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Quels aspects différents du personnage mythique de DJ apparaissent dans ces textes?

Molière, Dom Juan

 

Dom Juan à l'examen

Consultez le dossier bac

 

 

Travail sur corpus de textes


Quels aspects différents du personnage mythique de DJ apparaissent dans ces
textes ?


- Tirso de Molina
- La nuit de Valognes de Schmitt
- Air du catalogue chez Mozart
- Don Juan aux Enfers de Baudelaire
- DJ d’Hoffmann


Les réécritures de DJ

tirso-de-molina
Les fourberies du séducteur : Tirso
- Les scènes VII et VIII de la pièce de Tirso montrent l’un des stratagèmes
préférés du séducteur : profitant de l’obscurité pour s’introduire chez sa
victime qui le prend d’abord pour son époux ; il parvient à ses fins par la
force et par la ruse
- Tout en imposant ses désirs, il enjôle la paysanne par de lyriques
flatteries et des promesses de mariage mirobolante eu égard à la
différence sociale
- Les deux apartés révèlent au spectateur l’ironie cynique de DJ
En accord avec sa double finalité comique et édifiante, la pièce baroque à
l’origine du mythe présente un séducteur perfide pour qui le jeu hédoniste et
l’impérieux désir de possession érotique sont la seule loi qui vaille


Un révolté en quête d’absolu : Hoffmann
- Le texte d’Hoffmann est un discours du personnage-narrateur à
l’intérieur du récit, sous forme d’une méditation sur DJ
· Bien différent du héros de la pièce espagnole
· DJ présenté comme un être d’exception, voué par nature au
triomphe et à la domination mais écartelé entre Dieu et le Diable
· Le diable le conduit à chercher dans la sensualité de quoi compenser
en vain son insatisfaction spirituelle
· Déçu, DJ se lance dans une révolte métaphysique qui est aussi une
descente aux Enfers
Ce texte est caractéristique de l’interprétation romantique de DJ
- Au XIX, le pers du séducteur, mû par une double postulation divine et
satanique
- Figure un être en quête d’un impossible idéal
- Se révolte contre la condition humaine dans un monde trop mesquin
pour lui
Hoffmann, DJ très particulier car la position de maudit tourne au profit du
séducteur : DJ est mué en âme religieuse que la divinité a trompée en refusant
Cours en ligne  prépabac: de satisfaire des aspirations qu’elle avait suscitées : le libertin cesse d’être
coupable devant Dieu.
Avec les romantiques, on se met à aimer DJ. Sort grandi par son malheur, son
désenchantement
- on le rêve fatigué, mélancolique
- devient un beau destructeur
- fascinateur fasciné par le mal

litterature


Le champion du défi orgueilleux : Baudelaire
- Tout en comportant de nombreuses références à la pièce de Molière, le
poème de Baudelaire transpose le mythe de DJ dans l’univers de la
mythologie antique
- Lecture accordée à sa propre sensibilité
- Il n’est pas question ici de salut ou de repentir : seul contre toutes ses
victimes qu’il ne daigne pas même regarder, le libertin damné se mure
dans sa logique du défi absolu, dans son péché d’orgueil ou d’hybris, qui
le conduit aussi à accepter son châtiment avec une hautaine sérénité
DJ romantique qui est peut-être une image de l’artiste maudit, génial mais
damné par la société

« Don Juan aux Enfers »

 

Quand Don Juan descendit vers l'onde souterraine

Et lorsqu'il eut donné son obole à Charon,

Un sombre mendiant, l'œil fier comme Antisthène,

D'un bras vengeur et fort saisit chaque aviron.

 

Montrant leurs seins pendants et leurs robes ouvertes,

Des femmes se tordaient sous le noir firmament,

Et, comme un troupeau de victimes offertes,

Derrière lui traînaient un long mugissement.

 

Sganarelle en riant lui réclamait ses gages,

Tandis que Don Luis avec un doigt tremblant

Montrait à tous les morts errant sur les rivages

Le fils audacieux qui railla son front blanc.

 

Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire

Près de l'époux perfide et qui fut son amant,

Semblait lui réclamer un suprême sourire

Où brillât la douceur de son premier serment.

 

Tout droit dans son armure, un grand homme de pierre

Se tenait à la barre et coupait le flot noir ;

Mais le calme héros, courbé sur sa rapière,

Regardait le sillage et ne daignait rien voir.

Charles Baudelaire, Self-Portrait

Le titre : Don Juan aux enfers

Il annonce une suite de la pièce de Molière .

