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Les variations autour de la figure d'Andromaque : question de corpus : Racine, Aymé, Giraudoux

QUESTION DE CORPUS, LA FIGURE D'ANDROMAQUE, LES REECRITURES

 
CORPUS :      
                  
Texte A : Jean Racine, Andromaque, 1667. Acte III, scène 8, vers 993-1026. 

Texte B : Jean Giraudoux, La Guerre de Troie n'aura pas lieu, 1935. Acte I scène 3.

Texte C : Marcel Aymé, Uranus, 1948.

Annexe : Homère, IIiade, livre VI (extraits, traduction de Paul Mazon).
 
Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez â la question suivante : Quelles variations autour de la figure d'Andromaque les textes A, B et C de ce corpus proposent-ils ?
 
 
 
 
Texte A : Jean Racine, Andromaque, 1667. Acte III, scène 8, vers 993-1026.
 
[Pendant la guerre de Troie, qui opposait les Grecs et les Troyens, la princesse troyenne Andromaque a perdu son mari, Hector. Aujourd'hui captive, tout comme son fils Astyanax, du Grec Pyrrhus et aimée de celui-ci, elle doit répondre à sa demande en mariage. Pyrrhus exerce un chantage : il ne sauvera la vie d'Astyanax que si elle devient son épouse.]
 
 
ANDROMAQUE
 :
Dois-je oublier Hector privé de funérailles, 

Et traîné sans honneur autour de nos murailles ? 

Dois-je oublier son père à mes pieds renversé, 

Ensanglantant l'autel qu'il tenait embrassé ? 

Songe, songe, Céphise1, à cette nuit cruelle 

Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle ; 

Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants, 

Entrant à la lueur de nos palais brûlants, 

Sur tous mes frères morts se faisant un passage, 

Et de sang tout couvert échauffant le carnage ; 

Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants, 

Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants ; 

Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue : 

Voilà comme Pyrrhus vint s'offrir à ma vue ; 

Voilà par quels exploits il sut se couronner ; 

Enfin voilà l'époux que tu me veux donner. 

Non, je ne serai point complice de ses crimes ; 

Qu'il nous prenne, s'il veut, pour dernières victimes. 

Tous mes ressentiments lui seraient asservis.
 
CEPHISE 
 :
Eh bien, allons donc voir expirer votre fils : 

On n'attend plus que vous... Vous frémissez, Madame ?
 
ANDROMAQUE
 :
Ah ! de quel souvenir viens-tu frapper mon âme ! 

Quoi ? Céphise, j'irai voir expirer encor 

Ce fils, ma seule joie, et l'image d'Hector ? 

Ce fils, que de sa flamme il me laissa pour gage ? 

Hélas ! je m'en souviens, le jour que son courage 

Lui fit chercher Achille, ou plutôt le trépas2, 

Il demanda son fils, et le prit dans ses bras : 

« Chère épouse, dit-il en essuyant mes larmes, 

J'ignore quel succès3 le sort garde à mes armes ; 

Je te laisse mon fils pour gage de ma foi : 

S'il me perd, je prétends qu'il me retrouve en toi. 

Si d'un heureux hymen4 la mémoire t'est chère, 

Montre au fils à quel point tu chérissais le père ».
 
 
1. Céphise est la confidente d 'Andromaque.

2. trépas : mort. 

3. succès : issue.

4. hymen : union, mariage
 
 
 
 
Texte B : Jean Giraudoux, La Guerre de Troie n'aura pas lieu, 1935. Acte I scène 3.
 
[La scène a lieu avant la guerre de Troie. Hector, las de combattre malgré sa dernière victoire, retrouve sa femme et lui promet une vie paisible pour elle et pour l'enfant qu'elle porte.]
 
 
ANDROMAQUE, HECTOR 
Il l’a prise dans ses bras, l’a amenée au banc de pierre, s’est assis près d’elle. Court silence.
 
HECTOR – Ce sera un fils, une fille ? 

ANDROMAQUE – Qu’as-tu voulu créer en l’appelant ? 

HECTOR – Mille garçons... Mille filles... 

ANDROMAQUE – Pourquoi ? Tu croyais étreindre mille femmes ?... Tu vas être déçu. Ce sera un fils, un seul fils.
HECTOR – Il y a toutes les chances pour qu’il en soit un... Après les guerres, il naît plus de garçons que de filles.
ANDROMAQUE – Et avant les guerres ? 

HECTOR – Laissons les guerres, et laissons la guerre... Elle vient de finir. Elle t’a pris un père, un frère, mais ramené un mari. 

