Forum bac  Listes EAF, descriptifs bac - Blog des lycéens  

L oral de français

ForumFORUM PEDAGOGIQUE

FORUM PREPABACForum prepabac

 

Skype
Prepabac facebook
Google
Twitter

DOSSIER BAC

Spécial candidats libres

Cned

ORAL EAF

Blogger

 

 

Sartre

Bibliothèque scolaire

11000 documents en ligne

Le bac en ligne metropole etranger candidats libres et lyceens scolarises

Elèves scolarisés   

Candidats libres

Lycées métropole et à  l'étranger      

 

 

L'émancipation de la femme, Laclos, Flaubert, Ernaux, Sand

Laclos

 


 


 


 

Laclos

Objet d’étude

Le personnage de roman du XVIIe siècle à nos jours.

Objectifs

Observer comment le roman reflète l’évolution du statut des femmes, du XVIIe siècle à nos jours ;

étudier la représentation de la femme comme personnage romanesque ;

 

 

 

Perspectives historiques  : Evolution du statut de la femme et représentation comme personnage romanesque

 

Comment la femme est-elle éduquée au XVIème siècle  ?

Seules les femmes de bonne famille sont éduquées mais pas autant ni comme les hommes. Leur éducation s'articule autour des nécessités d'une formation particulière = devenir une bonne épouse et une bonne mère. La femme reste malgré tout cantonnée à son rôle de femme et de mère. Pour cela, elle reçoit un enseignement en français, en arithmétique et un peu d'histoire  ;

Quelle éducation la femme reçoit-elle au XVIIIème siècle  ?

L'éducation de la femme fait l'objet d'une polémique entre Rousseau et certains penseurs comme Laclos et Condorcet. Ces derniers prônent une égalité entre homme et femme en matière éducative tandis que Rousseau met l'accent sur l'indispensable éducation pour qu'une femme soit une bonne mère. On note donc un certain progrès dans l'éducation des filles mais pas encore d'égalité entre les deux sexes. De plus, l'éducation se fait dans les établissements religieux ou encore à la maison.

Y a t'-il eu une élite intellectuelle féminine  ?

Oui avec Madame de Rambouillet par exemple qui tenait des salons autour d'une élite intellectuelle.

Qui sont les femmes qui revendiquent leur droit au savoir  ?

Les Précieuses, elles veulent une éducation littéraire et scientifiques

Citez deux femmes écrivains qui sont restés anonymes

Madame de la Fayette, Madame de Sévigné

Les femmes ont-elles joué un rôle dans la révolution  ?

Oui les femmes ont eu une place importante dans les foules révolutionnaire. Certaines femmes ont soutenu le clergé et les contre révolutionnaires.

Sont-elles engagées et pour quelles autres causes  ? Comment cela s'est -il traduit  ?

Les salons permettent de poser certaines réformes et projets politiques. On retrouve dans les salons Mme de Staël par exemple. Elles participent de plus en plus à la vie publique.

Ont-elles eu avec le temps de plus en plus de droits  ?

Oui, droits civils comme droit au divorce, égalité dans l'héritage mais les mœurs n'évoluent pas si vite car en 1795, les femmes n'ont plus le droit d'assister à une réunion politique. Puis elles n'auront plus le droit au divorce sous le code civil napoléonien.

 

 

Les Liaisons Dangereuses

Choderlos de Laclos 1789

Présentation

 

Laclos

Laclos

Les Liaisons dangereuses

Questionnaire sur Choderlos de Laclos

Quel est le nom de Choderlos de Laclos?

Pierre-Ambroise-François Choderlos de Laclos

Quelles sont ses dates?

né à Amiens le 18 octobre 1741, sous le règne de Louis XV, il meurt le 5 septembre 1803

Quel est le contexte intellectuel de l'écriture des Liaisons?

C'est le siècle des Lumières : idéal des lumières = l'idéal de la raison et de la liberté d'expression. Les philosophies comme Voltaire, D'Alembert, Rousseau..., les encyclopédistes donc combattent pour défendre cet idéal. Ils contournent la censure par des pseudonymes et les publications anonymes.

Cela suscite l'apparition de genres littéraires comme le roman épistolaire, les Essais, les dialogues, le roman philosophique.

Originalité de Laclos

Quels sont les deux genres littéraires à l'origine de son ouvrage les Liaisons dangereuses?

Le roman épistolaire et le roman libertin.

Son originalité consiste à proposer un modèle féminin de libertin, c'est Madame de Merteuil. La séductrice cherche le pouvoir.

Citez un autre roman libertin

Sade, la philosophie dans boudoir

Laclos était-il libertin?

Non Laclos avait le sens de la fidélité. Il n'était pas libertin

Laclos était-il féministe?

Oui, il croyait qu'en éduquant bien les filles, elles éduqueraient bien à leur tour leurs enfants. Laclos croyait en l'évolution positive de la société par l'éducation.

Comment présenter Laclos d'un point de vue politique?

Ses idées étaient républicaines. C'était un noble qui luttait contre les privilèges des nobles.

Laclos

Questionnaire sur le roman épistolaire

Les Liaisons, roman épistolaire

De combien de lettres les Liaisons sont-elles composées?

Elles sont composées de 175 lettres

Qu'est-ce qu'un roman épistolaire?

Le roman épistolaire repose sur l'écriture de lettres

Ce genre de roman est-il à la mode au 18 ème siècle ?

Oui c'est une forme de roman à la mode au 18ème siècle.

Citez deux autres exemples de romans épistolaires

Les lettres Persanes, Montesquieu

La Nouvelle Héloise, Rousseau

Le roman épistolaire se soucie t'-il de la réalité?

Oui il recherche la fidélité au réel en mêlant la fiction à la réalité : prendre la fiction pour la réalité et faire croire que les lettres viennent de personnes réelles et non de l'auteur = pacte de lecture, structure romanesque, structure en miroirs. La préface contribue aussi à restituer l'effet de réel.

Quels sont les avantages d'une écriture épistolaire?

L'écriture épistolaire reflète la réalité, elle permet en outre d'influencer de manière persuasive le lecteur destinataire de part son argumentation. Plusieurs points de vue peuvent être développés dans l'épistolaire donc un même évènement peut être l'objet de plusieurs interprétations. Il y a une double énonciation.

Le lecteur se sent un voyeur comme un peu au théâtre avec la double énonciation.

L'épistolaire permet-elle la variété des styles?

Oui. On le voit dans les Liaisons dangereuses, ainsi Merteuil à un style très cultivé contrairement à Cécile.

Comment le roman est-il construit?

Il y a 175 lettres et 4 parties.

la première partie : lettres 1 à 50

La deuxième partie : lettres 51 à 87

La troisième partie : lettres 88 à 124

La quatrième partie : lettres 125 à 175

La construction des Liaisons dangereuses est donc parfaitement symétrique

Quelle est la morale de l'oeuvre?

L'intention de l'auteur : faire en sorte que le lecteur se méfie des libertins et des nobles. L'hypocrisie est dénoncée.

Il faut avoir l'esprit critique vis-à-vis des gens et de la société : l'écriture de la lettre permet et favorise la remise en question, elle permet de lutter contre le dogmatisme

D'une manière générale, les Liaisons dangereuses nous enseigne un principe pédagogique majeur : tout lien social peut devenir dangereux

Que peut-on dire sur le titre?

Le premier titre que Laclos voulait garder est "Danger des liaisons". Il a ensuite donné une tournure active à son titre. Les autres deviennent victimes avec ce titre : on a peur d'être la victime de ces liaisons. Les lettres permettent et répondent à une volonté de sociabiliser, c'est une pratique sociale.

Historique du roman épistolaire

Quand cette forme littéraire fait-elle son apparition?

En 1669 avec Lettres portugaises de Guilleragues.

Au 18è, les Lettres Persanes de Montesquieu, La Nouvelle Héloise, Rousseau et Laclos, les Liaisons dangereuses. On est dans l'apogée du genre littéraire.

Citez un ex de roman qui pratique l'épistolaire au XX° siècle

Balzac, Le Lys dans la vallée

C'est un genre littéraire qui connait son apogée au XVIIIème siècle après la publication de la Nouvelle Héloise de Rousseau.

 


Laclos


 


Laclos, Les liaisons dangereuses (1782)

Etude de la lettre 127

 

Situation du texte

roman épistolaire mettant en scène deux libertins de la haute société, le Vicomte de Valmont et la Marquise de Merteuil. Ils étaient amants, tous deux manipulateurs et en quête de manœuvres perverses. Après avoir séduit Cécile de Volanges en respect du pacte passé avec Mme de Merteuil, Valmont doit à présent séduire Madame de Tourvel.

Le combat des femmes est incarnée par Madame de Merteuil qui se sert de la séduction pour exercer son pouvoir sur les hommes et avoir la place désirée dans la société, elle est soucieuse de sa place en société, rebelle, non soumise à l'homme, indépendante  : elle cherche à toujours tout maîtriser pour mieux abuser des hommes tout en s'affichant de manière respectable. Son instrument de domination est la séduction, autre arme, la dissimulation, la manipulation. Ses armes sont masculines.

Dans la lettre 127, elle va humilier les prétentions de Valmont, autre libertin. Leurs relations vont donc se tendre car Madame de Merteuil ne laisse aucun homme exercer un quelconque pouvoir sur elle. Elle va faire preuve d'une grande ironie.

 

Laclos

 

Lecture de la lettre

 


Lettre 127

La Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont

Si je n’ai pas répondu, Vicomte, à votre Lettre du 19, ce n’est pas que je n’en aie eu

le temps ; c’est tout simplement qu’elle m’a donné de l’humeur, et que je ne lui ai

pas trouvé le sens commun1. J’avais donc cru n’avoir rien de mieux à faire que de

la laisser dans l’oubli ; mais puisque vous revenez sur elle, que vous paraissez tenir

aux idées qu’elle contient, et que vous prenez mon silence pour un consentement,

il faut vous dire clairement mon avis.

J’ai pu avoir quelquefois la prétention de remplacer à moi seule tout un sérail ; mais

il ne m’a jamais convenu d’en faire partie. Je croyais que vous saviez cela. Au moins,

à présent, que vous ne pouvez plus l’ignorer, vous jugerez facilement combien votre

proposition a dû me paraître ridicule. Qui, moi ! je sacrifierais un goût, et encore un

goût nouveau, pour m’occuper de vous ? Et pour m’en occuper comment ? en attendant

à mon tour, et en esclave soumise, les sublimes faveurs de votre Hautesse.

