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La découverte du Nouveau Monde

Cyrano de bergerac

 

 

 

Cyrano de bergerac

 

 

La découverte de l’Autre

La découverte du Nouveau Monde = la découverte de l'Amérique.

La relation à l'étranger : questionnement Européen

 

Découverte de nouvelles terres par Christophe Colomb, navigateur Espagnol qui avait pris la route des Indes. Suite à une erreur de navigation, il découvre de nouvelles terres proches du continent que l'Europe appelera l'Amérique.

-Rencontre des indigènes

Comment Christophe Colomb les décrit-il dans sa lettre à Santangel qui était son protecteur?

Ce qui est en jeu :

- Définition de l'homme

- Essor de l'humanisme

- La redécouverte des textes antiques : l'homme devient le centre des questionnements, des préoccupations = anthropocentrisme = l'humanisme.

Les textes étudiés dans cette séquence

 

Problématique : comment l'autre est-il perçu au fil des temps? 

  • Montaigne, « Des cannibales », Essais
  • Cyrano de Bergerac, L’autre monde ou les états et empires de la lune
  • Bougainville, Voyage autour du monde
  •  Nicolas Bouvier, L’usage du monde

 

La découverte du Nouveau Monde

Lecture des textes

Montaigne

Montaigne, « Des cannibales », Essais, Livre I, Chapitre 31

On peut reconnaître l’influence de Jean de Léry sur l’essai de Montaigne, « Des cannibales ». Mais, malgré la similitude de sujet, les deux auteurs ont des buts différents : Montaigne idéalise

les « sauvages » d’une façon abstraite, tandis que Léry fonde son propos sur une expérience personnelle.

Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté : sinon que chacun appelle barbarie, ce qui n’est pas de son

usage ; comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire

 de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police, parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire,

a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux-là sont vives

et vigoureuses, les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les avons accommodées au plaisir de notre goût corrompu. Et si

pourtant la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût excellente, à l’envi des nôtres16, en divers fruits de ces contrées-là, sans culture.

Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions, que nous l’avons du tout17 étouffée. Si est-ce que, partout où sa pureté reluit, elle fait une merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises. [...]

Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir ; elle n’a autre fondement parmi eux, que la seule jalousie

de la vertu. Ils ne sont pas en débat de la conquête de nouvelles terres, car ils jouissent encore de cette uberté19 naturelle, qui les fournit sans travail et sans peine,

de toutes choses nécessaires, en telle abondance qu’ils n’ont que faire d’agrandir leurs limites. Ils sont encore en cet heureux point, de ne désirer qu’autant que leurs nécessités naturelles leur ordonnent ; tout ce qui est au delà est superflu pour eux.

Ils s’entr’appellent généralement ceux de même âge, frères ; enfants, ceux qui sont au dessous ; et les vieillards sont pères à tous les autres. Ceux-ci laissent à leurs

héritiers en commun, cette pleine possession de biens par indivis, sans autre titre que celui tout pur que nature donne à ses créatures, les produisant au monde.

Montaigne, « Des cannibales », Essais, Livre I, Chapitre 31

 mire : modèle, moyen de juger de.

 si : adverbe de renforcement, il faut comprendre : « et en effet ».

 à l’envi des nôtres : si on les confronte aux nôtres.

du tout : totalement.

 débat : querelle.

 

L’humanisme

Questionnaire pour l’oral EAF : Définition:

1 -

Qu’est-ce que l’humanisme?

C’est un courant culturel qui est apparu à l’époque de la Renaissance.

L’humanisme est une doctrine théorique et pratique qui repose sur la dignité de l’homme et vise son accomplissement. L’homme d’un point de vue philosophique doit s’affranchir de toute croyance religieuse.

Ce mouvement est apparu en Italie dès le XIVème siècle puis en France aux Xvème et XVIème.

C’est une étape importante dans l’histoire de la culture Européenne.

Les trois points importants sont :

- Critique de l’éducation rhétorique

- Recherche d’une éducation équilibrée

- Retour aux textes anciens

Le mot humaniste apparaît en Europe occidentale au XVIe siècle, vers 1539. Il désigne les érudits qui ne se contentent plus de la connaissance du latin, la langue commune à toutes les personnes instruites de leur époque, mais étudient aussi les autres langues prestigieuses de l'Antiquité, le grec et l'hébreu.

2 -

Que manifestent les intellectuels de l’époque?

Un très grand appétit de savoir : étude de diverses disciplines.

3 -

Prônent-ils la vulgarisation des savoirs?

Oui de tous les savoirs. Ils estiment que la parole divine doit-être accessible à tout un chacun. Le savoir religieux est donc important.

4 -

Quel point de vue les humanistes ont-ils sur la liberté de l’homme?

L’homme est libre au sens où il est responsable de ses actes. L’homme a le libre arbitre donc le choix de ses actes dont il est pleinement responsable.

5 -

Citez quelques humanistes

Erasme, Rabelais, Montaigne, Pétrarque

6 -

L’idéal des lumières renoue t’-il avec l’idéal humaniste d’accéder à une sagesse pleinement humaine?

Oui par la confiance que les Lumières mettent en l’homme au détriment de l’obscurantisme politique et religieux.

7 -

Quelles sont les idées des Lumières?

L’autonomie de la raison, rejet des dogmes religieux, défense de la tolérance, de la liberté et de l’égalité, défense de la notion de progrès du savoir et au niveau moral

La philosophie de l’humanisme

1 -

Quelle connotation philosophique peut-on associer à l’humanisme?

La notion d’humanisme est associée aux droits fondamentaux de l’homme. On peut alors parler d’humanisme pratique ou moral relativement à la notion d’interdits éthiques ou de devoirs = ne pas tuer, ne pas voler, ne pas asservir….;

2 -

Quelle est la primauté du courant philosophique humaniste?

La primauté de l’homme, de l’humain et des lois naturelles sur les croyances religieuses et la croyance en un (ou plusieurs) être(s) divin(s) surnaturel(s).

3 -

Contre quoi l’humanisme lutte t’-il?

L’humanisme lutte contre le pouvoir de l’Eglise en tant qu’elle exerce une influence sur l’activité intellectuelle. C’est pourquoi l’humanisme privilégie l’action pratique, la recherche de l’efficacité, le pragmatisme.

l'humanisme moderne

1 -

En quel sens peut-on parler d’humanisme moderne?

On peut parler d’humanisme moderne dans le sens où les modernes associent l’humanisme à la Renaissance comme un courant ayant des racines dans l’Antiquité.

On peut citer par exemple la citation universellement connue du sophiste Protagoras « l’homme est mesure de toutes choses » = exclusion du divin. En effet, la citation de Protagoras nous renvoie au scepticisme antique à l’égard des divinités. Nous pouvons également mentionner que le bouddhisme n’inclut pas la notion de divinités mais seulement d’âme. Ce qui est mis en avant est l’accomplissement de l’homme. Les divinités ne sont plus indispensables à l’homme pour fonder l’éthique

 

Questions sur Montaigne :

  • Quelles sont les dates de Montaigne?
  • 1533 - 1592
  • Qui était Montaigne?
  • Un philosophie moraliste de la Renaissance
  • Citez un de ses contemporains
  • La Boétie
  • A quel courant littéraire appartient-il?
  • L'humanisme
  • Citez son oeuvre littéraire essentielle

Les Essais

 

Questions sur les Essais et recherches personnelles

Questions sur les Essais

  • A quel genre littéraire les essais appartiennent-ils?
  • On trouve dans les Essais des éléments autobiographiques, par exemple des renseignements sur la vie de Montaigne, il affirme "je suis moi-même la matière de mon livre" mais les Essais ne peuvent pas être réduits à une autobiographie. Il s'agit de réflexions sur le monde et la condition humaine. On peut donc affirmer que les Essais ne sont pas classables dans un genre littéraire précis.
  • L'essai est-il un genre de l'argumentation directe ou indirecte?
  • Argumentation directe : l'essai est un ouvrage, de forme assez libre, dans lequel l'auteur expose ses opinions (cf. Montaigne, Les Essais)
  • Montaigne a t'-il écrit les Essais pour lui?
  • A qui s'adresse t'-il?
  • A l'humanité toute entière : sa réflexion porte sur l'homme en tant qu'il est porteur d'humanité.
  • Les Essais sont-ils devenus un livre universel?
  • Oui
  • Dans sa quête de la recherche de la réalité humaine, les Essais s'opposent -ils à tout système philosophique?
  • Oui

 

Montaigne «  Des cannibales »

 Les Esssais

*** Entretien préparé

Lecture du texte :

Introduction :

Montaigne est un grand penseur humaniste. Il a écrit les essais sous le règne d’Henri 4.

Dans cette œuvre il aborde toutes sortes de sujets moraux, philosophiques et psychologiques ainsi que la découverte du nouveau monde qui a suscité des réflexions en se livrant à une réflexion personnelle à travers des thèmes.

Problématique :

Nous verrons comment Montaigne défend les sauvages et leur mode de vie en remettant en question les fondements de la société dans laquelle il vit à travers une opinion personnelle et argumentaire

Eléments d’introduction

Montaigne est un grand penseur humaniste

Son œuvre essentielle est les Essais dont nous allons étudier un passage.

Il aborde toutes sortes de sujets moraux, philosophiques et psychologiques

Découverte du nouveau monde = a mis les européens face à des hommes différents ce qui suscite des réflexions

Il se livre à une argumentation directe qui prend la forme d’une réflexion personnelle à travers des thèmes

et remet en cause des idées reçues

Annonce du plan :

Nous étudierons d’abord la façon dont Montaigne critique la civilisation européenne puis nous verrons comment cela donne une vision positive des sauvages .

I - Critique de la civilisation européenne

a) les reproches de Montaigne

b) une violente critique

c) un humour offensif

II -une vision positive des sauvages

a ) le renversement des termes barbares et sauvages

b) la valorisation de la nature

c)une réflexion sur l’homme

I ° A)

Une certaine étroitesse d’esprit «  je trouve qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage dans ce peuple »

«  Il est vrai que nous n’avons pas d’autre critique pour la vérité et la raison que les exemples que nous observons et les idées et les usages »

Au début il y a la négation restrictive «  ne que... n’avons » exprime l’idée que les européens sont bornés à leurs propres coutumes donc pour eux toutes les autres coutumes sont mauvaises

Le principal reproche est celui de l’artifice «  nous n’avons altéré par nos artifices»

La critique consiste a déplorer que les européens s’éloignent de la nature

Artifice antonyme de nature

La notion de bêtise domine ici  ; cette notion témoigne d’une condamnation violente de la part de Montaigne

b) le lecteur est frappé par la violence des propos de Montaigne lorsqu’il s’attaque à la civilisation des européens

Vocabulaire injurieux «  abâtardie »

«  Détourné, altéré, étouffé » ce réseau de mots indique une action criminelle qui consiste à transformer la nature

«  Corrompu » péjoratif, condamnation morale - les européens sacrifient les valeurs naturelles et essentielles au profit des plaisirs

Il utilise le présent de vérité Générale pour donner une sorte de leçon morale «  ce sont encore les lois »

Allitération en « v » et en « r » Montaigne fait cela pour rappeler la violence et la barbarie

«  car il est vrai que nous n’avons pas d’autres critères…. » « vivante vigoureuse » « vertu vraie »

c) ce qui est remarquable chez Montaigne : l’humour offensif au service de la critique

Montaigne utilise la 1ére personne du pluriel

Il s'assimile aux   européens qu’il critique = autodérision

Répétion des termes parfaits avec insistance

Ce vocabulaire mélioratif va s’opposer au vocabulaire péjoratif de la suite. Le vocabulaire péjoratif va mettre en évidence la vérité aveugle celle de l’ ethnocentrisme

Montaigne critique les européens à travers un vocabulaire ironique

Il reproche aux européens de ne prendre aucun recul pour juger et leur reproche de s’être éloignés de la nature

II

a ) il rejette ces 2 termes qui sont attribués aux indiens . Il refuse la connotation péjorative employée par les européens

« retrouve qu’il n’y a rien …… »

Barbarie, sauvage antonyme de civilisé

La notion de barbarie est subjective et relative

«  sinon que chacun appelle barbarie ce qui ne fait pas partie de ces usages »

Dépend uniquement des habitudes

Chaque européen considère comme barbares ceux qui vivent différemment

« car il est vrai que nous………. »

La démarche de Montaigne consiste à reprendre le mot sauvages = de la nature et de la forêt - il ne l ’utilise pas de manière péjorative

« les gens de ce peuple sont sauvages……………. »

Les indiens se sont fait massacrer donc il est selon l’essayiste déplacé de dire que les indiens sont des sauvages

b) Montaigne associe les indiens à la nature

Dans une certaine mesure il fait un éloge de la nature

« vrai, utile, naturel »

Autant la civilisation européenne est rabaissée, autant la nature est valorisée

Utilise du vocabulaire mélioratif, idée positive pour évoquer la nature

Termes : nature à vertu à vraie, vivante, vigoureuse

Allitération en v : elle renforce la  persuasion

Montaigne donne une image positive et souligne l’aspect naturel de leur mode de vie

Culture est associée à corruption

« Ces peuples…………..très proches de leur état d’origine… » «  ce sont encore…….. »

c) les cannibales sont un prétexte pour Montaigne pour réfléchir sur l’homme et l’inviter à retourner aux valeurs primaires, naturelles

La réflexion se perçoit = il joue avec les pronoms personnels + présent de vérité générale à morale universelle

«  Gouverne, «  gouvernement » à Montaigne se soucie de la manière dont l’homme va évoluer - Montaigne désire que l’homme vive dans une société tolérante

Conclusion

Montaigne en relativisant les opinions et en renversant les repères de manière violente remet en question les notions de la civilisation et celle de la barbarie. Il dénigre sa propre culture, et la juge inadéquate. Au contraire, il valorise les indiens qui eux sont restés naturels . La thèse de Montaigne valorise l’homme à l’état de nature , ce qui n’est pas sans nous familiariser avec l’origine du mythe du bon sauvage , proche de la réflexion rousseauiste.