ANDROMAQUE – Elle est trop bonne. Elle se rattrapera. 

HECTOR – Calme-toi. Nous ne lui laisserons plus l’occasion. Tout à l’heure, en te quittant, je vais solennellement, sur la place, fermer les portes de la guerre. Elles ne s’ouvriront plus. 

ANDROMAQUE – Ferme-les. Mais elles s’ouvriront. 

HECTOR – Tu peux même nous dire le jour ! 

ANDROMAQUE – Le jour où les blés seront dorés et pesants, la vigne surchargée, les demeures pleines de couples. 

HECTOR – Et la paix à son comble, sans doute ? 

ANDROMAQUE – Oui. Et mon fils robuste et éclatant.
Hector l’embrasse. 

HECTOR – Ton fils peut être lâche. C’est une sauvegarde. 

ANDROMAQUE – Il ne sera pas lâche. Mais je lui aurai coupé l’index de la main droite. 

HECTOR – Si toutes les mères coupent l’index droit de leur fils, les armées de l’univers se feront la guerre sans index... Et si elles lui coupent la jambe droite, les armées seront unijambistes... Et si elles lui crèvent les yeux, les armées seront aveugles, mais il y aura des armées, et dans la mêlée elles se chercheront le défaut de l’aine, ou la gorge, à tâtons... 

ANDROMAQUE – Je le tuerai plutôt. 

HECTOR – Voilà la vraie solution maternelle des guerres. 

ANDROMAQUE – Ne ris pas. Je peux encore le tuer avant sa naissance. 

HECTOR – Tu ne veux pas le voir une minute, juste une minute ? Après, tu réfléchiras... Voir ton fils.
ANDROMAQUE – Le tien seul m’intéresse. C’est parce qu’il est de toi, c’est parce qu’il est toi que j’ai peur. Tu ne peux t’imaginer combien il te ressemble. Dans ce néant où il est encore, il a déjà apporté tout ce que tu as mis dans notre vie courante. Il y a tes tendresses; tes silences. Si tu aimes la guerre, il l’aimera... Aimes-tu la guerre ? 

HECTOR – Pourquoi cette question ? 

ANDROMAQUE – Avoue que certains jours tu l’aimes. 

HECTOR – Si l’on aime ce qui vous délivre de l’espoir, du bonheur, des êtres les plus chers... 

ANDROMAQUE – Tu ne crois pas si bien dire... On l’aime. 

HECTOR – Si l’on se laisse séduire par cette délégation que les dieux vous donnent à l’instant du combat...
ANDROMAQUE – Ah ? Tu te sens un dieu, à l’instant du    combat ? 

HECTOR – Très souvent moins qu’un homme... Mais parfois, à certains matins, on se relève du sol allégé, étonné, mué. Le corps, les armes ont un autre poids, sont d’un autre alliage. On est invulnérable.
 
 
 
Texte C : Marcel Aymé, Uranus, 1948.
 
 [Léopold Lajeunesse accueille dans son bistrot une classe de troisième d'un collège détruit par des bombardements pendant la Seconde Guerre mondiale. À force d'entendre les élèves ânonner les vers de Racine, il s'est pris de passion pour l'héroïne, Andromaque.]
            Tout en marchant, Léopold se laissa distraire de sa colère par le souvenir d'Andromaque. Ces gens qui tournaient autour de la veuve d'Hector, ce n'était pas du monde bien intéressant non plus. Des rancuniers qui ne pensaient qu'à leurs histoires de coucheries. Comme disait la veuve : « Faut-il qu'un si grand cœur montre tant de faiblesse ? » Quand on a affaire à une femme si bien, songeait-il on ne va pas penser à la bagatelle. Lui, Léopold, il aurait eu honte, surtout que les femmes, quand on a un peu d'argent de côté, ce n'est pas ce qui manque. Il se plut à imaginer une évasion dont il était le héros désintéressé. 
 
