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Mme du Châtelet, Discours sur le bonheur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Discours sur le bonheur

1746

Texte:

Mme Du Châtelet, Discours sur le bonheur

 

 

 

 

Discours

sur le Bonheur

Dans la première édition de 1779, une note adjointe au titre, précisait:

Gabrielle-Émilie de Breteuil, marquise du Chatelet, née en 1706,

et morte en 1749: de toutes les femmes qui ont illustré la France, c'est celle

qui a eu le plus de véritable esprit et qui a le moins affecté le bel esprit.

 

 

 

 

Il faut, pour être heureux, s'être défait des préjugés, être vertueux, se bien porter, avoir des goûts & des passions, être susceptible d'illusions, car nous devons la plupart de nos plaisirs à l'illusion, & malheureux est celui qui la perd. Loin donc de chercher à la faire disparaître par le flambeau de la raison, tâchons d'épaissir le vernis qu'elle met sur la plupart des objets; il leur est encore plus nécessaire que ne le sont à nos corps les soins & la parure.

Il faut commencer par se bien dire à soi-même & par se bien convaincre que nous n'avons rien à faire dans ce monde qu'à nous y procurer des sensations & des sentiments agréables. Les moralistes qui disent aux hommes: réprimez vos passions, & maîtrisez vos désirs, si vous voulez être heureux, ne connoissent pas le chemin du bonheur. On n'est heureux que par des goûts & des passions satisfaites; [je dis des goûts], parce qu'on n'est pas toujours assez heureux pour avoir des passions, & qu'au défaut des passions, il faut bien se contenter des goûts. Ce seroit donc des passions qu'il faudroit demander à! Dieu, si on osoit lui demander quelque chose; & Le Nôtre avoit grande raison de demander au pape des tentations au lieu d'indulgences.

Mais, me dira-t-on, les passions ne font-elles pas plus de malheureux que d'heureux? Je n'ai! pas la balance nécessaire pour peser en général le bien & le mal qu'elles ont faits aux hommes; mais il faut remarquer que les malheureux sont connus parce qu'ils ont besoin des autres, qu'ils aiment à raconter leurs malheurs, qu'ils y cherchent des remèdes & du soulagement. Les gens heureux ne cherchent rien, & ne vont point avertir les autres de leur bonheur; les malheureux sont intéressants, les gens heureux sont inconnus.

Voilà pourquoi lorsque deux amants sont raccommodes, lorsque leur jalousie est finie, lorsque les obstacles qui les séparoient sont surmontés, ils ne sont plus propres au théâtre; la pièce est finie pour les spectateurs, & la scène de Renaud à d'Armide n'intéresseroit pas autant qu'elle fait, si le spectateur ne s'attendoit pas que l'amour de Renaud est l'effet d'un enchantement qui doit se dissiper, & que la passion qu'Armide fait voir dans cette scène rendra son malheur plus intéressant. Ce sont les mêmes ressorts qui agissent sur notre ame pour l'émouvoir aux représentations théâtrales & dans les événements de la vie. On connoît donc bien plus l'amour par les malheurs qu'il cause, que par le bonheur souvent obscur qu'il répand sur la vie des hommes. Mais supposons pour un moment, que les passions fassent plus de malheureux que d'heureux, je dis qu'elles seraient encore à désirer, parce que c'est la condition sans laquelle on ne peut avoir de grands plaisirs; or, ce n'est la peine de vivre que pour avoir des sensations & des sentiments agréables; & plus les sentiments agréables sont vifs, plus on est heureux. Il est donc à désirer d'être susceptible de passions, à je le répète encore: n'en a pas qui veut.

C'est à nous à les faire servir à notre bonheur, & cela dépend souvent de nous.

 

 

 

 

 

Mme du Châtelet (1706-1749)

 

Nous allons étudier un extrait du Discours sur le bonheur de Mme du Châtelet, la passion.

 

Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet, communément appelée Émilie du Châtelet, 1706, 1749.

 

Les femmes scientifiques à cette époque sont très rares. Emilie du Chatelet travaille à sa passion pour Newton ; elle a traduit ses ouvrages. Elle fréquente d’autres philosophes comme Voltaire qui sera son amant pendant 15 ans.

C’est un auteur qui se pose des questions philosophiques mais cet extrait ne devait pas être publié. Le discours n’était peut-être pas d’elle. Elle ne voulait pas le publier et elle est morte en accouchant.