 

Questions en fonction du plan du commentaire :

Questions sur l’introduction :

Les Essais : œuvre essentielle de Montaigne. Sous quel règne a t’-il écrit son œuvre autobiographique?

De quelles natures les sujets abordés sont-ils dans les Essais?

Qu’est-ce que le Nouveau Monde?

La réflexion de Montaigne est-elle personnelle? Argumentaire?

L’argumentation est-elle directe ou indirecte?

La visée de Montaigne est-elle de combattre les préjugés?

Questions sur le commentaire en fonction du plan : toutes les réponses sont dans le commentaire

I - Critique de la civilisation Européenne

A - Les reproches de Montaigne

Quelle phrase du texte montre que Montaigne reproche aux Européens leur étroitesse d’esprit?

Sur quels fondements les jugements des européens reposent-ils?

« Chacun appelle barbarie ce qui ne fait pas partie de ses usages » : cette phrase reflète t’-elle à elle seule le point de vue de Montaigne, sa critique des Européens?

Comment les préjugés des Européens sont-ils mis en avant?

La négation restrictive « ne que… n’avons » révèle t’-elle l’attitude des Européens prisonniers de leurs jugements trop hâtifs?

Citez pour justifier votre réponse

Quel est le principal reproche?

Donnez un antonyme d’artifice

La notion de « bêtise » domine t’-elle le texte?

Montrez en quoi et justifiez en citant

B - Une violente critique

Analysez la violence des propos. Citez pour justifier votre réponse

Relevez le vocabulaire injurieux

Relevez les mots péjoratifs

Que marque le participe passé « corrompus » : Avons-nous une condamnation morale?

Les européens s’éloignent-ils des valeurs naturelles au profit des plaisirs?

Que marque le présent de vérité générale?

Relevez une allitération en « V » et en « R »

Que marque t’-elle?

C - Un humour offensif

Analysez l’état d’esprit du texte

Quel est le ton dominant?

Comment l’autodérision se manifeste t’-elle?

A quel service l’humour est-il mis?

De quelle vérité est-il question?

Que pouvez vous dire du vocabulaire?

Montaigne

II - Une vision positive des sauvages

A - Le renversement des termes

Les termes « barbarie » « sauvages » sont-ils des antonymes de « civilisés »?

Quels sont les deux termes que Montaigne refuse?

Montaigne estime t’-il que la notion de « barbarie » est subjective et relative? Citez pour justifier votre réponse

Quelle définition les Européens donnent-ils de la notion de « barbarie »?

Quelle est la démarche de Montaigne?

Quelle est l’analogie mise en avant?

B - La valorisation de la nature

A quel concept les indiens sont-ils associés?

Montaigne fait-il l’éloge de la nature?

La civilisation Européenne est-elle rabaissée?

Relevez le vocabulaire mélioratif relatif à la nature

Relevez une allitération en « V »

A quel concept la culture est-elle associée?

C - Une réflexion sur l’homme

En quel sens pouvons-nous parler d’une réflexion sur l’homme?

Que vise Montaigne?

Quelles sont les valeurs vers lesquelles il faudrait faire retour?

Que marquent les pronoms personnels et le présent de vérité générale?

Ce passage nous incite t’-il à évoluer dans le sens d’une plus grande tolérance?

Retrouvons-nous dans cet extrait les concepts essentiels de l’humanisme?

Peut-on dire que la thèse de Montaigne valorise l’homme à l’état de nature?

Proposez une définition de l’état de nature

A quel philosophe du siècle des lumières peut-on rapprocher Montaigne et sa valorisation de l’état de nature?

Montaigne

L’argumentation : convaincre, persuader, délibérer

Identifier et reformuler une thèse

exercice d'application


Sujet : Identifiez et reformulez la thèse de l’auteur : Montaigne et la thèse de l’homme sauvage


Texte

Montaigne, Les Essais, chapitre 31
« des cannibales », 1580-1592



Montaigne s’interroge sur l’épithète « sauvage » par laquelle on désigne les peuples nouvellement découverts en Amérique au XVIème siècle.

Or, je trouve pour revenir à mon propos qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage; comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion,la parfaite police, parfait et accompli usage de toutes choses. Ils ont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits; là où, à la vérité, ce sont eux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages.

Analyse :

La thèse
Dans l’extrait du chapitre 31 des Essais, intitulé «des cannibales », Montaigne formule très explicitement sa thèse: il refuse de considérer les indiens cannibales comme des barbares et des sauvages. Mais le jugement qui dénonce la barbarie de l’autre n’est que la projection des opinions et de la culture dans laquelle nous vivons. L’appellation « barbare » ne dit rien d’autrui. Elle ne fait que traduire notre intolérance. Il annonce une démarche argumentative personnelle; « je trouve mon propos » et les arguments qui tentent de convaincre fondent une réflexion sur l’emploi des mots, « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». Ailleurs il nous précise « ils sont sauvages de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits ». Le penseur dénonce l’ethnocentrisme,la croyance que le peuple dont nous faisons partie possède la vérité. Montaigne vide ensuite le terme « sauvage » de sa signification négative pour lui désigner positivement une proximité avec la nature. Les fruits sauvages sont riches de vertus que les fruits cultivés ont perdues; par analogie on peut supposer que les vertus des peuples sauvages sont restés intacts. La civilisation apparaît comme un processus de dégénérescence, comme un éloignement par rapport aux vertus naturelles. Ainsi, l’exemple du fruit débouche sur une généralisation, nous avons ici une supériorité de la nature sur la culture. La légitimité de la culture est donc remise en question. La barbarie devient le signe d’une plus grande proximité de l’homme avec la nature;Les barbares sont moins corrompus que nous.

Les enjeux de la thèse

Les enjeux du texte dépassent donc la thèse initiale. Il ne s’agit pas ici d’une apologie des indiens cannibales mais d’une réflexion sur les cultures. Montaigne à partir d’une réflexion sur le langage proclame la relativité des mœurs et le culte de la nature; il déstabilise ainsi les certitudes européennes par l’ironie, « parfaite religion » et le paradoxe, nous avons une réhabilitation du mot sauvage dans un raisonnement par analogie. Nous sommes aux origines du mythe de l’homme naturellement bon, du bon sauvage.

 

Entraînez vous

 Dissertation

Dans le premier livre des Essais, Michel de Montaigne explique que, pour se former, il faut « frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui ».
En quoi peut-on dire que l’humanisme, à la Renaissance, se caractérise par une ouverture à l’autre et une interrogation sur l’autre ?
Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur les textes du corpus et sur vos connaissances et lectures personnelles.

La relation de voyage : le regard sur l'autre

 

Histoire littéraire

Lucien de samosate

Lucien de Samosate, Histoire véritable

Il faut cependant que je vous raconte les choses nouvelles et extraordinaires que j’ai observées, durant mon séjour dans la Lune. Et d’abord ce ne sont point des femmes mais des hommes... qu’entre mâles, et le nom de femme y est totalement inconnu. On y est épousé jusqu’à vingt-cinq ans, et à cet âge on épouse à son tour. Ce n’est point dans le ventre qu’ils portent leurs enfants, mais dans le mollet. Quand l’embryon a été conçu, la jambe grossit ; puis, plus tard, au temps voulu, ils y font une incision et en retirent un enfant mort, qu’ils rendent à la vie en l’exposant au grand air, la bouche ouverte. C’est sans doute de là qu’est venu chez les Grecs le nom de gastrocnémie, puisque, au lieu du ventre, c’est la jambe qui devient grosse. […] Quand un homme est parvenu à une extrême vieillesse, il ne meurt pas, mais il s’évapore en fumée et se dissout dans les airs. Ils se nourrissent tous de la même manière. Ils allument du feu et font rôtir sur le charbon des grenouilles volantes, qui sont chez eux en grande quantité ; puis ils s’asseyent autour de ce feu, comme d’une table, et se régalent en avalant la fumée qui s’exhale du rôti. Tel est leur plat solide. Leur boisson est de l’air pressé dans un vase, où il se résout en un liquide semblable à de la rosée. Ils ne rendent ni urine, ni excréments, n’ayant pas, comme nous, les conduits

nécessaires. Ils ne peuvent pas non plus avoir par cette voie de commerce avec des mignons, mais par les jarrets, où s’ouvre leur gastrocnémie. C’est une beauté chez eux que d’être chauve et complément dégarni de cheveux ; ils ont les chevelures en horreur. Dans les comètes, au contraire, les cheveux sont réputés beaux, au moins d’après ce que nous en dirent quelques voyageurs. Leur barbe croît un peu au-dessus du genou ; leurs pieds sont dépourvus d’ongles, et tous n’y ont qu’un seul doigt.

Il leur pousse au-dessus des fesses une espèce de gros chou, en manière de queue, toujours vert

Herodote

Hérodote, l'historien

Hérodote est le père de l'histoire. Il a théorisé la rencontre avec l'Autre. Il faut se plonger au cœur de la Grèce que Ve siècle avant Jésus-Christ alors que les Grecs n'avaient aucun liens politiques et vivaient en petits royaumes disséminés et menacés par les invasions Perses. Pour résister, les Grecs font coalition et combattent la puissance des armées orientales, alliance entre les Grecs, constitution d'une politique, culture commune... . C'est l'Hellénisme. Vient de là une réflexion sur l'Autre, sur le rapport à l'autre.

Hérodote dans L'Histoire se pose les questions sur le rapport à l'Autre : rapport entre les Grecs et les barbares, le barbare étant l'étranger, l'Autre.

 

 

 

Cyrano de bergerac

 

La relation de voyage

 

- Donnez la définition d'une relation de voyage

Il s'agit d'un récit écrit par un voyageur qui fait au lecteur le témoignage de son aventure à travers des descriptions et anecdotes ainsi que des impressions personnelles.

- Donnez un exemple

On peut citer Marco Polo avec son livre des Merveilles.

Son livre est intitulé Le devisement du monde ou le livre des merveilles.

(devisement étant du vieux français qui signifie les choses vues et entendues.).

- La relation de voyage est-elle toujours un livre destiné au public?

On peut avancer que non car Christophe Colomb n'écrit pas de livre mais seulement des lettres à ses protecteurs dans lesquelles il partage ses découvertes.

- Quel est le but d'un récit de voyage? Les relations de voyage doivent favoriser l'évasion du lecteur. Ex, le livre des merveilles de Marco Polo. Cela suppose un mélange de faits authentiques et de références mythologiques.

- Par quelle intention la relation de voyage est-elle motivée?

Si l'on se réfère à Jean de Léry, son intention était de prendre la défense des Amérindiens contre les préjugés des occidentaux. Si au contraire, cherche l'intention chez Christophe Colomb, on dira que ce dernier recherche davantage la conquête Européenne du Nouveau Monde.

- De qui Cyrano de Bergerac s'est-il inspiré pour écrire L'autre monde ou les états et empires de la lune?

Il s'est inspiré de Lucien de Samosate qui écrit l'Histoire véritable, il s'agit d'une exploration lunaire. On peut affirmer que cet ouvrage est annonciateur des romans de science fiction.

Cyrano de bergerac

Cyrano de Bergerac

 

-- Quelles sont les dates de Cyrano de Bergerac?

1619 - 1655

- Qui était-il?

Un dramaturge mais également un homme d'épée.

- Citez deux deux de ses oeuvres

L'autre monde ou les états et empires de la lune

Les états et empires du soleil

- Son oeuvre, l'autre monde ou les états et empires de la lune est-elle dérangeante?

Oui car Cyrano avait de bonnes connaissances scientifiques et une bonne plume, il était athée, libertin et dans son ouvrage il parle parfois mal du pape, rejette la religion et autres formes de conformismes

Cyrano de bergerac

Lecture du texte :

Découverte des Sélénites

Dans L’autre monde ou les états et empires de la lune, le narrateur, qui est aussi le héros, débarque sur la lune et part à la découverte de cette planète, où il rencontre des créatures étranges.

