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Le style dans les Liaisons dangereuses, Laclos

Laclos

 

 

 

 

OBJET D’ÉTUDE : LE ROMAN

Le personnage de roman du XVIIe à nos jours

 

Le style dans Les Liaisons dangereuses,1796.

 

 

  1. L'art du savoir-écrire

 

La lettre est dangereuse parce que compromettante, aussi convient-il pour les épistoliers de s'appliquer à se compromettre le moins possible. Dans ce domaine, Mme de Merteuil est experte, c'est pourquoi elle s'érige en censeur et se permet, non seulement de critiquer le style, mais de donner des conseils à ses différents correspondants : apprendre à écrire fait partie de l'éducation de Cécile. Il faut toujours savoir déguiser ses pensées et ses sentiments : " Voyez donc à soigner davantage votre style. Vous écrivez toujours comme une enfant. Je vois bien d'où cela vient : c'est que vous dites tout ce que vous pensez et rien de ce que vous ne pensez pas. [..] Quand vous écrivez à quelqu'un, c'est pour lui et non pour vous : vous devez donc moins chercher à lui dire ce que vous pensez, que ce lui plaît davantage." (lettre 105). Elle reproche à Cécile la spontanéité de ses confidences qui de fait écrit comme elle pense et de plus maladroitement. Elle n'est pas encore rompue à l'artifice de l'écriture : on remarque des intrusions de la langue orale dans ses écrits : " J'ai pleuré que ça ne finissait pas" (lettre 27) ; son expression est naïve : se demandant si la visite attendue est celle de son futur mari, elle écrit à Sophie son angoisse : " Si c'était le Monsieur", " la main me tremble et le coeur me bat" (lettre 1) ; la maladresse de son expression, les tournures vagues traduisent le trouble dû à son inexpérience : ainsi lorsqu'elle raconte comment Valmont eut raison de sa virginité : "celui-là (=le second baiser), je ne savais pas ce qui en était, mais il m'a toute troublée" (lettre97), "je sentais bien que je ne faisais comme je le disais". Sa pudeur lui interdit de nommer les faits, "Enfin, après..., vous m'exempterez de dire le reste." (lette 97) Cécile ne change de style que lorsqu'elle écrit sous la dictée de Valmont, de sorte que le rédacteur fictif n'a pas besoin de mentionner "écrit sous la dictée de Valmont" lorsqu'elle écrit à Danceny, le lecteur a bien reconnu qu'il ne s'agissait pas de son style : il suffit de comparer la déclaration d'amour de la lettre 30 à celle de la lettre 156 :

 

Lettre 30

Lettre 156

"je vous aime bien de tout mon coeur" naïveté enfantine "Je compte avoir le plaisir de vous voir ce soir" formule banale de la conversation courante

"Je vous aime, je vous adore, je n'aimerai jamais que vous" rythme ternaire, gradation, envolée lyrique "Venez donc, mon ami, mon cher ami" tendre insistance

 

Mme de Merteuil maîtrise parfaitement cet art de la dissimulation et adapte ses propos à son destinataire. Ainsi, lorsqu'elle écrit à Mme de Volanges pour la dissuader de ne pas renoncer au mariage de sa fille avec Gercourt, elle adopte le style très conventionnel de la relation mondaine, elle la flatte, " Quoi ! vous m'honorez de votre entière confiance ! vous allez même jusqu'à me demander des conseils", elle use de précautions oratoires pour ne pas heurter son interlocutrice, "je vais donc (mais sans prétendre vous donner un avis) vous dire librement ma façon de penser." ; elle use et abuse du lexique de la vertu, elle vante les mérites des "principes inaltérables de pudeur, d'honnêteté et de modestie", elle parle "du lien indissoluble et sacré" du mariage, elle fait l'éloge des devoirs de la femme mariée, "Que serait la vertu, sans les devoirs qu'elle impose ? Son culte est dans nos sacrifices, la récompense dans nos cœurs", elle condamne la passion qui n'est qu'"un goût frivole", "une puissance illusoire", elle n'hésite pas à faire l'éloge de Gercourt, alors que c'est son pire ennemi (lettre 104) En revanche, quand elle écrit à Valmont à propos de cette lettre, elle ne déguise plus et elle dit le fond de sa pensée : " Je suis fâchée de n'avoir pas eu le temps de prendre copie de ma lettre, pour vous édifier sur l'austérité de ma morale. Vous verriez comme je méprise les femmes assez dépravées pour avoir un Amant ! [...] l'idée de nuire à Gercourt m'a donné le courage d'en dire du bien." (lettre 106)