Notion de transposition : on passe d’une pièce de théâtre à une poésie .

Changement d’espace culturel : les Enfers grecs et non pas l’Enfer chrétien annoncé par Sganarelle . Notion de syncrétisme (synthèse de plusieurs éléments culturels) constitutif du mythe littéraire .

ENJEUX DE CETTE REECRITURE

1-      On n’écrit pas dans le vide culturel (fort syncrétisme ici)

2-      Pourquoi Dom Juan ? Ici l’impénitent nous rappelle le dandysme de Barbey mais aussi le Baudelaire de « La Mort » : « Plonger au fond du gouffre Enfer ou Ciel, qu’importe ? / Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ! »

3-      Nouveautés dans la chaîne des réécritures :

-          l’Enfer

-          les autres semblent plus condamnés que lui

-          cohérence avec le caractère du D.J. de Molière : on est bien dans le domaine de la transposition .


Un séducteur démythifié : Schmitt
La pièce de Schmitt multiplie les allusions aux oeuvres antérieures tout en
renversant ironiquement plusieurs données essentielles du mythe, comme
l’illustre le parodique mot de la fin
- S se désespère que son maître dérogeant lamentablement à sa
réputation, lui ait même payé ses gages
- DJ n’est plus DJ, et sa métamorphose déroute ou déçoit ses anciennes
maîtresses et son serviteur
- Ebranlé par la mort du jeune homme grâce auquel il aurait enfin pu
connaître l’amour, le libertin vieilli décide de renaître à une nouvelle vie
- La mort du mythe permet la naissance d’un homme
La Nuit de Valognes est assez représentative du devenir ou plutôt de la
déconstruction du mythe à l’ère du désenchantement, de la mort de Dieu et
de la libération des moeurs.
Privé de son pouvoir séducteur comme de sa dimension sacrilège, DJ devient
le prétexte d’un jeu littéraire de références parodiques, qui en appelle à la
complicité du lecteur tout en invitant à réfléchir sur la portée du mythe de
l’amour lié à la mort

nuit-de-valognes
Eléments d’analyse en plus
Dans DJ on notera des couples d’opposition
- Le réprouvé / ses juges : il est question de la culpabilité de DJ
· DJ est un coupable, un transgresseur qui affronte ses juges.
· L’incitent au repentir

Ce n’est pas le jouisseur et le séducteur sans scrupules que le XVII
catholique jette en enfer, c’est l’offenseur de Dieu
· Le mort : agent de la transcendance, porteur autorisé d’une sorte de
jugement dernier
· A la fois délinquant condamné par la société et mais pécheur qui, par
son endurcissement, se trouve finalement privé de la grâce et rejeté
dans les ténèbres
· Justice divine mais aussi justice humaine représentée par toutes les
instances sociales : valets, frères, père : le père représente la loi IV,
4 : grand discours tenu au nom de la société aristocratique/ froide
insolence avec laquelle il accueille l’homélie paternelle (parole
homicide contre le père : Eh Mourez le plus tôt que vous pourrez)
· Le père s’adresse au délinquant / Elvire elle interpelle le pécheur
Donc si l’on s’en tient à la petite oraison funèbre prononcée par Sganarelle :
DJ a transgressé deux normes : Ciel offensé, lois violées
- Le comédien / les spectateurs : art d’acteur, virtuose de la parole et du
geste
· parfois même déguisement : pour aller séduire les femmes / chez
Ghelderode envoie son héros parodique chez le fripier pour louer le
costume du rôle de DJ
· ce qui est intéressant chez Molière : au lieu de faire de son héros un
spécialiste de la seule tromperie amoureuse, il étend sa compétence
de comédien à d’autres activités
· le marchand vient réclamer son dû : on le paie avec des mots
· maître de la parole car autorise ou interdit despotiquement l’usage
de la parole : mutisme ironique qui paralyse son interlocuteur :
« interrompez-moi donc, vous vous taisez exprès, et me laissez parler
par belle malice »
· thème baroque : fascination pour le masque
- Improvisateur / devant la permanence qui est symbolisée par la statue :
DJ conteste le temps
· Improvise : homme du perpétuel présent
· Rencontres imprévues
· Elvire symbolise le passé
· La statue : forme achevée de l’immobile
L’outrage le plus grave de DJ est l’invitation au Mort : enfreint l’interdit
fondamental séparant le monde des défunts et le monde des vivants
Lors de cette invitation au mort Acte IV : on assiste à un curieux dialogue où
les interlocuteurs sont en porte à faux
- la communication est retardée et en oblique
- au lieu de faire front et de s’entretenir avec la statue, c'est-à-dire avec
son véritable partenaire, DJ ne s’adresse qu’à son valet pour l’obliger à
la représenter
- malaise du héros devant une apparition dont il ne sait que faire
Pour l’acte IV : on parle de l’acte des fâcheux : il est chez lui et on vient
l’importuner/ Le Misanthrope
- conçoit toutes ces rencontres sous forme de défi : vaincre verbalement

