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La mort de la courtisane, objet d'étude le roman : construction du personnage à travers la variété des époques et des formes.

 

La physiologie du mariage, Balzac

OBJET D’ÉTUDE : LE ROMAN

Le personnage de roman du XVIIe à nos jours

Construction du personnage à travers la variété des époques et des formes

 

 

 

La mort de la courtisane

 

Texte 1 : Balzac, La Cousine Bette, « Valérie Marneffe » (1846).

Texte 2 : Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes, « Esther Gobseck » (1838-1847).

Texte 3 : Dumas fils, La Dame aux camélias, « Margueritte Gautier » (1848).

Texte 4 : Émile Zola, Nana (1879).

 

Question : quelle leçon morale contient la narration de ces scènes d’agonie ?

 

 

Texte 1 : Balzac, La Cousine Bette, « Valérie Marneffe » (1846).

Valérie Marneffe, aux apparences de « femme comme il faut » puisqu’elle est l’épouse d’un médiocre petit fonctionnaire, est en fait une redoutable courtisane qui a su s’attirer les bonnes grâces de deux vieillards qu’elle a totalement ruinés. Son amant de cœur, Brésilien, apprenant la légèreté de ses mœurs, l’a empoisonné…

 

Lisbeth resta pétrifiée à trois pas du lit où mourait Valérie en voyant un vicaire de Saint-Thomas-d'Aquin au chevet de son amie, et une sœur de charité la soignant. La Religion trouvait une âme à sauver dans un amas de pourriture qui des cinq sens de la créature n'avait gardé que la vue. La sœur de charité qui seule avait accepté la tâche de garder Valérie se tenait à distance. Ainsi l'Église catholique ce corps divin toujours animé par l'inspiration du sacrifice en toute chose, assistait, sous sa double forme d'esprit et de chair, cette infâme et infecte moribonde en lui prodiguant sa mansuétude infinie et ses inépuisables trésors de miséricorde.

Les domestiques épouvantés refusaient d'entrer dans la chambre de monsieur ou de madame ; ils ne songeaient qu'à eux et trouvaient leurs maîtres justement frappés. L'infection était si grande que malgré les fenêtres ouvertes et les plus puissants parfums, personne ne pouvait rester longtemps dans la chambre de Valérie. La Religion seule y veillait. Comment une femme, d'un esprit aussi supérieur que Valérie, ne se serait-elle pas demandé quel intérêt faisait rester là ces deux représentants de l'Eglise ? Aussi la mourante avait-elle écouté la voix du prêtre. Le repentir avait entamé cette âme perverse en proportion des ravages que la dévorante maladie faisait à la beauté. La délicate Valérie avait offert à la maladie beaucoup moins de résistance que Crevel et elle devait mourir la première ayant été d'ailleurs la première attaquée.

- Si je n'avais pas été malade je serais venue te soigner, dit enfin Lisbeth après avoir échangé un regard avec les yeux abattus de son amie. Voici quinze ou vingt jours que je garde la chambre, mais en apprenant ta situation par le docteur je suis accourue.

- Pauvre Lisbeth tu m'aimes encore, toi ! je le vois, dit Valérie. Ecoute ! je n'ai plus qu'un jour ou deux à penser car je ne puis pas dire vivre. Tu le vois ? je n'ai plus de corps je suis un tas de boue.. On ne me permet pas de me regarder dans un miroir... Je n'ai que ce que je mérite. Ah ! je voudrais pour être reçue à merci réparer tout le mal que j'ai fait.

- Oh ! dit Lisbeth si tu parles ainsi, tu es bien morte !

- N'empêchez pas cette femme de se repentir, laissez-la dans ses pensées chrétiennes, dit le prêtre.

- Plus rien ! se dit Lisbeth épouvantée. Je ne reconnais ni ses yeux, ni sa bouche ! Il ne reste pas un seul trait d'elle ! Et l'esprit a déménagé ! oh ! c'est effrayant !...

- Tu ne sais pas, reprit Valérie ce que c'est que la mort ; ce que c'est que de penser forcément au lendemain de son dernier jour à ce que l'on doit trouver dans le cercueil : des vers pour le corps, mais quoi pour l'âme ?... Ah ! Lisbeth, je sens qu'il y a une autre vie !... et je suis toute à une terreur qui m'empêche de sentir les douleurs de ma chair décomposée !... Moi qui disais en riant à Crevel en me moquant d'une sainte, que la vengeance de Dieu prenait toutes les formes du malheur... Eh bien ! j'étais prophète !... Ne joue pas avec les choses sacrées, Lisbeth ! Si tu m'aimes, imite-moi, repens-toi !