 

 

I. Apologie des passions

A.L'argumentation du texte

L’expression d’un but, cela s’énonce avec une anaphore : « il faut »

Manière pragmatique de raisonner : elle fait un bilan. Au quotidien, le scientifique prend des notes ; c’est une thèse optimiste, hédoniste, vivre avec intensité.

Discours structuré : « il faut commencer par » ; « ce serait donc » ;  Des connecteurs logiques s'ajoutent à l'organisation du discours. « Mais » ; « on connaît donc » ; « or » ; « il est donc à désirer ».

Les figures de style contribuent à mettre en valeur les idées de l'auteur, nous pouvons mettre ainsi en évidence des antithèses comme «le bien et le mal» ou encore «malheureux» et «heureux», un oxymore, « bonheur obscur ». Deux thèses sont alors en présence, celle du bien et celle du mal. Le discours se construit de manière très méthodique autour de la question du bonheur, il s'agit de poser l'idée que les passions vécues intensément sont la seule façon pour l'homme d'être heureux. Les arguments se multiplient et les citations récurrentes sur cet aspect sont nombreuses, on peut lire, «se bien dire et se bien convaincre», «on n'est heureux que...»,.......

Le syllogisme, argument logique basé sur trois propositions, une majeure, une mineure et une conclusion. L'argument par syllogisme est le suivant: «Mais supposons... passions».

L'ensemble des procédés oratoires sont encore mis en avant par des questions rhétorique comme «les passions ne font-elles pas plus de malheureux que d'heureux? Et des répétitions qui ont valeur d'un rappel:  «et je le répète encore».

B. L'énonciation et l'adhésion de l'auteur

- Elle a une nouvelle conception des passions. L’énonciation nous fait remarquer un glissement ; elle dit « je », «je le répète encore»... Nous pouvons en outre mettre en évidence la figure de style qui lui permet de valoriser son jugement sous la forme d'une métaphore, «je n'ai  pas la balance nécessaire pour peser le bien et le mal».

 

. Elle s’implique ligne 17. C’est un discours intime ; on sent le vécu. Réflexion qui s’appuie sur une expérience personnelle.

Elle cherche à généraliser son propos. On note en outre des tournures plus impersonnelles comme «il faut et «on»

 

C -A qui s'adresse Mme du Chatelet?

-Les hommes en général, la portée de ce discours en ce sens est universelle tout comme la quête du bonheur. «le chemin du bonheur»

Les moralistes et en particulier ceux qui disent aux hommes de «réprimer leurs passions», ceux qui mettent un frein à la recherche et à la quête du bonheur.

A tous ceux qui cherchent le bonheur et à ceux qui ne l'ont encore jamais approché, les malheureux ignorants des bonheurs de ce monde, nous le voyons dans la citation suivante: «qu'ils ont besoin des autres, qu'ils aiment à raconter leurs malheurs...»

II. L'idéal des lumières et le discours sur le bonheur

A. Se libérer par l'esprit

 

On retrouve  l'idéal du siècle des lumières dans le discours de Mme de Chatelet, en effet, on y voit l'invitation pour l'homme à penser par lui-même et à se libérer des préjugés par la force de l'esprit. L'homme doué d'intelligence doit se défaire des stéréotypes et accéder à une indépendance intellectuelle et une autonomie de penser de façon à mieux gérer sa vie. L'urgence de penser par soi-même se traduit par la formule «il faut commencer par se dire à soi-même et par se bien convaincre que..... «.

 

B – Se libérer de la religion et des stéréotypes moralistes

- Le bonheur recherché n'est pas céleste mais terrestre. Le salut n'est pas recherché, il ne s'agit pas non plus d'une forme d'ascétisme, de rachat des fautes etc. Les connotations religieuses sont absentes si ce n'est à travers l'antiphrase et le procédé ironique de cette formule: «Il faudrait demander à Dieu, si on osait lui demander quelques chose, et le Nôtre avait grande raison de demander au pape des tentations au lieu d'indulgences».  On retrouve la force ironique des textes dénonciateurs comme ceux de Voltaire, très copieux en antiphrases, figure de rhétorique qui permet de mettre en avant le ironique. Il faut dans la quête du bonheur se soucier de vivre ses passions. Nous avons donc une critique de la religion et une dénonciation des raisonnements moralistes des chrétiens ainsi que des stoiciens qui cherchent toujours à gérer les choses en les maîtrisant ainsi que le suggère la formule « réprimez vos passions et maîtrisez vos désirs».  