 

Valmont use de la même technique : il écrit ce que le destinataire veut entendre : la rencontre avec Émilie est présentée comme fortuite à Mme de Tourvel, il est allé à l'Opéra pour rencontrer un ami "pour une affaire importante" et il croisa Émilie, mais à Mme de Merteuil, il avoue que cette rencontre ne doit rien au hasard, " sous un prétexte assez léger, je laissai ma Belle [...] Mais moi, j'allai tranquillement rejoindre Émilie à l'Opéra" ,ce qui constitue une preuve infaillible qu'il "n'est point amoureux" (lettre 138), bien qu'il affirme le contraire à Mme de Tourvel, "Mais quelle peine m'imposerez-vous, qui me soit plus douloureuse que celle que je ressens ? qui puisse être comparée au regret de vous avoir déplus, au désespoir de vous avoir affligée, à l'idée accablante de m'être rendu moins digne de vous ?" (lettre 137). Cependant, si Mme de Tourvel est persuadée de l'innocence de Valmont, Mme de Merteuil n'est pas dupe de Valmont, elle sait qu'il lui ment " Aussi suis-je bien sûre que vous vous êtes bien humilié, bien avili, pour rentrer en grâce avec ce bel objet" (lettre 141)

 

Mais si Mme de Merteuil recommande à Cécile la plus grande hypocrisie dans les lettres, elle distingue les lettres qui sont envoyées aux autres et celles qui lui sont destinées. Dans ces dernières, Cécile doit faire preuve de la plus grande franchise car elle ne doit rien lui cacher. De même, elle explique à Danceny que "chaque sentiment a son langage qui lui convient : et se servir d'un autre c'est déguiser la pensée qu'on exprime" : le ton de l'amitié ne doit pas se confondre avec celui de l'amour, ce que fait Danceny quand il lui écrit : "Si j'en crois mon almanach, il n'y a, mon adorable amie, que deux jours que vous êtes absente ; mais si j'en crois mon coeur, il y a deux siècles.", " N'est-ce pas cependant une véritable infidélité, une noire trahison, que de laisser votre ami loin de vous" (lettre 118) ; " ce ton de cajolerie", s'il convient à "l'expression de l'amour" est inadapté à l'expression de l'amitié. Danceny doit impérativement tenir compte de ces remarques sinon : " Je vous préviens que si vous ne vous corrigez pas, vous n'aurez plus de réponse de moi" (lettre 121)

 

Ainsi, le discours doit être adapté aux circonstances et au destinataire. Dans ce domaine, Valmont maîtrise parfaitement la diversité la diversité stylistique :

- lettre amicale à Danceny, amitié feinte et intéressée, il est vrai, où il excelle dans l'art de l"hypocrisie en affirmant que le choix qu'il fera d'aller passer la soirée avec Cécile ou avec Mme de Merteuil, lui est complètement égal puisqu'il n'y a pas "d'intérêt, mais il peut se livrer à des confidences très personnelles : " Ce que j'ajoute encore, c'est que je regrette Mme de Tourvel ; c'est que je suis au désespoir d'être séparé d'elle ; [...] Ah ! croyez-moi, on n'est heureux que par l'amour" (lettre 155)

- lettre de circonstance à Mme de Volanges, quand il veut qu'elle serve d'intermédiaire entre lui et Mme de Tourvel ( lettre qui n'est pas communiquée mais dont nous parle Mme de Volanges