Quand, par exemple, vous voudrez vous distraire un moment de ce charme inconnu2

que l’adorable, la céleste Mme de Tourvel, vous a fait seule éprouver ou quand vous

craindrez de compromettre, auprès de l’attachante Cécile, l’idée supérieure que vous

êtes bien aise qu’elle conserve de vous : alors descendant jusqu’à moi, vous y viendrez

chercher des plaisirs, moins vifs à la vérité, mais sans conséquence ; et vos

précieuses bontés, quoique un peu rares, suffiront de reste3 à mon bonheur !

Certes, vous êtes riche en bonne opinion de vous-même : mais apparemment je

ne le suis pas en modestie ; car j’ai beau me regarder, je ne peux pas me trouver

déchue jusque-là. C’est peut-être un tort que j’ai ; mais je vous préviens que j’en ai

beaucoup d’autres encore.

J’ai surtout celui de croire que l’écolier, le doucereux Danceny, uniquement occupé

de moi, me sacrifiant, sans s’en faire un mérite, une première passion, avant même

qu’elle ait été satisfaite4, et m’aimant enfin comme on aime à son âge, pourrait,

malgré ses vingt ans, travailler plus efficacement que vous à mon bonheur et à mes

1. sens commun : raison, bon sens.

2. Tous les termes en italiques dans la suite de la lettre sont des citations des lettres précédentes de Valmont.

3. de reste : plus qu’il n’en faut.

  1. Danceny est aussi l’amoureux de Cécile...

 

plaisirs. Je me permettrai même d’ajouter que, s’il me venait en fantaisie de lui

donner un adjoint, ce ne serait pas vous, au moins pour le moment.

Et par quelles raisons, m’allez-vous demander ? Mais d’abord il pourrait fort bien

n’y en avoir aucune : car le caprice qui vous ferait préférer, peut également vous

faire exclure. Je veux pourtant bien, par politesse, vous motiver mon avis. Il me

semble que vous auriez trop de sacrifices à me faire ; et moi, au lieu d’en avoir

la reconnaissance que vous ne manqueriez pas d’en attendre, je serais capable

de croire que vous m’en devriez encore ! Vous voyez bien, qu’aussi éloignés l’un

de l’autre par notre façon de penser, nous ne pouvons nous rapprocher d’aucune

manière ; et je crains qu’il ne me faille beaucoup de temps, mais beaucoup, avant

de changer de sentiment. Quand je serai corrigée, je vous promets de vous avertir.

Jusque-là, croyez-moi, faites d’autres arrangements, et gardez vos baisers ; vous

avez tant à les placer mieux !…

Adieu, comme autrefois, dites-vous ? Mais autrefois, ce me semble, vous faisiez un

peu plus de cas de moi ; vous ne m’aviez pas destinée tout à fait aux troisièmes

rôles ; et surtout vous vouliez bien attendre que j’eusse dit oui, avant d’être sûr de

mon consentement. Trouvez donc bon qu’au lieu de vous dire aussi, adieu comme

autrefois, je vous dise, adieu comme à présent.

Votre servante, Monsieur le Vicomte.

Du Château

de … le 31 octobre 17**

Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses, Lettre 127.

Laclos

 

Analyse littéraire et questionnaire EAF

 

 

Proposition de plan de lecture analytique

 

Introduction

I - Les revendications de Mme de Merteuil

Une femme fière, libre, supérieure, indépendante

Refus de se soumettre et de rendre des comptes à un homme

Revendication de son égalité à l'homme

II – Une victoire méprisante et humiliante

L'idéal d'égalité : métaphore du sérail

Complexe de supériorité de l'homme

Humiliation et ironie sarcastique

Conclusion

 

 

Problématique

En quoi la lettre 127 de Madame de Merteuil permet-elle à la Marquise de revendiquer son égalité à l'homme, sa liberté et son indépendance tout en marquant une victoire écrasante et humiliante sur Valmont ?

Laclos

 

I – Les revendications de Madame de Merteuil

La Marquise est une femme singulière au caractère fort, elle n'hésite pas à s'affirmer dans le but de revendiquer ses différences et ses volontés de femme libre et supérieure. Elle refuse le modèle de la femme traditionnelle, soumise et dépendante de l'homme, inférieure ainsi que le suggère les phrases :

« la prétention de remplacer à moi seule tout un sérail », « je ne le suis pas en modestie ». D'un point de vue moral, la Marquise est dominatrice, très affirmée, autoritaire, n'hésitant pas à donner des ordres et à jouer de l'ironie pour être plus convaincante et acerbe. Son désir : toujours maîtriser les choses, décider pour elle-même, garder l'initiative, ne pas s'excuser de ses humeurs.

Ainsi sa réponse à Valmont lui permet de lui dire non : « il faut vous dire clairement mon avis ». Son refus est catégorique et sans appel, ne nécessitant aucune justification, elle décide pour elle-même de ses choix : « par quelles raisons, m’allez-vous demander ? Mais d’abord il pourrait fort bien n’y en avoir aucune ». L'homme n'a pas à lui signifier un quelconque désir, elle n'est pas une femme soumise au désir de l'homme ainsi que le suggère l'antiphrase « les torts » dont elle devrait « être corrigée », à savoir sa volonté incontournable de n'être pas à la portée de l'homme et de revendiquer sa liberté sexuelle et sa volonté de domination par la séduction : elle décide pour elle même. L'ironie lui permet de mettre en avant ses idées de femme singulière et rebelle au statut traditionnel des femmes.

 

Le pacte de la lettre 20 : Valmont estime que la Marquise devrait l'honorer dans le cadre d'une liaison amoureuse avec lui. Cependant ce point de vue n'est pas partager par la Marquise qui estime que Valmont n'a aucun droit sur elle et donc rien à exiger ou à lui imposer sous prétexte qu'ils ont eu une liaison.

« Trouvez donc bon qu’au lieu de vous dire aussi, adieu comme

autrefois, je vous dise, adieu comme à présent ». Elle reste l'auteur de ses décisions et refuse de se soumettre en objet à un homme qui collectionne les conquêtes. Ce serait pour elle une déchéance : « me

trouver déchue jusque-là ».Les femmes sont en outre selon la Marquise dépréciées par les jugements de Valmont, ce qu'elle n'autorise pas. Ici c'est la Femme qui est ciblée et non sa personne en particulier en tant que femme. En tant qu'amant, Valmont n'a pas à déprécier ou juger ses anciennes conquêtes. C'est un choix que l'homme s'accorde à tord et trop librement.

 

La femme doit se suffire à elle-même et revendiquer son égalité par rapport à l'homme dans une indépendance totale. D'où son instance à faire savoir à Valmont qu'elle ne se pliera jamais à sa demande et n'estime en rien lui être redevable : « moi, au lieu d’en avoir la reconnaissance que vous ne manqueriez pas d’en attendre, je serais capable de croire que vous m’en devriez encore ! »

Le ton devient ironique « vos précieuses bontés, quoique un peu rares, suffiront de reste à mon bonheur ! ». Ce sarcasme traduit la liberté totale, sa volonté de ne pas se soumettre, il y va du statut de la femme qui doit se libérer des aliénations inhérentes aux liaisons amoureuses dans lesquelles elle est le plus souvent encore soumise « esclave soumise » et réduite à l'état d'objet.

Sans état d'âme une liberté totale de décision et de choix est affirmée contre la volonté de Valmont à qui elle n'offre pas ce luxe d'obéir et de se plier

  • Questionnaire possible
  • Dresser un portrait moral de Madame de Merteuil
  • Relevez les phrases et expressions du texte pour justifier vos réponses
  • Relevez une antiphrase, expliquez la
  • Refuser le statut traditionnel de la femme soumise et indépendante : est-ce le souhaite de Madame de Merteuil?
  • L'ironie est-elle son arme pour refuser ce statut? Analysez en citant
  • Quel est le souhaite de Valmont en rapport avec la lettre 20?
  • Comment Madame de Merteuil réagit-elle? 

 

 

II – Une victoire méprisante et humiliante

La métaphore du sérail illustre l'idéal d'égalité entre hommes et femmes. Par cette figure, la Marquise canalise les fantasmes de Valmont et au delà, les fantasmes des hommes. Cela permet à Madame de Merteuil de se projeter dans l'imaginaire libertin de Valmont. Ainsi elle évoque plusieurs femmes soumises au maître « tout un sérail », « vous distraire », « chercher des plaisirs », toutes ces femmes sont assimilés à des objets sexuels. Le complexe de supériorité de l'homme est ciblé et la femme est perçue comme victime par sa dépendance de ce vice masculin = « esclave soumise / sublimes faveurs de votre Hautesse / vos précieuses bontés ».

En fait la Marquise tente de se substituer à Valmont et reprend ainsi la métaphore pour elle, il n'est plus le maître, elle devient celle qui dirige, décide et entreprend à partir de la séduction. Elle agit selon ses fantaisies = « lui donner un adjoint », « le caprice

qui vous ferait préférer, peut également vous faire exclure ». La métaphore du sérail et son inversion permettent à la Marquise de revendiquer son égalité dans le libertinage. Ainsi elle se refuse à Valmont et l'humilie en se mettant en avant en tant que femme qui choisit ses amants et n'obéit qu'à ses caprices. Elle se refuse donc à Valmont et se substitue à lui en lui montrant qu'elle aussi peut diriger le jeu et faire subir ses caprices. La femme fait de l'homme dans ce cas de figure l'objet que l'homme faisait de la femme avec Valmont. L'humiliation se poursuit puisqu'elle l'invite à chercher ailleurs : «faites d’autres arrangements, et gardez vos baisers

; vous avez tant à les placer mieux ! »

La lettre permet à la Marquise de mieux cibler Valmont dans son dialogue entre elle et son correspondant = « vous jugerez facilement combien... », « vous voyez bien... », « croyez-moi » = son mépris est total ainsi qu'en témoigne la fin de la lettre = « au moins pour le moment, « beaucoup de temps, mais beaucoup », « adieu comme à présent ».

Le ton dominant du texte est ironique et s'illustre avec les antiphrases

« sublimes faveurs de votre Hautesse », « vos précieuses bontés »

« esclave soumise », « votre servante ». On notera en outre l'ironie dans les formules de politesse = « je me permettrai même d’ajouter », « je veux pourtant bien, par politesse », « je vous promets de

vous avertir »

Elle revendique son égalité et s'estime être l'égale du Vicomte. Elle lui répond dans cette lettre avec les mêmes armes.

  • Questionnaire possible
  • Analysez la métaphore du sérail
  • Madame de Merteuil tente t'-elle de se substituer à Valmont pour lui répondre dans sa lettre?
  • Montrez en citant que Madame de Merteuil revendique sa liberté dans le libertinage
  • Montrez en relevant les phrases et expressions que la Marquise souhaite humilier Valmont
  • Lui répond t-elle avec les mêmes armes que lui? 
  • Que peut-on dire de la fin de la lettre?
  • Le ton est-il ironique? 
  • Relevez les antiphrases
  • Analysez la fin de la lettre

 

Conclusion

Dans cette lettre Madame de Merteuil manie l'écriture avec brio pour revendiquer avec ironie ses droits en tant que femme libertine sur l'homme. Elle représente en ce sens l'émancipation féminine. C'est un combat pour sortir du schéma traditionnel de la femme soumise pour devenir indépendante, libre, égale à l'homme.

