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 Philosophie, bac 2015

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 Français, bac 2015

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Questions sur corpus, Séries générales poésie, corpus sur Victor Hugo

 

victor Hugo

 

 

 

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    Questions sur corpus, Séries générales poésie, corpus sur Victor Hugo

    Objets d’étude : la poésie ; Sujet corrigé EAF

    convaincre, persuader, délibérer

    TEXTES

    • A. Victor Hugo (1802-1885), « la Victoire », Histoire d’un Crime, 4 décembre 1852 (publié en 1877 – 1878).
    • B. Victor Hugo, « Souvenir de la nuit du 4 », Les Châtiments, Jersey, 2 décembre 1852 (publication novembre 1853).
    • C. Victor Hugo, Lettre à Hetzel, 6 février 1853.
    • Annexes
    • Catherine Salles, Le Second Empire, 1852/1870, coll. « Histoire de France illustrée », n°12, Librairie Larousse, 1985.
    • Guy Rosa, extrait de la chronologie historique, édition des Châtiments, Le Livre de Poche, 1973.

    A. Présentation du sujet

    Il n’est sans doute pas nécessaire de démontrer la cohérence du corpus : un auteur unique,

    une circonstance historique très délimitée, une conception et une manifestation de la poésie

    explicites. L’intérêt de la confrontation entre les deux textes de Hugo - le récit en prose, le

    poème - apparaît d’emblée. La comparaison entre les deux pages permet en effet de travailler

    sur deux versions d’un même épisode douloureux, de confronter deux moyens d’expression

    différents, de travailler sur la spécificité de chacun des deux textes, comme y invitent les

    nouveaux programmes de la classe de première (voir le sujet du commentaire). Chacun voit

    bien encore combien il est aisé sur un pareil corpus de rendre sensibles les élèves à la

    singularité du texte poétique, à la qualité des moyens qu’il met en oeuvre, aux effets qu’il

    produit. La lettre à Hetzel situe les deux récits précédents, « paroles indignées », dans une

    vision plus large de la poésie et de l’écriture hugoliennes (voir le sujet de dissertation).

    L’ensemble des documents fournis en annexe démontre aussi la nécessité de situer les textes

    dans un contexte - en l’occurrence historique, biographique et politique - pour en apprécier la

    portée et l’enjeu.

    On aura noté que ce sujet se situe au croisement de deux objets d’étude obligatoires dans

    toutes les séries : « La poésie » et «Convaincre, persuader, délibérer ». Les trois textes de

    Hugo, avec des moyens et des visées différents, procèdent en effet de l’argumentation. Les

    deux récits - en prose et en vers - non seulement prononcent des réquisitoires contre Napoléon

    III et son régime, mais fonctionnent dans leur totalité comme des actes d’accusation. La mort de

    l’enfant devient un exemple de la barbarie de ce régime et sa dénonciation à elle seule devrait

    pouvoir réveiller les consciences, persuader les lecteurs de l’ignominie de l’Empereur honni et

    de ses méthodes de gouvernement. La lettre à Hetzel est celle d’un « homme politique » - c’est

    ainsi que se désigne Hugo - ; elle sonne aussi comme un manifeste, une profession de foi qui

    proclame la fonction du poète, les missions d’une poésie « honnête mais pas modérée ». C’est

    la dimension argumentative des textes du corpus qui donne aux élèves les moyens d’amorcer

    la réflexion à laquelle les invite le sujet de dissertation.

    La question et le commentaire portant sur une comparaison entre les deux pages, il nous

    paraît utile de proposer ci-après quelques-unes, selon le mot d’Aragon (voir sujet du

    commentaire), des « mille choses à dire de cette prose et de ces vers comparés ».