 

Corpus Don Juan: un modèle de correction

 

Texte A : Tirso de Molina, Le trompeur de Seville (1630)

Texte B : Ernst-Theodor Hoffman, Don Juan un revolte en quete d’absolu (1814)

Texte C : Charles Baudelaire, « Don Juan aux Enfers » dans Les fleurs du mal

Texte D : Eric-Emmanuel Schmitt, La nuit de Valognes (1991)

 

 

Ces textes de corpus présentent chacun le mythe de Don Juan sous un certain angle. Ils sont de genres différents : théâtre pour Le trompeur de Séville de Tirso de Molina et dans La nuit de Valognes d’Eric-Emmanuel Schmitt ; roman pour Ernst-Theodor Hoffman dans Don Juan un révolté en quête d’absolu ; ainsi que de la poésie avec Charles Baudelaire et son poème « Don Juan aux Enfers ». On retrouve des Don Juan manipulateurs, conquérents, divins, maléfiques, romantique ou moderne selon les extraits. Quels aspects du personnage mythique de Don Juan apparaissent dans ces textes ?

 

 Tout d’abord, Don Juan est présenté divin et maléfique, manipulateur et triomphant. En effet le texte de Tirso de Molina le montre fourbe, beau-parleur et impérieux. Il arrive à séduire une jeune mariée grâce à son éloquence. Sa victime dit « Tu parles si bien… » (l.47). Durant toute la scène, il mène. Ensuite dans le roman de Ernst-Theodor Hoffman, un Don Juan romantique est présenté. C’est alors un être d’exception, voué au triomphe et à la domination, mais il est partagé entre Dieu et le Diable. C’est un « conflit entre les puissances divines et les puissances démoniaques » (l. 16). Dans « Don Juan aux Enfers », on retrouve des éléments de la mythologie antique « une obole à Charon » (l. 2) et de l’œuvre de Molière « Don Luis » (l.10). Don Juan a une attitude noble, il accepte son châtiment lors de sa descente aux Enfers ; il ne se retourne pas et semble déterminé. Il incarne alors le péché absolu. Il est effectivement qualifié d’ « époux perfide » (l. 14).

 

Ensuite, on remarque que Don Juan a toujours besoin de plus, il est constamment en quête. Dans Le trompeur de Séville, on le voit en quête de femmes, en pleine séduction. Lorsque sa victime du moment, Aminta, a rendu les armes et s’extasie de leur futur ménage fidèle, lui répond : « Tu connais mal le trompeur de Séville… » (l. 70) preuve qu’il ne restera pas fidèle et compte rapidement se trouver une nouvelle conquête. On voit dans Un Don Juan en quête d’absolu que ce dernier en veut toujours plus, il a un « un désir éternellement brûlant » (l. 22). Dans le dernier texte, la nuit de Valognes, on voit un personnage qui se cherche toujours lui-même, il cherche à être satisfait et comblé. Il va alors découvrir que sa satisfaction va passer par autre chose que les femmes : il renaît « Mais Don Juan rejoint le jour, un homme naît » (l.63-64). Il utilise d’ailleurs le passé pour parler de ses conquêtes « Je ne connaissais que le sexe » (l. 17) et « s’apprête à plonger dans l’inconnu » (l.47).

Différents genres et mouvements littéraires nous ont présenté différents Don Juan, mais ce dernier garde néanmoins toujours certaines similitudes ; un libertin manipulateur, à la fois divin et maléfique, toujours triomphant. Ce personnage est aussi toujours en quête d’un idéal qui passe au départ par les femmes.