Je restai bien surpris de me voir tout seul au milieu d’un pays que je ne connaissais point. J’avais beau promener mes yeux, et les jeter par la campagne, aucune créature ne s’offrait pour les consoler. Enfin, je résolus de marcher, jusques à ce que la

Fortune me fît rencontrer la compagnie de quelque bête ou de la mort.

Elle m’exauça car au bout d’un demi-quart de lieue je rencontrai deux fort grands animaux, dont l’un s’arrêta devant moi, l’autre s’enfuit légèrement au gîte (au moins, je le pensai ainsi à cause qu’à quelque temps de là, je le vis revenir accompagné de plus de sept ou huit cents de même espèce qui m’environnèrent). Quand je les

pus discerner de près, je connus qu’ils avaient la taille, la figure et le visage comme nous. Cette aventure me fit souvenir de ce que jadis j’avais ouï conter à ma nourrice,  des sirènes, des faunes et des satyres. De temps en temps ils élevaient des huées si furieuses, causées sans doute par l’admiration de me voir, que je croyais quasi-être devenu monstre.

Une de ces bêtes-hommes m’ayant saisi par le col, de même que font les loups quand ils enlèvent une brebis, me jeta sur son dos et me mena dans leur ville. Je

fus bien étonné, lorsque je reconnus en effet que c’étaient des hommes, de n’en rencontrer pas un qui ne marchât à quatre pattes.

Quand ce peuple me vit passer, me voyant si petit (car la plupart d’entre eux ont douze coudées de longueur), et mon corps soutenu sur deux pieds seulement, ils ne purent croire que je fusse un homme, car ils tenaient, entre autres, que, la Nature ayant donné aux hommes comme aux bêtes deux jambes et deux bras, ils s’en devaient servir comme eux. [ ... ]

Ils disaient donc – à ce que je me suis fait depuis interpréter – qu’infailliblement j’étais la femelle du petit animal de la reine. [... ] Je fus mené droit au palais. [...]

Les grands me reçurent avec des admirations plus modérées que n’avait fait le  peuple quand j’étais passé par les rues. Leur conclusion néanmoins fut semblable, à savoir que j’étais sans doute la femelle du petit animal de la reine. Mon guide me l’interprétait ainsi ; et cependant lui-même n’entendait point cette énigme, et ne savait qui était ce petit animal de la reine ; mais nous en fûmes bientôt éclaircis, car le roi quelque temps après, commanda qu’on l’amenât. À une demi-heure de

là je vis entrer, au milieu d’une troupe de singes qui portaient la fraise et le hautde- chausses, un petit homme bâti presque tout comme moi, car il marchait à deux pieds ; sitôt qu’il m’aperçut, il m’aborda par un criado de vuestra mercede [...] .

Ce petit homme me conta qu’il était Européen, natif de la Vieille Castille, qu’il avait trouvé moyen avec des oiseaux de se faire porter jusques au monde de la Lune où

nous étions à présent ; qu’étant tombé entre les mains de la reine, elle l’avait pris pour un singe, à cause qu’ils habillent, par hasard, en ce pays-là, les singes à l’espagnole,

et que, l’ayant à son arrivée trouvé vêtu de cette façon, elle n’avait point outé qu’il ne fût de l’espèce.

« Il faut bien dire, lui répliquai-je, qu’après leur avoir essayé toutes sortes d’habits, ils n’en aient point rencontré de plus ridicule et que c’était pour cela qu’ils les

équipent de la sorte, n’entretenant ces animaux que pour se donner du plaisir.

– Ce n’est pas connaître, dit-il, la dignité de notre nation, en faveur de qui l’Univers se produit des hommes que pour nous donner des esclaves, et pour qui la Nature

ne saurait engendrer que des matières de rire [...].» Notre entretien n’était que la nuit, à cause que dès six heures du matin jusques au soir

la grande foule de monde qui nous venait contempler à notre loge nous eût détournés ; d’aucuns nous jetaient des pierres, d’autres des noix, d’autres de l’herbe. Il n’était

 bruit que des bêtes du roi. [...] Je ne sais si ce fut pour avoir été plus attentif que mon mâle à leurs simagrées et à leurs tons ; tant y a que j’appris à entendre leur langue et à l’écorcher un peu. Aussitôt les nouvelles coururent par tout le royaume qu’on avait trouvé deux hommes sauvages, plus petits que les autres, à cause des mauvaises nourritures que la solitude nous avait fournies, et qui, par un défaut de la semence de leurs pères, n’avaient pas les jambes de devant assez fortes pour s’appuyer dessus. Cette créance allait prendre racine à force de cheminer, sans les prêtres du pays qui s’y opposèrent, disant que c’était une impiété épouvantable de croire que non seulement des bêtes mais des monstres fussent de leur espèce. [ ... ] Enfin ils bridèrent si bien la conscience des peuples sur cet article qu’il fut arrêté que je ne passerais tout au plus que pour un perroquet plumé ; ils confirmaient les persuadés sur ce que non plus qu’un oiseau je n’avais que deux pieds. On me mit donc en cage par ordre exprès du Conseil d’en haut

 

Cyrano de bergerac

Analyse du texte :

 

L'autre monde ou les états et empires de la lune

Cyrano de Bergerac

Introduction :

Il reprend à Samosate l'idée du voyage sur la lune dans son ouvrage en 1649, l'autre monde ou les états et empires de la lune.

C'est un roman dans lequel le héros narrateur raconte ses aventures sur la lune. Dans ce cadre là, Cyrano de Bergerac nous offre une nouvelle perspective sur “L'Autre”. Nous sommes dans un récit imaginaire qui autorise d'investir “l'Autre” différemment avec un regard nouveau sur la diffférence.

  • Questionnaire possible
  • De qui Cyrano de Bergerac s'inspire t'-il?
  • Quel est le genre littéraire?
  • Quelle est l'histoire?
  • Est-ce un récit imaginaire?
  • En quel sens peut-on parler d'un regard nouveau?

 

Problématiques possibles

Comment la relation de voyage permet-elle la réflexion sur l'autre?

Comment l'utopie dévoile t'-elle la réflexion sur l'autre?

Comment la relation à l'autre est-elle perçue?

Plan possible :

I – Le narrateur témoigne d'une relation de voyage

II – Le regard sur le Nouveau Monde

III - Connotation philosophique

I – Le narrateur témoigne d'une relation de voyage

Le narrateur fait figure de héros découvrant l'inconnu dans la plus grande solitude “Je restai bien surpris de me voir tout seul”. Aussi décide t'-il d'aller vers son destin en marchant, en quête de sa fortune qui lui fit “rencontrer la compagnie de quelque bête ou de la mort”. On assiste à une forme de dramatisation du récit de voyage dont la fonction est plus incitative qu'informative. Le lecteur a l'esprit centré sur ce narrateur découvrant un nouveau monde de manière très crédible puisqu'il s'exprime à la 1ère personne du singulier mettant ainsi de la distance entre les faits rapportés et lui-même, dans un souci d'authenticité, la description se poursuit ainsi

  • Questionnaire possible
  • Qui est le narrateur? Donnez la définition d'un narrateur
  • Comment le héros est-il perçu par le lecteur?
  • Citez pour justifier votre réponse

 

Découverte d'un monde authentique et merveilleux

Le caractère merveilleux des Sélénites

Nous retrouvons le champ lexical du merveilleux dans ses aspects les plus divers, “bêtes, hommes”, “douze coudées de longueur”, “grands animaux “ , évocation de monstres en lien avec la mythologie « Cette aventure me fit souvenir de ce que

jadis j’avais ouï conter à ma nourrice, des sirènes, des faunes et des satyres ». Au merveilleux, s'ajoute la surprise, l'étonnement, «  je restai bien supris  », «  je fus bien étonné  », la stupéfaction se traduit en outre dans le lexique du regard, «je le vis  », «  je les pus discerner  ».

  • Questionnaire possible
  • Relevez le champ lexical du merveilleux
  • Y a t'-il des références mythologiques : citez le texte pour justifier votre réponse
  • Comment se manifestent l'étonnement. Relevez les phrases et expressions qui le traduisent.
  • Repérez les verbes qui renforcent la surprise.

 

II – Le regard sur le Nouveau Monde

Le narrateur découvre ce Nouveau Monde, on le découvre avec son regard, «  je le vis  », «  je vis entrer  », «  je les pus discerner  » mais aussi celui du peuple des Sélénites , «  ce peuple me vit passer  », «  me voyant si petit  ». Il est observé, scruté, dévisagé. L'étonnement est réciproque «  ils élevaient des huées... causées sans doute par l'admiration de me voir  », «  les grands me reçurent avec des admirations  ». Ils croient qu'il est un animal ainsi que le suggère la phrase, «  j'étais femelle du petit animal de la reine  ». Il est pris pour un animal mais le narrateur pense que les Sélénites sont aussi des animaux = jeu de miroir. Les Sélénites et le narrateurs croient mais en fait, ils sont en proie aux doutes, ils n'ont plus aucune certitude.

  • Questionnaire possible
  • Comment le lecteur découvre t'-il le nouveau monde ?
  • Comment les Sélénites découvre t'-il le narrateur ?
  • L'étonnement est-il réciproque ?
  • Analysez le jeu de miroir
  • Finalement les Sélénites et le narrateur sont-ils en proie aux doutes ?

 

Une perte de repères :

Autour de plusieurs discours la question centrale prend place. Le peuple s'exprime, « ils disaient donc », Les Grands, l'Espagnol, « leur conclusion fut semblable » et «les prêtres disaient aussi ».

La question sur l'homme est engagée. Le narrateur et les Sélénites se regardent en s'interrogeant mutuellement : L'Autre est-il un homme ? Comment le considérer malgré les différences ? Ainsi le narrateur affirme : «Je fus bien étonné, lorsque je reconnus en effet que c'étaient des hommes ». Les Indiens sont-ils des hommes ? = Référence à la controverse de Valladolid.

Les Sélénites affirment de leur côté : «Deux hommes sauvages, plus petits que les autres à cause de mauvaises nourritures... et qui par un défaut de la semence de leur père... ». Ils pensent que le narrateur est un singe.

  • Questionnaire possible
  • La question sur l'homme est-elle engagée ?
  • Le regard du narrateur et des Sélénites est-il interrogateur ?
  • Comment comprenez-vous cette question : l'autre est-il un homme ?

 

III – Connotation philosophique du passage

Ce texte a une véritable portée philosophique. Il s'agit d'une critique de l'ethnocentrisme. Bergerac invite le lecteur et l'homme en général à prendre conscience qu'il n'est pas le centre du monde. Le narrateur pensait que les Sélénites étaient des monstres et les Sélénites ont cru que le narrateur était un singe ; Le narrateur dans le regard des Sélénites craint d'être lui-même devenu un monstre. Ainsi nous avons une illustration bien relative des points de vue de chacun. L'homme doit cesser d'être vaniteux et orgueilleux au point de croire que la nature tourne autour de lui.

Etrangement, le monde des Sélénites s'apparente au nôtre, il est organisé, hiérarchisé, il y a des Grands, le peuple, le roi, les prêtres, on assiste à une véritable parodie de la terre. L'Eglise représentée par les prêtes est l'objet d'une satire« ils bridèrent si bien la conscience des peuples » que l'on comprend que les prêtres font le nécessaire pour maintenir les hommes dans l'ignorance et l'obscurantisme. Il existe donc un monde sur la lune qui ressemble au nôtre. Cyrano conseille à l'homme de ne pas s'en tenir aux apparences. Il utilise l'humour et l'ironie ainsi que le suggère la mise en scène de l'Espagnol, : celui-ci déclare appartenir à une nation « en faveur de qui l’Univers ne produit des hommes que pour nous donner des esclaves ».

  • Questionnaire possible
  • Ce texte a t'-il une portée philosophique ?
  • Est-ce une critique de l'ethnocentrisme ? Montrez en quoi
  • Le point de vue de chacun aussi relatif soit-il, est-il dangereux ?
  • Cela remet-il en question la vanité et l'orgueil de l'homme ?
  • Le monde des Sélénites est-il une réplique du nôtre ? Citez pour justifier votre réponse
  • Cyrano invite t-il le lecteur a réfléchir ? Faut-il ne plus se fier aux apparences ? Ne pas juger sur les apparences ? Dépasser les premières impressions et ne pas se croire au centre de tout ?
  • La cause des mauvais jugements est-elle la vanité trop grande de l'homme ?
  • Analysez l'ironie et l'humour du texte
  • Cela instaure t'-il une relation de complicité avec le lecteur ?

 

Conclusion :

  • œuvre publiée à titre posthume
  • La relation de voyage = distraire pour inviter à la réflexion
  • Utopie et critique = occasion de se tourner vers le monde réel.

 

Cyrano de bergerac

- Quelles sont les caractéristiques de la littérature de récit de voyage ?