    Eléments de corrigé pour le professeur

    "Souvenir de la nuit du 4" est un des plus bouleversants poèmes, polémique et lyrique, de

    Hugo. Aragon l’a par ailleurs magnifiquement commenté. En raison de sa densité et de sa

    puissance, le poème apparaît curieusement comme une réécriture du récit en prose, alors

    même qu’il est antérieur. En effet dans la « quatrième journée » d’Histoire d’un crime (La

    Victoire, I, « Les faits de la nuit. – La rue Tiquetonne », chapitre écrit en 1877-1878), Hugo

    précise : « J’ai raconté ailleurs cette chose tragique » et précise en note « Châtiments ». Il nous

    invite ainsi lui-même à lire les deux textes en les confrontant. Loin de prétendre épuiser les

    éléments de comparaison, nous nous contentons ici de suggérer quelques pistes de lecture analytique des deux textes.

    Les similitudes sont nombreuses. Les mêmes événements historiques servent de cadre à la

    même « anecdote » dramatique : ce sont des « choses vues » par un témoin direct, journaliste

    de talent et visionnaire puissant, rapportées par un narrateur qui maîtrise les procédés de la

    prose et de la poésie pour faire éprouver à son lecteur des émotions puissantes. Le narrateurtémoin

    note les mêmes éléments descriptifs qui évoquent un décor et un univers marqué par la

    simplicité et l’humilité. Se met en place un tableau pathétique qui appelle la comparaison avec

    les piétà : la grand-mère porte le corps de l’enfant mort, tout comme Marie soutient le corps de

    Jésus à la descente de la croix. Le même mouvement soulève les deux récits : on passe d’une

    veillée funèbre à la condamnation d’un régime politique. Les deux textes articulent les registres

    tragique et polémique.

    L’analyse du récit en prose révèle quelques traits d’écriture particuliers qui le distinguent

    nettement du poème.

    Le récit est localisé avec précision (Rue Tiquetonne). Il indique la présence d’autres témoins

    identifiés. Ainsi il répond à l’objectif que s’assigne Hugo dans l’Histoire d’un crime : « J’(…) ai

    déclaré que j’avais un devoir, celui de faire l’histoire immédiate et toute chaude de ce qui vient

    de se passer. Auteur, témoin et juge, je suis historien tout à fait. » ou encore dans la Préface de

    1877 : « Le proscrit s’est immédiatement fait historien. Il emportait dans sa mémoire indignée

    ce crime, et il a voulu n’en rien laisser perdre. De là ce livre ». Mais l’historien se fait procureur

    et son récit se construit comme un acte d’accusation.

    Soulignant un mouvement dramatique, il suit une progression chronologique et spatiale

    régulière : le lecteur suit l’action de la rue obscure à la maison, de l’entrée à la chambre ; le

    regard se focalise sur les objets, enfin sur le corps de l’enfant dont on détaille les parties : le

    front, les yeux, la tête, l’épaule, les pieds… Ce mouvement est souligné encore par un effet de

    dramatisation intense : « Une chose qui était dans l’ombre » amène « Je m’approchai » qui

    conduit à fixer le regard sur le corps : « Ce qu’elle avait dans les bras, c’était un enfant mort ».

    Mais le mouvement se prolonge encore, rapprochant le regard et le corps du narrateur de

    l’enfant ensanglanté : « deux trous rouges au front », « deux filets de sang « , «J’avais du sang

    aux lèvres ». Ce mouvement lent, inexorable, éprouvant, traduit l’horreur qu’éprouve le

    narrateur et produit sur le lecteur un effet de pathétique violent.

    Le discours « farouche » de l’aïeule est rapporté essentiellement en discours indirect à

    l’exception de quelques cris d’autant plus désespérés : « Je veux qu’on me le rende ». La

    douleur et la colère de la grand-mère sont marquées encore par l’éclatement du discours

    narrativisé dont on entend des bribes, dont le texte souligne les exclamations, les

    interrogations.

    Le récit en prose apparaît comme un texte narratif d’une grande sobriété où apparaissent

    des insistances puissantes : le motif du sang, le thème de la fragilité (« enfant », « petit » aux

    multiples occurrences, « vieille »). Il présente dans le même tableau dramatiquement construit

    l’impuissance des « misérables » devant les horreurs d’un régime, l’impuissance des témoins

    devant la douleur et le scandale de la mort, la révolte latente.