- Moi ! dit la Lorraine, j'ai vu la vengeance partout dans la nature, les insectes périssent pour satisfaire le besoin de se venger quand on les attaque ! Et ces messieurs, dit-elle en montrant le prêtre, ne nous disent-ils pas que Dieu se venge, et que sa vengeance dure l'éternité !...

Le prêtre jeta sur Lisbeth un regard plein de douceur et lui dit : - Vous êtes athée, madame.

- Mais vois donc où j'en suis !... lui dit Valérie.

- Et d'où te vient cette gangrène ? demanda la vieille fille qui resta dans son incrédulité villageoise.

- Oh ! j'ai reçu de Henri un billet qui ne me laisse aucun doute sur mon sort... Il m'a tuée. Mourir au moment où je voulais vivre honnêtement, et mourir un objet d'horreur... Lisbeth, abandonne toute idée de vengeance ! Sois bonne pour cette famille, à qui j'ai déjà, par un testament, donné tout ce dont la loi me permet de disposer ! Va, ma fille, quoique tu sois le seul être aujourd'hui qui ne s'éloigne pas de moi avec horreur, je t'en supplie, va-t'en, laisse-moi... je n'ai plus que le temps de me livrer à Dieu !...

 

 

Texte 2 : Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes, « Esther Gobseck » (1838-1847).

Esther Gobseck, célèbre courtisane parisienne, a totalement renié sa vie dépravée depuis qu’elle a rencontré Lucien de Rupembré, dont elle est profondément amoureuse. L’amour a tué en elle la courtisane. Malheureusement, Lucien, être faible et marionnette du terrible Vautrin, a accepté qu’Esther renoue avec son ancienne vie pour soutirer de l’argent au baron de Nucingen. Esther, la mort dans l’âme, se prépare à sa nuit de « noces »…

 

À cinq heures du soir, Esther fit une toilette de mariée. Elle mit sa robe de dentelle sur une jupe de satin blanc, elle eut une ceinture blanche, des souliers de satin blanc, et sur ses belles épaules une écharpe en point d’Angleterre. Elle se coiffa en camélias blancs naturels, en imitant une coiffure de jeune vierge. Elle montrait sur sa poitrine un collier de perles de trente mille francs donné par Nucingen. Quoique sa toilette fût finie à six heures, elle avait fermé sa porte à tout le monde, même à Nucingen. Europe savait que Lucien devait être introduit dans la chambre à coucher. Lucien arriva sur les sept heures, Europe trouva moyen de le faire entrer chez madame sans que personne s’aperçût de son arrivée. Lucien, à l’aspect d’Esther, se dit : — Pourquoi ne pas aller vivre avec elle à Rubempré, loin du monde, sans jamais revenir à Paris !… J’ai cinq ans d’arrhes sur cette vie, et la chère créature est de caractère à ne jamais se démentir !… Et où trouver un pareil chef-d’œuvre ?

Mon ami, vous dont j’ai fait mon dieu, dit Esther en pliant un genou sur un coussin devant Lucien, bénissez-moi…

Lucien voulut relever Esther et l’embrasser en lui disant : — Qu’est-ce que c’est que cette plaisanterie, mon cher amour ? Et il essaya de prendre Esther par la taille ; mais elle se dégagea par un mouvement qui peignait autant de respect que d’horreur.

Je ne suis plus digne de toi, Lucien, dit-elle en laissant rouler des larmes dans ses yeux, je t’en supplie, bénis-moi, et jure-moi d’établir à l’Hôtel-Dieu une fondation de deux lits… Car, pour des prières à l’église, Dieu ne me pardonnera jamais qu’à moi-même… Je t’ai trop aimé, mon ami. Enfin, dis-moi que je t’ai rendu heureux, et que tu penseras quelquefois à moi… dis ?

Lucien aperçut tant de solennelle bonne foi chez Esther qu’il resta pensif.

Tu veux te tuer ! dit-il enfin d’un son de voix qui dénotait une profonde méditation.

Non, mon ami, mais aujourd’hui, vois-tu, c’est la mort de la femme pure, chaste, aimante que tu as eue… Et j’ai bien peur que le chagrin ne me tue.

