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Un au-delà de l'absurde, la peste de Camus, un engagement fraternel

Camus, la foi métaphysique : le messianisme terrestre

 

 

 

 

 

Camus,

La peste

Fiche de lecture : bac en ligne

*** Analyse niveau bac, toutes séries

 

  • Le culte de l’union dans l’ouvrage de Camus : l’humanisme camusien
  • Le progrès vers l’humain : l’union fraternelle de l’Etranger à la Peste.

 

Analyse de la peste

 

 

Descriptif :

*** Analyse niveau bac, toutes séries

L’étude est très approfondie. Le document propose une analyse de la peste.

 

Plan d’ensemble de l’analyse :

  • - Descriptif de la peste
  • - Ascension de l’homme camusien vers la solidarité et l’union fraternelle de l’Etranger à la peste
  • - Rambert ou la volonté d’être heureux : le principe premier des hommes
  • - Mourir pour son amour
  • - La condition humaine face à la mort
  • - La peste : parabole de notre destinée
  • - Un progrès vers l’humain : connaissance et Amour
  • - Une solidarité sociale : la peste : un devoir pour les Oranais : une histoire collective
  • - la peste : un hymne à l’amour : analogie à l’homme révolté et aux justes
  • - la peste : allégorie du mal
  • - le thème de la peste : mythe philosophique et moral
  • - la peste et le plan de la création divine
  • - un fléau de Dieu : le péché originel
  • - Origine divine et caractère punitif du fléau
  • - Châtiment divin et souffrance purificatrice
  • - Dieu et l’humanisme camusien
  • - Le salut de l’homme
  • - Un au-delà de l’absurde : l’engagement fraternel

 

Lecture en ligne de la fiche de lecture

Le progrès vers l’humain : l’union fraternelle de l’Etranger à la Peste

Meursault abolit son état de conscience séparé en s’assimilant à l’état minéral de façon à sceller son éternelle union avec la terre. Mais, « l’homme camusien est condamné, lui aussi, à évoluer comme l’homme espèce. Il va maintenant manger le fruit de la connaissance du bien et du mal, être doué de raison et chassé de son paradis terrestre. Lui aussi est condamné à être libre, à chercher ailleurs que dans cet accord animal avec la terre l’unité nécessaire qui fera son vrai bonheur » ( 33) Le héros de l’Etranger, dans le oui de la réconciliation réalise son union avec la terre au prix de son humanité accordant de ce fait « son moi au non-moi physique ».

Dans la Peste, nous assistons à l’ascension de l’homme camusien qui au -delà de l’étape biologique franchit à un degré supérieur de connaissance et de solidarité, une union toute fraternelle annonçant ainsi la possible réconciliation entre « son moi et son non-moi social ».

Les curieux évènements qui font le sujet de cette chronique se sont produits à Oran, préfecture française de la côte algérienne. Ville très ordinaire, sans passé, sans désordre, sans pittoresque, sans végétation, sans âme, un lieu neutre où les hommes se contentent de leur travail, de leurs habitudes et de joies relativement simples. Mais, le matin du 16 avril, le docteur Bernard Rieux sortit de son cabinet et buta sur un rat mort au milieu du palier. Il sentit, devant la réaction du vieux Michel, le concierge, ce que sa découverte avait d’insolite. Le lendemain dans une rue qu’il longeait, il compta une dizaine de rats jetés sur les débris de légumes et les chiffons sales. Le quartier tout entier parlait des rats. Le 18 avril, les usines, les entrepôts dégorgèrent des centaines de cadavres de rats. Ils attendaient en tas dans les poubelles ou en longues files, dans les ruisseaux. La presse s’empara de l’affaire. Dans les jours qui suivirent, la situation s’aggrava. Le nombre des rongeurs allait croissant et la récolte était tous les matins plus abondante. Les rats dès le quatrième jour commencèrent à sortir pour mourir en groupes. Des réduits, des caves, des égouts, ils s’échappaient, vacillant jusqu’à la lumière pour venir agoniser près des humains. Six mille deux cent trente et un rats furent collectés et brûlés dans la seule journée du 25. Rieux trouva son premier malade, le concierge à demi versé hors du lit, une main sur le ventre et l’autre autour du cou « vomissant avec de grands arrachements une bile rosâtre dans un bidon d’ordures. La température était à trente-neuf cinq, les ganglions du cou et les membres avaient gonflés, deux tâches noirâtres s’élargissaient à son flanc ». L’état de peste fut déclaré : il s’agissait d’une fièvre à caractère typhoïde, mais accompagnée de bubons et de vomissements. Les maisons des malades devaient être fermées et désinfectées. Les proches soumis à une quarantaine de sécurité, les enterrements organisés par la ville. Le jour où le chiffre des morts dépassa toutes les craintes, Bernard Rieux pouvait lire la dépêche officielle de la préfecture : « déclarez l’état de peste. Fermez la ville ». Les oranais continuaient de faire des affaires, comme tout le monde, pensaient à eux-mêmes car ils ne croyaient pas aux fléaux. Ils étaient humanistes refusant de croire à cet écœurement devant l’avenir. « Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir? Ils se croyaient libres et personne ne sera libre tant qu’il y aura des fléaux » (34). La peste songeaient-ils s’arrêterait parce qu’elle ne s’imagine pas. Mais la ville une fois fermée, « à partir de ce moment là, il est possible de dire que la peste fut notre affaire à tous.. Un sentiment aussi individuel que celui de la séparation d’avec un être aimé devint soudain dès les premières semaines, celui de tout un peuple, et avec la peu, la souffrance principale de ce long temps d’exil.. Cette invasion brutale de la maladie eut pour premier effet d’obliger nos concitoyens à agir comme s’ils n’avaient pas de sentiments individuels » (35).