 

 

Réponse d'un élève

 

Corpus Don Juan:

 

Texte A : Tirso de Molina, Le trompeur de Seville (1630)

Texte B : Ernst-Theodor Hoffman, Don Juan un revolte en quete d’absolu (1814)

Texte C : Charles Baudelaire, « Don Juan aux Enfers » dans Les fleurs du mal

Texte D : Eric-Emmanuel Schmitt, La nuit de Valognes (1991)

 

 

Ces textes de corpus présentent chacun le mythe de Don Juan sous un certain angle. Ils sont de genres différents : théâtre pour Le trompeur de Séville de Tirso de Molina et dans La nuit de Valognes d’Eric-Emmanuel Schmitt ; roman pour Ernst-Theodor Hoffman dans Don Juan un révolté en quête d’absolu ; ainsi que de la poésie avec Charles Baudelaire et son poème « Don Juan aux Enfers ». On retrouve des Don Juan manipulateurs, conquérents, divins, maléfiques, romantique ou moderne selon les extraits. Quels aspects du personnage mythique de Don Juan apparaissent dans ces textes ?

 

Tout d’abord, Don Juan est présenté divin et maléfique, manipulateur et triomphant. En effet le texte de Tirso de Molina le montre fourbe, beau-parleur et impérieux. Il arrive à séduire une jeune mariée grâce à son éloquence. Sa victime dit « Tu parles si bien… » (l.47). Durant toute la scène, il mène. Ensuite dans le roman de Ernst-Theodor Hoffman, un Don Juan romantique est présenté. C’est alors un être d’exception, voué au triomphe et à la domination, mais il est partagé entre Dieu et le Diable. C’est un « conflit entre les puissances divines et les puissances démoniaques » (l. 16). Dans « Don Juan aux Enfers », on retrouve des éléments de la mythologie antique « une obole à Charon » (l. 2) et de l’œuvre de Molière « Don Luis » (l.10). Don Juan a une attitude noble, il accepte son châtiment lors de sa descente aux Enfers ; il ne se retourne pas et semble déterminé. Il incarne alors le péché absolu. Il est effectivement qualifié d’ « époux perfide » (l. 14).

 

Ensuite, on remarque que Don Juan a toujours besoin de plus, il est constamment en quête. Dans Le trompeur de Séville, on le voit en quête de femmes, en pleine séduction. Lorsque sa victime du moment, Aminta, a rendu les armes et s’extasie de leur futur ménage fidèle, lui répond : « Tu connais mal le trompeur de Séville… » (l. 70) preuve qu’il ne restera pas fidèle et compte rapidement se trouver une nouvelle conquête. On voit dans Un Don Juan en quête d’absolu que ce dernier en veut toujours plus, il a un « un désir éternellement brûlant » (l. 22). Dans le dernier texte, la nuit de Valognes, on voit un personnage qui se cherche toujours lui-même, il cherche à être satisfait et comblé. Il va alors découvrir que sa satisfaction va passer par autre chose que les femmes : il renaît « Mais Don Juan rejoint le jour, un homme naît » (l.63-64). Il utilise d’ailleurs le passé pour parler de ses conquêtes « Je ne connaissais que le sexe » (l. 17) et « s’apprête à plonger dans l’inconnu » (l.47).

Différents genres et mouvements littéraires nous ont présenté différents Don Juan, mais ce dernier garde néanmoins toujours certaines similitudes ; un libertin manipulateur, à la fois divin et maléfique, toujours triomphant. Ce personnage est aussi toujours en quête d’un idéal qui passe au départ par les femmes.

 

 

 

 

Mises en scènes
Marcel Bluwal
1965

Entretien avec Marcel Bluwal

Entretien avec Marcel Bluwal paru dans DOM JUAN Molière

 

Entretien avec Marcel Bluwal paru ,hatier.jpg (3105 octets)