- lettre injonctive à Azolan et à Cécile (lettre 84)

- lettre pleine de dévotion au Père Anselme (lettre 120)

- les lettres à Mme de Tourvel déclinent toutes les nuances : de la passion à la bienséance, en passant par la dévotion, l'équivoque et le plaidoyer pro domo (lettres 35, 48, 52, 137...) Pour autant, il n'est pas un épistolier parfait : Mme de Merteuil n'est pas seulement le censeur des plus jeunes, elle corrige aussi Valmont : il n'est pas son mari, pas même son amant, aussi doit-il parler comme un ami : "vous m'écrivez la lettre la plus maritale qu'il soit possible de voir ! Vous n'y parlez que de torts de mon côté, et de grâces du vôtre ! Mais comment peut-on manquer à celui à qui on ne doit rien ?" (lettre 152).

 

 

  1. La variété des styles

 

Dans sa préface, le rédacteur évoque "la variété des styles" comme étant une marque caractéristique de l'ouvrage, une preuve de l'authenticité des lettres, car il est inconcevable que les différents épistoliers écrivent de la même façon et il ajoute que cette variété "sauve au moins l'ennui de l'uniformité". Ainsi chaque épistolier a son propre style et pour reprendre une formule commune : dis-moi comment tu écris et je te dirai qui tu es.

 

 

  1. L'art d'écrire des libertins

 

La correspondance entre Valmont et Mme de Merteuil n'est pas régie par les même règles que celles exposées à Cécile et à Danceny, d'une part parce qu'il existe entre eux des intérêts communs (la vengeance de Gercourt), tous deux mettent leur talent d'épistolier à se jouer des autres en les manipulant, d'autre part cette connivence implique une franchise dans leurs lettres. Ainsi Mme de Merteuil se dévoile dans la lettre 81, Valmont la tient informée des progrès de ses relations avec Mme de Tourvel et Cécile, et chacun n'hésite pas à dire à l'autre ce qu'il pense de lui, surtout dans la quatrième partie, au point que l'on peut se demander si la rupture entre les deux libertins n'est pas davantage due à l'effet produit par les lettres que par les situations elles-mêmes. On peut même se demander si parfois, l'excès de franchise de Mme de Merteuil ne dépasse pas sa pensées, comme semble le prouver le début de la lettre 145 : " Sérieusement Vicomte, vous avez quitté la présidente ! [...] Vous avez surpassé mes attentes." Plus le roman progresse, plus leur relation épistolaire ressemble à une joute verbale. Par exemple, leurs correspondances se font écho, Mme de Merteuil se place en exégète des lettres de Valmont, elle lui reproche des expressions telles que "ce charme inconnu", "l'adorable", la céleste", "l'attachante Cécile" (lettre 127) , expressions extraites de la lettre 125 que Valmont va justifier dans la lettre 129, "le charme inconnu dont vous me paraissiez aussi un peu choquée, [ne suppose pas] qu'il soit plus fort", en d'autres termes elle n'a rien à craindre, sa relation avec de Tourvel n'altère en rien les sentiments qu'il éprouve pour elle. Chaque lettre, passée au crible par Mme de Merteuil, semble devenir un examen de passage pour Valmont, c'est à dire : est-il encore un libertin digne de ce nom ?

 

Mais ce qui est le plus frappant c'est qu'ils ont un style qui leur est propre. Ils usent d'un lexique particulier réservé à eux seuls. Dés sa première lettre à Valmont (lettre 2), Mme de Merteuil parle d'une nouvelle "rouerie" à mettre à leur actif. L'usage de l'italique insiste sur la spécificité de ce terme ; tous deux utilisent l'adjectif "usagé" lettre 51 et 57), avec le même sens, à savoir comme le précise la note " au courant des usages de la galanterie et du monde" ; Valmont est prêt à jouer le rôle de "Prince" avec Danceny, comprenons, celui "d'entremetteur" ; il utilise le néologisme "sentimentaire" pour désigner Danceny (lettre 144), terme équivalent à la périphrase utilisée par Mme de Merteuil pour nommer les femmes sentimentales : " les femmes à sentiments" (lettre 81) ; selon Mme de Merteuil, Mme de Tourvel est "une femme encroûtée" = embarrassée de préjugés, " terme rare au XVIII ème siècle" précise la note de bas de page (lettre 5) . Tous ces termes sont un code de reconnaissance.