Un nouvel arrêté interdit l’échange de toute correspondance pour éviter que les lettres pussent devenir les véhicules de l’infection. Tous se résignèrent à souffrir la séparation. « En fait nous souffrions deux fois , de notre souffrance d’abord et de celle ensuite que nous imaginions aux absents, fils, épouse, amante » (36). Ainsi, la première chose que la peste apporta aux oranais fut l’exil, ils réintégraient leur condition de prisonniers, réduits à leur passé, renonçant à l’avenir, vivant avec une mémoire qui ne sert à rien, « impatients de leur présent, ennemis de leur passé et privés d’avenir » (37).

L’exilé ici n’est plus l’exilé solitaire, mais les collectifs d’exilés dans la configuration critique d’Albert Camus en 1961, celui qui « emmuré dans la vie absurde, comme Sisyphe, roule son rocher, vit dans une lucidité acquise, garde le souvenir précieux d’un bonheur entrevu et marche à travers le meurtre vers son propre anéantissement (Meursault : Martha : Caligula) ». L’exil reflète la forme camusienne du huis-clos de Sartre Par rapport à l’étranger, la peste marque le passage d’une révolte solitaire à la reconnaissance d’une communauté avec laquelle l’homme se doit de partager toutes les luttes. Cette coopération fraternelle fait dire à Camus que « s’il y a évolution de l’étranger à la peste, elle s’est faite dans le sens de la solidarité et de la participation ». Bien plus, la lutte contre l’épidémie symbolise ici toutes les formes de lutte contre toutes les formes d’oppression. Le mal qu’éprouve un seul homme devient peste collective. Le stade de la solidarité biologique qui unissait Jan et sa mère se trouve dépassé dans cette chronique. Cependant, celle-ci se manifeste encore par la médiation d’un personnage nommé Rambert : « Dans la peste, nous pouvons constater la présence de cette solidarité biologique non plus par les liens du sang, mais par les liens instinctifs, sexuels ou grégaires » (38)

Rambert avait laissé sa femme à Paris et avait décidé de partir ainsi que l’exigeait son métier de journaliste. Celui-ci estime que le bien public est fait du bonheur de chacun, à son sens la peste n’est pas l’affaire de tous : « vous comprenez docteur, je n’ai pas été mis au monde pour faire des reportages. Mais peut-être, ai-je été mis au monde pour vivre avec une femme. Cela n’est-il pas dans l’ordre? « (39)