On en retrouve essentiellement trois

  • La figure du narrateur
  • La découverte du Nouveau monde et l'image qu'en donne le narrateur
  • Ses réactions face au Nouveau monde

 

- Comment le lecteur est-il touché ?

Ironie, humour, énonciation, évasion vers un nouveau monde. Le lecteur est incité à réfléchir car le monde découvert est une copie du nôtre ; Relation de complicité avec le lecteur.

 

Bougainville

 

 

 

 

 

Bougainville, Voyage autour du monde

 

 

Bougainville rêve de fonder de nouvelles colonies et pense aux îles australes. Après maintes péripéties, le secrétaire d’État à la Marine accepte de le laisser explorer ce qu’on appelle alors “ le Grand Océan ” (le Pacifique).Bougainville embarque avec des navigateurs confirmés, mais aussi des membres de l’Académie des sciences, en particulier le naturaliste Commerson qui écrivit lui aussi une relation de son séjour à Tahiti, qu’il idéalise bien davantage que ne le fera Bougainville. Parti de Brest le 15 novembre 1766, ce dernier gagne les Malouines, puis Montevideo, passe le détroit de Magellan et, de là, se dirige franchement vers l’Ouest. Tahiti est jointe au début d’avril 1768. Bougainville et ses hommes vont y rester neuf jours. De son journal de bord, Bougainville compose le Voyage autour du monde, plus synthétique et moins idéaliste. Les trois premiers chapitres de la seconde partie content le séjour à Tahiti.

J’ai plusieurs fois été moi second ou troisième me promener dans l’intérieur. Je me croyais transporté dans le jardin d’Éden : nous parcourions une plaine de gazon, couverte de beaux arbres fruitiers et coupée de petites rivières qui entretiennent une fraîcheur délicieuse, sans aucun des inconvénients qu’entraîne l’humidité. Un

peuple nombreux y jouit des trésors que la nature verse à pleines mains sur lui. Nous trouvions des troupes d’hommes et de femmes assises à l’ombre des vergers ; tous nous saluaient avec amitié ; ceux que nous rencontrions dans les chemins se rangeaient à côté pour nous laisser passer ; partout nous voyions régner l’hospitalité, le repos, une joie douce et toutes les apparences du bonheur. Je fis présent au chef du canton où nous étions d’un couple de dindes et de canards mâles et femelles ; c’était le dernier de la veuve. Je lui proposai aussi de faire un jardin à notre manière et d’y semer différentes graines, proposition qui fut reçue avec joie. En peu de temps Ereti fit préparer et entourer de palissades le terrain  qu’avaient choisi nos jardiniers. Je le fis bêcher ; ils admiraient nos outils de jardinage.

Ils ont bien aussi autour de leurs maisons des espèces de potagers garnis de giraumons, de patates, d’ignames et d’autres racines. Nous leur avons semé du blé, de l’orge, de l’avoine, du riz, du maïs, des oignons et des graines potagères de toute espèce. Nous avons lieu de croire que ces plantations seront bien soignées, car ce peuple nous a paru aimer l’agriculture, et je crois qu’on l’accoutumerait facilement à tirer parti du sol le plus fertile de l’univers.

Les premiers jours de notre arrivée, j’eus la visite du chef d’un canton voisin, qui vint à bord avec un présent de fruits, de cochons, de poules et d’étoffes. Ce seigneur, nommé Toutaa, est d’une belle figure et d’une taille extraordinaire. Il était accompagné de quelques-uns de ses parents, presque tous hommes de six pieds. Je leur fis présent de clous, d’outils, de perles fausses et d’étoffes de soie. Il fallut lui rendre sa visite chez lui ; nous fûmes bien accueillis, et l’honnête Toutaa m’offrit une de ses femmes fort jeune et assez jolie. L’assemblée était nombreuse, et les musiciens avaient déjà entonné les chants de l’hyménée. Telle est la manière de recevoir les visites de cérémonie.

Bougainville, Voyage autour du monde (1772)

 

Bougainville

 

Bougainville

 

  • Quelles sont les dates de Bougainville ?
  • 1729 ? 1811
  • Quand entreprend t'-il le voyage autour du monde ?
  • En 1766.
  • Quand a t'-il publié son récit ?
  • Son récit est publié en deux volumes, 1771 et 1772, il s'intitule, Voyage autour du monde
  • Qu'en est-il du récit de la découverte de Tahiti ?
  • Il marque les esprits et alimente le mythe du bon sauvage.
  • - Pourquoi le nom de Bougainville est-il associé au siècle des lumières ?
  • Son œuvre appartient au 18e car par son expédition qu'il relate, il rejoint l'état d'esprit des lumières, il tente de faire partager une vision universelle de l'homme. C'est pourquoi Diderot voit en Bougainville un philosophe éclairé, un penseur des lumières. « le désir de voir, de s’éclairer et d’instruire... ».

 

Bougainville

 

 

 

 

Analyse et questions possibles sur le texte de Bougainville

 

  • Plan possible pour l'étude littéraire  :
  • Découverte de Tahiti par le regard  : une véritable rencontre pour le lecteur
  • Mise en scène de la rencontre
  • Un texte humaniste en écho à l'idéal des Lumières

 

  • Problématique  :
  • Comment l'Autre est-il perçu dans le texte de Bougainville  ?

 

Introduction

Dans le texte de Bougainville, on retrouve toutes les caractéristiques du récit de voyage. Par son expédition dans son navire, sa frégate, Bougainville découvre Tahiti et ses habitants. Dans le but de répondre à notre question « Comment l'Autre est-il perçu dans le texte de Bougainville ? », nous verrons dans un premier temps comment la découverte de Tahiti se fait pas le regard et peut-être qualifiée de véritable rencontre pour le lecteur. En second lieu, nous analyserons la mise en scène de la rencontre et enfin, nous verrons en quoi ce texte humaniste fait écho à l'idéal des lumières.

  • Questionnaire possible :
  • Quel est le genre littéraire de ce texte de Bougainville ?
  • Quelle en est la situation ?

 

I – Découverte de Tahiti par le regard  : une véritable rencontre pour le lecteur.

Etude de la narration

Présence du pronom personnel «  je  » qui permet l'expression du voyageur «je fis présent  », «j'ai plusieurs fois été  » tout en servant d'intermédiaire entre le lecteur et le monde visité.

Le contact avec ce nouveau monde est pris et le lecteur le découvre par le regard ainsi que le suggèrent les phrases, «nous voyions  », «les apparences  ». Tahiti est décrit de manière très visuelle comme si le regard porté sur l'île était extérieur.

Il s'agit d'une véritable rencontre «  recevoir des visites  », «  lui rendre visite  ».

  • Questionnaire possible :
  • Que peut-on dire de la narration? Justifiez votre réponse
  • Favorise t'elle le contact entre le lecteur et le monde visité ?
  • Comment le lecteur découvre t'-il ce nouveau monde ?
  • Relevez les phrases qui traduisent le thème du regard
  • Relevez les expressions qui assimilent cette découverte à une véritable rencontre

 

Respect de l'altérité

Le discours de Bougainville est très respectueux vis-à-vis de l'Autre, les modalisateurs en témoignent «Je me croyais  »  ; le voyageur n'est pas victime de ses jugements, il regarde, admet les différences, faire preuve de curiosité à l'égard des nouveautés, nous sommes dans l'authenticité du récit témoignage et dans le respect de l'altérité.

La description de Tahiti est complète, tant au niveau des paysages que des mœurs, « troupes d’hommes et de femmes assises à

l’ombre des vergers » ou de l'économie agricole. Les mœurs font l'objet d'une analyse en deux temps, son aspect esthétique de la relation de voyage, cérémonie de Toutaa qui l'accueille sur l'île puis, en second point l'intérêt éthique du récit représenté par l'Autre.

  • Questionnaire possible :
  • Le discours de Bougainville est-il respectueux vis-à-vis de l'Autre ?
  • Que marquent les modalisateurs ?
  • Le voyageur admet -il les différences ?
  • Peut-on parler d'authenticité du récit de témoignage ?
  • De respect de l'égalité ?
  • La description de Tahiti est-elle exclusive ?
  • A quels niveaux ? Citez le texte
  • Quels sont les deux temps de l'analyse des mœurs ?

 

II – Mise en scène de la rencontre

La découverte de l'île est associée aux rencontres qui font l'objet d'un récit particulier associé aux moments vécus à Tahiti. Ces derniers sont décrits en prenant en compte l'échange entre les indigènes et les Européens. Il y a une véritable mise en scène. L'échange est le thème majeur de notre texte. L'échange est une ouverture sur l'Autre sur le signe de l'amitié et la réciprocité.

L'échange suit un code éthique, il est tout d'abord lié au salut «tous nous saluaient », règles de convenance et d'accueil, vient ensuite le présent de Bougainville offert au chef de canton puis celui offert par Toutaa lors de sa visite sur le navire ou frégate de Bougainville appelé la Boudeuse. Ce peuple est accueillant et a un grand sens des convenances, l'échange se traduit dans la parfaite réciprocité, chacun offre ce qu'il peut avec le même sens du partage, volailles et graines pour l'Européen et étoffes et femmes pour les Tahitiens.

Confiance, joie, hospitalité scandent le rythme de l'accueil et de la rencontre de ces deux peuples.

  • Questionnaire possible :
  • En quoi peut-on parler d'une mise en scène de la rencontre ?
  • Quel est le thème majeur du texte ?
  • Donnez un synonyme d'ouverture sur l'Autre
  • L'échange suit-il un code éthique ? Lequel ? Citez pour justifier votre réponse
  • Comment le peuple de Tahiti est-il qualifié ? Donnez plusieurs qualificatifs

 

Une rencontre annonciatrice de l'avenir

La vision de l'Autre est teintée d'optimisme ainsi que le suggèrent les verbes au futur, l'espoir est présent dans cette phrase « seront bien soignées ». L'avenir s'annonce plein d'espoir et la mise de l'échange s'articule autour d'une complète pacification des rapports. L'Autre est un alter ego, l'homme est dans le respect de l'autre. Nous sommes loin de Christophe Colomb pour qui l'indigène est l'homme facile à conquérir et à dominer. Chez Bougainville, la bienveillance permet un rapport à l'autre dans l'égalité et l'authenticité et remplace la curiosité des Sélénites dans Cyrano de Bergerac.

  • Questionnaire possible :
  • Pourquoi peut-on dire que la rencontre est annonciatrice de l'avenir ?
  • Relevez les idées et les verbes qui le prouvent
  • L'autre est-il un alter ego ?
  • Quelles sont les différences dans la perception de l'Autre entre Bougainville et Christophe Colomb ? Cyrano de Bergerac ?

 

III - Un texte humaniste en écho à l'idéal des Lumières

Cette bienveillance est synonyme d'une confiance en l'homme compatible avec l'idéal humaniste. Capable d'ouverture sur l'autre et d'ouverture d'esprit, l'homme est ici grandit et d'un point de vue philosophique apte à accepter la différence.

« Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger » : Ménandre. Cette citation de Ménandre (poète, 3e siècle avant JC ) résume l'état d'esprit du texte de Bougainville et annonce l'idéal humaniste.

Autre idée annonciatrice de l'humanisme : l'égalité dans la rencontre = égalité de condition entre les Européens et les Tahitiens et égalité entre les hommes et les femmes = Retour à la nature car ils cultivent ensemble la terre ;

  • Questionnaire possible ?
  • Montrez que l'on peut parler d'idéal humaniste
  • Quelle citation de Ménandre fait écho au texte de Bougainville ?
  • Y a t'-il un retour à la nature chez le peuple de Tahiti ? Cette idée est-elle annonciatrice de l'humanisme ? Expliquez

Qu'en est-il de l'idéal des lumières ?

On le perçoit à travers l'éloge de Tahiti. Il est centré autour de termes mélioratifs sur le plan esthétique et éthique :

« beaux arbres », « une fraîcheur délicieuse », « d’une belle figure

et d’une taille extraordinaire », « ce peuple nous a paru aimer l’agriculture »

  • Questionnaire possible
  • A travers quelle idée voyons-nous que ce passage reflète l'idéal des Lumières ?
  • Relevez les termes mélioratifs sur le plan esthétique et éthique

 

Une utopie

Bougainville nous propose une utopie : il nous donne l'image d'un monde parfait, quasi paradisiaque à la limite du jardin d'Eden. En ce sens, il est fidèle à l'esprit des récits de voyage. L'éloge de Tahiti prend la forme d'un débat nature culture. Tahiti est assimilée à la Nature, « sol le plus fertile de l'univers », ou encore « les trésors que la nature verse... « . En cela Bougainville se rapproche de Montaigne. La culture n'en n'est pas moins présente car il n'y a pas incompatibilité entre Nature et Culture : si la Nature est heureuse, la culture renvoie l'image de l'échange des richesses, de la fertilisation du sol par l'agriculture, du partage des savoirs faire. Tahiti se situe donc entre Nature et Culture. On retrouve ainsi l'idéal des Lumières selon lequel le travail de l'homme permet son développement et favorise son harmonie. Ce qui n'est pas sans rappeler la philosophie du jardin, ch. 30 de Candide de Voltaire = l'homme doit cultiver son jardin = l'idéal est à la fois pratique et théorique. Il est question ici de progrès possible chez ce peuple accompli et ouvert.

