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Questions sur corpus, Claudel, R.Gary, Camus : des héros de roman courageux

 

 

 

 

Corpus :  Camus, Gary, Claudel

 

*** Le personnage adjuvant

Objet d'étude : le roman et ses  personnages

 

 


Texte 1
Une épidémie de  peste sévit à Oran, en Algérie, dans  les          années quarante.  Lorsque le fléau disparaît enfin, il fait  une          dernière victime en la  personne de Tarrou, l'ami du médecin  Rieux,          le héros du  roman.
À midi, la fièvre était à  son sommet. Une sorte  de               toux viscérale secouait le corps du malade qui  commença               seulement à cracher du sang. Les ganglions avaient  cessé               d'enfler. Ils étaient toujours là, durs comme des écrous,  vissés               dans le creux des articulations, et Rieux jugea impossible  de               les ouvrir. Dans les intervalles de la fièvre et de la  toux,               Tarrou de loin en loin regardait encore ses amis. Mais,  bientôt,               ses yeux s'ouvrirent de moins en moins souvent, et la  lumière               qui venait alors éclairer sa face dévastée se fit plus pâle  à               chaque fois. L'orage qui secouait ce corps de  soubresauts               convulsifs l'illuminait d'éclairs de plus en plus rares  et               Tarrou dérivait lentement au fond de cette tempête.  Rieux               n'avait plus devant lui qu'un masque désormais inerte où  le               sourire avait disparu. Cette forme humaine qui lui avait été  si               proche, percée maintenant de coups d'épieu, brûlée par un  mal               surhumain, tordue par tous les vents haineux du  ciel,               s'immergeait à ses yeux dans les eaux de la peste et il  ne               pouvait rien contre ce naufrage. Il devait rester sur le  rivage,               les mains vides et le cœur tordu, sans armes et  sans               recours, une fois de plus, contre ce désastre. Et à la fin,  ce               furent bien les larmes de l'impuissance qui empêchèrent Rieux  de               voir Tarrou se tourner brusquement contre le mur, et  expirer               dans une plainte creuse, comme si, quelque part en lui,  une               corde essentielle s'était rompue. La nuit qui suivit ne fut pas celle de la  lutte,  mais               celle du silence. Dans cette chambre retranchée du  monde,               au-dessus de ce corps mort maintenant habillé, Rieux  sentit               planer le calme surprenant qui, bien des nuits auparavant,  sur               les terrasses au-dessus de la peste, avait suivi l'attaque  des               portes. Déjà, à  cette               époque, il avait pensé à ce silence qui s'élevait des lits où  il               avait laissé mourir des hommes. C'était partout la même  pause,               le même intervalle solennel, toujours le même apaisement  qui               suivait les combats, c'était le silence de la défaite. Mais  pour               celui qui enveloppait maintenant son ami, il était si  compact,               il s'accordait si étroitement au silence des rues et de la  ville               libérée de la peste, que Rieux sentait bien qu'il  s'agissait               cette fois de la défaite définitive, celle qui termine  les               guerres et fait de la paix elle-même une souffrance  sans               guérison. Le docteur ne savait pas si, pour finir, Tarrou  avait               retrouvé la paix, mais, dans ce moment tout au moins, il  croyait               savoir qu'il n'y aurait plus jamais de paix possible  pour               lui-même, pas plus qu'il n'y a d'armistice pour la mère  amputée               de son fils ou pour l'homme qui ensevelit son ami.
Albert Camus, La Peste, 1947.
 