Ouverture

la liberté du libertin est – elle en question dans ce roman épistolaire ?

 

 

G sand

 

 

G sand

 


George Sand, Indiana (1832)

Le statut des femmes au XIXe siècle

 

Questionnaire sur G. Sand

Peut-on dire de George Sand (Aurore Dupin) qu’elle est une femme émancipée ?

Elle est issue d’une famille un peu libre et au-delà des conventions sociales, l’union de son père avec sa mère en témoigne. Le père est aristocrate et sa mère, actrice.

Elle fut initiée à la gestion d’un domaine après la mort de son père dans le Berry, sa liberté pour l’époque était impressionnante.  Elle s’habillait en garçon, parcourait le domaine à cheval et garde cette liberté jusqu’à son mariage en 1822.

A cette date elle épouse, Casimir Dudevant qui va la décevoir, après dilapidation du domaine, elle prend en charge ce qui incombe à la bonne gestion des biens du ménage.  Elle se substitue au mari.  Jules Sandeau, 1831, rencontre de son amant avec qui elle revendique le droit de vivre comme il lui convient. Elle réclame une pension à son mari.  Puis, elle décide de travailler pour compléter sa pension en faisant du journalisme et en écrivant avec Sandeau. Elle cherche à faire une carrière littéraire, interdite aux femmes à l’époque. Elle écrit Indiana avec le pseudonyme de G. Sand.  Elle se lance dans un combat féministe.  Son mariage se dissout en 1836, elle obtient séparation judiciaire avec son mari et récupère sa propriété ainsi que la garde et responsabilité de ses enfants.  Elle aura ensuite après la révolution de plus en plus d’influence sur la vie politique, son combat est républicain.  Son existence est libre et elle ne sacrifie rien à sa liberté de penser et d’agir.  Elle parvient à vivre en toute indépendance de sa plume. Elle fume la pipe, collectionne les amants, élève seule ses enfants, elle choque, ses idées sont féministes, elle souhaite l’égalité entre mari et femme, l’égalité sexuelle, l’égalité dans le droit du travail, dans l’instruction.    Pars ses contemporaines, elle est considérée comme un modèle en matière d’écriture, leur égale en littérature Balzac, Flaubert, Hugo, Mérimée.  Baudelaire, Zola n’étaient pas de cet avis. 1863, ses ouvrages portent atteinte aux mœurs, ils sont jugés immoraux par l’Eglise.

 « rendre à la femme les droits civils que le mariage seul lui enlève, que le célibat seul lui conserve ; erreur détestable de notre législation qui place en effet la femme dans la dépendance cupide de l’homme, et qui fait du mariage une condition d’éternelle minorité. ” (Lettre aux membres du Comité central, avril 1848).

 

G sand

 

George Sand, Indiana (1832)

Le statut des femmes au XIXe siècle
 

Introduction
Situation du passage
Paru en 1832, Indiana, est un roman de George Sand.

Pour situer notre passage nous dirons que ce roman met en scène une jeune femme mariée au colonel Delmare un peu autoritaire et brute.  Elle se retrouve victime d’une situation à laquelle elle ne peut échapper mais reste digne. Un jour elle décide de s’enfuir pour Raymon dont elle est amoureuse mais sera déçue par son non retour et décidera de se suicider en se noyant. Sauvée par son cousin Ralph, elle revient au point de départ de sa vie. Dans notre passage, notre héroine affronte son mari après sa fuite.  Cette histoire est autobiographique car G. Sand s’est inspirée de son malheureux mariage pour faire naître le personnage d’Indiana.  Elle fait vivre une femme victime des hommes par sa soumission à la loi de son mari, par son mariage malheureux et humiliant.  On retrouve cet état d’esprit de l’auteur dès sa préface  « Indiana, [...] c’est un type ; c’est la femme, l’être faible chargé de représenter les passions comprimées, ou, si vous l’aimez mieux, supprimées par les lois ; c’est la volonté aux prises avec la nécessité ; c’est l’amour heurtant son front aveugle à tous les obstacles de la civilisation ». C’est donc au niveau conjugal que le combat de G. Sand se traduit : la lutte féministe commence au niveau de la nécessaire reconnaissance de l’égalité civique dans le mariage. 

Questionnaire possible

  • Quelle est la situation du passage ?
  • Quels sont les personnages en présence ? 
  • Quel est le thème de ce passage ?
  • Quelle est la thèse (de l’auteur) ? 
  • Cette histoire est-elle autobiographique ?
  • De quoi G. Sand s’inspire t’-elle pour écrire ce roman ?
  • Quelle est l’intention de la romancière ?
  • Comment G. Sand décrit-elle Indiana dans sa préface ?
  • A quel niveau la lutte féministe commence t’-elle ?
  • Ce passage est-il selon vous représentatif de ce combat féministe de G. Sand ? 

 

G sand

Lecture du texte
Quand son mari l’aborda d’un air impérieux et dur, il changea tout d’un coup de visage et de ton, et se trouva contraint devant elle, maté par la supériorité de son
caractère. Il essaya alors d’être digne et froid comme elle ; mais il n’en put jamais venir à bout.
— Daignerez-vous m’apprendre, madame, lui dit-il, où vous avez passé la matinée et peut-être la nuit ?
Ce peut-être apprit à madame Delmare que son absence avait été signalée assez
tard. Son courage s’en augmenta.
— Non, monsieur, répondit-elle, mon intention n’est pas de vous le dire.
Delmare verdit de colère et de surprise.
— En vérité, dit-il d’une voix chevrotante, vous espérez me le cacher ?
— J’y tiens fort peu, répondit-elle d’un ton glacial. Si je refuse de vous répondre,
c’est absolument pour la forme. Je veux vous convaincre que vous n’avez pas le
droit de m’adresser cette question.

— Je n’en ai pas le droit, mille couleuvres ! Qui donc est le maître ici, de vous ou de
moi ? qui donc porte une jupe et doit filer une quenouille ? Prétendez-vous m’ôter
la barbe du menton ? Cela vous sied bien, femmelette !
— Je sais que je suis l’esclave et vous le seigneur. La loi de ce pays vous a fait mon
maître. Vous pouvez lier mon corps, garrotter mes mains, gouverner mes actions.
Vous avez le droit du plus fort, et la société vous le confirme ; mais sur ma volonté,
monsieur, vous ne pouvez rien, Dieu seul peut la courber et la réduire. Cherchez
donc une loi, un cachot, un instrument de supplice qui vous donne prise sur elle !
c’est comme si vous vouliez manier l’air et saisir le vide !
— Taisez-vous, sotte et impertinente créature ; vos phrases de roman nous ennuient.
— Vous pouvez m’imposer silence, mais non m’empêcher de penser.
— Orgueil imbécile, morgue6 de vermisseau ! vous abusez de la pitié qu’on a de
vous ! Mais vous verrez bien qu’on peut dompter ce grand caractère sans se donner
beaucoup de peine.
— Je ne vous conseille pas de le tenter, votre repos en souffrirait, votre dignité n’y
gagnerait rien.
— Vous croyez ? dit-il en lui meurtrissant la main entre son index et son pouce.
— Je le crois, dit-elle sans changer de visage.
Ralph fit deux pas, prit le bras du colonel dans sa main de fer, et le fit ployer comme
un roseau en lui disant d’un ton pacifique :
— Je vous prie de ne pas toucher à un cheveu de cette femme.
Delmare eut envie de se jeter sur lui ; mais il sentit qu’il avait tort, et il ne craignait
rien tant au monde que de rougir de lui-même. Il le repoussa en se contentant de
lui dire :
— Mêlez-vous de vos affaires.
Puis, revenant à sa femme :
— Ainsi, madame, lui dit-il en serrant ses bras contre sa poitrine pour résister à la
tentation de la frapper, vous entrez en révolte ouverte contre moi, vous refusez de
me suivre à l’île Bourbon, vous voulez vous séparer ? Eh bien, mordieu ! moi aussi...
— Je ne le veux plus, répondit-elle. Je le voulais hier, c’était ma volonté ; ce ne l’est
plus ce matin. Vous avez usé de violence en m’enfermant dans ma chambre : j’en
suis sortie par la fenêtre pour vous prouver que ne pas régner sur la volonté d’une
femme, c’est exercer un empire dérisoire. J’ai passé quelques heures hors de votre
domination ; j’ai été respirer l’air de la liberté pour vous montrer que vous n’êtes
pas moralement mon maître et que je ne dépends que de moi sur la terre. En me
promenant, j’ai réfléchi que je devais à mon devoir et à ma conscience de revenir
me placer sous votre patronage ; je l’ai fait de mon plein gré.

Mon cousin m’a accompagnée ici, et non pas ramenée. Si je n’eusse pas voulu le suivre, il n’aurait
pas su m’y contraindre, vous l’imaginez bien. Ainsi, monsieur, ne perdez pas votre
temps à discuter avec ma conviction ; vous ne l’influencerez jamais, vous en avez
perdu le droit dès que vous avez voulu y prétendre par la force. Occupez-vous du
départ ; je suis prête à vous aider et à vous suivre, non pas parce que telle est votre
volonté, mais parce que telle est mon intention. Vous pouvez me condamner, mais
je n’obéirai jamais qu’à moi-même.
— J’ai pitié du dérangement de votre esprit, dit le colonel en haussant les épaules.
Et il se retira dans sa chambre pour mettre en ordre ses papiers, fort satisfait, au
dedans de lui, de la résolution de madame Delmare, et ne redoutant plus d’obstacles ;

car il respectait la parole de cette femme autant qu’il méprisait ses idées.
George Sand, Indiana (III, 21)


6. morgue : attitude hautaine et méprisante

G sand

Commentaire littéraire et oral EAF

 

Problématique

Comment dans ce passage G. Sand remet-elle le mariage en question à travers le personnage d’Indiana ? 