Il insiste sur ce qui doit rester le principe premier des hommes, la volonté d’être heureux sur cette terre, la conquête de l’amour. Il ne reconnaît qu’une seule solidarité, celle qui le rattache à sa bien aimée. ‘Eh bien moi, dit-il, j’en ai assez des gens qui meurent pour une idée… ce qui m’intéresse, c’est qu’on vive et qu’on meure de ce qu’on aime…, moi, je ne vais pas plus loin » (40) . La question de la séparation entre deux être qui s’aiment est une question d’humanité estime t’-il. Conscient de sa séquestration, il sentait que cette réclusion menaçait son attachement avec sa femme. Beaucoup se dévouèrent aux formation sanitaires. Elles aidèrent les oranais à entrer plus avant dans la peste car il fallait lutter contre elle. Mais Rambert persévérait dans ses désirs personnels refusant le sacrifice de lui-même et de son amour. La peste n’était ni son devoir, ni son affaire. La bonne volonté commune des concitoyens lui restait étrangère, par elle, ils tentent d’exprimer ce qui les lie à l’humanité. Mais, seulement capable de mourir pour un amour, Rambert est incapable de mourir pour une idée. « je ne crois pas à l’héroïsme, je sais que c’est facile et j’ai appris que c’était meurtrier » (41). Dans sa détresse, l’égoïsme de son amour le préservait. D’une certaine façon, tous les habitants d’Oran avaient les sentiments communs comme la séparation, la peur mais chacun continuait à mettre au premier plan les préoccupations personnelles. Tous pensaient à la peste mais ce n’était que parce qu’elle donnait à leur séparation des risques d’être éternelle. Chacun restait seul avec ses intérêts. Cottard préfère être assiégé avec tous que prisonnier tout seul. Rieux souffre de la séparation d’avec sa femme qui malade depuis un an dut partir pour une station de montagne quelques temps avant la fermeture d’Oran, lui aussi sait qu’on se lasse des prisons, du travail, du courage pour réclamer le visage d’un être et le cœur émerveillé de la tendresse. Castel, le vieux docteur refuse la séparation d’avec sa femme, il l’a faite rentrer de voyage bravant tous les périls et, « au plus grave de la maladie, on ne vit qu’un cas où les sentiments humains furent plus forts que la peur d’une mort torturée » (42). Cette séparation brutale et prolongée les avaient mis à même de s’assurer qu’ils ne pouvaient pas vivre éloignés l’un de l’autre et qu’auprès de « cette vérité soudain mise au jour, la peste était peu de choses » (43). Au nom de leur amour, ils ont osé affronter directement le fléau. Grand, guetté par le vertige du néant, celui de la page blanche parviendra finalement à écrire à sa compagne qui est partie parce qu’il ne l’avait pas assez soutenue dans l’idée qu’elle était aimée. Celui-ci, le jour de Noel se laisse aller aux larmes plein du souvenir de son amour perdu.

La peste en fermant les portes, « tranche impitoyablement les liens de cette solidarité biologique et oblige les habitants d’Oran à parler de leurs amours seulement au passé ou au futur. Car, pour le présent, ils doivent faire face à une autre réalité humaine… ils ne sont plus liés par les liens du sang ou du sexe mais par les murs de la même cité et la souffrance de la même épidémie, cette nouvelle solidarité n’est plus d’ordre biologique mais social » (44). La peste est la peste collective, le fait de tous, elle montre la portée de cette initiation à la mesure commune. Mal spirituel, métaphysique relativement à notre existence, moral, ce fléau devient le fléau collectif.

Tous souffrent avec la même vulnérabilité et le même désarroi devant l’inintelligibilité des évènements de l’histoire. Mais « le fléau garde son pouvoir didactique, car, si nous découvrons l’écart qui nous sépare du monde, nous découvrons de même un lien qui nous rattache à l’humanité » (45). La peste est l’inexplicable, l’inéluctable. La destruction de la condition humaine face à la mort, c’est pourquoi Caligula la choisit pour modèle lorsqu’il veut rivaliser avec les Dieux. « Ni pensée universelle, ni religion cruelle, pas même un coup d’Etat, rien qui puisse vous faire passer à la postérité. C’est un peu pour cela, voyez -vous, que j’essaie de compenser la prudence du destin, c’est moi qui remplace la peste » (46).

Si la peste représente la parabole de notre destinée, elle témoigne de la résistance humaine pour celui qui ne désespère pas. Cette valeur de l’effort face à l’action apocalyptique du fléau prend son sens face à une communauté de périls et de responsabilités dans une lutte commune. Cette confiance en l’homme caractérise la plus fort de l’humanisme de la peste. La peste était devenue l’affaire de tous. Chacun éprouvait la souffrance de tous les prisonniers et de tous les exilés. Tous se heurtaient sans cesse aux murs qui séparaient leur refuge empesté de leur patrie perdue.