C. la  philosophie de L’épicurisme

- L'épicurisme est la philosophie mise en avant dans cet extrait. Il s'agit d'une quête et recherche de plaisirs sous toutes ses formes, proposés par la vie terrestre. Cette philosophie n'est donc pas soucieuse de religion ni de morale, mais simplement de la quête possible d'un bonheur pour l'homme qui vit dans le respect le plus total de sa nature humaine et des plaisirs que cela suppose.

Nous remarquons le champ lexical des plaisirs qui contribue à cet effet d'insister sur le thème récurrent du discours. Nous pouvons citer: «bonheur», «amour», «goût», «sensations et sentiments agréables», «désirs», «désirer»....

 

 

Dossier complémentaire: Textes complémentaires sur le thème de la passion et du bonheur

Sources:

 

 

Quest-ce que la passion ?

Létymologie peut nous aider à définir le terme de « passion

». Il nous vient du verbe latin « patior », qui signifie « souffrir

», « éprouver », « endurer », « supporter », et du substantif

« passio », qui désigne la « souffrance » et la « maladie ». La

« passion » serait donc, au sens premier, un état de souffrance

et de dépendance, dattente passive. Nous retrouvons cette acception

dans notre verbe « pâtir », et dans « la passion de Jésus-

Christ », expression qui évoque lensemble des épreuves

endurées par le Christ jusquà son supplice et à sa mort . Nous verrons que la « passion » a également été considérée

par divers auteurs comme une « maladie de lâme », nécessitant

la recherche de « remèdes ». Mais le concept a évolué ; la psychologie,

et plus particulièrement encore la psychanalyse, définit

aujourdhui la passion comme un état affectif qui se manifeste

par un attachement exacerbé, exclusif et durable à un objet,

au point de dominer la personnalité du sujet et de déterminer son comportement. Précisons chacun des points de la définition

:

il s’agit donc dun « attachement exacerbé » : ce sentiment

se singularise par son intensité, sa vivacité particulière ;

il est « exclusif » : il exige du sujet une allégeance

unique à un objet (érigé en absolu, voire réifié et fétichisé), et

efface de ses préoccupations tout ce qui nest pas lui ; tout autre

désir est relativisé, refoulé vers un statut subalterne ;

il est « durable » : contrairement à dautres phénomènes

psychiques (émotion, tendance, pulsion…), la concentration de

lintérêt et de lénergie du sujet passionné sinscrit dans une certaine

permanence ;

enfin, il oriente la personnalité et le comportement

du sujet : lirruption de la passion (le « coup de

foudre », dans le cas de la passion amoureuse) marque une rupture

dans léquilibre intérieur et la conduite de la personne en

question, en particulier dans son emploi du temps et ses activités,

si ce nest dans son état de santé physique ; tout le fonctionnement

psychique et psychosomatique du sujet sen ressent :

émotions, sentiments, désirs, et même besoins

 

 

Guerre perpétuelle entre raison et

passions, B. Pascal (1623-1662)

La thèse dune maîtrise absolue de la passion par la raison

ne convainc pas Pascal. Il discerne plutôt entre les deux ennemies

une lutte sans merci et sans trêve.

Cette guerre intérieure de la raison contre les passions a

fait que ceux qui ont voulu avoir la paix se sont partagés en deux

sectes. Les uns ont voulu renoncer aux passions et devenir

dieux, les autres ont voulu renoncer à la raison et devenir bête

brute (Des Barreaux). Mais ils ne lont pu ni les uns ni les

autres, et la raison demeure toujours qui accuse la bassesse et

linjustice des passions et qui trouble le repos de ceux qui sy

abandonnent. Et les passions sont toujours vivantes dans ceux

qui y veulent renoncer. […]

Guerre intestine de lhomme entre la raison et les passions.

Sil ny avait que la raison sans passions. Sil ny avait que les

passions sans raison. Mais ayant lun et lautre il ne peut être

sans guerre, ne pouvant avoir paix avec lun quayant guerre

avec lautre. Aussi il est toujours divisé et contraire à lui-même.

Blaise PASCAL, Pensées 410-413 + 411-412 (1657-1662), in

OEuvres complètes. Le Seuil, 1963, pp. 549 et 586.

 

Pour mieux comprendre le texte

Pascal rejette dos à dos deux illusions : celle dune suprématie de la raison (thèse soutenue par Descartes, mais aussi parles stoïciens) mais aussi celle dun abandon aux passions (que

prône Des Barreaux, auteur épicurien contemporain de Pascal).