Plan possible pour une analyse littéraire

I – Un choix particulier d’écriture

II – Le mariage traditionnel

III – Remise en question du mariage traditionnel : la victoire d’Indiana

G sand

Analyse dans le respect des axes

I – Un choix particulier d’écriture

L’écriture de G. Sand est au service de la femme et de son combat pour la libération des lois et droits de l’homme sur la femme dans le mariage.  L’écriture autorise une mise en scène, qui, à la fin permet un retour de situation : la femme se bat pour sortir de son statut de victime vers  la reconnaissance d’une égalité civique dans le mariage. Dès le départ, Sand propose une véritable mise en scène dans laquelle les deux personnages en crise mettent le lecteur en situation d’attente : attente de ce qui va se passer pour Indiana qui a fui le foyer conjugal, crainte des représailles violentes du mari. De retour à la maison, sauvée par son cousin, Indiana doit affronter son époux et justifier son acte sans pour autant se soumettre. Nous assistons à cette confrontation sous la forme d’un dialogue théâtral.  Chaque réplique est annoncée par un tiret sans préciser l’interlocuteur.  L’affrontement verbal prend la forme d’un duel injurieux pour le mari qui traite sa femme de « femmelette », de « sotte et impertinente créature » à l’orgueil imbécile, morgue de vermisseau ».  Sa colère s’intensifie et aux injures s’ajoutent jurons et interjections comme par exemple, « mille couleuvres », « mordieu ». Le colonel se montre incorrect, violent verbalement et très irrespectueux envers son épouse ;  Dans le but d’illustrer l’intensité grandissante de la colère de l’homme, G. Sand ajoute des indications qui ne sont pas sans rappeler les indications scéniques théâtrales, les didascalies ; On peut à cet égard citer : « d’un air impérieux et dur », « verdit de colère et de surprise », « d’une voix chevrotante », « en haussant les épaules » pour le colonel ; « d’un ton glacial », « sans changer de visage » pour Indiana.

Mais la violence n’est pas que verbale, le colonel en vient aux mains, « lui meurtrissant la main entre son index et son pouce ». Le lecteur ressent la tension évolutive et dramatique de cette scène théâtralisée.  Cette violence exacerbée met Indiana en avant dans ce passage et cela autorise la romancière à faire appel aux impressions et émotions du lecteur pour faire passer ses idées. Ce moment clé de l’intrigue est encore souligné par l’usage volontaire du discours direct valorisant pour rendre compte de l’état d’esprit des personnages en présence. Indiana reste digne et le colonel autoritaire malgré ses violences verbales et physiques se heurte à la personnalité volontaire de sa femme, il finit par se ridiculiser lui-même.

  • Questionnaire possible
  • Quelle est la fonction de l’écriture ?
  • Quelles sont les intentions d’Indiana dans ce passage ?
  • Peut-on parler d’une mise en scène théâtrale ?
  • Comment cette confrontation théâtrale vous apparaît-elle ?
  • Faire un portrait moral d’Indiana et du colonel ?
  • Quels sont les points forts du caractère d’Indiana ?
  • Relevez les expressions du colonel qui montrent que ce duel devient injurieux
  • Montrez que la colère s’intensifie en citant pour justifier votre réponse
  • Relevez les didascalies qui traduisent l’aspect hyperbolique de la colère du colonel
  • Relevez les didascalies qui traduisent la maîtrise d’Indiana
  • A quel moment la violence devient-elle physique ?
  • Quelle est la réaction du lecteur ? Cela suscite t’-il la pitié, la compassion ? Justifiez votre réponse en donnant votre point de vue en tant que lecteur
  • Est-ce le moment clé de l’intrigue ?
  • Quel est l’effet du discours direct ?
  • Quel est l’état d’esprit d’Indiana face à la colère du colonel ?

 

II – Le mariage traditionnel

Ce passage donne l’image d’un mariage traditionnel qui maintient la femme dans la soumission à son mari, à la loi maritale dans un rapport de domination. La femme apparaît comme victime du pouvoir du mari.  On retrouve le champ lexical de la domination « maître », « esclave », « seigneur » employé par Indiana de manière ironique pour souligner l’excès de pouvoir exercé par le mari et l’injustice que cela suppose. On peut en outre ajouter les termes « d’empire » et de « domination » pour mettre en évidence ce sentiment intolérable du complexe de supériorité de l’homme sur la femme dans l’union du mariage. A cet égard, le colonel ne trouve comme justification que la loi de la nature. La nature est telle qu’elle a fait l’homme tel qu’il est, qu’il porte la barbe ayant ainsi le pouvoir sur sa femme. A cela Indiana répond :  La loi de ce pays
vous a fait mon maître », « la société vous le confirme ».

L’illustration du mariage traditionnel s’apparente à une caricature du mari persuadé de son pouvoir, de sa supériorité sur la femme ;  Il n’a cependant aucun argument pour en rendre compte si ce n’est des clichés. Il considère que celle-ci n’a de place qu’à la maison et qu’elle ne doit en rien revendiquer son indépendance. Les activités domestiques doivent lui suffire et peut-être un peu de lecture, juste quelques romans car les capacités intellectuelles féminines ne sont pas non plus reconnues : « sotte et impertinente créature », « imbécile », « dérangement de votre esprit », « il méprisait ses idées ». La femme est humiliée, rabaissée, non reconnue comme un personnage majeur, mais au contraire toujours mineur « femmelette », « vermisseau », « créature » et dépourvu de grandes capacités cérébrales, « imbécile », « sotte », « dérangement de votre esprit », « il méprisait ses idées ». Sa faiblesse appelle l’obéissance et la protection d’un mari dominateur : « vous abusez de la pitié qu’on a de vous », « J’ai pitié du dérangement de votre esprit ». Elle a tout juste droit à la parole « taisez-vous ». 

Indiana va se révolter contre ces préjugés et injustices tant au niveau verbal qu’en actes. 

  • Questionnaire possible
  • Montrez que ce passage restitue l’image du mariage traditionnel
  • Relevez le champ lexical de la domination
  • Analysez l’ironie du texte
  • Peut-on parler de complexe de supériorité de l’homme en tant que mari sur la femme ? Expliquez
  • Quelles sont les justifications données par le colonel
  • Comment Indiana lui répond t’-il ? Quels sont ses arguments ?
  • L’illustration du mariage traditionnel s’apparente t’-il à une caricature du mari ?
  • Citez pour justifier votre réponse
  • Relevez les phrases et expressions qui montrent que les capacités intellectuelles d’Indiana et donc de la femme ne sont pas reconnues 
  • Relevez les expressions qui traduisent le statut de la femme comme :
  • Un personnage mineur
  • Un être faible

 

III – Remise en question du mariage traditionnel : la victoire d’Indiana

Cette image du mariage traditionnel dévalorisant pour la femme et valorisant pour l’homme est une question de statut qui est remise en cause dans ce passage.  Le colonel est ridicule, Indiana sort victorieuse de ce duel. Elle s’affirme courageuse, affronte son mari autoritaire, en colère et violent sans jamais afficher sa peur et ses faiblesses. Elle a une parfaite maîtrise d’elle-même ainsi que le suggèrent les didascalies suivantes : (« digne et froid comme elle », « d’un ton glacial », « sans changer de visage ». Seul son mari s’emporte en colère et en cris, injures et violences physiques ;  Elle reste digne. Avant la fin de ce duel, le mari ressent sa faiblesse par la violence, sa défaite vis-à-vis de son épouse : « il sentit qu’il avait tort, et il ne craignait rien tant au monde que de rougir de luimême »). Indiana est beaucoup plus déterminée que son époux et suite à ses déboires en particulier le rejet de son amant, sa souffrance la pousse à ne plus rien supporter venant d’un homme : elle a vécu l’humiliation, le rejet, la trahison et semble après la somme de ces expériences plus forte et plus résolue qu’avant sa fuite. Elle affirme sa liberté intérieure, fruit de prises de conscience et d’affrontements répétés pendant le temps de son mariage. Au terme de ce combat verbal, elle ressort plus libre car libéré des contraintes jusqu’alors subies en victime.  Elle s’affirme libre moralement, tenant tête à son mari « Non Monsieur », « j’y tiens fort peu », « je ne le veux plus ».  Sa volonté s’affirme « vous n’avez pas le droit « , « vous ne pouvez rien », « non m’empêcher de penser », « vous n’êtes pas moralement mon maître », « je n’obéirai jamais qu’à moi-même ».  Indiana trouve la force d’affirmer sa volonté et de revendiquer une égalité avec l’homme, elle représente la victoire de la femme sur l’homme par ses convictions et sa solidarité en paroles et en actes.  C’est elle au contraire qui donne à la fin des leçons à son mari, « je veux vous convaincre », « pour vous prouver ». Elle gagne, elle sort victorieuse de ce duel. Le colonel est ridicule et puéril. Indiana ressort grandit et forte, courageuse et mûrie, intelligente aussi car elle sait se servir des points faibles de son mari pour mieux le contrarier, elle s’amuse et se sert de son orgueil et de sa vanité « il ne craignait rien tant au monde que de rougir de lui-même », ainsi lui dit-elle, « votre vanité n’y gagnerait rien » ; 

La victoire pour Indiana = revendication de sa liberté. 

Les moyens de mettre en avant cette revendication sont :

Un narrateur omniscient tout au long de l’extrait grâce auquel il y a un renversement de situation, le mari prend conscience de la force très affirmée de sa femme, il finit par revenir sur ses paroles à la fin du passage. 

Un temps de paroles partagé : le mari de s’octroie pas le monopole de la parole ce qui contribue à faire valoir la supériorité d’Indiana qui finalement parle plus que son mari. Elle l’interrompt « Occupez-vous du départ », « ne perdez pas votre temps ».  Sa liberté est intérieure, elle n’est pas totale mais elle a revendiqué l’essentiel pour rester digne et rester fidèle à elle-même.  « Vous pouvez lier mon corps [...] ;mais sur ma volonté, monsieur, vous ne pouvez rien », « Vous pouvez m’imposer silence, mais non m’empêcher de penser », « vous n’êtes pas moralement mon maître et [...] je ne dépends que de moi sur la terre », elle ne reconnaît que l’autorité divine « Dieu seul peut la courber et la réduire ».

Les antithèses du textes soulignent l’opposition affirmée entre l’homme et la femme : « accompagnée / non pas ramenée », « voulu / contraindre », « votre volonté / mon
intention », « votre domination », « votre patronage », « votre volonté », « ma volonté », « mon devoir et ma conscience », « ma conviction », « mon plein gré »

  • Questionnaire possible
  • Montrez qu’il s’agit d’une remise en question de l’illustration traditionnelle du mariage
  • Comment le colonel ressort-il de cet affrontement ?
  • Qu’en est-il d’Indiana ?
  • Que traduisent les didascalies concernant les qualités morales de l’héroine ?
  • Que traduisent les didascalies concernant le portrait du colonel ?
  • Estimez -vous la colère du personnage représentative de son état d’esprit dominateur ?
  • Montrez que l’on peut parler de défaite pour l’un et de victoire pour l’autre
  • En quoi consiste la victoire d’Indiana ? Expliquez la liberté intérieure
  • Quels sont les moyens mis en œuvre par la romancière pour revendiquer cette liberté intérieure ? Citez pour justifier votre réponse

 

Conclusion

Au terme de notre étude nous pouvons dire que ce choix d’écriture, cette mise en scène du duel entre Indiana et le colonel nous fait le portrait d’un mariage traditionnel associé au statut de la femme brimée, soumise, dépendante pour mieux le remettre en question grâce à l’héroine et à sa force de caractère. Elle symbolise le combat pour la femme et la sortie de son statut de femme soumise et dépendante de l’homme.