Ce progrès vers l’humain signe d’une possible réconciliation entre « le moi et le non-moi social » renvoie à une unité humaine qui n’est pas à fabriquer artificiellement mais à découvrir » par les voies humaines de connaissance et d’amour » ( 47). Si l’ignorance et l’égoïsme séparent, la connaissance et le don de soi rapprochent les hommes les uns des autres. Les personnages de la peste corrigent le pseudo-amour des héros séparatistes en s’élevant à la générosité, le sacrifice de soi pour certains et à la compréhension. Ainsi, Rieux interrogeant Tarrou : « Allons, Tarrou, dit-il, qu’est-ce qui vous pousse à vous occuper de cela?- Je ne sais pas. Ma morale peut-être. - Et laquelle? - La compréhension » ( 48).

Cottard ne déclara humain que celui qui peut comprendre. Rieux considère quant à lui que le mal dans le monde vient toujours de l’ignorance c’est pourquoi affirme t’-il, « l’âme du meurtrier est aveugle et il n’y a pas de vraie bonté ni de bel amour sans toute la clairvoyance possible » ou encore « tout ce que l’homme pouvait gagner au jeu de la peste et de la vie, c’était la connaissance et la mémoire » (49). « On peut dire ici que la connaissance engendre la solidarité, la solidarité, l’amour et l’amour, l’union » (50). L’évolution vers la solidarité sociale s’incarne en la personne de Rambert. Il accède à un degré de compréhension suffisant pour avouer au docteur Rieux son désir de rester parmi les séparés, car « il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul… J’ai toujours pensé que j’étais étranger à cette ville et que je n’avais rien à faire avec vous . Mais maintenant que j’ai vu ce que j’ai vu, je sais que je suis d’ici, que je le veuille ou non. Cette histoire nous concerne tous » (51). Les hommes essayaient d’exprimer ce qui les liait à l’humanité ainsi Rieux s’écria : « Mais non, aimer ou mourir ensemble, il n’y a pas d’autres ressources » (52). Certains dont Tarrou proposent des plans d’organisation pour des formations sanitaires dont Grand assurait le secrétariat. Castel fabriquait des sérums sur place. Ces formations aidaient les concitoyens à entrer plus avant dans la peste car il fallait lutter contre elle. La peste devenait le devoir de tous les oranais et cette bonne volonté leur était commune. Cottard cherchait toutes les sympathies et Rieux lors d’une visite lui fit remarquer qu’on ne pouvait pas toujours être seul. Au milieu du mois d’août la peste avait tout recouvert. Il n’y avait plus de destins individuels mais une histoire collective qui était la peste et des sentiments partagés par tous. Le plus grand était la séparation et l’exil. Cette solidarité suscitée par la compréhension engendre l’union dans l’amour et l’égalité car du point de vue supérieur de la peste, tous jusqu’au dernier séparé étaient égaux devant le fléau collectif.

La maladie avait forcé les habitants à une solidarité d’assiégés. Personne ne soustrayait plus sa souffrance au malheur collectif. Ils avaient tous perdu l’égoïsme de l’amour : « nous nous nourrissions du même pain d’exil, attendant sans le savoir la même réunion et la même paix » (53). « Selon la loi d’un cœur honnête, Rieux a pris délibérément le parti de la victime et a voulu rejoindre les hommes, ses concitoyens, dans les seules certitudes qu’ils aient en commun et qui sont l’amour, la souffrance et l’exil. C’est ainsi qu’il n’est pas une angoisse de ses concitoyens qu’il n’ai partagée, aucune situation qui n’ait été aussi la sienne »(54).

Nous retrouvons le même hymne à l’amour dans la Peste, les Justes et L’homme révolté. L’union sociale dans la solidarité et la fraternité tourne l’homme camusien vers la possibilité d’un dépassement de sa condition séparée. Alors qu’il souffre de la séparation qui l’opprime et le divise d’avec lui-même et le monde et qu’il aspire à l’union qui lui fournit les motifs de sa révolte, il parvient à ce degré de compréhension à une harmonie des contraires au sens héraclitéen du terme lui permettant ainsi de concilier les deux lois complémentaires, l’état de désunion et la nostalgie d’unité. Il tient son engagement existentiel entre le conflit et l’équilibre jusqu’à l’union sociale réalisée dans la Peste, réconciliant de ce fait son moi à son « non-moi social ». L’harmonie des tensions opposées une fois trouvée, comme celle de l’arc et de la lyre, il fait de la discorde originelle naître l’union, le bonheur humaniste.