Pauvre enfant, attends ! dit Lucien, j’ai fait depuis deux jours bien des efforts, j’ai pu parvenir jusqu’à Clotilde.

Toujours Clotilde !… dit Esther avec un accent de rage concentrée.

Oui, reprit-il, nous nous sommes écrit… Mardi matin, elle part, mais j’aurai sur la route d’Italie une entrevue avec elle, à Fontainebleau…

Ah ! çà, que voulez-vous donc, vous autres, pour femmes ?… des planches !… cria la pauvre Esther. Voyons, si j’avais sept ou huit millions, ne m’épouserais-tu pas ?

Enfant ! J’allais te dire que si tout est fini pour moi, je ne veux pas d’autre femme que toi…

Esther baissa la tête pour ne pas montrer sa soudaine pâleur et les larmes qu’elle essuya.

Tu m’aimes ?… dit-elle en regardant Lucien avec une douleur profonde. Eh ! bien, voilà ma bénédiction. Ne te compromets pas, va par la porte dérobée et fais comme si tu venais de l’antichambre au salon. Baise-moi au front, dit-elle. Elle prit Lucien, le serra sur son cœur avec rage et lui dit : Sors !… avec un accent terrible.

Quand la mourante parut dans le salon, il se fit un cri d’admiration : les yeux d’Esther renvoyaient l’infini dans lequel l’âme se perdait en les voyant, le noir bleu de sa chevelure fine faisait valoir les camélias. Enfin tous les effets qu'elle avait cherchés furent obtenus. Elle n’eut pas de rivales. Elle parut comme la suprême expression du luxe effréné dont les créations l’entouraient. Elle fut d’ailleurs étincelante d’esprit. Elle commanda l’orgie avec la puissance froide et calme que déploie Habeneck au Conservatoire dans ces concerts où les premiers musiciens de l’Europe atteignent au sublime de l’exécution en interprétant Mozart et Beethoven. Elle observait cependant avec effroi que Nucingen mangeait peu, ne buvait pas, et faisait le maître de la maison. À minuit, personne n’avait sa raison. On cassa les verres pour qu’ils ne servissent plus jamais. Deux rideaux de Chine furent déchirés. Bixiou se grisa pour la seule fois de sa vie. Personne ne pouvant se tenir debout, les femmes étant endormies sur les divans, on ne put réaliser la plaisanterie arrêtée, à l’avance entre les convives, de conduire Esther et Nucingen à la chambre à coucher, rangés sur deux lignes, ayant tous des candélabres à la main, et chantant le Buona Sera du Barbier de Séville. Nucingen donna seul la main à Esther. Quoique gris, Bixiou, qui les aperçut, eut encore la force de dire, comme Rivarol à propos du dernier mariage du duc de Richelieu : — Il faudrait prévenir le Préfet de police… il va se faire un mauvais coup ici…

Le railleur croyait railler, il était prophète.

 

 

Texte 3 : Dumas fils, La Dame aux camélias, « Marguerite Gautier » (1848).

Marguerite Gautier, célèbre courtisane parisienne, s’est profondément éprise d’Armand Duval, qui partage cet amour. Malheureusement le père d’Armand, allégorie de la société, a demandé à Marguerite de se séparer d’Armand et de faire en sorte qu’il la déteste. Armand tombe malade, et Marguerite, déjà malade, ne tarde pas à agoniser. C’est Julie Duval, une amie de Marguerite, qui écrit à Armand les derniers instants de sa bien aimée…

 

19 février, minuit.

