Forum bac  Listes EAF, descriptifs bac - Blog des lycéens  

L oral de français

ForumFORUM PEDAGOGIQUE

FORUM PREPABACForum prepabac

 

Skype
Prepabac facebook
Google
Twitter

DOSSIER BAC

Spécial candidats libres

Cned

ORAL EAF

Blogger

 

 

Sartre

Bibliothèque scolaire

11000 documents en ligne

Le bac en ligne metropole etranger candidats libres et lyceens scolarises

Elèves scolarisés   

Candidats libres

Lycées métropole et à  l'étranger      

 

 

Balzac Pierre Grassou l'ère de la portraitomanie : construction d'un personnage de roman

 

La physiologie du mariage, Balzac
 
 
 
 
 
 

OBJET D’ÉTUDE : LE ROMAN

Le personnage de roman du XVIIe à nos jours

Construction du personnage à travers la variété des époques et des formes

 Balzac,Pierre Grassou (1839).

 

L’ère de la portraitomanie

 

 

 

balzac pierre grassoubalzac pierre grassou (277 Ko) 

 

 

Au commencement du mois de décembre de cette année1, époque à laquelle les bourgeois de Paris conçoivent périodiquement l'idée burlesque de perpétuer leur figure, déjà bien encombrante par elle-même, Pierre Grassou, levé de bonne heure, préparait sa palette, allumait son poêle, mangeait une flûte trempée dans du lait, et attendait, pour travailler, que le dégel de ses carreaux laissât passer le jour. Il faisait sec et beau. En ce moment, l'artiste qui mangeait avec cet air patient et résigné qui dit tant de choses, reconnut le pas d'un homme qui avait eu sur sa vie l'influence que ces sortes de gens ont sur celle de presque tous les artistes, d'Elias Magus, un marchand de tableaux, l'usurier des toiles. En effet Elias Magus surprit le peintre au moment où, dans cet atelier si propre, il allait se mettre à l'ouvrage.

- Comment vous va, vieux coquin ? lui dit le peintre.

Fougères avait eu la croix, Elias lui achetait ses tableaux deux ou trois cents francs, il se donnait des airs très-artistes.

- Le commerce va mal, répondit Elias. Vous avez tous des prétentions, vous parlez maintenant de deux cents francs dès que vous avez mis pour six sous de couleur sur une toile... Mais vous êtes un brave garçon, vous ! Vous êtes un homme d'ordre, et je viens vous apporter une bonne affaire. […]

- Hé ! bien, j'amène un père, une mère et une fille unique.

- Tous uniques !

- Ma foi, oui !... et dont les portraits sont à faire. Ces bourgeois, fous des arts, n'ont jamais osé s'aventurer dans un atelier. La fille a une dot de cent mille francs. Vous pouvez bien peindre ces gens-là : ce sera peut-être pour vous des portraits de famille. […]

- Les portraits sont payés cinq cents francs pièce, vous pouvez me faire trois tableaux.

- Mai-z-oui, dit gaiement Fougères.

- Et si vous épousez la fille, vous ne m'oublierez pas.

- Me marier, moi ? s'écria Pierre Grassou, moi qui ai l'habitude de me coucher tout seul, de me lever de bon matin, qui ai ma vie arrangée....

- Cent mille francs, dit Magus, et une fille douce, pleine de tons dorés comme un vrai Titien !

- Quelle est la position de ces gens-là ?

- Anciens négociants ; pour le moment, aimant les arts, ayant maison de campagne à Ville-d'Avray, et dix ou douze mille livres de rente.

- Quel commerce ont-ils fait ?

- Les bouteilles.

- Ne dites pas ce mot, il me semble entendre couper des bouchons, et mes dents s'agacent....

- Faut-il les amener ?

- Trois portraits, je les mettrai au Salon, je pourrai me lancer dans le portrait, eh ! bien, oui...