La peste, allégorie du mal dans la monde donne aussi par la générosité et le sacrifice de soi qu’elle suscite dans l’adversité et la persévérance des oranais une issue à l’absurde. Cependant, le thème de la peste est un mythe philosophique et moral. Si l’on interroge Camus sur la portée et la signification de sa chronique réaliste d’une épidémie imaginaire, l’auteur répond : « sens de mon œuvre : tant d’hommes sont privés de grâce. Comment vivre sans la grâce? Il faut bien s’y mettre et faire ce que le christianisme n’a jamais fait : s’occuper des damnés »(55).

Les autorités ecclésiastiques décidèrent afin de lutter contre la peste d’organiser une semaine de prières collectives. La messe solennelle du dimanche fut placée sous l’invocation de Saint Roch.

Le Saint pestiféré et à cette occasion le père Pancloux fut sollicité. Lors de son premier prêche, il s’adressa à l’assistance sur ses mots : « Mes frères, vous êtes dans le malheur, mes frères vous l’avez mérité » et citant le texte de l’Exode relatif à la peste en Egypte, il poursuivit : « la première fois que ce fléau apparaît dans l’histoire, c’est pour frapper les ennemies de Dieu… trop longtemps, ce monde a composé avec le mal, trop longtemps, il s’est reposé sur la miséricorde divine. Il suffisait de visiter Dieu, il suffisait du repentir, tout était permis… vous avez cru qu’il vous suffirait de visiter Dieu le dimanche pour être libres de vos journées… Fatigué d’attendre votre venue, il a laissé le fléau vous visiter comme il a visité toutes les villes du péchés » (56).

La peste s’insère dans le plan de la création divine. Elle est l’un des fléaux de Dieu. Mais la justice divine signifie miséricorde infinie de sorte que dans sa volonté toute puissante, il transforme le bien en mal, l’éternité gît au fond de la souffrance humaine. La peste serait le signe divin de l’amour. « Aujourd’hui la vérité est un ordre. Et le chemin du salut c’est un épieu rouge qui vous le montre et vous y pousse. C’est ici mes frères, que se manifeste enfin la miséricorde divine qui a mis en toute chose le bien et le mal, la colère et la pitié, la peste et le salut. Ce fléau même qui vous meurtrit, il vous élève et vous montre la voie » (57).

Ainsi les esprits les plus clairvoyants verront cette leur exquise d’éternité au fond du gouffre. De l’origine divine et du caractère punitif de ce fléau, la peste ne serait qu’une épreuve envoyée par Dieu pout retirer les âmes de leur mortel assoupissement - châtiment divin mais souffrance purificatrice - Fidèle à son dogmatisme apologétique Paneloux répond à l’accusation de Rieux indigné de la mort d’un enfant : « je comprends. Cela est révoltant parce que cela passe notre mesure. Mais peut-être devons-nous aimer ce que nous ne pouvons pas comprendre » (58).

Mais qui pouvait affirmer que l’éternité des délices pouvait compenser la souffrance de cet enfant. Même Paneloux n’en savait rien. Qui pouvait affirmer en effet que l’éternité d’une joie pouvait compenser un instant de la douleur humaine? En vérité, il n’y avait pas de milieu, « il fallait admettre le scandale parce qu’il nous fallait choisir de haïr Dieu ou de l’aimer » (59) Le père Paneloux n’offre pas de résistance personnelle à la volonté du Tout Puissant. Même pour la mort des enfants il accepte de s’en remettre à Dieu. Si Dieu la veut, on doit vouloir la mort des enfants de même que l’on doit vouloir sa propre souffrance si Dieu l’envoie.

Le thème de la peste suppose une certaine extension. En effet, si ce fléau est dans la nature des choses, il se trouve également dans la nature des hommes, ce que les chrétiens nomment péché. Tarrou à cet égard défend d’autres dogmes et affirme d’autres certitudes. Loin de l’humilité socratique, sa conscience s’éveille à l’orgueil de la connaissance. « Avec le temps, j’ai simplement aperçu que même ceux qui étaient meilleurs que d’autres ne pouvaient s’empêcher aujourd’hui de tuer ou de laisser tuer… nous ne pouvons faire un geste en ce monde sans risquer de faire mourir. C’est pourquoi j’ai refusé tout ce qui fait mourir ou justifie qu’on fasse mourir… Je sais de science certaine que chacune la porte en soi la peste… Je sais que cela est vraie » (60)

Reconnaissant que le microbe en nous est premier, il dénonce nos tendances au mal. La peste ici est entendue au sens du péché originel : « la peste originelle en quelque sorte, la corruption s’affirme de nouveau en tous dès la naissance et sans même qu’il y ait en cette foi la faute d’Adam et Eve » (61). Mais Tarrou refuse Dieu parce qu’il demeure ce « Dieu massacreur » de Maupassant à qui il faut tous les jours morts et qui se paye des guerres de temps en temps. En somme ajoute t’-il, ce qui m’intéresse « c’est de savoir comment on devient un saint .. Peut-on être un saint sans Dieu, c’est le seul problème concret que je connaisse aujourd’hui » (62).