 

De plus, nous avons constaté précédemment qu'ils usaient de la même technique, à savoir donner à lire ce que le destinataire voulait entendre. Mais on peut aller plus loin encore dans la comparaison de leur correspondance :

- même goût pour le persiflage et l'ironie : Valmont est fier d'avoir fait manquer à Merteuil son rendez-vous avec Danceny : "Eh bien, marquise, comment vous trouvez-vous des plaisirs de la nuit dernière ? n'en êtes-vous pas fatiguée ?" (lettre 158) ; goût encore plus prononcé chez Mme de Merteuil , " en lisant le beau récit de cette scène tendre et qui vous avait si vivement ému ; en voyant votre retenue, digne des plus beaux temps de notre chevalerie..." (lettre 106), mais aussi, lettres 127, 129, 134,141...

- même goût pour le dédain : Mme de Merteuil parle des "sublimes faveurs de votre Hautesse" (lettre 127) ; Valmont présente Mme de Merteuil à Danceny comme "une femme parfaitement usagée" (lettre 155), l'adjectif ayant ici un sens très péjoratif.

- même goût pour le ton péremptoire : même s'il est davantage la marque du discours de Mme de Merteuil : lettre 134, Mme de Merteuil décline ses exigences et en quelques lignes elle emploie trois fois le verbe " exiger" ; lettre 152, "Prenez garde vicomte". Excédé par Mme de Merteuil, jaloux de lui voir préférer Danceny, Valmont lui lance un ultimatum, "je serai ou votre ami, ou votre Amant. [...] je peux vous laisser le choix, mais non pas rester dans l'incertitude." (lettre 153)

- même goût pour la métaphore filée, tous les deux ont recours à la métaphore du théâtre, Mme de Merteuil doit " joindre à l'esprit d'un Auteur, le talent d'un comédien" (lettre 81) ; Valmont raconte l'histoire des inséparables comme un vaudeville avant l'heure, " La scène restée vide fut alternativement remplie par les autres Acteurs" (lettre 79). Notons toutefois que Valmont a plus souvent recours à la métaphore que Mme de Merteuil : métaphore de la religion pour définir le libertinage comme un sacerdoce, "Nous prêchons la foi chacun de notre côté, il me semble que dans cette mission d'amour, vous avez fait plus de prosélytes que moi. Je connais votre zèle et votre ardente ferveur..." (lettre 4) ; métaphore de la chasse pour nommer la conquête de Mme de Tourvel, Valmont n'est pas "un braconnier obscur" mais " un vrai chasseur, ou métaphore militaire pour expliquer la reddition de Mme de Tourvel, " la voilà vaincue", "ce n'est pas une simple capitulation [...] ; c'est une victoire complète, achetée par une campagne pénible et décidées par de savantes manœuvres" (lettre 125)

- même goût pour la comparaison :Mme de Merteuil compare l'infidélité de Valmont avec Émilie à celle d'un "Sultan avec "sa favorite, ce qui ne m'empêche pas de lui préférer souvent une simple odalisque" (lettre 141) ;

- même goût pour les périphrases péjoratives : Mme de Tourvel "ne sera qu'une espèce" (lettre 5) = une femme médiocre donc méprisable, Belleroche est "un manoeuvre d'amour" (lettre 113), les femmes infidèles sont "des machines à plaisir" (lettre 106) ; Valmont nomme la relation Danceny / Mme de Merteuil " une coquetterie de l'amour"