Pascal se contente den appeler à la condition humaine :

lhomme ne peut être ni dieu ni bête, il ne saurait donc échapper

ni à la raison ni aux passions, même sil nen est pas conscient.

Connaître les passions, ce nest pas en guérir ; les démasquer

nest pas les maîtriser. De même, laisser libre cours à ses passions,

ne signifie nullement abolir la raison, par laquelle

lhomme est homme.La contradiction entre raison et passion, qui sopposent par

nature lune à lautre, ne peut être résolue au moyen de la victoire

de lune et de labdication de lautre. Il sensuit que la

guerre doit être permanente, et que la paix ne peut être signée.

Cest cette tension intérieure que lhomme doit assumer.

 

 

 

La passion aveugle les amants, Lucrèce

(97-55 Avant J. C.)

Poète latin et disciple dÉpicure (cf. textes n° 16 et 17), Lucrèce

met en garde ses lecteurs contre la passion, quil décrit

comme un facteur dillusion.

La passion aveugle les amants et leur montre des perfections

qui nexistent pas. Souvent nous voyons des femmes laides

ou vicieuses captiver les hommages et les cœurs. Ils se raillent

les uns les autres, ils conseillent à leurs amis dapaiser Vénus,

qui les a affligés dune passion avilissante ; ils ne voient pas

quils sont eux-mêmes victimes dun choix souvent plus honteux.

Leur maîtresse est-elle noire, cest une brune piquante ;

sale et dégoûtante, elle dédaigne la parure ; louche, cest la rivale

de Pallas ; maigre et décharnée, cest la biche du Ménale ;

dune taille trop petite, cest lune des Grâces, lélégance en personne

; dune grandeur démesurée, elle est majestueuse, pleine

de dignité ; elle bégaye et articule mal, cest un aimable embarras

; elle est taciturne, cest la réserve de la pudeur ; emportée,

jalouse, babillarde, cest un feu toujours en mouvement ; desséchée

à force de maigreur, cest un tempérament délicat ; exténuée

par la toux, cest une beauté languissante ; dun embonpoint

monstrueux, cest Cérès, lauguste amante de Bacchus ;

enfin un nez camus paraît le siège de la volupté, et des lèvres

épaisses semblent appeler le baiser. Je ne finirais pas si je voulais

rapporter toutes les illusions de ce genre.

LUCRÈCE, De Natura Rerum (1er siècle avant J. C), Livre

IV, trad. Lagrange-Blanchet, in Épicure et les épicuriens, textes

choisis par Jean Brun, PUF, 1961, pp. 158-159.

 

Pour mieux comprendre le texte

Le mécanisme de l’illusion dépasse chez Lucrèce le

simple phénomène de la perception fausse : il engage également

lordre imaginaire. Cest du moins le point de vue de

lobservateur impartial, qui estime que ce que le passionné tient

pour la réalité nest que chimère. Cest essentiellement dans le

domaine esthétique que ce processus fonctionne, par le biais

deuphémismes (du grec « eu » = bien, et « phêmê » = parole)

: aux yeux et dans la bouche du passionné, tout défaut est

atténué, si ce nest converti en qualité. Et Lucrèce nous en

donne toute une série dexemples : telle couleur culturellement

dévalorisée (« noire ») se mue en teinte nuancée (« brune ») ;

tel comportement déprécié (être « taciturne ») en vertu appréciée (« la réserve de la pudeur ») ; etc. La puissance de

limagination va même jusquà substituer à un caractère son

contraire : une femme louche peut prétendre au statut dAthéna

(dont « Pallas » est un surnom), déesse à la beauté légendaire ;

une particularité telle que lobésité évoque Cérès, vénérable divinité

agraire ; etc. Cette accumulation dexemples ne font

quillustrer la thèse de Lucrèce : la passion éloigne de la

réalité objective.

 

 

Lextinction du désir, Bouddha (563-483

Avant J. -C.)

Au VIe siècle avant notre ère, en Inde, le Bouddha fonde

lune des grandes religions de lhumanité, qui regroupe aujourdhui

320 millions de croyants dans le monde. Le Sermon

de Bénarès constitue son enseignement majeur ; le Bouddha y

indique la voie qui libère non seulement de la passion et de la Voici, ô bhikkus, la noble Vérité sur « dukkha ». La naissance

est « dukkha », la vieillesse est « dukkha », la maladie est

« dukkha », la mort est « dukkha », être uni à ce que lon naime

pas est « dukkha », être séparé de ce que lon aime est

« dukkha », ne pas avoir ce que lon désire est « dukkha », en

résumé, les cinq agrégats dattachement sont « dukkha ».