Entretien avec Marcel Bluwal paru dans DOM JUAN Molière

Dom Juan de Molière vous a inspiré un téléfilm pourquoi ce choix ?
Le théâtre de Molière, et en particulier Dom Juan, est l'affirmation toute moderne de l'agressivité des êtres ; c'est l'analyse aiguë du rapport trouble entre le vainqueur et le vaincu, entre le fort et le faible ; le théâtre classique est basé sur l'opposition dans le couple. Et le film met en relief cette dimension moderne.
Qui forme un couple dans Dom Juan ?
Dom Juan et Elvire aussi bien que Dom Juan et Sganarelle Dom Juan et Dom Louis, son père, aussi bien que Dom Juan et le Pauvre. Toute la pièce de Molière est construite sur cette conception du couple, et ce rapport révèle l'un des aspects les plus importants du personnage de Dom Juan sa préoccupation fascinante de dominer l'autre, de le vaincre, de le posséder.
Y a-t-il un autre aspect du Dom Juan de Molière qui vous semble très important ?
L'art avec lequel le dramaturge Molière sait ruser pour faire le procès de l'idéologie morale, religieuse et politique de son temps. Au XVII' siècle, Dom Juan a un peu moins scandalisé que le Tartuffe , mais c'est une pièce "gênante "qui sera écartée de la scène pendant tout le XVIII' et la première moitié du XIX'. Il faudra attendre, en fait, la mise en scène de Jean Vilar en 1953, pour que ce procès de l'idéologie soit enfin représenté.
Comment avez-vous conçu votre propre mise en scène ?
J'ai tout basé sur une espèce de quadruple insurrection de Dom Juan contre son père : le père sous la forme de Dieu, le père sous la forme du roi représentant tout état social, l'insurrection contre le père lui-même, et enfin le défi à lastatue du Commandeur, incarnation plastique extraordinaire de tous les pères à la fois ; toutes ces révoltes sont menées au nom d'une affirmation de la liberté pour l'homme.
Dom Juan est donc pour vous l'histoire d'un homme qui se révolte contre l'autorité paternelle ?
A condition de considérer que cette révolte a été librement consentie par Dom Juan comme une solution qui le conduira irrémédiablement au suicide.
Comment avez-vous traduit la mort de Dom Juan ?
D'abord, en préférant le téléfilm au film pour grand écran. La télévision m'a permis de " révéler " Dom Juan au grand public comme un suicidaire, alors que Dom Juan au cinéma aurait attiré seulement quelques initiés qui auraient perçu cette dimension de l'œuvre comme une adaptation, un point de vue subjectif. Le téléfilm m'a permis de concevoir la pièce comme une sorte de longue marche de Dom Juan vers la mort, à travers tous les décors, jusqu'à la montée au sacrifice final.
Le théâtre n'aurait-il pas pu reproduire cette marche ?
Le téléfilm me permettait d'utiliser beaucoup plus de " signes " pour donner ce sens à la pièce , la novation la plus complète par rapport au théâtre étant la traduction physique de la démarche de Dom Juan vers la mort il l'accomplit à cheval depuis le début (dès l'acte 1 sa première rencontre avec Elvire se situe dans des écuries monumentales que j'ai filmées à Chantilly), jusqu'au seuil de la maison du Commandeur, dans l'acte final.
Y a-t-il d'autres " signes " que la chevauchée vers la mort, dont vous ayez souligné l'importance ?
Le pouvoir de Dom Juan sur les autres est symbolisé par son épée ainsi, lorsqu'il entame sa montée vers le Commandeur, il abandonne son cheval et son épée, caractérisant ainsi sa volonté de suicide
Pourquoi parlez-vous de ce suicide comme d'une " montée " vers le Commandeur ?
J’avais demandé que la statue du Commandeur eût une taille de quatre mètres et qu'elle restituât l'effroi créé par certaines statues monumentales du Bas-Empire romain. J'avais demandé qu'on la plaçât en haut des quarante marches d'un pavillon ; Dom Juan " monte " ainsi vers elle pour accomplir son suicide comme vers un autel sacrificiel inca.
Quel est le jeu de Sganarelle à travers cette chevauchée de Dom Juan vers la mort ?
Sganarelle suit Dom Juan sur un mulet, car la chevauchée de Dom Juan est également une errance, une interrogation sur le sens de la vie ; mon film s'inspire parfois de certains tableaux : Quichotte et Sancho de Daumier, Faust et Mephisto de Delacroix, Le Chevalier et la Mort de Dürer.
Pour interpréter Sganarelle, vous avez choisi Claude Brasseur, alors que le rôle de Dom Juan est tenu par Michel Piccoli ; pourquoi ?
J'ai choisi un Sganarelle (C. Brasseur) plus jeune que Dom Juan (M. Piccoli) pour souligner l'admiration éperdue, même dans la critique, du valet à l'égard de son maître. Je voulais traduire cette relation si particulière des couples d'amis dans le théâtre de Molière (voyez le Misanthrope et Philinte - Tartuffe et Orgon) ; cette relation amicale ressemble aux rapports amoureux. Molière - comme Shakespeare d'ailleurs - n'établit pas de différence fondamentale dans l'affectivité entre les couples d'hommes et de femmes, et il n'est pas nécessaire de le taxer d’homosexualité pour autant.
Et Piccoli ?
J'ai trouvé en Piccoli un Dom Juan idéal parce qu'il n'y a aucune explication mécaniste à la séduction de Piccoli ; or, c'est la caractéristique de Dom Juan : son pouvoir de séduction est un " donné " sur lequel il ne s'explique pas et dont il souffre autant qu'il en profite : séduction sur les femmes qui se transforme en pouvoir sur les hommes. J'ai cherché à détruire au maximum toute relation de Dom Juan avec un séducteur vulgaire, soucieux de son physique il est à l'antithèse d'un Lovelace* ; Piccoli devait apparaître avec son début de calvitie et mal rasé, pour interpréter cette dernière journée de Dom Juan avant son suicide.
Comment avez-vous choisi les costumes ?
Dom Juan, le cavalier, est habillé de cuir. Nous avons renoncé aux canons de dentelle et aux perruques, mais nous n'avons pas pour autant actualisé ; notre vêtement est en quelque sorte intemporel. Les costumes des autres hommes reproduisent, mais en drap, le costume de cuir de Dom Juan, et ils sont bottés comme lui : traduction, au-delà de l'opposition apparente, de l'identité profonde avec lui, et de l'admiration pour lui.
Et les décors ? la musique ?
Les extérieurs sont souvent tournés dans les " Salines de Chaux " qui en imposent par leur architecture gigantesque. Pour le premier acte, j'ai fait vider les
salons du Trianon- Palace* à Versailles : Dom Juan et Sganarelle, minuscules devant les immenses baies et les longs couloirs, ont toujours l'air " de passage ". La plage, au deuxième acte, est réduite à une interminable bande de sable gris.
Je mêle également certains aspects baroques des décors d'église (des angelots par exemple) aux formes géométriques du triangle et de la sphère qui symbolisent la franc-maçonnerie ; cette ambiguïté de l'errance religieuse de Dom Juan est soulignée tout au long du film par la Marche funèbre maçonnique, et le Requiem de Mozart.