  • Questionnaire possible
  • Bougainville propose t'-il une utopie ? Pourquoi ? Expliquez
  • Rappelez la définition de l'utopie
  • Quelle forme l'éloge de Tahiti prend t'-elle ?
  • A quoi l'île est-elle assimilée ?
  • Bougainville se rapproche t'-il de Montaigne ?
  • Comment la notion de progrès est-elle suggérée ?

 

Conclusion :

Ce texte de Bougainville est un récit de voyage qui en présente toutes les caractéristiques. Il est annonciateur de l'humanisme et de l'idéal des lumières.

L'auteur nous présente une terre utopique qui ressemble au jardin de Candide, on y retrouve la philosophie du travail et l'élévation de l'homme hors des simples investigations théoriques. L'homme est présenté comme un être complet et équilibré capable de vivre en harmonie et en toute égalité. Bienveillant et chaleureux le peuple de Tahiti dans sa rencontre avec l'Autre cultive et renforce cet idéal d'homme accompli. Il est alors à la fois un être de nature et de culture capable de tolérance dans l'acceptation des différences dans sa rencontre avec l'Autre.

 

Dépassement du texte :

 

La philosophie de Candide, il faut cultiver son jardin

La maturité de Candide :

L'autonomie intellectuelle de Candide se traduit par "de profondes réflexions". Il revient sur les paroles du vieillard, conseiller en matière de travail au sens d'une philosophie, d'un retour sur soi, d'un mode simple de vie favorisant l'autonomie et l'autarcie. La terre devient symbole de liberté par le travail, de libération, fruit d'une réflexion bien conduite. Savoir penser, vivre dans la plus grande autonomie, voici la philosophie nouvelle d'un Candide devenu adulte intellectuellement. La métairie symbolise le retour sur soi. Il contredit de manière définitive son précepteur Pangloss et s'oppose en outre à Martin qui prétend : "il faut travailler sans raisonner". Le héros trouve son équilibre dans le travail réfléchi entre l'action et la réflexion.


Un lieu emblématique

Le jardin devient un autre lieu emblématique après le château des Thunder-ten-tronchk, puis l'Eldorado et son utopie. Le monde idéal est à présent le jardin, symbole de la liberté et de la libération : le bonheur de pouvoir vivre et penser par soi-même. Une fin de conte digne d'un roman d'apprentissage avec une évolution exemplaire du héros à la hauteur de l'idéal des lumières. Candide n'a plus besoin de précepteur, il a quitté le château, renoncé à l'Eldorado et compris que l'enseignement de son maître n'était qu'une illusion de philosophie. Il sait à présent. Sa sagesse est pratique « chacun se mit à exercer ses talents». Le jardin succède aux autres lieux emblématiques et illusoires, il est la valeur sûre lorsqu'on aspire à un peu de bonheur et de paix. La simplicité de cette métamorphose du héros est surprenante et exemplaire. Une autre transformation intervient au niveau dees personnages. Par exemple Cunégonde, autrefois laide, « devint une excellente pâtissière», Frère Giroflée « fut un très bon menuisier, et devint même honnête homme». La connotation du dernier chapitre est philosophique, l'homme est perfectible et le jardin devient le nouvel Eden.

 

Bouvier

 

 

 

 

 

 

Nicolas Bouvier, L’usage du monde : « Découvrir et se découvrir », 1963

 

  • Questionnaire sur Nicolas Bouvier
  •  - Qui est Nicolas Bouvier ?
  • C'est un écrivain, photographe et journaliste
  • Il était universitaire à Genève
  • - A quelle littérature s'est il intéressé ?
  • A la littérature de la guerre de trente ans
  • - Quand est-il né ?
  • En 1929
  • - Quand est-il mort ?
  • 1998 à Genève

 

Journalisme et Usage du Monde

  • - A quelle occasion écrit-il la première partie du voyage racontée dans L'Usage du monde ?
  • En 1953, avec Thierry Vernet il part de Belgrade à Kaboul à travers la Yougoslavie, Turquie, Iran et Pakistan. C'est à cette occasion qu'il écrit la première partie du voyage racontée dans l'Usage du monde.
  • - Ce livre est-il devenu culte ?
  • Oui ce livre est devenu culte
  • Quand L'usage du monde est-il publié pour la première fois ?
  • En 1963
  • -De quoi est-il question dans cet ouvrage ?
  • Dans cet ouvrage, il raconte un voyage entrepris avec son ami Thierry Vernet qui était un dessinateur.
  • - Dans notre passage, quelle est la situation ? A quel moment l'action ?
  • L'action se situe au moment où ils s'installent à Tabriz pendant l'hiver en Iran.

 

Bouvier

  1.  

 

  • Problématique
  • Comment le locuteur définit-il le voyage dans cet extrait ?

 

Lecture du texte :

Dans L’empire des steppes, de Grousset, je trouvai mention d’une infantechinoise dont un khan de Russie occidentale avait demandé la main. Les émissaires ayant pris quinze ans pour faire l’aller-retour et rapporter une réponse favorable, l’affaire s’était finalement conclue... à la génération suivante. J’aime la lenteur ; en outre, l’espace est une drogue que cette histoire dispensait sans lésiner. En déjeunant,

je la racontai à Thierry, et vis sa figure s’allonger. Les lettres qu’il recevait de son amie Flo le confirmaient dans des idées de mariage qu’il ne comptait pas différer d’une génération. Bref, je tombais mal avec ma princesse.

Un peu plus tard, retour du Bain Iran, je le trouvai sur le point d’éclater. J’allai faire du thé pour lui laisser le temps de se reprendre et quand je revins, c’était : « Je n’en peux plus de cette prison, de cette trappe » – et je ne compris d’abord pas, tant l’égoïsme peut aveugler, qu’il parlait du voyage – « regarde où nous en sommes,

après huit mois ! piégés ici. »

Il avait déjà assez vu pour peindre toute sa vie, et surtout, l’absence avait mûri un attachement qui souffrirait d’attendre. J’étais pris de court ; mieux valait aborder cette question-là le ventre plein. On mit le cap sur le Djahan Noma* et, tout en rongeant un pilori, nous convînmes qu’à l’été suivant, nous nous séparerions. Flo viendrait

le retrouver dans l’Inde ; je les rejoindrais plus tard, pour la noce, quelque part entre Delhi et Colombo, puis ils s’en iraient de leur côté.

Bon. Je ne voyais guère que la maladie ou l’amour pour interrompre ce genre d’entreprise, et préférais que ce fût l’amour. Il poussait sa vie. J’avais envie d’aller égarer la mienne, par exemple dans un coin de cette Asie centrale dont le voisinage m’intriguait tellement. Avant de m’endormir, j’examinai la vieille carte allemande dont le postier m’avait fait cadeau : les ramifications brunes du Caucase, la tache

froide de la Caspienne, et le vert olive de l’Orda des Khirghizes plus vaste à elle seule que tout ce que nous avions parcouru. Ces étendues me donnaient des picotements.

C’est tellement agréable aussi, ces grandes images dépliantes de la

nature, avec des taches, des niveaux, des moirures, où l’on imagine des cheminements, des aubes, un autre hivernage encore plus retiré, des femmes aux nez épatés, en fichus de couleur, séchant du poisson dans un village de planches au milieu des joncs (un peu puceaux, ces désirs de terre vierge ; pas romantiques pourtant,

mais relevant plutôt d’un instinct ancien qui pousse à mettre son sort en balance pour accéder à une intensité qui l’élève).

J’étais quand même désemparé : cette équipe était parfaite et j’avais toujours imaginé que nous bouclerions la boucle ensemble. Cela me paraissait convenu, mais cette convention n’avait probablement plus rien à faire ici. On voyage pour que les choses surviennent et changent ; sans quoi on resterait chez soi. Et quelque chose

avait changé pour lui, qui modifiait ses plans. De toute façon nous n’avions rien promis ; d’ailleurs il y a toujours dans les promesses quelque chose de pédant et de mesquin qui nie la croissance, les forces neuves, l’inattendu. Et à cet égard, la ville était une couveuse.

 

Commentaire littéraire et questionnaire EAF :

 

  • Plan possible pour l'étude :
  • I – Le voyage : un concept
  • II – Le voyage : l'occasion d'un débat
  • III – Le voyage : les enjeux

 

Bouvier

 

I – Le voyage : un concept

Ce passage est un récit de voyage dans lequel Bouvier témoigne et expose sa conception du voyage.

L'écriture est au service du récit et du témoignage.

Le terme de voyage n'est pas si récurrent mais il est également connoté à l'aide d'autres expressions comme « l'aller-retour » et « entreprise », « la boucle » assimilant ainsi le voyage à un cheminement, voire une quête. Ainsi subjectivée, personnalisée, cette quête assimile le voyage à une expérience personnelle.

Le concept de voyage suppose cheminement et authenticité car l'expérience fait office de témoignage. Pas d'expérience de voyage sans authenticité, « j'étais pris de court », « j'avais envie d'aller égarer ma vie ». Il s'agit de la propre expérience du narrateur. Cela n'est pas sans rappeler le pacte de sincérité avec le lecteur, le narrateur doit être fidèle à ses ressentis et les transmettre au fur et à mesure de ses découvertes. En fait, il s'agit plus de se découvrir soi-même que de découvrir l'Autre.

  • Questionnaire possible :
  • De quoi est-il question ? De quelle nature le témoignage de Bouvier est-il ?
  • Quelle est la fonction de l'écriture dans ce passage ?
  • Est-ce le cas dans les autres récits de voyage ?
  • Comment le concept de voyage est-il nommé ?
  • Citez pour justifier votre réponse
  • Citez les autres expressions métonymiques de voyage
  • Quelle est la connotation rendue ? A quoi le voyage est-il assimilé ?
  • Expliquez le sens d'authenticité par rapport à la notion de voyage
  • Relevez les expressions et phrases qui se rapportent à l'authenticité inhérente au voyage
  • Est-il question de se découvrir soi-même ou plutôt de découvrir l'autre ? Expliquez en citant le texte

 

II – Le voyage : l'occasion d'un débat

Le concept de voyage est l'occasion d'un débat entre les deux amis, débat dans lequel les motivations du voyageur sont évoquées.

Nicolas Bouvier a un regard bien précis sur les terres étrangères et la méditation qu'elles suscitent. Le voyage est l'occasion de se découvrir soi-même avant d'être l'occasion de découvrir l'autre. Lors de son célèbre voyage avec Thierry Vernet en hiver à Tabriz en Iran, ils débattent sur leur expérience de voyage. Il est intéressant de voir la conception du voyage développée dans le cadre de cet échange avec le monde découvert. Nous sommes confrontés à deux conceptions du voyage, les amis entrent en désaccord.

« je le trouvai sur le point d’éclater ».

  • Questionnaire possible :
  • A quoi le concept de voyage aboutit-il ?
  • Où se déroule cette expérience de voyage ?
  • De quoi est-il question dans le débat entre les deux amis ?
  • S'ordonne t'-il selon un débat dialectique ?
  • Quelles sont les deux thèses ?
  • Celle de Thierry Vernet puis celle de Bouvier ?
  • Relevez une phrase qui montre que les amis sont en complet désaccord.

 

Du blâme à l'éloge

Thierry Vernet voit dans le voyage un certain nombre de limites, il entame un blâme du voyage tandis que Nicolas Bouvier en fait l'éloge.

Nicolas Bouvier

Le voyage est associé à la liberté « mettre mon sort en balance », au plaisir « tellement agréable », « désirs de terres vierges ».

Thierry Vernet

Le voyage signifie, l'enfermement et la douleur de la séparation « je n'en peux plus », « l'absence ».

  • Questionnaire possible :
  • Montrez que Thierry Vernet assimile le voyage à un enfermement et à une douleur de la séparation
  • Montrez que Nicolas Bouvier associe cette expérience à la liberté et au plaisir de la découverte.
  • Relevez les expressions de l'éloge et du blâme

 

III – Le voyage : les enjeux

Il y a une condition sine qua non pour entreprendre un voyage : il faut aimer le monde et s'affranchir des contraintes. Le voyage ne doit pas obéir à une quelconque nécessité, ce n'est pas une exploration mais une expérience personnelle. Tout dépend donc de la motivation première du voyageur.

  • Questionnaire possible :
  • Quelle est la condition préalable pour apprécier un voyage ?
  • Quelles sont au contraire les règles auxquelles le voyage ne doit pas obéir ?