Voici, ô bhikkus, la Noble Vérité sur la cause de

« dukkha ».

Cest cette « soif » (désir, « tanhâ ») qui produit la reexistence

et le re-devenir, qui est lié à une avidité passionnée et

qui trouve une nouvelle jouissance tantôt ici, tantôt là, c’est-à-dire

la soif des plaisirs des sens, la soif de lexistence et du devenir,

et la soif de la non-existence (auto-annihilation).

Voici, ô bhikkus, la Noble Vérité sur la cessation de

« dukkha ».

Cest la cessation complète de cette « soif », la délaisser, y

renoncer, sen libérer, sen détacher.

Voici, ô bhikkus, la Noble Vérité, sur le sentier qui conduit

à la cessation de « dukkha ». Cest le Noble Sentier Octuple, à

savoir : la vue juste, la pensée juste, la parole juste, laction

juste, le moyen dexistence juste, leffort juste, lattention juste,

la concentration juste.

Walpola Rahula : Lenseignement du Bouddha daprès les

textes les plus anciens, p. 128, ©Éd. du Seuil, 1971.

 

Pour mieux comprendre le texte

Siddhârtha Gautama cherche des années durant la voie de

la Vérité.

À lâge de trente-cinq ans, au terme dune longue méditation,

sous un figuier, il reçoit lillumination : il devient « Bouddha

», cest-à-dire « lÉveillé ».

Son premier sermon, prononcé devant les moines qui sont

ses disciples (les « bhikkus ») dans le parc des Gazelles à Bénarès,

porte sur les « quatre Nobles Vérités » qui lui ont été révélées

:

la première concerne « Dukkha », cest-à-dire la souffrance,

la douleur, mais aussi et surtout limperfection, la finitude,

limpermanence. Cette première Vérité consiste à dire que

tout est « Dukkha », car tout est source dattachement.

La seconde Vérité concerne « Samudaya », cest-à-dire

lorigine de « Dukkha » : elle sidentifie avec une « soif », soif

de jouissance (avoir, pouvoir, savoir), mais plus fondamentalement

soif dexistence.

La troisième Vérité concerne « Nirvana », cest-à-dire

lextinction de « Dukkha ». L’anéantissement complet de

cette « soif » est le remède à la souffrance et à la passion : il

est une libération à légard de la chaîne des conditionnements.

La quatrième Vérité concerne « Marga », cest-à-dire la

voie qui conduit à « Nirvana ». Cette voie a huit branches, qui

consiste en un détachement, une discipline, un contrôle de

soi, dans tous les domaines de la vie (pensée, parole, action,

méditation…).

 

La morale bouddhiste est donc une morale du non-désir : il

sagit de ne laisser au désir aucune place en soi-même. Cette

attitude ne conduit pas à une vie de tristesse, ni même

dascétisme, mais de sérénité, dabsence de trouble, de contentement

intérieur.

 

 

 

Vaincre ses habitudes passionnelles,

Épictète (50-130)

La morale stoïcienne a notamment été élaborée par un esclave,

Épictète,
et par un empereur romain, Marc Aurèle : elle

est donc proposée à tout homme, quelle que soit sa condition.

Le texte qui suit a une portée méthodologique : il expose la

marche à suivre pour se libérer des passions.

Toute habitude et toute faculté se conserve et se fortifie par

les actions correspondantes, celle de marcher par la marche,

celle de courir par la course. Si tu veux être bon lecteur, lis ; bon

écrivain, écris. Si tu passes trente jours sans lire, mais tadonnes

à une autre occupation, tu verras le résultat. De même, si tu

restes couché dix jours, essaie après têtre levé de faire une

course un peu longue, et tu verras comme tes jambes sont paresseuses.

Dune façon générale, si tu veux bien faire une chose,

prends lhabitude de la faire. Si tu ne veux pas la faire, ne la fais

pas, mais accoutume-toi à en faire une autre plutôt que celle-là.

