s'entend marcher, un lieu qui interdit l'indifférence, ou le détour, ou la fuite ; lorsqu'ils s'arrêtent l'un en face de l'autre, il n'existe rien d'autre entre eux que de l'hostilité - qui n'est pas un sentiment, mais un acte, un acte d'ennemis, un acte de guerre sans motif. ».(Prologue, Editions de Minuit).

« Le Dealer
[…]Et cette correction, nécessaire mais gratuite, que je vous ai offerte, vous lie à moi, ne serait-ce que parce que j’aurais pu, par orgueil, marcher sur vous comme une botte écrase un papier gras, car je savais, à cause de cette taille qui fait notre différence première - et à cette heure et en ce lieu seule la taille fait la différence -, nous savons tous deux qui est la botte et qui, le papier gras. ».

« Le Dealer
[…] Deux hommes qui se croisent n’ont pas d’autre choix que de se frapper, avec la violence de l’ennemi ou la douceur de la fraternité. […] ».

La diplomatie ne serait donc qu’un gain de temps avant d’arriver à l’inévitable confit, on peut donc dire que cette pièce est une pièce de la diplomatie.

« Le premier acte de l’hostilité, juste avant le coup, c’est la diplomatie, qui est le commerce du temps. Elle joue l’amour en l’absence de l’amour, le désir par répulsion. Mais c’est comme une forêt en flammes traversée par une rivière : l’eau et le feu se lèchent, mais l’eau est condamnée à noyer le feu, et le feu forcé de volatiliser l’eau. L’échange des mots ne sert qu’à gagner du temps avant l’échange des coups, parce que personne n’aime recevoir de coups et tout le monde aime gagner du temps. Selon la raison, il est des espèces qui ne devraient jamais, dans la solitude, se trouver face à face. Mais notre territoire est trop petit, les hommes trop nombreux, les incompatibilités trop fréquentes, les heures et les lieux obscurs et déserts trop innombrables pour qu’il y ait encore de la place pour la raison. ». (Prologue, Editions de Minuit).

« Le Dealer
[…] On ne peut revenir sur l’insulte, alors qu’on peut revenir de sa gentillesse, et il vaut mieux abuser de celle-ci que d’user une seule fois de l’autre. C’est pourquoi je ne me fâcherais pas encore, parce que j’ai le temps de ne pas me fâcher, et j’ai le temps pour me fâcher, et que je me fâcherai peut-être quand tout ce temps là sera écoulé. »

Il y a donc une certaine volonté d’éviter le conflit de la part des hommes mais sans grande conviction.

Retour à l’action : Le Dealer aborde Le Client en lui proposant d’acheter ce qu’il veut, il peut tout lui vendre. Mais le Client ne veut rien, ne désire rien. Eclate alors une dispute sur ce malentendu. S’ensuit une réflexion sur le désir et la satisfaction de ce dernier (comme Le Client ne désire rien, Le Dealer lui propose de voler le désir de quelqu’un d’autre afin d’avoir enfin un désir à satisfaire), sur le commerce et l’injustice de celui qui a (et vend) contre celui qui n’a pas (donc qui achète), pourtant le client reste toujours le maître du jeu car il peut ne pas acheter. La souffrance est aussi abordée comme passage obligé dans les rapports humains.

« Le Dealer
[…] parce qu’on n’inflige que les souffrances que l’on peut soi-même supporter, et que l’on ne craint que les souffrance qu’on n'est pas soi-même capable d’infliger.[…] ».

Après toutes ces digressions diplomatiques (qui paraissent pourtant logiques à la lecture), on finit par arriver au conflit.

« Le Dealer
S’il vous plaît, dans le vacarme de la nuit, n’avez-vous rien dit que vous désiriez de moi, et que je n’aurais pas entendu ?

Le Client
Je n’ai rien dit ; je n’ai rien dit. Et vous, ne m’avez-vous rien, dans la nuit, dans l’obscurité si profonde qu’elle demande trop de temps pour qu’on s’y habitue, proposé, que je n’aie pas deviné ?

Le Dealer
Rien.

Le Client
Alors, quelle arme ? »

Cette pièce est donc construite sur une série d’oppositions :
    Le vendeur et le client
    Le fort et le faible
    Le légal et l’illégal
    Le jour et la nuit
    L’homme et l’animal : l’heure de cette rencontre étant celle de l’affrontement entre les deux
    Le noir et le blanc : dans des conseils de mise en scène, KOLTES expliquait qu’il voulait que le dealer soit noir (ou vêtu de noir) afin que l’on puisse distinguer nettement les deux personnages mais aussi exacerber leurs différences entre le dealer qui vit la nuit d’un commerce illégal et le client qui vit de jour dans un contexte légal.

Le style est un mélange très musical d’oralité et de syntaxe recherchée, parfois même trop musical car on se retrouve entraîné sans avoir le temps de bien se rendre compte du sens de la phrase.

A noter que Patrice CHEREAU à mis en scène cette pièce trois fois. D’abord au Théâtre des Amandiers à Nanterre en 1987 avec Laurent MALET (le client) et Isaac DE BANKOLE (le dealer). Puis en 1990 il reprend lui même le rôle du dealer, et enfin en 1995 où Pascal GREGGORY prend le rôle du client (Molière de meilleure mise en scène en 1996).



Sources

"Koltès, Bernard-Marie" Encyclopédie Microsoft® Encarta® en ligne 2008

"Dans la solitude des champs de coton [Bernard-Marie Koltès]" Encyclopédie Microsoft® Encarta® en ligne 2008

 

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