Toutefois chacun a ses tours particuliers : Mme de Merteuil a plus particulièrement le sens de la formule, "née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre", il faut vaincre ou périr" (lettre 81). Elle érige même certaines de ses formules en citations et leur confère le statut d'argument d'autorité, "Ses bras s'ouvrent encor, quand son coeur est fermé", "Ces tyrans détrônés devenus mes esclaves" , la note de bas de page ne laisse aucun doute sur les prétentions littéraires de Mme de Merteuil : " Ces vers n'ont jamais été retrouvés par la critique. on suppose donc qu'ils sont bien de Mme de Merteuil" (lettre 81) Valmont, quand il parle de Mme de Tourvel, multiplie les périphrases pour la désigner, périphrases tantôt péjoratives, tantôt élogieuses et pour n'en citer que quelques unes : "la feinte malade", " la malicieuse personne", "mon inhumaine", "la jolie prude", "ce démon de femelle", "la céleste dévote", " l'adorable dévote", "cette femme angélique", " ma sensible prude", "la timide dévote". Il ne cache pas ses émotions, sa colère qui prend les accents de Figaro dans son monologue (acte V, scène 4), "Ô femmes, femmes ! Plaignez-vous donc si l'on vous trompe ! Mais oui, toute perfidie qu'on emploie est un vol qu'on vous fait" (lettre 100), la dualité de ses sentiments, " cette femme que je hais et que j'aime avec une fureur égale" (lettre 100)

 

Valmont est tout autre quand il écrit à Mme de Tourvel, il manie le lyrisme en expert : il abuse des hyperboles et des superlatifs, comme par exemple lettre 68 : "je vous aimerai de l'amour le plus tendre, et même le plus ardent, quoique le plus respectueux. vous pourrez le désespérer mais non l'anéantir" ; il use à souhait de la ponctuation émotive et plus particulièrement des interrogatives oratoires, comme dans la lettre 137. Il a recours des formules lyriques enflammées telles, "je renouvelle à vos pieds le serment de vous aimer toujours" (lettre 68). Il est tour à tour tendre, réservé, insistant, s'accuse de ses perfidies passées ou se présente comme une victime injustement repoussée. Est-ce là le langage d'un libertin ou d'un amoureux passionné ?

 

 

  1. L'art d'écrire des autres personnages

 

La correspondance de Mme de Volanges est pleine des clichés dictés par la religion et les conventions sociales. C'est une mondaine, respectueuse de l'ordre établi et de la vertu. Elle a le goût des formules générales, des lieux communs : "L'humanité n'est parfaite dans aucun genre, pas plus dans le mal que dans le bien. Le scélérat a ses vertus, comme l'honnête homme a ses faiblesses" (lettre 32). la conclusion du roman est tout aussi impersonnelle et sentencieuse : " Qui pourrait ne pas frémir en songeant aux malheurs que peut causer une seule liaison dangereuse ! [...] Quelle femme ne fuirait pas au premier propos d'un séducteur ? Quelle mère pourrait, sans trembler, voir une autre personne qu'elle, parler à sa fille " (lettre 175).

 

Ses lettres à Mme de Tourvel, dont elle est la confidente jusqu'à la fin de la troisième partie, distillent des conseils de sagesse et de prudence ; elle s'adresse à elle au moyen d'une apostrophe conventionnelle, " ma jeune et belle amie". Son langage est très étudié, il manque de naturel et on devine qu'aucune de ses lettres n'est écrite spontanément, elle prend des distances par rapport à ses émotions, ses phrases sont longues,la syntaxe très élaborée, sans ponctuation émotive : ainsi quand elle s'interroge sur le bonheur de sa fille et sur l'attitude qu'elle doit avoir Gercourt : "Irai-je au contraire, le trahir indignement, quand il se livre à ma foi, et, tandis qu'il m'honore en me choisissant pour sa seconde mère, le tromper dans le choix qu'il veut faire de la mère de ses enfants ?" (lettre 98), de même quand elle écrit à Danceny pour le renvoyer, sa colère est largement masquée par le style respectueux de la politesse la plus conventionnelle : "Après avoir abusé, Monsieur, de la confiance d'une mère et de l'innocence d'un enfant, vous ne serez pas surpris, sans doute, de ne plus être reçu dans ma maison où vous n'avez répondu aux preuves de l'amitié la plus sincère que par l'oubli de tous les procédés." (lettre 62)