Il en est aussi de même pour les états de lâme. Quand tu te

mets en colère, sache que ce nest point ce seul mal qui test arrivé,

mais que, de plus, tu as fortifié lhabitude et que tu as, pour

ainsi dire, apporté des cotrets8 au feu. Quand tu as cédé à la

passion charnelle, ne compte pas cette seule défaite, mais considère

que tu as alimenté ton incontinence, que tu las accrue. Il

est impossible en effet, que, grâce aux actions correspondantes,

les habitudes et les facultés ne viennent à naître, si elles

nexistaient pas auparavant, ou ne se développent et ne prennent

de la force.

Cest ainsi assurément que naissent encore les infirmités

morales, comme lexposent les philosophes. Lorsque, en effet, tu

as été pris une fois par la cupidité de largent, si la raison a été

appliquée de façon à nous faire prendre conscience du mal, la

cupidité cesse et notre partie maîtresse est rétablie dans son état

primitif. Que si tu nappliques, au contraire, aucun remède, elle

ne reviendra pas à sa première condition, mais excitée de nouveau

par la représentation correspondante, elle sembrasera à la

flamme de la cupidité plus vite quauparavant. Et si cela se reproduit

de façon continue, un cal9 finit par se former, et

linfirmité fortifie lavarice. Celui qui a eu la fièvre, une fois rétabli,

ne se trouve plus dans le même état quavant son accès, à

moins quil nait été complètement guéri. Voilà bien aussi ce qui

arrive pour les affections de lâme. Des traces et des meurtrissures

subsistent en elle ; si on ne les efface parfaitement, aux

premiers coups reçus au même endroit, ce ne sont plus des

meurtrissures, mais des plaies qui se forment. Veux-tu ne plus

être irascible ? Ne donne pas daliment à ton habitude : ne lui

jette rien en pâture qui puisse la faire croître. Apaise la première

manifestation et compte les jours où tu ne tes pas mis en colère

: « Javais lhabitude de me mettre en colère tous les jours ;

maintenant cest tous les deux jours, puis tous les trois, puis

tous les quatre ». Et si tu te contiens durant trente jours, offre

un sacrifice à Dieu. Lhabitude est affaiblie la première fois, puis

elle est complètement détruite. « Aujourdhui, je ne me suis pas

laissé aller à la tristesse, ni le jour suivant, ni successivement

pendant deux et trois mois ; mais je me tenais sur mes gardes

quand se présentaient quelques sujets dirritation ». Sache que

cela va très bien pour toi.

ÉPICTÈTE, Entretiens, (2e siècle après J. C), trad. J. Souilhé,

© Les belles Lettres, livre 2, 1949, pp. 75-76.

 

Pour mieux comprendre le texte

Les comportements comme les états de lâme obéissent au

même mécanisme : ils sentretiennent et se renforcent par

lhabitude. De ce constat, Épictète déduit une maxime : pour se

libérer des passions, il faut combattre l’habitude passionnelle

; face à la puissance de lhabitude, il faut renoncer au

premier pas (quil sagisse dune action ou même dune simple

représentation).

Épictète exhorte même ses lecteurs à renverser la situation

courante, et à utiliser la loi de lhabitude contre les passions : le

renoncement saffermira lui-même au moyen de lhabitude du

renoncement. Ici aussi, cest le premier pas qui compte, puis la

constance. Cette appropriation de la dynamique de lhabitude,

exige cependant, à la différence du mouvement de lhabitude

passionnelle, effort et vigilance : la passion est un relâchement

passif de lâme, le renoncement une activité, leffet dune

volonté.

La morale stoïcienne se construit sur la distinction entre ce

qui ne dépend pas de nous (la santé, la richesse, lopinion

des autres, les honneurs…) et ce qui dépend de nous (la

croyance, la tendance, le désir, le refus). Nous libérer de tous

nos troubles consiste à renoncer à ce qui ne dépend pas de nous,

en agissant sur ce qui dépend de nous : en faisant un bon usage

de nos représentations. « Il ne faut pas demander que les événements

arrivent comme tu le veux », écrit Épictète dans sonmanuel10, « mais il faut les vouloir comme ils arrivent ». Car

« vouloir une chose qui ne peut arriver, c’est là la

source des passions11 ». Doù la maxime qui résume

lensemble de ces préceptes : « Supporte et abstiens-toi ».

Bien que partant dun principe différent (le renoncement à ce

qui ne dépend pas de nous, et non pas la recherche du plaisir

naturel et nécessaire), la finalité de la morale stoïcienne rejoint

celle dÉpicure : cest lataraxie (labsence de

troubles, la paix intérieure).

 

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