Texte 2
Romain, alors qu'il  est lycéen, découvre un jour sa mère  en          proie à un malaise et  apprend ainsi qu'elle est diabétique.
Je sentis qu'il fallait me  dépêcher, qu'il me fallait  en               toute hâte écrire le chef-d'œuvre immortel, lequel,  en               faisant de moi le plus jeune Tolstoï de tous les temps,  me               permettrait d'apporter immédiatement à ma mère la récompense  de               ses peines et le couronnement de sa vie. Je m'attelai d'arrache-pied à la  besogne. Avec l'accord de ma mère, j'abandonnai provisoirement  le               lycée, et, m'enfermant une fois de plus dans ma chambre, me  ruai               à l'assaut. Je plaçai devant moi trois mille feuilles  de               papier blanc, ce qui était, d'après mes calculs, l'équivalent  de              Guerre et Paix, et ma mère m'offrit une robe  de               chambre très ample, modelée sur celle qui avait fait déjà  la               réputation de Balzac. Cinq fois par jour, elle  entrouvrait               la porte, déposait sur la table un plateau de victuailles  et               ressortait sur la pointe des pieds. J'écrivais alors sous  le               pseudonyme de François  Mermont.               Cependant, comme mes œuvres m'étaient  régulièrement               renvoyées par les éditeurs, nous décidâmes que le  pseudonyme               était mauvais, et j'écrivis le volume suivant sous le nom  de               Lucien Brûlard. Ce pseudonyme ne paraissait pas non  plus               satisfaire les éditeurs. Je me souviens qu'un de ces  superbes,               qui sévissait alors à la NRF, à un moment où  je crevais de faim à Paris,  me               retourna un manuscrit, avec ces mots : « Prenez  une               maîtresse et revenez dans dix ans. » Lorsque  je               revins, en effet, dix ans plus tard, en 1945,  il               n'était malheureusement plus là : on l'avait  déjà               fusillé. Le monde s'était rétréci pour moi jusqu'à devenir  une               feuille de papier contre laquelle je me jetais de tout  le               lyrisme exaspéré de l'adolescence. Et cependant, en dépit de  ces               naïvetés, ce fut à cette époque que je m'éveillai entièrement  à               la gravité de l'enjeu et à sa nature profonde. Je fus  étreint               par un besoin de justice pour l'homme tout entier, quelles  que               fussent ses incarnations méprisables ou criminelles, qui me  jeta               enfin et pour la première fois au pied de mon œuvre  future,               et s'il est vrai que cette aspiration avait, dans ma  tendresse               de fils, sa racine douloureuse, tout mon être fut enserré peu  à               peu dans ses prolongements, jusqu'à ce que la  création               littéraire devînt pour moi ce qu'elle est toujours, à ses  grands               moments d'authenticité, une feinte pour tenter d'échapper  à               l'intolérable, une façon de rendre l'âme pour  demeurer               vivant.
Romain Gary, La Promesse de  l'aube,               1960.
 
Texte 3
Monsieur Linh fuit  son pays d'Asie en guerre et s'exile  en          Occident avec sa  petite-fille, Sang diû.
C'est un vieil homme  debout à l'arrière d'un bateau.  Il               serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né,  plus               léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme  Monsieur               Linh. Il est seul à savoir qu'il s'appelle ainsi car tous  ceux               qui le savaient sont morts autour de lui. Debout à la poupe du bateau, il voit  s'éloigner son  pays,               celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses  bras               l'enfant dort. Le pays s'éloigne, devient infiniment petit,  et               Monsieur Linh le regarde disparaître à l'horizon, pendant  des               heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme  une               marionnette. Le voyage dure longtemps. Des jours et des jours. Et  tout               ce temps, le vieil homme le passe à l'arrière du bateau,  les               yeux dans le sillage blanc qui finit par s'unir au ciel,  à               fouiller le lointain pour y chercher encore les  rivages               anéantis. Quand on veut le faire entrer dans sa cabine, il  se               laisse guider sans rien dire, mais on le retrouve un peu  plus               tard, sur le pont arrière, une main tenant le  bastingage,               l'autre serrant l'enfant, la petite valise de cuir bouilli  posée               à ses pieds. Une sangle entoure la valise afin qu'elle ne puisse  pas               s'ouvrir, comme si à l'intérieur se trouvaient des  biens               précieux. En vérité, elle ne contient que des vêtements  usagés,               une photographie que la lumière du soleil a presque  entièrement               effacée, et un sac de toile dans lequel le vieil homme a  glissé               une poignée de terre. C'est là tout ce qu'il a pu emporter.  Et               l'enfant bien sûr. L'enfant est sage. C'est une fille. Elle  avait               six semaines lorsque Monsieur Linh est monté à bord avec  un               nombre infini d'autres gens semblables à lui, des hommes et  des               femmes qui ont tout perdu, que l'on a regroupés à la hâte et  qui               se sont laissé faire. Six semaines. C'est le temps que dure le voyage.  Si               bien que lorsque le bateau arrive à destination, la petite  fille               a déjà doublé le temps de sa vie. Quant au vieil homme, il  a               l'impression d'avoir vieilli d'un siècle.
 
Philippe Claudel, La Petite Fille de  Monsieur               Linh, 2005.
 

Question

Quelle image du héros de roman chacun de ces  textes      propose-t-il ?
 