*Lovelace :personnage de Clarisse Harlowe, roman de Richardson, séducteur cynique
*Trianon-Palace : hôtel.

 

 

Tirso de Molina, Le Trompeur de Séville (El Burlador de Sevilla), 1630

Dénouement de la pièce de TIRSO DE MOLINA

Don Juan a été invité à souper, avec son valet Catalinon, par Don Gonzalo, le Commandeur de Calatrava, tué autrefois par lui, et revenu tout exprès de l'autre monde pour l'y ramener:
DON GONZALO Assieds-toi.
CATALINON Moi, seigneur?... C'est que j'ai déjà diné...
DON GONZALO Ne réplique pas.
CATALINON Je ne réplique pas... Mon Dieu, tirez-moi de ce pas!... Quel est ce plat, seigneur ?
DON GONZALO Ce plat? Des scorpions et des vipères.
CATALINON C'est exquis!
DON GONZALO C'est notre ordinaire... Tu ne manges pas ?
DON JUAN Je mangerais tous les serpents de l'enfer, si tu me les servais.
DON GONZALO Je veux aussi t'offrir un concert.
CATALINON Quel est ce vin ?
DON GONZALO Goûtes-en.
CATALINON Pouah! cela tient du fiel et du vinaigre!
CATALINON Quel est ce ragoût ?
DON GONZALO Il est fait d'ongles noirs.
CATALINON Des ongles de tailleur, sans doute...
DON JUAN J'ai fini de souper, qu on desserve la table.
DON GONZALO Donne-moi la main. N'aie pas peur.
DON JUAN Moi, peur? (Il lui tend la main.) Ah! ton feu me brûle!

le Trompeur de Séville et l'invité de pierre, III, 20., 1630


Cicognini, Il Convitato di pietra  1640 ou 50
Dorimond, Le Festin de pierre ou le Fils criminel
Goldoni Don Giova,nni Tenorio ossia il dissoluto , 1736


WOLFGANG AMADEUS MOZART (1756-1791), DON GIOVANNI, 1787
Mozart compose l'opéra de Don Giovanni en l787,sur un livret du librettiste Da Ponte (1749-1838)