Nous assistons à un retournement de situation au point qu’Indiana à la fin de ce combat avec son époux est libre intérieurement et toujours digne et fidèle à elle-même. Indiana n’a pas l’égalité dans le mariage mais elle a su trouver sa part de liberté.  On retrouve dans la préface, ces mots de George Sand qui expose ses motivations profondes à l’origine de l’écriture de ce roman. 


Préface de 1842 :

« J’ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, il est vrai, mais profond et légitime, de l’injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l’existence de la femme dans le mariage, dans la famille et la société. Je n’avais point à faire un traité de jurisprudence, mais à guerroyer contre l’opinion ; car c’est elle qui retarde ou prépare les améliorations sociales. La guerre sera longue et rude ; mais je ne suis ni le premier, ni le seul, ni le dernier champion d’une si belle cause, et je la défendrai tant qu’il me restera un souffle de vie ».

 

Madame bovary

 

 

Oral EAF, Flaubert, Madame Bovary, Ch. 12 deuxième partie

 

Madame bovary 2Madame Bovary, Flaubert

Madame Bovary est un roman de Gustave Flaubert paru en 1857. Le titre original était Madame Bovary, mœurs de province. Au début, Flaubert ne voulait pas qu'on illustre son roman avec un portrait de femme pour laisser libre cours à l'imagination du lecteur.

 

Madame bovary

 

La genèse de Madame Bovary

1 - A quelle date Flaubert commence t'-il son roman?

Flaubert commence le roman en 1851

2 - Pendant combien d'années y travaille t'-il?

Il y travaille pendant cinq ans, jusqu’en 1856.

3 - Dans quelle revue, le texte est-il publié?

le texte est publié dans la Revue de Paris sous la forme de feuilleton

4 - Que se passe t'-il en février 1857?

Flaubert, l'imprimeur et le gérant de la revue sont jugés pour "outrage à la morale publique et religieuse ainsi qu'aux bonnes moeurs".

5 - Flaubert est-il condamné?

Non, il est finalement acquitté grâce à ses liens avec la société du Second Empire et avec l'impératrice. A la même époque Baudelaire est poursuivi par le même tribunal après la publication des Fleurs du mal, il sera condamné.

6 - L'ouvrage de Flaubert connaît-il un grand succès?

Oui, le roman connaîtra un grand succès en librairie.

7 - Qui Flaubert côtoie t'-il dans les milieux littéraires?

Les Frères Goncourt, Baudelaire, Sainte-Beuve, Théophile Gautier

Le " bovarysme "

1 - Que signifie le "bovarysme"?

Le " bovarysme" est une insatisfaction à l'égard des choses du réel du fait d'une trop grosse tendance au rêve, à l'illusion et à l'idéalisation. C'est une échappatoire à la réalité, une mélancolie, un trouble de l'âme.

le bovarysme se définit comme un mal de vivre, un « spleen ».

« C'est, dit Georges Palante, le pouvoir qu'a l'homme de se concevoir autre qu'il n'est [...] : l'illusion bovaryque commence avec la substitution de l'être apparent ou imaginaire à l'être véritable.»

2 - Qui a initié le "bovarysme"?

Jules de Gaultier, en 1892

3 - Qui était Jules de Gaultier?

Un philosophe français influencé par Schopenhauer et Nietzsche. Il a ensuite influencé Georges Palante : philosophe et sociologue français.

4 - Quand le terme "bovaryser" est-il dans le dictionnaire?

En 2014, dictionnaire le Grand Robert. Il propose la définition suivante : "le fait de rêver à un autre destin plus satisfaisant".

5 - Citez un autre auteur qui a déjà décrit cet état d'âme dans la littérature

Honoré de Balzac, La Femme de trente ans. Flaubert s'en serait inspiré (dans cette hypothèse, Balzac serait l'inventeur du "bovarysme".

6 - Citez trois noms de personnages de la fiction qui sont passés dans la langue commune et désignent un type humain ou social ou encore psychologique.

Un Rastignac, un Don Juan, un tartuffe, une bovary

7 - Le bovarysme peut-il apparaître comme un symptôme de la modernité?

Oui, Madame Bovary, personnage flaubertien incarne un mythe littéraire et le bovaryme apparaît comme un symptôme de la modernité. On peut parler de dimension psychologique du "bovarysme". Baudelaire voyait un caractère hystérique dans le "bovarysme". Un mal moderne, une illusion romantique

8 - Comment se manifeste l'illusion romantique chez Emma Bovary?

Emma se nourrit des Méditations poétiques de Lamartine et des romans de Walter Scott. On retrouve dans le bovarysme d'Emma une version dégradée du romantisme.

9 - Peut-on dissocier le "bovarysme" de la condition de la femme au XIXe siècle?

On peut parler de femme objet condamnée à l'évasion, victime de désillusions, on le voit chez Emma qui en se mariant a perdu toute identité. Elle est seulement Madame Bovary.

10 - Quelle relation au monde Emma Bovary représente t'-elle?

Elle représente l'ennui dans sa vie quotidienne de petite bourgeoise provinciale dans un village Normand et l'échec dans son mariage avec Charles Bovary, officier de santé, en témoignent ses aventures adultères.

Emma se réfugie dans l'illusion d'un autre monde jusqu'à l'échec du rêve qui la mène au suicide.

11 - Peut-on parler d'une héroine tragique? En quoi?

Non pas vraiment car Emma Bovary ne ressemble pas au héros tragique en proie à une grande lucidité et toujours dans l'action. Elle incarne un personnage passif, nostalgique. Aucune prise de conscience ne sort de la rêverie, la déception devient synonyme de "petite mort".

12 - Quel roman de Georges Perec illustre le mieux ce bovarysme contemporain en 1965?

Le roman intitulé Les Choses, 1965

Extrait Des Choses de Perec

« Ils croyaient imaginer le bonheur [...]. Ils croyaient qu’il leur suffisait de marcher pour que leur marche soit un bonheur. Mais ils se retrouvaient seuls, immobiles, un peu vides. Une plaine grise et glacée, une steppe aride : nul palais ne se dressait aux portes des déserts, nulle esplanade ne leur servait d’horizon. » Georges Pérec, Les Choses, «J’ai lu ».

 

Madame bovary

Le titre et le sous-titre

Que pouvez-vous dire du titre et du sous-titre?

Titre : Madame Bovary

Sous-titre : Moeurs de province

Madame Bovary est un personnage éponyme

Le sous-titre nous apprend que nous sommes dans la France provinciale au milieu du XIXe siècle.

Le titre nous enseigne que l'héroine est une femme manifestement privée de son identité, elle porte le nom de son mari. Son nom de jeune fille est Emma Rouault.

Comment vivait Emma avant de se marier avec Charles?

Elle vivait avec son père dans une ferme après avoir passé sa jeunesse dans un couvent. Emma se nourrissait durant cette période d'enseignement religieux, de livres romantiques. Sa vision de la vie est idéaliste. Elle s'ennuie à la ferme et rêve de rencontrer un homme. Charles Bovary sera une échappatoire à sa vie monotone, mais Emma va très vite s'ennuyer avec Charles, médecin de campagne sans grande personnalité.

 Madame bovary

Emma Bovary : un modèle typique de la femme du XIXe siècle?

Non Emma Bovary ne représente qu'une minorité des femmes de son époque.

La femme avait une éducation traditionnelle, la fidélité est la base du mariage et en ce sens on peut affirmer qu'Emma du fait de ses adultères successifs se distingue du modèle typique de la femme. Emma n'est pas une femme aimante, une mère attentive, elle fuit le foyer et s'égare dans ses aventures répétées pour fuir le quotidien de sa vie. En outre, Emma a accès aux économies de Charles, ce qui pour l'époque est inédit. Emma Bovary n'est donc pas représentative du modèle typique de la femme du XIXe siècle. Elle se détache de son rôle conventionnel, elle s'octroie une liberté que les femmes n'avaient pas à cette époque.

Flaubert 

Flaubert: sa vie et son œuvre:

1 - De quel siècle Flaubert est-il? 19e siècle.

Il est né le 12 décembre 1821 et est mort le 8 mai 1880

2 - Où est-il né? Rouen

3 - A quel milieu social appartient-il?

Il appartient à la petite bourgeoisie catholique

4 - Avec qui Flaubert fonde t'-il le journal manuscrit, Art et Progrès?

Avec Ernest Chevalier en 1834

5 - Qui rencontre t'-il dans les années 1836?

Elisa Schlésinger, à Trouville-sur-Mer.

6 - A quel ouvrage, cette rencontre a t'-elle donné lieu?

A l'Education sentimentale

7 - A t'-il marqué la littérature française?

Oui, du fait de la profondeur de ses analyses psychologiques, ses descriptions réalistes et le réalisme de son écriture.

8 - Citez trois ouvrages:

Mme Bovary, Salammbô, L'éducation sentimentale

9 - Quand l'ouvrage l'éducation sentimentale a t'-il été rédigé?

Septembre 1864

Il comporte des éléments autobiographiques comme par exemple la rencontre de Mme Arnoux qui fait allusion à Elisa Schlésinger, ou encore le personnage principal, Frédéric qui reflète les expériences de jeunesse de Flaubert.

10 - De qui le cœur du récit est-il tiré?

Du roman de Ste Beuve, Volupté. Balzac avait déjà traité le sujet dans le Lys dans la vallée mais Flaubert l'a réécrit. Les règles narratives sont nouvelles. Il réinvente ainsi la notion de Roman d'apprentissage

11 - Flaubert a t'-il fait des études?

Oui, des études de droit à Paris mais sans conviction.

12 - Quelle est son ambition?

Se consacrer à l'écriture. Il le fera après la mort de ses parents. Il vivra de ses rentes, son père lui laisse en héritage une fortune de 500 000 francs.

13 - Qui rencontre t'-il à Paris?

Victor Hugo, Maxime Du Camp.

14 - Avec qui Flaubert entretient-il une correspondance considérable?

Avec la poétesse Louise Colet avec qui il a vécu une liaison amoureuse sur 10 ans.

15 - Qui est le père littéraire de Flaubert?

Balzac. Il est très marqué par les productions littéraires de Balzac, il reprend les thème du Lys dans la vallée dans l'Education sentimentale et s'inspire de la Femme de trente ans dans Madame Bovary.