            Arrivant un soir au palais de Pyrrhus, ll achetait la complicité du portier et, la nuit venue, s'introduisait dans la chambre d'Andromaque. La veuve était justement dans les larmes, à cause de Pyrrhus qui lui avait encore cassé les pieds pour le mariage. Léopold  l'assurait de son dévouement respectueux, promettant qu'elle serait bientôt libre sans qu'il lui en coûte seulement un sou et finissant par lui dire : « Passez-moi Astyanax, on va filer en douce. » Ces paroles, il les répéta plusieurs fois et y prit un plaisir étrange, un peu troublant, « Passez-moi Astyanax, on va filer en douce. » II lui semblait voir poindre comme une lueur à l'horizon de sa pensée. Soudain, il s'arrêta au milieu de la rue, son cœur se mit à battre avec violence, et il récita lentement : Passez-moi Astyanax, on va filer en douce.
  Incontestablement, c'était un vers, un vrai vers de douze pieds. Et quelle cadence. Quel majestueux balancement «Passez-moi Astyanax...» Léopold ébloui, ne se lassait pas de répéter son alexandrin et s'enivrait de sa musique. Cependant, la rue n'avait pas changé d'aspect. Le soleil continuait à briller, les ménagères vaquaient à leur marché et la vie suivait son cours habituel comme s'il ne s'était rien passé. Léopold prenait conscience de la solitude de l'esprit en face de l'agitation mondaine, mais au lieu de s'en attrister, il se sentait fier et joyeux.
 
 
 
 
Annexe : Homère, IIiade, livre VI (extraits).
 
   Hector sourit, regardant son fils en silence. Mais Andromaque près de lui s'arrête, pleurante ; elle lui prend la main, elle lui parle, en rappelant de tous ses noms : 
  « Pauvre fou ! ta fougue te perdra. Et n'as-tu pas pitié non plus de ton fils si petit, ni de moi, misérable, qui de toi bientôt serai veuve ? Car les Achéens bientôt te tueront, en se jetant tous ensemble sur toi ; et pour moi, alors, si je ne t'ai plus, mieux vaut descendre sous la terre. Non plus pour moi de réconfort, si tu accomplis ton destin1, plus rien que souffrances ! Je n'ai déjà plus de père ni de digne mère. [... ] Hector, tu es pour moi tout ensemble, un père, une digne mère ; pour moi tu es un frère autant qu'un jeune époux. Allons ! cette fois, aie pitié ; demeure ici sur le rempart ; non, ne fais ni de ton fils un orphelin ni de ta femme une veuve. [... ] Le grand Hector au casque étincelant, à son tour, lui répond : 
  « Tout cela autant que toi, j'y songe. Mais aussi j'ai terriblement honte, en face des Troyens comme des Troyennes aux robes traînantes, à l'idée de demeurer, comme un lâche, loin de la bataille. Et mon cœur non plus ne m'y pousse pas : j'ai appris à être brave en tout temps et à combattre aux premiers rangs des Troyens, pour gagner une immense gloire à mon père et à moi-même. Sans doute, je le sais en mon âme et mon cœur : un jour viendra où elle périra, la sainte Ilion2, et Priam3, et le peuple de Priam à la bonne pique. Mais j'ai moins de souci de la douleur qui attend les Troyens, ou Hécube4 même, ou sire Priam, ou ceux de mes frères qui, nombreux et braves, pourront tomber dans la poussière sous les coups de nos ennemis, que de la tienne, alors qu'un Achéen à la cotte de bronze t'emmènera pleurante, t'enlevant le jour de la liberté5. Peut-être alors, en Argos, tisseras-tu la toile pour une autre ; peut-être porteras-tu l'eau de la source Messéis ou de l'Hypérée6, subissant mille contraintes, parce qu'un destin brutal pèsera sur toi. Et un jour on dira, en te voyant pleurer : « C'est la femme d'Hector, Hector, le premier au combat parmi les Troyens dompteurs de cavales7, quand on se battait autour d'Ilion. » Voila ce qu'on dira, et, pour toi, ce sera une douleur nouvelle, d'avoir perdu l'homme entre tous capable d'éloigner de toi le jour de l'esclavage. Ah ! que je meure donc, que la terre sur moi répandue me recouvre tout entier, avant d'entendre tes cris, de te voir traînée en servage ! » 
  Ainsi dit l'illustre Hector, et il tend les bras à son fils. [... ] II prend son fils, et le baise, et le berce en ses bras, et dit, en priant Zeus et les autres dieux : 
  « Zeus ! et vous tous, dieux ! permettez que mon fils, comme moi, se distingue entre les Troyens, qu'il montre une force égale à la mienne, et qu'il règne, souverain, à llion ! Et qu'un jour l'on dise de lui : « Il est encore plus vaillant que son père », quand il rentrera du combat ! Qu'il en rapporte les dépouilles sanglantes d'un ennemi tué, et que sa mère en ait le cœur en joie ! »
 
1. « si tu accomplis ton destin » : si tu meurs.

2. Ilion : Troie.

3. Priam : père d'Hector et roi de Troie.

4. Hécube : mère d'Hector.

5. « t'enlevant le jour de la liberté » : t'enlevant la liberté (en cas de défaite de Troie, les vainqueurs emmèneraient Andromaque chez eux et feraient d'elle une esclave.)