La triste journée que celle d’aujourd’hui, mon pauvre monsieur Armand! Ce matin Marguerite étouffait, le médecin l’a saignée, et la voix est un peu revenue. Le docteur lui a conseillé de voir un prêtre. Elle a dit qu’elle y consentait, et il est allé lui-même chercher un abbé à Saint-Roch. “ Pendant ce temps, Marguerite m’a appelée près de son lit, m’a priée d’ouvrir son armoire, puis elle m’a désigné un bonnet, une chemise longue toute couverte de dentelles, et m’a dit d’une voix affaiblie: “ Je vais mourir après m’être confessée, alors tu m’habilleras avec ces objets: c’est une coquetterie de mourante. “ Puis elle m’a embrassée en pleurant, et elle a ajouté: “ Je puis parler, mais, j’étouffe trop quand je parle; j’étouffe! de l’air!”“ Je fondis en larmes, j’ouvris la fenêtre, et quelques instants après le prêtre entra. “ J’allai au-devant de lui. “ Quand il sut chez qui il était, il parut craindre d’être mal accueilli. “ Entrez hardiment, mon père >>, lui ai-je dit. “ Il est resté peu de temps dans la chambre de la malade, et il en est ressorti en me disant: “ Elle a vécu comme une pécheresse, mais elle mourra comme une chrétienne. “ Quelques instants après, il est revenu accompagné d’un enfant de chœur qui portait un crucifix, et d’un sacristain qui marchait devant eux en sonnant, pour annoncer que Dieu venait chez la mourante. “ Ils sont entrés tous trois dans cette chambre à coucher qui avait retenti autrefois de tant de mots étranges, et qui n’était plus à cette heure qu’un tabernacle saint. “ Je suis tombée à genoux. Je ne sais pas combien de temps durera l’impression que m’a produite ce spectacle, mais je ne crois pas que, jusqu’à ce que j’en sois arrivée au même moment, une chose humaine pourra m’impressionner autant. “ Le prêtre oignit des huiles saintes les pieds, les mains et le front de la mourante, récita une courte prière, et Marguerite se trouva prête à partir pour le Ciel où elle ira sans doute, si Dieu a vu les épreuves de sa vie et la sainteté de sa mort. “ Depuis ce temps elle n’a pas dit une parole et n’a pas fait un mouvement. Vingt fois je l’aurais crue morte, si je n’avais entendu l’effort de sa respiration. ”

 

 

20 février, cinq heures du soir.

Tout est fini. “ Marguerite est entrée en agonie cette nuit à deux heures environ. Jamais martyre n’a souffert pareilles tortures, à en juger par les cris qu’elle poussait. Deux ou trois fois elle s’est dressée tout debout sur son lit, comme si elle eût voulu ressaisir sa vie qui remontait vers Dieu. “ Deux ou trois fois aussi, elle a dit votre nom, puis tout s’est tu, elle est retombée épuisée sur son lit. Des larmes silencieuses ont coulé de ses yeux et elle est morte. “ Alors, je me suis approchée d’elle, je l’ai appelée, et comme elle ne répondait pas, je lui ai fermé les yeux et je l’ai embrassée sur le front. “ Pauvre chère Marguerite, j’aurais voulu être une sainte femme, pour que ce baiser te recommandât à Dieu. “ Puis, je l’ai habillée comme elle m’avait priée de le faire, je suis allée chercher un prêtre à Saint-Roch, j’ai brûlé deux cierges pour elle, et j’ai prié pendant une heure dans l’église. “ J’ai donné à des pauvres de l’argent qui venait d’elle. “ Je ne me connais pas bien en religion, mais je pense que le bon Dieu reconnaîtra que mes larmes étaient vraies, ma prière fervente, mon aumône sincère, et qu’il aura pitié de celle, qui, morte jeune et belle, n’a eu que moi pour lui fermer les yeux et l’ensevelir. ”

 

 

Texte 4 : Émile Zola, Nana (1879).

Nana, célèbre actrice parisienne, a brusquement quitté Paris pour suivre, dit-on, un vice-roi. Puis, un beau soir de juillet, on apprend son retour…

 

 

Un soir de juillet, vers huit heures, Lucy, qui descendait en voiture la rue du Faubourg-Saint-Honoré, aperçut Caroline Héquet, sortie à pied pour une commande chez un fournisseur du voisinage. Elle l’appela, et tout de suite :

Tu as dîné, tu es libre ?… Oh ! alors, ma chère, viens avec moi… Nana est de retour.

Du coup, l’autre monta. Lucy continuait :

Et, tu sais, ma chère, elle est peut-être morte, pendant que nous bavardons.

Morte ! en voilà une idée ! cria Caroline stupéfaite. Et où donc ? et de quoi ?

Au Grand Hôtel… de la petite vérole… oh ! une histoire !

Lucy avait dit à son cocher d’aller bon train. Alors, au trot rapide des chevaux, le long de la rue Royale et des boulevards, elle conta l’aventure de Nana, en paroles coupées, sans reprendre haleine.