GIOVANNI (éclate de rire).
LE COMMANDEUR
Tu auras fini de rire avant l'aurore.
GIOVANNI
Qui a parlé?
LEPORELLO (tout à fait épouvanté)
Ahl ce sera quelque esprit de l'autre monde
Qui vous connaît intimement !...
GIOVANNI
Tais-toi, crétin ! (il porte la main à son épée) Qui va là?
Qui va là?
LE COMMANDEUR
Canaille ! effronté !
Laisse les morts en paix!
LEPORELLO (tremblant)
Qu'est-ce que je vous disais?
GIOVANNI
Ce sera quelqu'un du dehors,
Qui se moque de nous...
Tiensl !du Commandeur
N'est-ce pas la statue?
Lis un peu cette inscription.
LEPORELLO
Excusez-moi...
Je n'ai pas appris à lire
Au clair de lune...
GIOVANNI
Je te dis de lire.
LEPORELLO (lisant)
"Du criminel qui m'a arraché le dernier soupir,
J'attends ici ma vengeance. 
"
- Vous entendez? J'ai peur.
GIOVANNI
Oh le vieux polichinelle !
Dis-lui que ce soir
Je l'attends pour souper avec moi.
LEPORELLO
Quelle folie! Mais ne vous semble-t-il pas?... Oh Dieux!
Regardez ces coups d'œil terrifiants qu'il nous lance...
Il a l'air vivant... il a l'air d'entendre...
Et de vouloir parler...
GIOVANNI
Allons donc, vas-y, Ou je te tue ici et puis je t'enterre
LEPORELLO
tout doux...tout doux, Monsieur... à présent j'obéis.
O très noble statue du grand Commandeur...
Patron... mon cœur bat la chamade...
Je ne peux... a... che... ver...
GIOVANNI
Finis-en, ou dans le cœur Je te plonge -cet acier.
(Quelle bouffonnerie savoureuse ! Je veux le faire trembler.)
LEPORELLO
Quel embarras ! -quelle lubie !
Je me sens glacé 1
0 très noble statue,
Bien que vous soyez en marbre...
Ah, mon maître... regardez...
Il continue... à nous fixer...
GIOVANNI
Crève !
LEPORELLO
Non, non attendez...
Seigneur, c'est mon maître...
Faites bien attention... ce n'est pas moi...
Qui voudrait souper avec vous
Ho! Ho ! quel est ce spectacle?
Oh Ciel !... il opine du chef...
GIOVANNI
Va donc, quel pitre tu es !
LEPORELLO
Regardez encore... patron...
GIOVANNI
Et que faut-il que je regarde?
LEPORELLO
Avec sa tête de marbre
Il fait... comme ça... comme ça...
GIOVANNI
(Avec sa tête de marbre, il fait... comme ça... comme ça?)
(tourné vers la statue)
Parlez, si vous pouvez:
Viendrez-vous souper?
LE COMMANDEUR
Oui.
LEPORELLO
Je peux à peine... me... remuer...
Oh Dieux, le souffle... me fait défaut...
Par pitié... partons...
Allons-nous-en -d'ici !
GIOVANNI
Il faut dire que la scène est curieuse !
Le brave vieux viendra souperl
Allons préparer le repas:
Partons -par ici.
(ils sortent.)

GIOVANNI (ridendo forte)
COMMENDATORE
Di rider finirai prima dell'aurora.
GIOVANNI
Chi ha parlato?
LEPORELLO (estremamente impaurito)
Ah! qualche anima
Sarà dell'altro mondo,
Che vi conosce a fondo.
GIOVANNI
Taci, sciocco! (mette mano alla spada)
Chi va là ? chi va là ?
COMMENDATORE
Ribaldo! audace!
Lascia a' morti la pace.
LEPORELLO (tremando)
Ve l'ho detto ?...
GIOVANNI
Sarà qualcun di fuori
Che si burla di noi...
Ehi! del Commendatore
Non è questa la statua ?
Leggi un poco quella iscrizion. -
LEPORELLO
Scusate... Non ho imparato a leggere
A' raggi della luna.
GIOVANNI
Leggi, dico.
LEPORELLO (leggendo)
"Dell'empio, che mi trasse al passo estremo
Qui attendo la vendetta.
" Udiste ?... Io tremo !
GIOVANNI
Oh, vecchio buffonissimo!
Digli che questa sera
L'attendo a cenar meco.
LEPORELLO
Che pazzia! Ma vi par?... Oh Dei! mirate
Che terribili occhiate - egli ci dà ...Par vivo... par che senta...E che voglia parlar...
GIOVANNI
Orsù, va là.
O qui t'ammazzo e poi ti seppellisco.
LEPORELLO
Piano... piano..., signore... ora ubbidisco.
O statua gentilissima
Del gran Commendatore...
Padron... mi trema il cote
Non pos ... so... ter ... mi ... nar
GIOVANNI
Finiscila, o nel petto
Ti metto - quest'acciar.
(Che Susto! che spassetto! Lo voglio far tremar.)
LEPORELLO
Che irnpiccio! - che capriccio!
Io sentomi gelar!
O statua gentilissima
Benchè di marmo siate...
Ah! padron mio... mirate...
Che seguita ... a guardar...
GIOVANNI
Mori...
LEPORELLO
No, no... attendete...
Signor, il padron mio
Badate ben... non io
Vorria con voi cenar
Ahi! ahi! che scena è questa!
Oh ciel!... chinà la testa...
GIOVANNI
Va là, che se' un buffone.
LEPORELLO
Guardate ancor... padrone...
GIOVANNI
E che degg'io guardar?
LEPORELLO
Colla marmorea testa
Ei fa... cosi... cosi...
GIOVANNI
(Colla marmorea testa, Ei fa cosl... cosi!)
(verso la statua)
Parlate, se potete: Verrete a cena ?
COMMENDATORE
si.
LEPORELLO
Mover... mi... posso appena
Mi manca, oh Dei!... la lena
Per carità... partiamo...
Andiamo - via di qua.
GIOVANNI
Bizzarra è inver la scena!
Verrà il buon vecchio a cena!
A prepararla andiamo:
Partiamo - via di qua. (Partono.)