 

Motivations et quête de soi

Les motivations sont premières et non soumises à des nécessités ou obligations extérieures à soi. Le goût de découvrir est lié à la quête de soi = voyager c'est se découvrir et alimenter son besoin de curiosité ainsi que le suggère la référence en début de texte à L'empire des steppes. L'aventure est donc à la fois culturelle et géographique : « la vieille carte allemande », « les étendues ». La quête de soi à travers le voyage est première.

  • Questionnaire possible :
  • Les motivations doivent elles être premières ?
  • A quoi la découverte du voyage est-elle liée en priorité ?
  • Proposer une définition du voyage qui correspondrait à celle de Bouvier
  • Relevez la phrase du texte qui montre que l'aventure est tant culturelle que géographique.

 

Vient ensuite la quête de l'autre

La recherche première est la quête de soi mais le voyageur se tourne aussi vers l'autre comme en témoignage la phrase suivante : « des femmes aux nez épatés ». Autre argument présent dans le texte en ce qui concerne la relation à l'autre pour Thierry Vernet, Flo lui manque et elle devient plus indispensable, plus nécessaire que l'exploration elle-même. L'harmonie entre le monde et l'intériorité se retrouve chez Nicolas Bouvier. Le voyage permet donc la découverte de soi, de l'autre dans une perpétuelle évolution, l'homme « est voué à évoluer », « il y a toujours dans les promesses quelque chose de pédant et de mesquin qui nie la croissance, les forces neuves, l’inattendu ».

  • Questionnaire possible
  • La quête de soi s'alimente t'-elle d'une quête de l'autre ?
  • Citez au moins une phrase de l'extrait qui le prouve
  • Dans son expression la plus haute et selon Bouvier, le voyage peut-il être synonyme d'harmonie et de symbiose entre le monde et l'intériorité ?
  • Faut-il pour cela considérer l'homme comme évolutif ?
  • Citez le passage pour justifier votre réponse

 

Bouvier

 

Conclusion :

Ce texte consacré au thème du voyage envisage d'abord d'en analyser le concept pour le contrarier sous la forme d'un débat afin d'en tirer les enjeux. Riche de leur expérience en matière d'exploration et de voyage, les deux hommes parviennent ainsi à se consacrer à une véritable expérience du moi dont ils font le témoignage dans le cadre d'un récit de voyage.

Travail proposé

Montrez en quoi ce passage qui n'accorde pas la priorité à l'autre s'oppose à Montaigne, Cyrano de Bergerac et Bougainville.

Faire une synthèse d'une dizaine de lignes.

 

Christoph colomb

 

Textes sur la découverte du Nouveau monde

*** Complément d'étude

Lecture des textes

Texte A : Christophe Colomb (1451-1506), Lettre à Santangel. Écrits recueillis

dans La découverte de l’Amérique, éd. La Découverte / Poche, Paris, 2006.

Texte B : Jean de Léry (1534-1613), Histoire d’un voyage fait en terre de Brésil, 1578.

Texte C : Montaigne (1533-1592), Essais, « Des cannibales », dernière édtion 1595.

 

Christoph colomb

Christophe Colomb écrit à son protecteur Luis de Santangel, trésorier des souverains espagnols, qui l’a aidé dans son projet.

Les gens de cette île et de toutes les autres que j’ai découvertes ou dont j’ai eu connaissance vont tout nus, hommes et femmes, comme leurs mères les enfantent, quoique quelques femmes se couvrent un seul endroit du corps avec une feuille d’herbe ou un fichu de coton qu’à cet effet elles font. Ils n’ont ni fer, ni acier, ni armes, et ils ne sont point faits pour cela ; non qu’ils ne soient bien gaillards et de belle stature, mais parce qu’ils sont prodigieusement craintifs. Ils n’ont d’autres armes que les roseaux lorsqu’ils montent en graine, et au bout desquels ils fixent un bâtonnet aigu. Encore n’osent-ils pas en faire usage, car maintes fois il m’est arrivé d’envoyer à terre deux ou trois hommes vers quelque ville pour prendre langue [contact], ces gens sortaient, innombrables mais, dès qu’ils voyaient s’approcher mes hommes, ils fuyaient au point que le père n’attende pas le fils. Et tout cela non qu’on eût fait mal à aucun, au contraire, en tout lieu où je suis allé et où j’ai pu prendre langue, je leur ai donné de tout ce que j’avais, soit du drap, soit beaucoup d’autres choses, sans recevoir quoi que ce soit en échange, mais parce qu’ils sont craintifs sans remède.

Il est vrai que, lorsqu’ils sont rassurés et ont surmonté cette peur, ils sont à un tel point dépourvus d’artifice et si généreux de ce qu’ils possèdent que nul ne le croirait à moins de ne l’avoir vu. Quoi qu’on leur demande de leurs biens, jamais ils ne disent non ; bien plutôt invitent-ils la personne et lui témoignent-ils tant d’amour qu’ils lui donneraient leur coeur. Que ce soit une chose de valeur ou une chose de peu de prix, quel que soit l’objet qu’on leur donne en échange et quoi qu’il vaille, ils sont contents. Je défendis qu’on leur donnât des objets aussi misérables que des tessons d’écuelles cassées, des morceaux de verre ou des pointes d’aiguillettes,

quoique, lorsqu’ils pouvaient obtenir de telles choses, il leur semblait posséder les plus précieux joyaux du monde. [...]

Fait sur la caravelle, au large des îles Canaries, le 15 février 1493.

Je ferai ce que vous me commanderez.

L’Amiral

Christophe Colomb, La découverte de l’Amérique,

Extrait d’une lettre à Luis de Santangel

Jean de lery histoire dun voyage 1295218663 thumbnail

En 1578, Jean de Léry publie le récit du séjour au Brésil qu’il a effectué en 1552 pour fuir les troubles religieux qui menacent l’Europe. L’expédition dont il faisait partie cherchait

à établir un refuge pour les protestants au Nouveau Monde, au cas où ils seraient chassés par les catholiques. Mais le chef de cette mission est lui-même redevenu catholique

en plein voyage et a chassé de la colonie naissante les protestants parmi lesquels figurait Jean de Léry. Ce dernier vit alors parmi les sauvages pendant plusieurs mois.

Au reste, parce que nos Toüoupinambaoults3 sont fort ébahis de voir les Français et autres des pays lointains prendre tant de peine d’aller quérir leur Arabotan, c’està- dire, bois de Brésil, il y eut une fois un vieillard d’entre eux, qui sur cela me fit telle demande :

« Que veut dire que vous autres Mairs et Peros, c’est-à-dire Français et Portugais, veniez de si loin quérir du bois pour vous chauffer ? n’en y a-t-il point en votre pays ? »

À quoi lui ayant répondu que oui, et en grande quantité, mais non pas de telles sortes que les leurs, ni même du bois de Brésil, lequel nous ne brûlions pas comme il pensait, mais (comme eux-mêmes en usaient pour rougir leurs cordons de coton, plumages et autres choses) les nôtres l’emmenaient pour faire de la teinture, il me répliqua soudain :

« Voire, mais vous en faut-il tant ?

– Oui, lui dis-je, car (en lui faisant trouver bon) y ayant tel marchand en notre pays qui a plus de frises et de draps rouges, voire même (m’accommodant toujours à lui

parler des choses qui lui étaient connues) de couteaux, ciseaux, miroirs et autres marchandises que vous n’avez jamais vues par deçà, un tel seul achètera tout le bois de Brésil dont plusieurs navires s’en retournent chargés de ton pays. [...]

– Vraiment, dit lors mon vieillard (lequel comme vous jugerez n’était nullement lourdaud) à cette heure connais-je que vous autres Mairs, c’est-à-dire Français, êtes de grands fols : car vous faut-il tant travailler à passer la mer, sur laquelle (comme vous nous dites étant arrivés par-deçà) vous endurez tant de maux, pour amasser

des richesses ou à vos enfants ou à ceux qui survivent après vous ? La terre qui vous a nourris n’est-elle pas aussi suffisante pour les nourrir ? Nous avons, ajouta-t-il, des parents et des enfants, lesquels, comme tu vois, nous aimons et chérissons ;

mais parce que nous nous assurons qu’après notre mort la terre qui nous a nourris les nourrira, sans nous en soucier plus avant nous nous reposons sur cela. »

Voilà sommairement et au vrai le discours que j’ai ouï de la propre bouche d’un pauvre sauvage américain. Partant4 outre que cette nation, que nous estimons barbare,

se moque de bonne grâce de ceux qui au danger de leur vie passent la mer pour aller quérir du bois de Brésil afin de s’enrichir, encore y a-t-il que quelque aveugle qu’elle soit, attribuant plus à nature et à la fertilité de la terre que nous ne faisons à la puissance et à la providence de Dieu, elle se lèvera au jugement contre

les rapineurs, portant le titre de Chrétiens, desquels la terre de par-deçà est aussi remplie, que leur pays en est vide, quant à ses naturels habitants. Par quoi suivant ce que j’ai dit ailleurs, que les Toüoupinambaoults haïssent mortellement les avaricieux,

plût à Dieu qu’à fin qu’ils servissent déjà de démons et de furies pour tourmenter nos gouffres insatiables, qui n’ayant jamais assez ne font ici que sucer le sang et la moelle des autres, ils fussent tous confinés parmi eux. Il fallait qu’à notre grande honte, et pour justifier nos sauvages du peu de soin qu’ils ont des choses de ce monde, je fisse cette digression en leur faveur.

Jean de Léry, Histoire d’un voyage fait en terre de Brésil, 1578.

 

3. Toüoupinambaoults : ancienne orthographe de Tupinambas, peuple amérindien du Brésil.

4. partant : par conséquent.
 

Montaigne

Dans le chapitre « Des cannibales »6, au livre I des Essais, Montaigne s’interroge sur

l’habitude qu’ont prise les Européens de désigner les indigènes d’Amérique comme des

« sauvages » ou encore comme des « barbares ».

Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté : sinon que chacun appelle barbarie, ce qui

n’est pas de son usage ; comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire7 de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du pays où nous

sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police, parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité,

ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux-là sont vives et vigoureuses, les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les avons seulement accommodées au plaisir de

notre goût corrompu. Et si8 pourtant la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût excellente, à l’envi des nôtres9, en divers fruits de ces contrées-là sans culture.

Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions, que nous l’avons du tout10 étouffée. Si est-ce que, partout où sa pureté reluit, elle fait une merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises. [...]

Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir ; elle n’a autre fondement parmi eux, que la seule jalousie

de la vertu. Ils ne sont pas en débat11 de la conquête de nouvelles terres, car ils jouissent encore de cette uberté12 naturelle, qui les fournit sans travail et sans peine, de toutes choses nécessaires, en telle abondance qu’ils n’ont que faire d’agrandir leurs limites. Ils sont encore en cet heureux point, de ne désirer qu’autant que leurs

nécessités naturelles leur ordonnent ; tout ce qui est au delà est superflu pour eux.

Ils s’entr’appellent généralement ceux de même âge, frères ; enfants, ceux qui sont au dessous ; et les vieillards sont pères à tous les autres. Ceux-ci laissent à leurs héritiers en commun, cette pleine possession de biens par indivis13, sans autre titre que celui tout pur que nature donne à ses créatures, les produisant au monde.

Montaigne, Essais, livre I, chap. XXXI (orthographe modernisée).

 

5. par-deçà : locution prépositionnelle de lieu désignant l’endroit où l’on est par opposition à par-delà.

6. cannibales : nom dérivé de Caraïbe qui désigne d’abord les Indiens des Antilles, réputés anthropophages. Il prend au XVIe siècle

le sens général de sauvage. Le sens moderne (équivalent à anthropophage), n’apparaît qu’à l’aube du XIXe siècle.

7. mire : modèle, moyen de juger de.

8. si est un adverbe de renforcement, il faut comprendre : « et en effet ».

9. à l’envi des nôtres : si on les confronte aux nôtres.

10. du tout : totalement.

11. débat : querelle.

12. uberté : abondance.

13. indivis : sans division de propriété, en collectivité.

Etude des textes du corpus

 

Corpus de textes sur le Nouveau Monde

 

Les regards posés sur le Nouveau Monde

Nous allons étudier à travers ces textes de la Renaissance, Christophe Colomb, Montaigne et Léry, les regards portés sur le Nouveau Monde devenu, continent Américain.

Le regard est celui de la découverte. Quels sont les sentiments, jugements et impressions des auteurs des textes du corpus à l'égard du Nouveau Monde ?

Les expressions du jugement sont toutes articulées autour du regard que la vision soit méliorative ou péjorative. Avons-nous un éloge ou un blâme ?

Nous avons donc trois textes de la même période, la Renaissance, découverte du Nouveau Monde. Dans un premier temps, Christophe Colomb dans sa lettre à son protecteur Luis de Santangel, Léry avec son Voyage en terre de Brésil et Montaigne.

Quel est le regard porté sur l'Autre dans ces trois textes ?