 

Mme de Rosemonde appartient à une autre époque, elle appelle Mme de Tourvel, "ma chère Belle", "mon aimable enfant" ; à travers les silences de Mme de Tourvel, elle devine les mots : "vous n'avez pas écrit son nom une seule fois. Je n'en avais pas besoin ; je sais bien qui c'est. mais je le remarque parce que je me suis rappelé que c'est toujours là le style de l'amour. Je vois qu'il en est encore comme au temps passé." (lettre 103) Elle s'exprime avec la sagesse de l'expérience et se garde bien de juger et son neveu et Mme de Tourvel. Elle est toujours dans la nuance, "quand vous devriez un jour avoir le malheur de succomber, croyez-moi, ma chère Belle, réservez-vous au moins la consolation d'avoir combattu" (lettre 103). Sa dévotion, n'est pas envahissante,comme chez Mme de Volanges , elle se veut rassurante, " Oui, ma chère Belle, Dieu, qui voulait pas que vous éprouver, vous a secourue au moment où vos forces 'épuisaient" (lettre 123). C'est le ton de l'amitié sincère, voire celui de l'affection d'une mère : la métaphore médicale exprime tout son attachement à Mme de Tourvel et son désir de l'aider : Mme de Tourvel est une "convalescente", qui l'a choisie pour "Médecin" ce qui l'autorise à lui prescrire certains "remèdes" qui l'on guérit de "la maladie effrayante" dont elle était atteinte. (lettre 126).

 

Danceny, est aux dires de Mme de Merteuil, un peu moins mauvais épistolier que Cécile, car un peu plus poète. Néanmoins, nous pouvons constater que ses lettres sont toujours dans l'excès, qu'il s'agisse de ses joies comme de ses déconvenues, qu'il s'agisse de ses relations amoureuses eu de ses relations amicales. Valmont est le meilleur des amis, Mme de Merteuil la femme la plus adorable, Cécile la plus belle et la plus attirante. Lui aussi cultive l'hyperbole, "Un malheur éternel sera le prix de l'amour le plus tendre" (lettre 28) le superlatif , les accumulations, "Serait-ce un crime d'avoir su apprécier votre charmante figure, vos talents séducteurs, vos grâces enchanteresses et cette touchante candeur" (lettre 17), les gradations, "Ô vous que j'aime ! Ô toi que j'adore ! Ô vous qui avez commencé mon bonheur ! Ô toi qui l'as comblé" et le style émotionnel, comme par exemple dans la lettre 28 : "Eh ! quoi, Mademoiselle, vous refusez toujours de me répondre ! [...] Quoi ! votre ami souffre et vous ne faites rien pour le secourir ! Il ne vous demande qu'un mot, et vous lui refusez" (lettre 28), lire aussi les lettres 118 et 148. Son enthousiasme et son exaltation lui font oublier les règles de la bienséance, il tutoie Mme de Merteuil. il use d'un langage amoureux très conventionnel, "S'il (= son sentiment) est brûlant comme mon âme, il est pur comme le vôtre" (lettre 17), "Soyez donc l'arbitre de ma destinée. par vous je vais être éternellement heureux ou malheureux."