Question : la correction
Les textes du présent  corpus sont tous trois extraits de      récits des xxe et xxie siècles.       Le premier est tiré de La Peste de Camus, roman  publié      en 1947. Le deuxième est extrait de  l'autobiographie de Romain Gary      intitulée La Promesse de l'aube, publiée en  1960.      Le dernier extrait est tiré d'un roman de  Philippe Claudel publié      en 2005, La  Petite Fille de Monsieur      Linh. Ces trois  extraits donnent diverses images du héros       confronté à l'adversité. Dans La Peste, le  docteur      Rieux assiste, impuissant, à la mort de  son ami Tarrou. Le      narrateur-personnage de La Promesse de l'aube,  pour      plaire à sa mère malade, entreprend de se  lancer dans l'écriture. Dans      le roman de Philippe  Claudel, le personnage de Monsieur Linh doit fuir       son pays en bateau, portant dans ses bras sa petite-fille  de      six semaines. Le docteur Rieux et Monsieur Linh  incarnent chacun à leur manière      des héros  tragiques, impuissants mais dignes face à un  événement      douloureux. Le narrateur du roman de  Camus insiste sur l'impuissance du      médecin : il  juge « impossible » d'ouvrir les ganglions      de son  ami agonisant ; « il ne [peut] rien » contre le      « naufrage » de Tarrou ; enfin, ce sont les « larmes       de l'impuissance » qu'il verse quand son ami expire. Rieux  est      également un héros « révolté », qui, malgré  l'absurdité du      monde et « le silence de la défaite », s'est efforcé de livrer      des « combats » contre  la peste. Dans cette scène, Rieux donne      aussi  l'image d'un héros pathétique, qui vient de perdre un  ami      « qui lui avait été si proche », alors même  que la ville vient      d'être « libérée de la peste ». Cette situation douloureuse le      conduit à un exil  moral : « il n'y aurait plus jamais de paix       possible pour lui-même ». Dans le roman de Philippe Claudel,  nous      n'accédons pas avec autant de précision aux  pensées du héros, mais la      dignité du personnage de  Monsieur Linh est déjà suggérée par la manière       dont il est présenté : « debout à l'arrière d'un       bateau ». Comme Rieux, sa douleur n'est jamais explicitée,  mais      elle est sensible à travers l'évocation du  massacre de ses      proches : ceux qui « savaient [son  nom] sont morts autour de      lui ». On comprend  également que l'exil qu'il subit est un       arrachement insupportable, par l'obstination avec laquelle il  fixe      l'horizon de son pays qui s'éloigne  inexorablement, mais aussi par des      signes tels que  sa valise, dont le contenu dérisoire laisse deviner  une      fuite précipitée, et, bien sûr, sa  petite-fille de six semaines,      probable rescapée du  massacre, qu'il emmène dans son exil. Monsieur  Linh      incarne donc une figure à la fois tragique et  pathétique ; il est      l'image souffrante et sublime  de la guerre civile et de l'exil ; il      est  également le héros qui, malgré l'horreur et la peine endurées,  se      place du côté de la vie, en jetant ses  dernières forces dans l'éducation      de sa  petite-fille. Le personnage de La Promesse  de      l'aube est présenté par son narrateur avec  plus de distance. Il      semble incarner davantage un  héros de roman d'apprentissage :      d'abord  adolescent fougueux et naïf, il cherche à écrire, pour  consoler      sa mère malade de ses peines, un « chef-d'œuvre      immortel », et se rêve d'emblée en « plus jeune Tolstoï de      tous les temps ». À partir  de là, il s'applique les clichés de      l'écrivain  forçat, qui, avec la respectueuse complicité de sa  mère,      s'enferme dans sa chambre et veut noircir « trois mille      feuilles de papier blanc ». Cependant,  cette naïveté initiale      semble amener le héros à  prendre conscience de sa véritable vocation       d'écrivain, et des enjeux profonds de son désir d'écrire. Le jeune  homme      mue progressivement vers une forme  d'humanisme, « étreint par un      besoin de justice  pour l'homme tout entier ». Les personnages de ce corpus illustrent bien la  figure dominante      du héros dans la littérature  moderne : doté, à l'instar des héros      « traditionnels », de vertus positives – courage,       dignité –, il reste cependant humain dans son impuissance  à      changer le monde, sa faiblesse ou sa  naïveté.
 
Quel est le rôle  du personnage adjuvant?
 
Par exemple dans la  Promesse de l'aube de R. Gary : la mère = aide à persévérer
Dans Claudel, la Petite  fille de M. Linh = le personnage adjuvant est la petite fille qui est une  poupée. Toute l'histoire se rapporte à cette petite fille. Il n'y aurait pas  d'histoire sans elle

 

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