Le vieil Elias descendit pour aller chercher la famille Vervelle. […]

En entendant le bruit de plusieurs pas dans l'escalier, Fougères se rehaussa le toupet, boutonna sa veste de velours vert-bouteille, et ne fut pas médiocrement surpris de voir entrer une figure vulgairement appelée un melon dans les ateliers.Ce fruit surmontait une citrouille, vêtue de drap bleu, ornée d'un paquet de breloques tintinnabulant. Le melon soufflait comme un marsouin, la citrouille marchait sur des navets, improprement appelés des jambes. Un vrai peintre aurait fait ainsi la charge du petit marchand de bouteilles, et l'eût mis immédiatement à la porte en lui disant qu'il ne peignait pas les légumes. Fougères regarda la pratique sans rire, car monsieur Vervelle présentait un diamant de mille écus à sa chemise.

Fougères regarda Magus et dit : - Il y a gras ! en employant un mot d'argot, alors à la mode dans les ateliers.

En entendant ce mot, monsieur Vervelle fronça les sourcils. Ce bourgeois attirait à lui une autre complication de légumes dans la personne de sa femme et de sa fille. La femme avait sur la figure un acajou répandu , elle ressemblait à une noix de coco surmontée d'une tête et serrée par une ceinture. Elle pivotait sur ses pieds, sa robe était jaune, à raies noires. Elle produisait orgueilleusement des mitaines extravagantes sur des mains enflées comme les gants d'une enseigne. Les plumes du convoi de première classe flottaient sur un chapeau extravasé. Des dentelles paraient des épaules aussi bombées par derrière que par devant : ainsi la forme sphérique du coco était parfaite. Les pieds, du genre de ceux que les peintres appellent des abatis , étaient ornés d'un bourrelet de six lignes au dessus du cuir verni des souliers. Comment les pieds y étaient-ils entrés ? on ne sait.

Suivait une jeune asperge, verte et jeune par sa robe, et qui montrait une petite tête couronnée d'une chevelure en bandeau, d'un jaune-carotte qu'un Romain eût adoré, des bras filamenteux, des taches de rousseur sur un teint assez blanc, des grands yeux innocents, à cils blancs, peu de sourcils, un chapeau de paille d'Italie avec deux honnêtes coques de satin bordé d'un liséré de satin blanc, les mains vertueusement ronges, et les pieds de sa mère. Ces trois êtres avaient, en regardant l'atelier, un air de bonheur qui annonçait en eux un respectable enthousiasme pour les Arts.

- Et c'est vous, monsieur, qui allez faire nos ressemblances ? dit le père en prenant un petit air crâne.

- Oui, monsieur, répondit Grassou.

- Vervelle, il a la croix, dit tout bas la femme à son mari pendant que le peintre avait le dos tourné.

- Est-ce que j'aurais fait faire nos portraits par un artiste qui ne serait pas décoré ?... dit l'ancien marchand de bouchons.

Elias Magus salua la famille Vervelle et sortit, Grassou l'accompagna jusque sur le palier.

- Il n'y a que vous pour pêcher de pareilles boules.

- Cent mille francs de dot !

- Oui ; mais quelle famille !

- Trois cent mille francs d'espérances, maison rue Boucherat, et maison de campagne à Ville-d'Avray.

 

 

 

1. L’action se passe en 1832.

 

 

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

 Prépabac le bac en ligne

Logo prepabac

Boutique en ligne français  philosophie

Coaching scolaire mondial
Elèves scolarisés (lycées français à l'Etranger) et candidats libres

 

Professeur indépendant

  • Identifiant SIRET : 819 269 226 00018
  • APE  :  8559B
Logo prepabac

Français : niveau seconde

Français : Bac pro

Littérature : Dossier bac

Profs en direct le jour du bac

PROF EN DIRECT : BAC 2016

Bac 2016

 

Français   -   Français bac pro 

Littérature   -   Philosophie


 
Logo prepabac
Préparation à l'examen du baccalauréat : français séries générales, technologiques et bac pro, philosophie   littérature  Bac pro et Brevet : Bac  en ligne sur prepabac.org. Profs en direct le jour du bac : les annales bac . Préparer le bac en ligne : Demande de cours sur skype  - Coaching scolaire mondial = Elèves scolarisés et candidats libres (lycées français à l'étranger )

 

Licence Creative Commons
Bibliothèque scolaire de prépabac est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une œuvre à http://www.prepabac.org/.

Copyright

Droits d'auteur enregistrés, Copyright

Depot.com sous le numéro  00056187

Tous droits réservés

Le site prepabac.org respecte "la loi informatique et liberté "

N° enregistrement CNIL :  1943841