Madame bovary

 

Le réalisme de Flaubert

Flaubert est-il considéré comme le chef de file du réalisme?

Oui, il est considéré comme le représentant du réalisme dans le sens ou il étudie la réalité historique et sociale tout comme Balzac mais il rejette ce titre réducteur de chef de file. Dans une lettre adressée à George Sand, il affirme " Notez que j'exècre ce qu'on est convenu d'appeler le réalisme bien qu'on m'en fasse un des pontifes."

Plutôt que transcription du réel, Flaubert revendique une transfiguration du réel par l'écriture.

 

Questions sur le naturalisme et le réalisme

 

Créé en même temps que le romantisme (De Balzac à Stendhal), le réalisme ne prend vraiment son essort que dans la période 1850-1900 (par Flaubert et Maupassant) et se retrouve dans le naturalisme créé par Zola.

1) Réalisme et Naturalisme (à travers l'histoire)

- Les romans emprunts de réalisme s'identifient à l'époque traversée: des révolutions de 1848 (qui se retrouve dans "L'Education sentimentale" de Flaubert, du coup d'état de L-N Bonaparte (conteste de "La Fortune des Rougon" de Zola) ou de la politique stable du 2ème Empire (1852 à 1870).

-Les Années 1850-1900 virent la vraie naissance du capitalisme moderne: Zola le décrit à travers les grands magasins dans "Au bonheur des dames" paru en 1883, et à travers la bourse dans "l'Argent" paru en 1891. C'est une époque de fortes évolutions tant sociales (naissance de la classe ouvrière) qu' urbaines (à travers le Paris du Préfet Haussmann).

-C'est enfin le grand moment du positivisme, qui use de l'expérience scientifique comme fondement à tout savoir. Les romanciers écrivent aussi sur les avancées en médecine et en psychologie, Maupassant disserte sur la folie ("Le Horla" en 1887), les frères Goncourt s'expriment sur l'hystérie féminine ("Germine Lacerteux" en 1865), ou encore Zola sur les valeurs de l'hérédité, servant de base à ses "Rougon-Macquart" (de 1871 à 1893), période romanesque sous titrée "Histoire Naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire".

Réalisme et naturalisme :

  • A quel moment le naturalisme prend t'-il son essor?
  • Citez deux romans réalistes
  • Quelles sont les caractéristiques du réalisme?
  • Quelles en sont les sources?
  • Quel est le cadre historique?

 

2) Les clés du réalisme et du naturalisme:

-Les principes généraux de la vision réaliste naissent chez Balzac qui crée, avec "La comédie Humaine" le roman total, vrai "concurrence à l'Etat-civil" (préambule de 1842) et chez Stendhal qui crée le roman assimilé à "une glace qui déambule sur une grande-route" ("Le Rouge et le Noir" en 1830). Les 2 écrivains affirment retranscrire la réalité de manière fidèle.

-Le mot "réalisme survient, au début de manière péjorative pour enfin définir une nouvelle création de description, constituée autour de Gustave Courbet. Plus tard, Champfleury et Duranty se l'approprient en littérature en affirmant l'objectivité sur base romantique, et ses qualités de description. Le réalisme n'est cependant qu'au second plan comme courant en littérature: et même Flaubert, pourtant son affirmé (Chef de file, ne se disait-il pas comme non-réaliste).

-Par contre, le naturalisme a bien représenté une école littéraire, avec les frères Goncourt et Zola ("Thérése Raquin", en 1867, puis les "Rougon Macquart" à partir de 1871). Les écrits de ce dernier écrivain, Le Roman d'expérience (en 1880) et les Romanciers (1881) apportent leur fondement au naturalisme; ils revendiquent un réalisme extrémiste par leur expérimentation du modèle scientifique. Ils s'attirent toutefois des avis mesurés, chez Maupassant (exemple: la préface de "Pierre et Jean", en 1887) ou chez Huysmans "exemple: la préface de "A retours", en 1903).

Les clés du réalisme et du naturalisme :

  • Quels sont les deux écrivains qui posent les clés du réalisme?
  • Définissez "réalisme"
  • Le naturalisme a t'-il représenté une école littéraire?
  • Quels écrits sont à l'origine du fondement du naturalisme?
  • Quel réalisme les écrivains fondateurs revendiquent-ils?
  • De quel modèle s'inspirent-ils?

 

3) Les genres réalistes et naturalistes:

- Le roman est le genre le plus retenu: on estime qu'il décrit le mieux la réalité. Balzac avec "La Comédie Humaine", et Zola , avec les "Rougon-Macquart" racontent de grandes épopées familiales sur fond de social et d'histoire. Contrairement aux romantiques avec le roman sur fond d'histoire, les réalistes et les naturalistes s'intéressent eux au présent et tirent leur inspiration de la vie réelle (Stendhal écrit aussi son roman "Le Rouge et le Noir" en se basant sur un fait divers relaté dans un journal).

-Le descriptif a une grande importance, car il permet de décrire la réalité: il repète les "petits faits avérés" (Stendhal) et cela donne un effet de réalité.

-Enfin, se focaliser dans ce genre de romans, autorise des effets complexes, entre narrateur présent en permanence, image du démiurge qui crée tout un monde (Balzac), et le "se focaliser" propre à Zola, qui permet au narrateur de se dissimuler derrière ses personnages.

Les genres réralistes et naturalistes :

  • Parmi les genres réralistes et naturalistes, quel est le genre le plus reconnu? Pourquoi?
  • Que racontent Balzac et Zola dans la Comédie humaine et les Rougon Macquart?
  • Quelle est la base de l'inspiration de ces genres littéraires?
  • Quelle est la place du descriptif?

 

4) Les Thèmes réalistes et naturalistes:

-Le réalisme s'attaque d'abord au romantisme, qu'on accuse d'éloigner de la réalité. Flaubert dans "Madame Bovary", décrit les effets néfastes de l'illusion romantique sur l'héroisme de son roman). Par contre, réalistes et naturalistes revendiquent la réalité des villes, politique et sociale. Les héros de ces romans sont ordinaires, qu'ils soient de la classe bourgeoise de Flaubert ou de la classe ouvrière de Zola

- Zola décrit aussi, dans les "Rougon-Macquart" le monde des prostituées, l'alcool et le crime.

-C'est la réalité que les romans décrivent. C'est pourquoi le réalisme a souvent été qualifié d' inesthétique et parfois même manquant de moralité et apportant la subversion: en 1857; un procés a même été intenté contre Flaubert "Madame Bovary" sous l'accusation suivante: "Atteinte à la morale des gens et aux bonnes moeurs".

Les thèmes réalistes et naturalistes :

  • A quoi le réalisme s'attaque t'-il?
  • Donnez un exemple
  • Que revendiquent les réalistes et les naturalistes?
  • Citez trois thèmes recurrents chez Zola
  • Le réalisme est -il associé à la moralité ou au manque de moralité?
  • Que pouvons-nous dire à ce propos sur Madame Bovary?

 

Flaubert

 

 


Flaubert, Madame Bovary (1857)


Introduction et situation du texte

            Nourrie de littérature Emma Bovary rêve d’une vie faite de grands sentiments, de luxe, loin du quotidien et de son époux, Charles, médecin de campagne avec qui elle s’ennuie.

Elle se sent enfermée dans la médiocrité de sa vie provinciale à Yonville, près de Rouen.  Elle fait la connaissance de Rodolphe et devient sa maîtresse. Bien vite elle sera déçue par cette évasion hors du quotidien par l’adultère. 


Lecture du texte

Mais, avec cette supériorité de critique appartenant à celui qui, dans n’importe quel
engagement, se tient en arrière8, Rodolphe aperçut en cet amour d’autres jouissances à exploiter. Il jugea toute pudeur incommode. Il la traita sans façon. Il en fit
quelque chose de souple et de corrompu. C’était une sorte d’attachement idiot plein
d’admiration pour lui, de voluptés pour elle, une béatitude qui l’engourdissait ; et
son âme s’enfonçait en cette ivresse et s’y noyait, ratatinée, comme le duc de Clarence dans son tonneau de malvoisie9.
Par l’effet seul de ses habitudes amoureuses, Mme Bovary changea d’allures. Ses
regards devinrent plus hardis, ses discours plus libres ; elle eut même l’inconvenance de se promener avec M. Rodolphe, une cigarette à la bouche, comme pour
narguer le monde ; enfin, ceux qui doutaient encore ne doutèrent plus quand on la
vit, un jour, descendre de l’Hirondelle10, la taille serrée dans un gilet, à la façon d’un homme.

 Et Mme Bovary mère, qui, après une épouvantable scène avec son mari,
était venue se réfugier chez son fils, ne fut pas la bourgeoise la moins scandalisée. Bien d’autres choses lui déplurent : d’abord Charles n’avait point écouté ses
conseils pour l’interdiction des romans ; puis, le genre de la maison lui déplaisait ;
elle se permit des observations, et l’on se fâcha, une fois surtout, à propos de Fé-
licité.
Mme Bovary mère, la veille au soir, en traversant le corridor, l’avait surprise dans la
compagnie d’un homme, un homme à collier brun, d’environ quarante ans, et qui,
au bruit de ses pas, s’était vite échappé de la cuisine. Alors Emma se prit à rire ;
mais la bonne dame s’emporta, déclarant qu’à moins de se moquer des mœurs, on
devait surveiller celles des domestiques.
— De quel monde êtes-vous ? dit la bru, avec un regard tellement impertinent
que Mme Bovary lui demanda si elle ne défendait point sa propre cause.
— Sortez ! fit la jeune femme se levant d’un bond. — Emma !… maman !… s’écriait
Charles pour les rapatrier.
Mais elles s’étaient enfuies toutes les deux dans leur exaspération. Emma trépignait en répétant :
— Ah ! quel savoir-vivre ! quelle paysanne !
Il courut à sa mère ; elle était hors des gonds, elle balbutiait :
— C’est une insolente ! une évaporée ! pire, peut-être !
Et elle voulait partir immédiatement, si l’autre ne venait lui faire des excuses.
Charles retourna donc vers sa femme et la conjura de céder ; il se mit à genoux ;
elle finit par répondre :
— Soit ! j’y vais.
En effet, elle tendit la main à sa belle-mère avec une dignité de marquise, en lui
disant :
— Excusez-moi, madame.


Gustave Flaubert, Madame Bovary (Deuxième partie, Ch.12)

8. Le narrateur explique ici que Rodolphe, ne mettant aucun sentiment dans sa relation avec Emma, garde un regard très distant
sur leur liaison et n’y voit que la satisfaction de plaisirs sensuels.
9. George Plantagenêt, duc de Clarence, condamné à mort en 1478 pour avoir comploté contre son frère le roi Édouard IV d’Angleterre, aurait choisi de mourir noyé dans un tonneau de vin de malvoisie.
10. Nom de la diligence de Yonville qui va jusqu’à Rouen.