Don Giovanni, 1787.


 



Nikolaus Lenau, Don Juan 1844
A la fin du poème dramatique de l'écrivain romantique allemand Lenau, apparaît Don Pet (personnage grotesque : Pet= Pedro= Pierre), accompagné par toutes les maîtresses et des bâtards de Don Juan. Don Pet provoque Don Juan en duel . Ce dernier décide alors, avant de se battre, de coucher sur son testament ses 1003 maîtresses .

DON JUAN (lisant la liste, à part lui)
Souvenirs, dames autrefois aimées! desséchées jusqu'à la fleur dernière, jadis céleste musique ce qui à présent est un mot insipide. Que les choses se fanent donc vite, et les noms! Encore une fois le souvenir me fait passer de l'une à l'autre de ces gracieuses dames.Coutume pleine de sens que de sacrifier tous les ans sur l'autel des dieux les premiers-nés. Qu'elle est aimable, la première verdure des feuilles, le premier parfum, le premier chant d’une journée printanière ! qu’il est délicieux en mer près du lointain rivage, le premier coup d'œil sur la terre désirée! Les premières couronnes de la gloire sont aussi les plus brillantes, c'est le premier baiser qui donne l'ivresse la plus douce. S'il est encore dans l'au-delà un ciel, il doit lui aussi être au plus beau à sa frontière. C'est pourquoi l'on pouvait nommer ce qu'il y a de plus doux dans l'amour le premier effleurement d'une passion nouvelle. La tristesse provenant de ce que d'anciens enchantements se dissolvent rehausse l'attrait et la force du nouveau bonheur. Pourquoi faut-il que la source la plus riche tarisse! Oh! si nous pouvions mourir en chaque plaisir et renaissant avec un cœur rajeuni, nous précipiter au devant de délices toujours nouvelles!
(A Don Pedro.)
Voulez-vous prendre charge de ce document et l'exécuter ?
DON PEDRO
Sur ma parole de chevalier! par égard pour les délaissées.
DON JUAN (lui tendant le document)
C'est bien! Montrez maintenant si vous possédez l'art de l'escrime. Que vous êtes une mazette, je vais vous le prouver.
(Ils se battent.)
DON JUAN
Vraiment, vous êtes ce pour quoi je vous ai pris. Trois fois déjà j'aurais facilement pu vous percé le cœur, ce cœur si plein de haine, mais si mal protégé, si je me servais plus sérieusement de mon épée .Voici touché -encore touché - et encore! Vous versez bien du sang sur mes planches. En maints endroits je vous ai mis en perce, mais je ne vous fais en jouant que des piqûres légères. Don Pedro, par ma foi, je ne me suis jamais senti plus à l'abri que devant votre attaque. Le duel avec vous, je l'appelle jeu d'enfant. Oui, votre escrime est de tout repos.
DON PEDRO
Inflige-moi la mort, non ces petites saignées. Ne me fais pas d'affront, homme exécré! Au combat le diable seul peut te vaincre. Pousse ferme, que je ne puisse plus te voir!
DON JUAN
Mon ennemi mortel est livré entre mes mains. Mais cela même m'indiffère, comme la vie tout entière.
(Il jette son épée, Don Pedro le transperce).

NIKOLAUS LENAU (1802-1850), Don Juan (1844) fin, (trad. W. Thomas).



Alexandre Pouchkine, Le Convive de pierre 1830
Musset , une matinée de Don Juan , 1833
Edmond Rostand, La Dernière Nuit de Don Juan 1921
Max Frisch, Don Juan ou l'amour de la géométrie 1969
Henri de Montherlant, Don Juan ou la Mort qui fait le trottoir 1958
Roger Vailland, Monsieur Jean 1959

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