Les termes « nobles », « si généreux » ou encore « nobles et généreux » ouvrent la présentation de Colomb et de Montaigne, le peuple est ainsi désigné de manière méliorative. La bienveillance est abordée par Léry à travers le personnage du vieillard qui témoigne d'une curiosité bienveillante vis-à-vis de son hôte. Léry confirme la chaleur de l'accueil reçu. « bien plutôt invitent-ils la personne et lui témoignent-ils tant d’amour qu’ils lui donneraient leur coeur ».

Autre point positif , le peuple découvert n'est pas attaché à ses biens, il n'est pas matérialiste, les indigènes manifestent une pareille joie que l'objet offert soit de valeur ou pas ainsi que l'affirme Colomb :

« que ce soit une chose de valeur ou une chose de peu de prix, [...] ils sont contents », la même idée est présente dans les deux autres textes, Léry compare leur désintéressement à l'avidité Européenne et Montaigne montre qu'ils se contentent de ce dont ils ont besoin. Les Indiens ne désirent « qu’autant que leurs nécessités naturelles leur ordonnent » . La vision de ces trois textes est donc méliorative, les auteurs nous donnent l'image d'un peuple heureux.

Certaines nuances cependant, sont à apporter. En effet, Au delà de l'éloge chez C. Colomb, l'effet chaleureux et bon est atténué car le lecteur se rend vite compte que si les indigènes sont gentils, ils ne le sont que parce qu'ils sont naifs et dépourvus de sens du discernement. Ils peuvent aussi se montrer égoistes en cas de danger, « ils fuyaient au point que le père n’attende pas le fils » ou encore reçoivent parfois sans rendre : « sans recevoir quoi que ce soit en échange ». L'image de départ est donc un peu faussée. D'une manière générale ils font figure d'un peuple à la merci des conquérants, non éduqués et assez déshumanisés. Colomb a donc pourrions-nous dire, un regard de conquérant sur ce peuple indigène.

Au contraire chez Léry et Montaigne, la vision est autre. Le dialogue chez Léry permet la confrontation entre le vieillard et lui-même, un jugement est sévèrement formulé sur les français car l'auteur déplace le jugement du côté des indigènes. Les français sont qualifiés de « de grands fols ». C'est l'indigène du Brésil qui juge le peuple français. De même que les indigènes ont la réputation de jouir d'une certaine sagesse chez Colomb, il y a un lourd réquisitoire contre les Européens dans son texte : Ils « ne font que sucer le sang et la moelle des autres ». Ils ont en outre une simplicité naturelle que l'Européen qualifie volontiers de barbare, de sauvage. D'une façon générale, le peuple indigène vit à l'état de nature dans une communauté équitable, égalitaire.

Un débat s'ouvre donc sur la supériorité de la nature sur la culture,

l'état de nature est considéré comme supérieur à l'état de culture. L'heure n'est plus à la conquête mais à la supériorité naturelle des peuples indigènes sur les Européens.

 


Autres récits de voyage

 

Robinson Crusoé de Daniel Defoe et Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift relèvent aussi des récits de voyages

 

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Du Robinson de Daniel Defoe au Robinson de Michel Tournier

Michel Tournier

Vendredi ou les limbes du Pacifique

 

Michel Tournier

 

Questionnaire sur Michel Tournier

1 -

De quel siècle Michel Tournier est-il?

Michel Tournier est né en 1924, c’est un auteur du XXème siècle, un philosophe de formation.

2 -

Quel est son premier roman? 

Il a écrit, Vendredi ou les limbes du Pacifique, son premier roman à l’âge de 42 ans.

Quand a t’-il été publié?

En 1967

3 -

De quel auteur s’est-il inspiré?

Celui -ci est inspiré de Robinson Crusoé de Daniel Defoe.

4 -

Comment qualifieriez-vous ce roman en quelques mots?

C’est un roman expérimental qui s’interroge sur la société occidentale et son rapport à l’individu.

5 -

Tournier a t’-il reçu un prix?

Oui il a reçu le grand prix du roman de l’académie française la même année, en 1967

Questionnaire sur Daniel Defoe

1-

De quel siècle Daniel Defoe est-il?

C’est un écrivain anglais de la fin du XVIIème siècle et le début du siècle suivant

2 -

Quel ouvrage a-t-il fait de lui un écrivain célèbre?

Robinson Crusoé

3 -

Quel est son vrai nom?

Daniel Foe

4 -

A t’-il écrit d’autres ouvrages que Robinson Crusoé?

Oui il est l’auteur de nombreux pamphlets.

Il a également écrit des Essais comme « l’Instituteur de famille »

5 -

De quel personnage Defoe s’inspire t’-il pour écrire Robinson Crusoé?

l’histoire est inspirée par l’aventure d’Alexandre Selkirk retiré 5 ans, seul et sans soutien, sur une ile déserte

6 -

Citez un autre roman de Defoe

La vie du capitaine Singleton

7 -

Peut-on dire de Daniel Defoe que son œuvre soit purement littéraire?

Non, son œuvre n’est pas seulement littéraire mais il se fait témoin de son époque à différentes niveaux , politique, économique et social à travers ses divers romans.  

Il a également publié un « Journal de l’année de la peste » qui recueille des témoignages sur la grande peste londonienne de 1665. 

 

 

Daniel Defoe Kneller Style.jpg

 

 

Questionnaire bac

1 -

L’Œuvre de Robinson Crusoé de Daniel Defoe publiée en 1719 devient-elle l’objet d’une réactualisation critique avec l’ouvrage de Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique?

Oui, car cela remet en cause un système de valeurs et une certaine conception de l’homme qui apparaissent en Europe, en Amérique en particulier au 18ème et 19ème siècles.

La réactualisation critique prend forme grâce au jeune indigène. Il permet à l’auteur de proposer une autre conception de la vie.

2 -

Quel élément est annonciateur de cette nouvelle perspective par rapport à l’œuvre de Defoe?

Le titre = Vendredi ou les limbes du Pacifique. Le jeune indigène est mis en avant dès le titre, même si Robinson reste le personnage principal, Vendredi joue un rôle essentiel tout au long de l’évolution du  héros. 

3 -

Quelle est la rupture radical entre l’histoire de Robinson de Dufoe et celle de Tournier?

Dans l’histoire de Defoe, Robinson fait le choix de quitter son île après 28 ans de solitude, il retourne en Europe dans la société civilisée.

Tournier fait rester son personnage dans son île à Spéranza jusqu’à la fin de ses jours. Robinson ne souhaite pas vivre dans la société civilisée, il ne désire pas non plus que son île soit connue, c’est pourquoi les membres navigateurs du Whitebird ont ordre de ne pas dévoiler son existence.

4 -

Faire une petite comparaison entre les deux Robinson

Le premier Robinson a domestiqué  la nature, c’est un colonisateur qui s’apparente à un souverain maître de son royaume dans lequel il a recueilli Vendredi, le père et un Espagnol. Son royaume devient ainsi l’image miniaturisé de l’Angleterre. Mais il retournera dans la société civilisée et renoncera très facilement au Royaume de son île. Il n’a en fait pas beaucoup changé et retourne naturellement à sa vie et son mercantilisme.

"Je n’oubliai pas non plus de prendre cet argent dont j’ai parlé, qui avait été si longtemps négligé qu’il était noirci et pouvait à peine passer pour tel avant d’avoir été frotté".

Le deuxième Robinson, celui de Tournier est plus évolutif, il devient tout d’abord soucieux de l’autarcie et du travail bien organisé de son nouveau domaine sur l’île. Il évoluera encore avec Vendredi dans le sens opposé du premier Robinson. Il ne quittera jamais son île.

5 -

Pourquoi le Robinson de Tournier refuse t’-il de retourner à la société civilisée?

Robinson ayant gouté à la nouvelle vie dans l’île refuse de régresser dans un choix de vie civilisée qui supposerait l’adhésion aux normes et au calendrier. Il préfère sa vie au jour le jour, libre et autonome sans les contraintes officielles de la vie du monde civilisé, il dit non à cette réinsertion dans le monde des hommes pour un temps qui est celui de l’éternel présent et l’insouciance du lendemain

6 -

Quel est son rapport aux valeurs occidentales?

Il est devenu étranger au monde occidental, il a refoulé toutes les valeurs de la société civilisée. Il est aujourd’hui dénué des valeurs premières de la civilisation comme l’instinct de propriété, son détachement est total, son indifférence absolue aux conquêtes, aux gains du commerce triangulaire, aux avancées techniques de la navigation, tous ces traits sont caractéristiques du nouveau Robinson.

7 -

Quel est son nouveau rapport à autrui?

Il ne souffre plus du manque de communication avec les hommes alors qu’il avait failli se suicider auparavant du fait de son insoutenable solitude. Il est à présent en de ça des règles de la sociabilité. Il ne conçoit plus le rapport à l’autre dans les normes de la civilisation avec ce que cela suppose d’adhésion au langage et à la reconnaissance sociale.

8 -

Quel est son nouveau rapport avec le monde extérieur? Quel est son rapport au monde?

Robinson vit aujourd’hui en harmonie avec la terre et la mer, l‘air et le soleil, il y a une symbiose entre l’homme et les éléments. Tout se passe comme si le héros assistait à sa propre renaissance dans un monde nouveau dans lequel il se sent enfin en harmonie avec ce qui l’entoure. Retourner au monde civilisé serait redevenir étranger au monde.

Dans la dernière page du roman, le lecteur peut lire : "le rayonnement qui l’enveloppait le lavait des souillures mortelles de la journée précédente et de la nuit … la lumière fauve le revêtait d’une armure de jeunesse inaltérable". Cette citation de la dernière page du livre confirme la renaissance de notre héros en accord avec les éléments de son monde. 

 

Tournier  Michel

 

Vendredi ou les limbes du Pacifique

 

Michel Tournier

 

Michel TOURNIER, Vendredi ou les limbes du Pacifique (1969)

Lecture du texte :

Que d’épreuves nouvelles depuis trois jours et que d’échecs mortifiants pour mon amour-propre ! Dieu m’a envoyé un compagnon. Mais, par un tour assez obscur de sa Sainte Volonté, il l’a choisi au plus bas degré de l’échelle humaine. Non seulement il s’agit d’un homme de couleur, mais cet Araucanien costinos est bien loin d’être un pur sang, et tout en lui trahit le métis noir ! Un Indien mâtiné de nègre ! Et s’il était encore d’âge rassis, capable de mesurer calmement sa nullité en face de la civilisation que j’incarne ! Mais je serais étonné qu’il ait plus de quinze ans — compte tenu de l’extrême précocité de ces races inférieures — et son enfance le pousse à rire insolemment de mes enseignements. Et puis cette survenue inattendue après des lustres de solitude a ébranlé mon fragile équilibre. L’Évasion a été à nouveau pour moi l’occasion d’une défaillance mortifiante. Après ces années d’installation, de domestication, de construction, de codification, il a suffi de l’ombre d’un espoir de possibilité pour me précipiter vers ce piège meurtrier où j’ai failli succomber jadis. Acceptons-en la leçon avec une humble soumission. J’ai assez gémi de l’absence de cette société que toute mon œuvre sur cette terre appelait en vain. Cette société m’est donnée sous sa forme la plus rudimentaire et la plus primitive certes, mais il ne m’en sera sans doute que plus facile de la plier à mon ordre. La voie qui s’impose à moi est toute tracée : incorporer mon esclave au système que je perfectionne depuis des années. La réussite de l’entreprise sera assurée le jour où il n’y aura plus de doute que Speranza et lui profitent conjointement de leur réunion.

Michel Tournier

 

Questionnaire sur Vendredi ou les Limbes du Pacifique

1 -

D’un point de vue historique, sur quel mythe l’histoire de Tournier repose t’-elle?

L’ouvrage de Tournier propose en fait une variante sur le mythe de Robinson Crusoé de Daniel Defoe.

2 -

Y a t’-il eu une adaptation de ce roman?

Oui, il y a eu une adaptation de ce roman pour la jeunesse sous le titre de Vendredi ou la vie sauvage.

3 -

De quel texte l’extrait choisi pour cette étude est-il extrait?

Ce texte est extrait de log-book, sorte de journal de Robinson qui vient de sauver de la mort un homme.

4 -

Sans autrui Robinson voit-il s’effondrer la structure du monde? 

Sans autrui Robinson voit s’effondrer la structure du monde puisque quand autrui n’est plus là les autres points de vues potentiels qui donnent de la réalité aux choses disparaissent.

5 -

Expliquez le sens de limbes du pacifique

Les Limbes = Endroit où vont les âmes perdues, endroit abstrait entre paradis et enfer. Sans autrui, Robinson est une âme errante.

6 -

Quel est le rôle de Vendredi?

Le rôle de Vendredi est de renverser tous les points de vue et repères de Robinson.

7 -

Quel autre titre Tournier a t’-il donné plus tard à ce livre?

Plus tard, Tournier à sous-titré son roman Vendredi ou un autre jour. 

 

Michel Tournier

 

Questionnaire sur le passage à présenter à l’oral :

Problématique :

En quoi  cette nouvelle compagnie bouleverse t’-elle le héros?