 

Commentaire littéraire et oral EAF

Problématique

Quelles visions nous donne ce passage des tentatives d’émancipation d’Emma et quelles en sont les limites ? 

Plan possible pour un commentaire

I – Les visions des tentatives d’émancipation d’Emma

II – les limites de l’émancipation

Analyse

I – Les visions des tentatives d’émancipation de Madame Bovary

Les visions des tentatives d’émancipation d’Emma sont suggérées par le narrateur qui sans intervenir directement, offre une vision critique, voire ironique sur les rêveries et exaltations romanesques d’Emma.  Cette dernière croit vivre la grande vie dans l’aspiration à la passion adultère, mais elle sombre très vite dans la désillusion. Elle connaîtra la trahison, l’abandon alors qu’elle croyait vivre l’émancipation par l’adultère.  Au lieu de cela Rodolphe la laisse et lui fait sentir qu’elle est un poids pour lui. Emma sombre en dépression et trouve un nouvel amant qui lui dérobe l’argent du ménage et l’entraîne dans des dettes. Ne voulant pas en informer Charles, elle se suicide à l’arsenic. 

Pour toutes ces tentatives d’émancipation d’Emma, le narrateur nous donne plusieurs points de vue sur Emma, il y en a essentiellement trois. 
Dans un premier temps, il y a le point de vue de Rodolphe qui comme on le sait est très froid, grand séducteur et surtout sans scrupule.  Il voit dans la liaison amoureuse avec Emma l’occasion d’un profit « jouissances à exploiter ».  Nous avons donc un point de vue masculin de l’adultère, celui de l’amant qui nous renvoie à une Emma trop dans l’illusion, trop dans ses livres et dans les rêves car en fait elle n’est qu’un objet sexuel pour Rodolphe qui abuse de sa naiveté.  En aucun cas, Emma n’est libérée des entraves de son mariage, ni même émancipée, elle n’a aucun contrôle sur sa vie et n’a aucune liberté intérieure. Elle n’affirme rien de ce qu’elle est bien au contraire, elle est le contraire d’Indiana, elle n’affronte pas sa situation de femme et d’épouse. Elle fuit.  Elle passe d’un mari avec qui elle s’ennuie à un amant qui la manipule « il la traita sans façon ». 

Dans un second temps, l’émancipation d’Emma fait l’objet des points de vue des habitants d’Yonville.  Leur analyse reste extérieure mais elle est néanmoins péjorative et critique « inconvenance ». Emma est jugée pour ses adultères et mal jugée.  A présent, elle est comme totalement exclue du monde environnant dans lequel elle vit, elle s’en distingue et n’appartient plus à ce même village des bourgeois d’Yonville, comme si elle n’était plus des leurs.  Elle se démarque, elle n’appartient plus au milieu traditionnel, traditionnaliste et est jugée sur les apparences ainsi que le suggèrent les expressions suivantes « regards », « discours », « allure ». 

Enfin, il y a le point de vue la mère de Charles Bovary. Elle semble scandalisée par les adultères de sa belle fille.  C’est le point de vue privilégié par le narrateur car il permet de mettre en avant les critiques de Mme Bovary mère vis-à-vis d’Emma.  Pour mettre en avant ses paroles, nous avons du discours indirect libre « Charles n’avait point écouté ses conseils pour l’interdiction des romans : puis le genre de la maison lui déplaisait ». 

Les comportements d’Emma font ainsi l’objet de différents points de vue et ils relatent les effets provoqués dans la petite ville de province.

L’attitude d’Emma choque, elle provoque, elle porte atteinte à la pudeur, elle n’est pas digne d’une femme mariée. Ces jugements sont représentatifs des points de vue de la société sur la place de la femme. Emma n’est pas comprise des autres femmes, elle est juste jugée. Le combat féministe n’est pas engagé.  L’immoralité est ce qui ressort de ses promenades avec Rodolphe, sa liberté n’est pas revendiquée, Emma est et reste une « inconvenante ».  L’opinion publique domine et tranche. Emma n’a pas réussi tout comme Indiana à retrouver sa liberté intérieure, sa tentative pour affirmer sa liberté de femme face à la morale traditionnelle n’est pas bien perçue, le message n’est pas entendu.  Il n’y a en fait qu’une sorte de provocation publique. 

  • Questionnaire possible
  • Dans sa tentative d’émancipation par l’adultère, Rodolphe a un point de vue sur les intentions d’Emma. Quel est-il ? 
  • Que voit-il dans liaison amoureuse avec Emma ?
  • A t’-il un point de vue masculin sur cette émancipation de la femme ? 
  • Quel est le point de vue des habitants d’Yonville ?  Cette vision est-elle traditionnelle ? Citez pour justifier votre réponse
  • Montrez qu’Emma n’est jugée que sur les apparences
  • Comment la mère de Charles Bovary perçoit-elle sa belle fille et ses adultères ? Quel regard porte t’-elle sur cette femme ? 
  • Sa liberté est-elle vraiment revendiquée à travers ses adultères successifs ?
  • Parvient-elle à un degré de liberté intérieure ? Peut-on la comparer à Indiana de G. Sand ?
  • Que pensez-vous de cette tentative d'émancipation d'Emma?
  • Quel autre ouvrage sur la libération et l'émancipation de la femme avez-vous lu? 
  • Citez au moins un ouvrage = G. Sand, Indiana. 
  • Indiana dans G. Sand représente la résistance dans l'effort d'émancipation qui aboutit à une liberté intérieure. Ce n'est pas le cas chez Emma Bovary. Son effort d'émancipation échoue. 

 

II – les limites de l’émancipation

Si l’on compare Emma à Indiana c’est dans le but de montrer l’échec de cette tentative d’émancipation qui n’aura eu pour effet que d’isoler davantage le personnage. 

Son émancipation se heurte à beaucoup de limites. En effet, elle se retrouve enfermée dans un milieu étriqué avec une belle mère traditionnelle, Mme Bovary mère, autrement appelée « bourgeoise » ou « bonne dame » appartenant à un certain statut social et ayant une grande moralité et une certaine respectabilité.  Emma n’est pas à la hauteur des convenances dues au rang de sa belle mère. Elle symbolise la morale et Emma la déchéance morale, l’inconvenance.  Elle s’est écartée du droit chemin donc la belle mère représente pour Emma tout ce qu’elle déteste et à quoi elle tente d’échapper.  Charles et Madame Bovary mère renvoient à Emma la même image, la même vie, la même médiocrité. 

Ils symbolisent tout ce qu’Emma n’est pas, la morale sociale. Emma n’y voit que de la médiocrité qui la brime, du mépris et du rejet.  La belle mère fait figure d’autorité, Charles en est dépourvu. Elle est la seule  à faire figure d’autorité morale.  C’est pourquoi les deux femmes sont antagonistes, elles se détestent ainsi que le suggèrent les expressions et phrases suivantes : « elles s’étaient enfuies toutes les deux dans leur exaspération » ; « Emma trépignait en répétant » / « elle était hors des gonds, elle balbutiait »)  « à moins de se moquer des mœurs ».

Elle sait attaquer sa belle fille pour son immoralité « lui demanda si elle ne défendait point sa propre cause », et son manque de sérieux. 

En retour Emma n’a aucun respect pour sa belle mère et ses valeurs trop étriquées, elle manifeste volontiers son insolence et son impertinence à son égard dans le seul but de la provoquer. Mais elle n’échappe pas pour autant à son statut, elle ne peut fuir ses codes sociaux et appartenir à un autre monde, elle ne peut pas être plus libre, être elle-même, fuir sa réalité. 

  • Questionnaire possible
  • A quelles limites Emma se heurte t'-elle dans son émancipation?
  • Que symbolise Madame Bovary mère pour Emma? 
  • Montrez par quelques phrases et expressions du texte que les deux femmes se détestent
  • Emma peut-elle vraiment fuir son destin à travers les adultères répétés? Selon vous, son destin était-il tracé en épousant Charles? 
  • Pouvait-elle espérer une certaine forme de liberté?
  • Aura t'-elle jamais connu une certaine liberté intérieure? 
  • Le narrateur a t'-il condamné son héroine? 

 

Conclusion

Même les amants d’Emma ne cautionnent pas ses revendications de liberté par l’adultère. Rodolphe lui-même parle « d’attachement idiot » comme si les rêves d’Emma s’en allaient et avec eux, la vraie vie à laquelle elle aspire. Flaubert est ironique avec son héroine, il la fait chuter de très haut, elle s’engourdit dans le malaise de sa vie. Le pessimisme domine. Emma est punit pour son adultère jusqu’au suicide.  Trop de sentiments exaltés, trop d’ivresse auront aboutis au contraire de ce qu’elle voulait. Elle n’est pas plus libre, ni plus libérée, elle est juste de son vivant condamnée à mourir dans son destin tragique.  Elle est devenue victime et en particulier de ses amants de qui elle attendait la libération de sa vie médiocre. Elle perd son âme, « son âme s’enfonçait en cette ivresse et s’y noyait ».  Emma au contraire d’Indiana ne ressort pas émancipée, libérée ni grandie de ses expériences. Elle perd au contraire toute dignité.  Aliénée par son mariage, elle devient victime de ses amants, victime de la société. Le narrateur condamne son héroine. Elle ne sortira pas émancipée mais mourra dans son carcan social.  Elle retourne à son mariage ennuyeux, acceptant la « paix du ménage » avec de plates excuses. 

Ouverture

Echec de l’émancipation d’Emma mais derrière l’aliénation de la femme adultère et privée de liberté intérieure, ne retrouvons pas la condamnation de Flaubert, celle du monde de son époque avec son moralisme et ses codes sociaux et religieux ? 

Proces de mme bovary

Lectures cursives
 Le procès de Madame Bovary (1857)

Le procès de Madame Bovary : Flaubert est poursuivi par un tribunal correctionnel à cause de son livre, Madame Bovary, 1857, il est poursuivi pour outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs.

Son roman est publié en feuilleton dans un revue de Paris et c’est après dès le 29 janvier 1857 que Flaubert est poursuivi en justice (glorification de l’adultère), il sera finalement acquitté.  Baudelaire sera également condamné pour les l’écriture des Fleurs du mal, Hugo contraint à l’exil.