Et Rieux rétorque à son ami qu’il se sent plus de solidarité avec les vaincus qu’avec les Saints. « Je n’ai pas de goût, je crois pour l’héroïsme et la Sainteté. Ce qui m’intéresse, c’est d’être un homme » (63); L’ordre du monde étant réglé par la mort, peut-être vaut-il mieux pour Dieu qu’on ne croie pas en lui et qu’on lutte contre la mort, sans lever les yeux vers ce ciel ou il se tait. Le salut de l’homme affirme Rieux à Paneloux est un trop grand mot pour moi, être un homme c’est avant tout chercher à servir l’humanité. Ce refus de toute transcendance et cette foi en l’homme caractérisent l’humanisme de la Peste ainsi que le dévoile le pragmatisme lucide de Rieux qui rejette la perversité originelle. « Hors de ce monde, il n’y a point de salut », tout notre royaume est de ce monde. Sa volonté de n’être qu’un homme paraît plus ambitieuse que l’idéal de sainteté d’un Tarrou car il ne manifeste qu’un désir, celui de rester solidaire des hommes qui souffrent. L’humanisme camusien dans la peste met Dieu en accusation, son humanisme est un humanisme athée. La souffrance des innocents donne la preuve du Dieu absent. Cet argument vaut comme preuve ontologique de la non-existence de Dieu. Renoncer à Dieu en faveur de l’homme, refuser toute médiation divine, sauver l’homme par l’amour, à cet égard la peste nous oriente vers l’au-delà de l’absurde. Les conversions à la solidarité fraternelle, à la grande aventure collective au nom de la fraternité humaine nous détournent de Sisyphe pour nous ramener à l’action de Rieux, c’est-à-dire, vers le dépassement de l’absurde dans l’engagement fraternel. Les oranais savaient maintenant que s’ils est une chose qu’on puisse désirer toujours et obtenir quelquefois, c’est la tendresse humaine. ‘Pour tous ceux au contraire, qui s’étaient adressés par-dessus l’homme à quelques chose qu’ils n’imaginaient même pas, il n’y avait pas eu de réponse. Tarrou avait semblé rejoindre cette paix difficile » (64).

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33 - Pierre Nguyen-Van-Huy, la métaphysique du bonheur chez Albert Camus - Etat de séparation, p. 31.

34 - Camus, la Peste, I

35 - Camus, la Peste, II

36 - Camus, la Peste, II

37 - Camus, la Peste, II

38 - Pierre Nguyen-Van-Huy, la métaphysique du bonheur chez Albert Camus - la réalisation de l’amour maternel, P. 181

39 - Camus, la Peste, II

40 - Camus, la Peste, II

41 - Camus, la Peste, II

42 - Camus, la Peste, I

43 - Camus, la Peste, I

44 - Pierre Nguyen-Van-Huy, la métaphysique du bonheur chez Albert Camus - la réalisation de l’amour maternel, P. 182

45 - Louis Faucon, Notice Albert Camus, la Peste

46 - Camus, Caligula, acte IV, scène 6

47 - Pierre Nguyen-Van-Huy, la métaphysique du bonheur chez Albert Camus - la réalisation de l’amour maternel, P. 179

48 - Camus, la peste II

49 - Camus, la peste II

50 - Pierre Nguyen-Van-Huy, la métaphysique du bonheur chez Albert Camus - la réalisation de l’amour maternel, P. 179

51 - Camus, la Peste, I

52 - Camus, la Peste, II

53 - Camus, la Peste, III

54 - Camus, la Peste, IV

55 - Camus, C2, 129 - 130

56 - Camus, la Peste, II

57 - Camus, la Peste, II

58 - Camus, la peste, IV

59 - Camus, la peste, IV

60 - Camus, la peste, IV

61 - Camus, la peste, IV

62 - Camus, la peste, IV

63 - Camus, la peste, IV

64 - Camus, la peste, V

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