 

A la fin du roman toutefois, le style de Danceny change. Déçu de s'être laissé prendre au piège de Mme de Merteuil, regrettant la fin tragique de Valmont, il tient à Mme de Rosemonde un discours plus maîtrisé. Il reconnaît humblement ses torts et appelle à sa bienveillance, le style est sobre, le ton n'est pas dénué d'émotion, mais elle est contenue : " Peut-être trouverez-vous la démarche que je fais aujourd'hui bien étrange ; mais je vous en supplie, écoutez-moi avant de me juger, et ne voyez ni audace, ni témérité, où il n'y a que respect et confiance." (lettre 169)

 

Le style de Mme de Tourvel évolue de la prudence et de l'austérité que lui dicte ses devoirs de femme mariée au lyrisme de la passion qu'elle éprouve pour Valmont. Le ton de ses premières lettres à Valmont est très catégorique, elle est sûre d'elle, elle multiplie les négations fortes : " Mais non, je ne ferai point une demande à celui qui ne m'a pas respectée ; je ne donnerai point une marque de confiance à celui qui a abusé de ma sécurité." (lettre 26), son langage exprime tout son attachement aux valeurs de l'église, de la fidélité, du respect, de la décence. Mais progressivement le ton change, certes il se veut tout aussi austère mais elle cache mal son trouble. Par exemple, elle qui ne connaît que l'apparence de bonheur du mariage, " mes devoirs et mes plaisirs se rassemblent dans le même objet. Je suis heureuse, je dois l'être" (lettre 56, c'est moi qui souligne), a recours à la métaphore de la tempête maritime pour parler de la puissance de la passion amoureuse : " ce que vous appelez le bonheur n'est qu'un tumulte des sens, un orage des passions dont le spectacle est effrayant, même à le regarder du rivage. Eh ! comment affronter ces tempêtes ? Comment oser s'embarquer ... Et avec qui ?..." (lettre 56). Elle ment avec délice, " Cette lettre est la dernière que vous recevrez de moi" (lettre 56), loin s'en faut qu'elle dise vrai. Si elle joue sur les nuances sémantiques qui séparent l'amitié de l'amour, pour refuser le second et n'accorder que le premier, elle se livre à des épanchements lyriques dés qu' elle ose s'avouer qu'elle est amoureuse. Fini le style empreint de dévotion, de sagesse, fini la pudeur qui l'empêchait de le nommer, lui, désormaiselle ne cache plus ses émotions, ni à Valmont, ni à Mme de Rosemonde, "C'est à votre neveu que je me suis consacrée ; c'est pour lui que je me suis perdue. Il est devenu le centre unique de mes pensées, de mes sentiments, de mes actions." (lettre 128) Elle laisse éclater son désespoir quand elle se croit trompée, "Valmont... Valmont ne m'aime plus, il ne m'a jamais aimée. [...] Il me trompe, il me trahit, il m'outrage" (lettre 135), comme le prouvent les points de suspension, la gradation, le vers blanc, trimètre romantique avant l'heure ; le rythme émotionnel traduit la douleur : " Il est donc vrai qu'il m'a sacrifiée, livrée même... et à qui ?... une vile créature... mais que dis-je ? Ah ! j'ai perdu jusqu'au droit de le mépriser." (lettre 135), mais aussi le bonheur : " Ô joie de mon coeur, comment vous exprimer ! Valmont est innocent". Et que dire la lettre 161; lettre destinée à Valmont, mais aussi à son mari, à ses amies, lettre qui traduit le trouble de ses sentiments, leur complexité, ses remords mais aussi ses regrets,passant du reproche, des accusations, "Être cruel et malfaisant" à la tendresse, "Oh! mon aimable ami, reçois-moi dans tes bras", elle demande pardon à son mari et remercie le ciel de l'avoir vengée, elle appelle au secours ses amies pour l'aider à combattre, "Vous qui m'invitiez à le fuir, aidez-moi à le combattre". Elle a même des hallucinations visuelles, "Mais quoi ! c'est lui... je ne me trompe pas ; c'est lui que je revois." Cette lettre, dictée dans un abandon total traduit un tel délire émotionnel que Mme de Tourvel prend la dimension d'une victime sacrifiée autant à l'autel de la raison qu'à celui de la passion.

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