    Le poème se construit en deux parties (un tableau dramatique / un discours politique), mais

    l’unité de l’ensemble est fortement marquée par la construction en boucle : le dernier vers fait

    écho au premier, mettant sous les yeux du lecteur le spectacle affligeant d’un enfant tué.

    Dans la présentation de la scène tragique, Hugo a effacé l’inutile, l’accessoire : pas de

    localisation précise, aucune identification des témoins, un « nous » sobre et général (« des

    nôtres ») inclut le narrateur sans que son rôle soit mis en évidence. Un groupe humain indéfini,

    tel un choeur tragique, devient le témoin de la douleur pathétique d’une aïeule. Identiquement,

    les interventions du narrateur-témoin résonnent comme les commentaires du choeur de la

    tragédie antique : « dans la rue où on en tuait d’autres » ; « Hélas ! ce que la mort touche de

    ses mains froides… ». La mise en scène focalise l’attention du lecteur sur l’essentiel, objet de

    douleur et de scandale : l’enfant mort. L’effet saisissant obtenu par le premier vers est ainsi

    soutenu dans la totalité d’un poème.

    Le fait-divers dramatique – comme souvent chez Hugo – se transforme en symbole. Cette

    élévation est sensible dans le discours de l’aïeule rapporté « directement ». ce n’est pas la

    seule différence avec le récit en prose. Le discours est plus long et plus organisé. Dès lors, sa

    puissance et sa véhémence s’en trouvent accrues. L’interpellation (« Avez-vous vu saigner la

    mûre dans les haies ? », les métaphores, les comparaisons (« comme un bois qui se fend »)

    cherchent à exprimer l’indicible et permettent de détourner l’attention de la vision insoutenable

    (« saigner la mûre ») ou au contraire de suggérer la violence brutale du choc (le crâne qui se

    fend, puissance de la rime « fend/ enfant »). Le rythme des vers contribue à créer le climat de

    tension et le registre pathétique. Par exemple l’enjambement de « Sa bouche / Pâle, s’ouvrait »

    accroît la force de l’adjectif placé en rejet et associe le mouvement du détail pictural à

    l’ouverture de la voyelle [a].

    Le discours politique adressé à l’aïeule frappe par la violence de la diatribe et son ironie

    grinçante. Dans un effet admirable de polyphonie énonciative, Hugo fait entendre la voix

    officielle de Napoléon III. Les citations de ses discours - programmes (« Il sauve / la famille,

    l'église, la société » met en place un alexandrin avec une diérèse fortement ironique)

    s’opposent antithétiquement à la réalité de sa politique : crimes, assassinats d’enfants,

    répression sanglante, déni de justice. Une articulation logique (« C’est pour cela que… ») met

    en parallèle les préoccupations futiles, le goût du luxe, l’orgueil de la société impériale et la

    tragique réalité. La visée polémique et satirique du poème retrouve celles de l’ensemble du

    recueil Les Châtiments.

    B. Question

    • Après avoir lu les textes qui vous sont proposés et pris connaissance des annexes 1 et 2, vous répondrez à la question suivante :
    • Que dénonce Victor Hugo dans les textes A et B ? Quel est celui des deux textes qui vous paraît le plus susceptible d’émouvoir et d’indigner ses lecteurs. Justifiez votre réponse.

    On notera que la question posée prépare à la fois au commentaire, à la dissertation et au second sujet d’invention.

    Les analyses suggérées dans la présentation du sujet offrent des éléments de comparaison

    et d’interprétation suffisants pour répondre à la question. On n’attend pas des élèves le même

    travail. La réponse à la question impose toutefois que soient présentés :

    - l’identification de l’acte d’accusation que dresse Hugo dans les deux textes : mise en cause

    d’un régime autoritaire, violence de la répression, scandale d’une situation qui condamne à la

    mort des enfants ;

    - quelques-uns des choix qui distinguent les deux textes. Certains élèves peuvent être plus

    sensibles à la dramatisation du récit en prose ; d’autres au climat pathétique qu’instaure le texte

    poétique. On ne saurait ici imposer une quelconque hiérarchie entre les deux textes, même si le

    poème s’avère d’une puissance émotive prodigieuse.

     

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