6. Argos, Messéis, Hypérée : lieux situés en Grèce.

7. Cavales : chevaux.
 
 
 
 
QUESTION DE CORPUS :
 
              Racine, Giraudoux et Aymé ont présenté tous trois des réécritures du mythe d’Andromaque à travers respectivement Andromaque, de 1667, La Guerre de Troie n'aura pas lieu, de 1935 et Uranus, publié en 1948.

                Nous allons voir quelles variations de la figure d’Andromaque ils proposent.
 
               Tout d’abord, les auteurs proposent des variations qui reposent sur une transposition de genre. En effet, l’hypotexte, L’Iliade d’Homère, est une épopée guerrière qui magnifie les Troyens et les Grecs à travers le récit de leurs exploits. A contrario, Racine et Giraudoux ont opté pour le genre théâtral pour réécrire le mythe d’Andromaque, ce que les didascalies :                                  « Andromaque/Céphise » pour Racine, et « Il l’a prise dans ses bras, l’a amenée au banc de pierre, s’est assis près d’elle. Court silence. », pour Giraudoux tendent à prouver. Ces indications scéniques donnent vie au mythe en proposant des êtres en chair et en or discutant directement sur scène. Les dialogues théâtraux concourent également à cette redynamisation du mythe. Racine met ainsi en scène un dialogue pathétique entre Andromaque, proie d’un affreux dilemme et Céphise, qui tient ici le rôle de confidente. Les nombreuses questions que se posent la jeune femme, à savoir : « Quoi ? Céphise, j'irai voir expirer encor /Ce fils, ma seule joie, et l'image d'Hector ? », le vocabulaire hyperbolique (« expirer, ma seule joie ») et le groupe ternaire du 2ème vers contenant une gradation mettent en  évidence une femme accablée qui hésite et ne sait quelle décision prendre. Ce discours délibératif donne vie au personnage légendaire et insiste sur les conséquences psychologiques de ses tourments. Giraudoux, quant à lui, met en scène un dialogue philosophique et engagé à travers une dénonciation virulente de la guerre. Il fait ainsi dire à Andromaque : « Ferme-les. Mais elles s’ouvriront. » Dans un dialogue au vocabulaire fortement symbolique, les portes qu’Hector se propose de fermer à jamais deviennent l’allégorie de la paix impossible. Le présent de l’impératif « ferme-les » s’oppose ainsi au futur catégorique qui suit, faisant d’Andromaque le double de Cassandre qui annonçait les catastrophes sans jamais être crue. Ce poids de la fatalité amplifie le tragique de la scène et accentue sa portée engagée : la guerre recommence toujours, quelques soient les bonnes volontés. Ces deux adaptations théâtrales du mythe d’Andromaque insistent donc sur sa portée tragique, l’une faisant la part belle à la psychologie des personnages, l’autre, à la dimension engagée de leurs propos.
           En outre, les auteurs proposent des variations qui reposent sur des transcriptions. Racine opte pour la tragédie classique et l’écriture en alexandrins. Il fait dire ainsi à Andromaque : « Si d'un heureux hymen4 la mémoire t'est chère, /Montre au fils à quel point tu chérissais le père ». Le rythme régulier des ces hémistiches, leur scansion imprime à la scène davantage de pathétisme. L’impératif est redoublé par la force de l’alexandrin, et l’ultime vœu du défunt sonne ainsi comme une imprécation. La figure d’Andromaque est donc magnifiée par la forme versifiée et son destin tragique en est d’autant plus marquant. Giraudoux et Aymé ont choisi la prose pour rendre compte du mythe. Le premier opte pour un style neutre, voire symbolique, nous l’avons vu. Ainsi, il fait dire à Andromaque : « Je le tuerai plutôt. » La force du futur catégorique joint à la concision de la réplique et à la neutralité du vocabulaire, accentue sa portée tragique. Giraudoux met en scène, à travers le désespoir d’une mère, la fatalité de la guerre et le paradoxe d’une situation qui fait préférer la mort d’un fils au destin horrible qui l’attend. Giraudoux a su ainsi moderniser le mythe d’Andromaque en l’inscrivant dans les préoccupations humanistes de son siècle. Aymé a choisi, quant à lui, une prose plus familière qui parodie le texte source. Il fait ainsi dire à son personnage : « Passez-moi Astyanax, on va filer en douce. » Outre le vocabulaire très familier (« passez-moi et filer en douce ») , le fait qu’il s’agisse d’un véritable alexandrin, lié au fait que le personnage s’en rende compte et s’en gargarise accentue le caractère parodique du propos et le décalage burlesque à l’œuvre. Aymé parodie non seulement Homère, mais aussi Racine, dans un récit truculent qui fait la part belle à l’allusion et à l’humour. Le registre de langue participe donc des variations de la figure d’Andromaque, la poétisant, la modernisant ou la parodiant.