Tu ne peux pas t’imaginer… Nana débarque de Russie, je ne sais plus pourquoi, un attrapage avec son prince… Elle laisse ses bagages à la gare, elle descend chez sa tante, tu te rappelles, cette vieille… Bon elle tombe sur son bébé qui avait la petite vérole ; le bébé meurt le lendemain, et elle s’empoigne avec la tante, à propos de l’argent qu’elle devait envoyer, et dont l’autre n’a jamais vu un sou… Paraît que l’enfant est mort de ça ; enfin un enfant lâché et pas soigné… Très bien ! Nana file, va dans un hôtel, puis rencontre Mignon, juste comme elle songeait à ses bagages… Elle devient toute chose, elle a des frissons, des envies de vomir, et Mignon la reconduit chez elle, en lui promettant de veiller sur ses affaires… Hein ? est-ce drôle, est-ce machiné ! Mais voici le plus beau : Rose apprend la maladie de Nana, s’indigne de la savoir seule dans une chambre meublée, accourt la soigner en pleurant… Tu te souviens comme elles se détestaient ; deux vraies furies ! Eh bien ! ma chère, Rose a fait transporter Nana au Grand-Hôtel, pour qu’elle mourût au moins dans un endroit chic, et elle a déjà passé trois nuits, quitte à en crever ensuite… C’est Labordette qui m’a raconté ça. Alors j’ai voulu voir…

Oui, oui, interrompit Caroline très excitée. Nous allons monter.

[…]

Les voix se turent. On toussa, on se recueillit un instant. Puis, la porte ouverte avec lenteur, Lucy entra, suivie de Caroline et de Blanche. Mais elles s’arrêtèrent, il y avait déjà cinq femmes dans la chambre. Gaga était allongée au fond de l’unique fauteuil, un voltaire de velours rouge. Devant la cheminée, Simonne et Clarisse debout causaient avec Léa de Horn, assise sur une chaise ; tandis que, devant le lit, à gauche de la porte, Rose Mignon, posée au bord du coffre à bois, regardait fixement le corps perdu dans l’ombre des rideaux. Toutes avaient leurs chapeaux et leurs gants, comme des dames en visite ; et seule, les mains nues, décoiffée, pâlie par la fatigue de trois nuits de veille, elle restait stupide et gonflée de tristesse, en face de cette mort si brusque. Au coin de la commode, une lampe, garnie d’un abat-jour, éclairait Gaga d’un coup de lumière vive.

Hein ? quel malheur ! murmura Lucy en serrant la main de Rose. Nous voulions lui dire adieu.

Et elle tournait la tête, pour tâcher de la voir ; mais la lampe était trop loin, elle n’osa pas la rapprocher. Sur le lit, une masse grise s’allongeait, on distinguait seulement le chignon rouge, avec une tache blafarde qui devait être la figure. Lucy ajouta :

Moi, je ne l’avais plus vue depuis la Gaité, au fond de la grotte…

Alors, Rose, sortant de sa stupeur, eut un sourire, en répétant :

Ah ! elle est changée, elle est changée…

Puis, elle retomba dans sa contemplation, sans un geste, sans une parole. Tout à l’heure on pourrait la regarder peut-être ; et les trois femmes rejoignirent les autres devant la cheminée. Simonne et Clarisse discutaient sur les diamants de la morte, à voix basse. Enfin, existaient-ils, ces diamants ? personne ne les avait vus, ça devait être une blague. Mais Léa de Horn connaissait quelqu’un qui les connaissait ; oh ! des pierres monstrueuses ! D’ailleurs, ce n’était pas tout, elle avait rapporté bien d’autres richesses de Russie, des étoffes brodées, des bibelots précieux, un service de table en or, jusqu’à des meubles ; oui, ma chère, cinquante-deux colis, des caisses énormes, de quoi charger trois wagons. Ça restait en gare. Hein ? pas de chance, mourir sans avoir même le temps de déballer ses affaires ; et ajoutez qu’elle avait des sous avec ça, quelque chose comme un million. Lucy demanda qui héritait. Des parents éloignés, la tante sans doute. Une jolie tuile pour cette vieille. Elle ne savait rien encore, la malade s’était obstinée à ne pas la faire prévenir, lui gardant rancune de la mort de son petit. Alors, toutes s’apitoyèrent sur le petit, en se souvenant de l’avoir aperçu aux courses : un bébé plein de mal, et qui avait l’air si vieux et si triste ; enfin un de ces pauvres mioches qui n’ont pas demandé à naître.

Il est heureux sous la terre, dit Blanche.

Bah ! elle aussi, ajouta Caroline. Ce n’est pas si drôle, l’existence.

 

 

 
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