Plan de l’étude possible :

I - Le point de vue occidental de Robinson

II - La fragilité du héros

Michel Tournier

 

Questionnaire sur le passage à présenter à l’oral

I - Le point de vue occidental de Robinson

1 -

Comment l’émotion exprimée par Robinson se traduit-elle?

l’émotion vive exprimée par Robinson  se traduit à travers les phrases exclamatives assez nombreuses, essentiellement dans le début du texte.

"...et tout en lui trahit le métis noir ! Un Indien mâtiné de nègre ! Et s’il était encore d’âge rassis, capable de mesurer calmement sa nullité en face de la civilisation que j’incarne ! "

2 -

Tentez de traduire ce que peut ressentir Robinson

On sait qu’il n’a pas vu de monde depuis longtemps. Il se trouve à présent en présence d’un homme différent de ceux qu’il a connu dans sa vie civilisée. Par conséquent, ainsi que le traduisent les exclamations, son émotion est à son paroxysme, il se sent déstabilisé et bouleversé.

3 -

L’âge de son compagnon lui pose t’-il problème? Pourquoi?

Son compagnon a 15 ans. C’est un problème pour Robinson au  niveau éducatif : Il estime que sa jeunesse n'est pas une bonne disposition pour recevoir une éducation adaptée. Ses 15 ans font qu'il a encore une âme d'enfant avec tout ce que cela suppose, inconscience, manque de maturité, insouciance, donc un état d'esprit trop jeune et trop immature pour faire en sorte qu'une éducation sérieuse soit envisagée. "Enfance" dans le texte suggère cette idée et s'oppose dans les termes à "âge rassis". Nous pouvons en outre relever la citation "qui rit insolemment de ses enseignements", le complément de manière est significatif à cet égard, son compagnon trop insouciant n'est pas prêt. L'âge et l'immaturité de sa jeunesse posent donc un problème à ce niveau pour Robinson.

4 -

Quelle image et quelle évaluation l’élève semble t’-il avoir de lui-même?

Il ne semble pas avoir conscience de son manque d’éducation et encore moins de son inaptitude à la recevoir. La citation suivante "incapble de mesurer calmement sa nullité" le suggère très explicitement.

5 -

Quelle attitude Robinson adopte t’-il face à la légèreté de son élève ? Cela est-il révélateur du dogmatisme occidental?

En matière d'éducation, l'enseignement en occident est essentiel et s'inculque de manière assez dogmatique. Les jeunes esprits sont  soumis à un programme éducatif lourd. Par conséquent, face à la légèreté de son compagnon, Robinson tente de reproduire ce schéma ambitieux d'une éducation occidentale sur un esprit trop jeune et trop insouciant pour la recevoir. La légèreté de son enseigné n'est pas à la hauteur de ses ambitions, cela décontenance Robinson et révèle le dogmatisme occidental. 

6 -

L’homme de race noire est-il victime d’un préjugé? Lequel?  Citez pour justifier votre réponse

L'intrigue se passe au XVIIIè siècle, période à laquelle on considérait l'homme blanc supérieur à l'homme noir, c'est l'époque de la colonisation et du fait de cette théorie raciale, l'homme de race noire est fatalement victime d'un préjugé, celui d'une infériorité raciale du fait de sa couleur. Robinson incarne l'occidental pour qui l'homme de couleur est inférieur. Nous pouvons appuyer cette idée à l'aide des citations suivantes :  « au plus bas degré de l’échelle humaine », « race inférieure », « sa forme la plus rudimentaire et la plus primitive ».

7 -

Sur quoi repose cette infériorité préjugée? Citez deux arguments

Le mélange des origines ethniques, le métissage sont considérés par les occidentaux comme un code racial précis : les métis ne sont pas des êtres humains à part entière. Une infériorité non justifiée si ce n'est pas la couleur de la peau et les origines ethniques. Le compagnon de Robinson est dès lors assimilé à un mélange, un métis et non à un homme. Il est décrit par Robinson comme un "Araucanien costinos", "un métis noir", "un indien mâtiné de nègre".

8 -

Que traduit l’expression « pur sang » ? Est-ce péjoratif? Expliquez en citant le texte.

L'expression "pur sang" est péjorative, elle fait référence au code occidental de la théorie raciale : l'homme qualifié de "pur sang" serait le véritable être humain, le blanc. L'allusion à l'animal renforce l'aspect péjoratif de l'expression. Le compagnon n'est pas un "pur sang", ce n'est qu'un être inférieur et cette infériorité préjugée rend légitime la mise en esclavage du compagnon : « la voie qui s’impose à moi est toute tracée : incorporer mon esclave au système ».

9 -

La vision est-elle empreinte du christianisme? Expliquez en citant

Oui, la vision de Robinson est empreinte du christianisme. Il estime que Dieu est l'auteur de l'arrivée du nouveau venu : "Dieu... A envoyé un compagnon", "il l'a choisi au bas degré de l'échelle humaine". Cette idée est affirmée et non remise en question, c'est la volonté de Dieu, "Sainte volonté divine". Dieu  éprouve la foi dans une nouvelle mise à l'épreuve pour Robinson. Le terme est clairement exprimé dans le texte, "épreuves", "Que d"épreuves nouvelles depuis trois jours" de ce fait, la théorie raciale énoncée plus haut et la conception ethnocentrisme sont justifiées et relèvent du christianisme.

10 -

Est-ce en ce sens que Robinson refuse de donner un nom chrétien à son compagnon? Pouvons-nous parler d’ethnocentrisme religieux?

Oui c'est en ce sens que Robinson refuse de donner un nom chrégien à son compagnon, "je ne voulais pas lui donner un nom de chrétien avant qu'il ait mérité cette dignité". Nous pouvons parler d'ethnocentrisme religieux, Dieu est l'auteur de cette épreuve, il a choisi d'envoyer à Robinson un homme qui n'est pas un véritable être humain en le choisissant "au plus bas degré de l'échelle humaine", c'est "un sauvage", "pas un être humain à part entière", par conséquent, cela valide le refus du nom chrétien, point de vue partagé par l'Eglise au XVIIIè siècle. Le partage du christianisme avec les peuples colonisés, leur évangélisation sont le signe d'un ethnocentrisme religieux occidental. Le christianisme est considérée comme la meilleure des religions. 

11 -

Quelle justification le lecteur peut-il ainsi donner au  nom de « Vendredi »? 

Le lecteur peut trouver une justification dans la citation suivante : « ce n’est ni un nom de personne, ni un nom commun, c’est …. Celui d’une entité à demi-vivante, à demi-abstraite ». C'est donc dans le respect de la religion chrétienne que Robinson a choisi  de donner ce prénom

II -

La fragilité du héros

1 -

Comment la fragilité du héros se traduit-elle ?

La fragilité du héros est perceptible dès la première phrase avec  : «Que d’échecs mortifiants pour mon amour-propre !» Le héros est présenté comme fragilisé et mis à l'épreuve suite à des échecs successifs. Les conséquences psychologiques de ces échecs sont mises en avant dès le début du texte et  présentent ainsi Robinson comme un héros fragile. Nous apprenons que son évasion vient d'échouer, "sa tentative de départ sur l'Evasion vient d'échouer", ce fut l'occasion d'une autre "défaillance mortifiante". La récurrence du terme à deux reprises, "mortifiants" et "mortifiante" met en avant le fragile équilibre du héros. Fragilité et solitude sont les deux termes qui qualifient le mieux l'état d'esprit du héros, "après des lustres de solitude..a ébranlé mon fragile équilibre". Il est encore mis à l'épreuve avec l'arrivée d'un compagnon envoyé par Dieu.

2 -

Peut-on parler de mort physique et psychologique dans le texte

On observe donc la présence du vocabulaire de la mort, qui renvoie aussi bien à la mort à laquelle il continue d’échapper en survivant sur cette île qu’à celle, psychologique, à laquelle il succombera si sa solitude perdure.

3 -

La solitude de Robinson est-elle synonyme de souffrance? Relevez l’expression qui le manifeste de manière très claire dans le texte

Cette solitude est source de souffrance extrême comme le montre l’expression « j’ai assez gémi de l’absence de cette société ». Il y a également une allusion à l'absurdité du projet de Robinson à travers la phrase suivante : «société que toute mon œuvre sur cette terre appelait en vain».

4 -

L’idée de constituer toute une organisation sociale  semble t’-elle absurde? A quoi cela  pourrait-il amener Robinson?

L'idée de constituer une organisation sociale peut en effet paraître absurde car il n'y a pas de société. Robison est avec son compagnon, cela ne constitue pas un groupe d'individus suffisant pour élaborer une société avec la structure que cela suppose.

5 -

Relevez les termes et expressions qui traduisent l’aliénation mentale de Robinson ? Expliquez ensuite la pente vers l’aliénation mentale en vous référant au texte. Relevez l’énumération et la métaphore

On peut en effet parler d'aliénation mentale chez Robinson, elle est clairement exprimée dans le texte bien au-delà de sa vulnérabilité. Il s'agit de faire un constat de "son fragile équilibre". L'énumération laisse transparaître sa tentation de réintégrer la société civilisée « plusieurs années d’installation, de domestication, de construction, de codification» ainsi que la métaphore, "il a suffi de l'ombre d'un espoir". Mais il n'y a pas de renoncement malgré le projet incroyablement insensé de constituer une organisation sociale, en microcosme : une société "rudimentaire", "primitive" qu'il tente de plier à son ordre, un projet ambitieux, tout tracé dont estime t'-il la réussite est assurée.

Michel Tournier

Conclusion :

1 -

Ce texte vous semble t’-il fondamental? Pourquoi? Expliquez

Ce texte est fondamental car il nous présente pour la première fois depuis le naufrage le regard de Robinson sur un autre être humain. Il nous dévoile le héros sous son véritable jour et vicitime de ses préjugés occidentaux. Le lecteur voit en lui un homme fragile et seul, sans repères qui tente de se persuader de la réussite de son projet de reconstruire une société. Projet absurde pour le lecteur mais qui renseigne de l'aliénation mentale de Robinson.  Mais comme l’interprète Gilles Deleuze dans sa postface du roman, « c’est Vendredi qui détruit l’ordre économique et morale sur l’île ».

2 -

Qui est le personnage adjuvant dans l’ouvrage de Tournier?

L’Araucanien costinos, cet « indien mâtiné de nègre » est donc bien le personnage adjuvant qui permettra d’achever la métamorphose de Robinson.

 

Activité complémentaire :

Méliès, Voyage dans la lune

 

Melies

 

 

 

 

 

 

 

 

Méliès

Pionnier du cinéma reconnu pour ses effets spéciaux.

Voyage dans la lune est son plus grand chef d'oeuvre, 1902.

Nous sommes dans le genre de la science fiction. Dans son film, il rend hommage aux pionniers de la science fiction, Jules Verne ainsi que Cyrano de Bergerac, G. Wells est aussi cité dans son film.

L'histoire : projet fou de voyager vers la lune grâce à un obus lancé d'un canon. Projet d'un professeur qui est suivi par cinq héros astronautes qui débarquent sur la lune mais qui seront faits prisonniers par les Sélénites, population de la lune. Ils s'échappent mais un Sélénite reste accroché à l'obus qui les reconduit vers la terre. Ils rentrent avec le Sélénite capturé malgré eux sur terre en héros ;

Nous avons une représentation de la lune avec un télescope sur la surface. En fait ce qui semble être un télescope est l'obus sur lequel les héros sont partis sur la lune, une fusée obus qui a atterri dans l'oeil de celle-ci. La lune semble blessée. Le spectateur regarde la lune qui le regarde. C'est un procédé basé sur l'illusion ainsi qu'une réflexion sur le regard. La lune étant habitée par les Sélénites est aussi un lieu de l'altérité.

Cette image est inquiétante et révèle potentiel fantastique dans son expression la plus haute de Méliès. C'est aussi avec la violence qu'elle suggère, la blessure de la lune symbolisée par un visage grimaçant une réflexion sur le rapport à l'autre basée sur la violence

 

Paul Gauguin, Fatata te Miti (Près de la mer), 1892

 

Paul gauguin fatata te miti

 

 

 

 

 

Paul Gauguin, Fatata te Miti (Près de la mer), 1892, huile sur toile, 67,9cmx91,5cm, National Gallery of Art, Washington

 

Elle illustre à merveille le mode de vie tahitien qui fascinait tant les occidentaux. Les nymphes nues qui batifolent dans l’eau en toute innocence caractérisent l’âge d’or maintes fois évoqué par Titien, Fragonard, Corot, Courbet et même Degas. Il met l'accent sur l'a beauté primitive des Tahitiennes et nous met face à ce rapport à une nature omniprésente qui lui inspire son contact et son rapport à la matière. On peut en outre évoquer le thème de la baignade dans son œuvre polynésienne = image d'un paradis dans lequel on peut imaginer le premier homme et la première femme.

 

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