                 Enfin, les auteurs procèdent par amplification ou par réduction pour réécrire le mythe. Racine opte pour le discours délibératif d’Andromaque et place son intrigue après le décès d’Hector. Andromaque est très claire : « Dois-je oublier Hector privé de funérailles, /Et traîné sans honneur autour de nos murailles ? » Les questions rhétoriques résument habilement ce qu’Homère raconte en plusieurs pages. L’indignation et le vocabulaire pathétique (privé, traîné...) sont repris par le jeu des rimes (Funérailles/Murailles) qui concourt à mimer l’enfermement mortel de la jeune femme et sa situation désespérée. Ainsi, Racine a su rappeler en deux vers tout ce qui précède sa pièce, la mort d’Hector et la façon horrible dont les Grecs l’ont traité. En réduisant de la sorte le propos, il renforce l’efficacité de l’action théâtrale et met l’accent sur les « suites » de l’histoire, sur l’avenir de la veuve Andromaque. Giraudoux reprend, quant à lui, le dialogue d’Hector et d’Andromaque, mais lui assigne par amplification une portée bien plus engagée et politique. Hector dit ainsi : « Si toutes les mères coupent l’index droit de leur fils, les armées de l’univers se feront la guerre sans index... » La succession d’hypothétiques reprises plusieurs fois sur le même schéma symétrique assignent à la guerre une dimension irrévocable. Chaque hypothèse est détruite par la principale, chaque tentative d’empêcher la guerre est ainsi vouée à l’échec. Les propos des personnages dépassent le mythe d’Andromaque, prenant une portée universelle et contemporaine. Giraudoux réactualise ainsi la figure d’Andromaque pour mieux faire passer un message de paix. Aymé, enfin, ne traite le mythe que par allusions à peine retranscrites, il cite même textuellement Racine : « Faut-il qu'un si grand cœur montre tant de faiblesse ? » L’alexandrin antithétique jure dans ce texte en prose et marque le décalage. La figure d’Andromaque n’est finalement que le prétexte à une focalisation interne d’un personnage complètement inventé et rajouté. C’est ainsi que le personnage se dit : « Lui, Léopold, il aurait eu honte, surtout que les femmes, quand on a un peu d'argent de côté, ce n'est pas ce qui manque. » Ce discours indirect libre est mis en valeur par un vocabulaire prosaïque et oral, comme le prouvent notamment la dislocation (« Lui, Léopold », mais aussi     « les femmes, ce n’est pas...) et la deshumanisation des femmes, voire même l’allusion triviale à leur vénalité. Le récit prend alors des accents burlesques lorsque Léopold, sous le regard amusé du narrateur, s’imagine sauvant Andromaque (des griffes de ce même Pyrrhus mis en scène par Racine) : « Léopold  l'assurait de son dévouement respectueux, promettant qu'elle serait bientôt libre sans qu'il lui en coûte seulement un sou... ». Il est intéressant de voir la façon dont Léopold « rejoue » la pièce de Racine, le discours rapporté mime les répliques de Léopold et le conditionnel met en valeur le caractère imaginaire du propos. Le prosaïsme du propos s’oppose au sujet noble en cause et tend à ridiculiser quelque peu le mythe. Nous assistons donc à une réécriture dans une réécriture. Cette mise en abyme parodie une fois encore le mythe, faisant de Léopold un héros burlesque, et d’Andromaque, un personnage héroï-comique. Racine opte donc pour la réduction, Giraudoux et Aymé amplifient. Mais quoiqu’il en soit, ils proposent tous trois leur propre interprétation de la figure d’Andromaque, l’un la voit comme une femme désespérée prise au piège, l’autre, comme une militante antimilitariste, et le troisième comme un personnage héroï-comique.
 
                  Les trois auteurs proposent donc des variations de la figure d’Andromaque propres à réactualiser le mythe et à l’enrichir. Le processus de la transposition a permis à Racine et à Giraudoux de donner une voix et un corps aux personnages. La transcription modernise, poétise ou caricature le mythe. L’amplification et la réduction permettent enfin aux auteurs de donner une interprétation personnelle d’une figure littéraire et légendaire.
 
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