Le contexte historique est celui de Napoléon III, la censure était conseillée pour un écrivain car les productions littéraires sont très contrôlées, les livres sont interdits

L’avocat défend la moralité du roman en invoquant l’idée que l’héroine est punie dans l’histoire car elle ne respecte pas le schéma traditionnel du mariage

plaidoirie de Maître Sénard,

« M. Flaubert a voulu peindre la femme qui, au lieu de chercher à s’arranger dans la condition qui lui est donnée, avec sa situation, avec sa naissance ; au lieu de chercher à se faire à la vie qui lui appartient, reste préoccupée de mille aspirations étrangères puisées dans une éducation trop élevée pour elle ; qui, au lieu de s’accommoder des devoirs de sa position, d’être la femme tranquille du médecin de campagne avec lequel elle passe ses jours, au lieu de chercher le bonheur dans sa maison, dans son union, le cherche dans d’interminables rêvasseries [...]. Mais elle est bientôt rencontrée par un homme comme il y en a tant, comme il y en a trop dans le monde, qui se saisit d’elle, pauvre femme déjà déviée, et l’entraîne. [...]
C’est que chez lui les grands travers de la société figurent à chaque page ; c’est
que chez lui l’adultère marche plein de dégoût et de honte. Il a pris dans les relations habituelles de la vie l’enseignement le plus saisissant qui puisse être donné à une jeune femme. Oh ! mon Dieu, celles de nos jeunes femmes qui ne trouvent pas dans les principes honnêtes, élevés, dans une religion sévère de quoi se tenir fermes dans l’accomplissement de leurs devoirs de mères, qui ne le trouvent pas surtout dans cette résignation, cette science pratique de la vie qui nous dit qu’il faut s’accommoder de ce que nous avons, mais qui portent leurs rêveries au dehors, ces jeunes femmes les plus honnêtes, les plus pures qui, dans le prosaïsme de leur ménage, sont quelquefois tourmentées par ce qui se passe autour d’elles, un livre comme celui-là, soyez-en sûrs, en fait réfléchir plus d’une. »

 

Annie ernaux

Annie Ernaux, La femme gelée (1981)


Introduction

Questionnaire sur Annie Ernaux et la femme gelée

Qui était Annie Ernaux ?

Annie Ernaux est issue d’une famille d’ouvriers devenus commerçants de Normandie

Quand est-elle née ?

Elle est née en 1940

Fait-elle des études supérieures ?

Oui elle fait des études de lettres pour être enseignante

Citez une de ses œuvres

Les armoires vides est son premier roman, publié en 1974

A t’-elle eu le prix Renaudot ?

Oui elle a obtenu le prix Renaudot avec La Place

De quoi parle t’-elle dans ses romans devenus de plus en plus autobiographiques ?

Elle évoque ses expériences de femme, d’avortement, d’échec de son mariage avec ses ouvrages, L’évènement, La femme gelée, Passion simple. 

Peut-on dire qu’elle associe dans ses romans l’intime et le social ?

Oui ainsi que le suggère la phrase d’Annie Ernaux : « Le Je que j’utilise me
semble une forme impersonnelle, à peine sexuée, quelquefois même plus une parole de « l’autre » qu’une parole de « moi » : une forme transpersonnelle en somme. Il ne constitue pas un moyen de m’autofictionner, mais de saisir, dans mon expérience, les signes d’une réalité. »

Quel est le thème de La femme gelée ? Quelle en est la situation ? 

Ce roman traite des limites de l’émancipation féminine, nous sommes dans les années 60. C’est une œuvre autobiographique.

Prise dans les contraintes d’un mariage et ses tâches ménagères, la jeune femme va progressivement perdre son enthousiasme et devenir une femme gelée.  Une femme happée par le conditionnement du quotidien que la société et l’institution du mariage imposent. 

Annie ernaux

Lecture du texte

Un mois, trois mois que nous sommes mariés, nous retournons à la fac, je donne des cours de latin. Le soir descend plus tôt, on travaille ensemble dans la grande salle. Comme nous sommes sérieux et fragiles, l’image attendrissante du jeune couple moderno-intellectuel. Qui pourrait encore m’attendrir si je me laissais faire, si je ne voulais pas chercher comment on s’enlise, doucettement. En y consentant lâchement. D’accord je travaille La Bruyère ou Verlaine dans la même pièce que lui, à deux mètres l’un de l’autre. La cocotte-minute, cadeau de mariage si utile vous verrez, chantonne sur le gaz. Unis, pareils. Sonnerie stridente du compte-minutes, autre cadeau. Finie la ressemblance. L’un des deux se lève, arrête la flamme sous la cocotte, attend que la toupie folle ralentisse, ouvre la cocotte, passe le potage et revient à ses bouquins en se demandant où il en était resté. Moi. Elle avait démarré, la différence.
Par la dînette. Le restau universitaire fermait l’été. Midi et soir je suis seule devant les casseroles. Je ne savais pas plus que lui préparer un repas, juste les escalopes panées, la mousse au chocolat, de l’extra, pas du courant. Aucun passé d’aide-culinaire dans les jupes de maman ni l’un ni l’autre. Pourquoi de nous deux suis-je la seule à me plonger dans un livre de cuisine, à éplucher des carottes, laver la vaisselle en récompense du dîner, pendant qu’il bossera son droit constitutionnel.
Au nom de quelle supériorité. Je revoyais mon père dans la cuisine. Il se marre, « non mais tu m’imagines avec un tablier peut-être ! Le genre de ton père, pas
le mien ! ». Je suis humiliée. Mes parents, l’aberration, le couple bouffon. Non je n’en ai pas vu beaucoup d’hommes peler des patates. Mon modèle à moi n’est pas le bon, il me le fait sentir. Le sien commence à monter à l’horizon, monsieur père laisse son épouse s’occuper de tout dans la maison, lui si disert19, cultivé, en train de balayer, ça serait cocasse, délirant, un point c’est tout. À toi d’apprendre ma vieille. Des moments d’angoisse et de découragement devant le buffet jaune canari du meublé20, des œufs, des pâtes, des endives, toute la bouffe est là, qu’il faut manipuler, cuire. Fini la nourriture-décor de mon enfance, les boîtes de conserve en quinconce, les bocaux multicolores, la nourriture surprise des petits restaurants chinois bon marché du temps d’avant. Maintenant, c’est la nourriture corvée.
Je n’ai pas regimbé21, hurlé ou annoncé froidement, aujourd’hui c’est ton tour, je travaille La Bruyère. Seulement des allusions, des remarques acides, l’écume d’un ressentiment mal éclairci. Et plus rien, je ne veux pas être une emmerdeuse, est-ce que c’est vraiment important, tout faire capoter, le rire, l’entente, pour des histoires de patates à éplucher, ces bagatelles relèvent-elles du problème de la liberté, je me suis mise à en douter. Pire, j’ai pensé que j’étais plus malhabile qu’une autre, une flemmarde en plus, qui regrettait le temps où elle se fourrait les pieds sous la table, une intellectuelle paumée incapable de casser un œuf proprement. Il fallait changer. À la fac, en octobre, j’essaie de savoir comment elles font les filles mariées, celles qui, même, ont un enfant. Quelle pudeur, quel mystère, « pas commode » elles disent seulement, mais avec un air de fierté, comme si c’était glorieux d’être submergée d’occupations. La plénitude des femmes mariées. Plus le temps de s’interroger, couper stupidement les cheveux en quatre, le réel c’est ça, un homme, et qui bouffe, pas deux yaourts et un thé, il ne s’agit pas d’être une braque22. Alors, jour après jour, de petits pois cramés en quiche trop salée, sans joie, je me suis efforcée d’être la nourricière, sans me plaindre. « Tu sais, je préfère manger à la maison plutôt qu’au restau U, c’est bien meilleur ! » Sincère, et il croyait me faire un plaisir fou. Moi je me sentais couler. Version anglaise, purée, philosophie de l’histoire, vite le supermarché va fermer, les études par petits bouts c’est distrayant mais ça tourne peu à peu aux arts d’agré- ment. J’ai terminé avec peine et sans goût un mémoire sur le surréalisme que j’avais choisi l’année d’avant avec enthousiasme. Pas eu le temps de rendre un seul devoir au premier trimestre, je n’aurai certainement pas le capes23, trop difficile. Mes buts d’avant se perdent dans un flou étrange. Moins de volonté. Pour la première fois, j’envisage un échec avec indifférence, je table sur sa réussite à lui, qui, au contraire, s’accroche plus qu’avant, tient à finir sa licence et sciences po24 en juin, bout de projets. Il se ramasse sur lui-même et moi je me dilue, je m’engourdis. Quelque part dans l’armoire dorment des nouvelles, il les a lues, pas mal, tu devrais continuer. Mais oui, il m’encourage, il souhaite que je réussisse au concours de prof,
que je me « réalise » comme lui. Dans la conversation, c’est toujours le discours de l’égalité. Quand nous nous sommes rencontrés dans les Alpes, on a parlé ensemble de Dostoïevski25 et de la révolution algérienne. Il n’a pas la naïveté de croire que le lavage de ses chaussettes me comble de bonheur, il me dit et me répète qu’il a horreur des femmes popotes. Intellectuellement, il est pour ma liberté, il établit des plans d’organisation pour les courses, l’aspirateur, comment me plaindrais-je. Comment lui en voudrais-je aussi quand il prend son air contrit d’enfant bien élevé, le doigt sur la bouche, pour rire, « ma pitchoune, j’ai oublié d’essuyer la vaisselle... » tous les conflits se rapetissent et s’engluent dans la gentillesse du début de la vie commune, dans cette parole enfantine qui nous a curieusement saisis, de ma poule à petit coco, et nous dodine26 tendrement, innocemment.
Annie Ernaux, La femme gelée


19. disert : qui s’exprime facilement et avec élégance.
20. meublé : appartement loué avec ses meubles.
21. regimber : protester, s’insurger.
22. braque (familier) : stupide, écervelé. Équivalent de « cinglé ».
23. capes : concours pour devenir professeur dans l’enseignement secondaire.
24. Sciences-Po : école prestigieuse d’administration.
25. Dostoïevski : auteur russe (1821-1881).

Annie ernaux

Analyse littéraire et questionnaire EAF

Problématique

Montrez que par son écriture soucieuse du réel, Annie Ernaux traduit dans ce passage l’aliénation et le conditionnement dans la souffrance de la femme

Plan possible pour un commentaire

I – Une écriture soucieuse de la réalité

II – La force de la réalité

III – Aliénation, conditionnement et souffrance de la femme

Annie ernaux

Analyse

I – Une écriture soucieuse de la réalité

L’écriture d’Annie Ernaux est facile d’accès, simple, ouverte à tous mais singulière par son vocabulaire familier et son style oral. On peut à cet égard citer « paumée », « bouffe », « emmerdeuse », « comme nous sommes sérieux et fragiles, l’image attendrissante du jeune coupe moderno-intellectuel. Style très libre parfois peu soucieux du respect grammatical.  Une écriture réaliste, toujours en reflet du réel qu’elle tente de décrire de manière très détaillée et parlante, sans effet de style, parfois brutale et trop familière.  Ce qui domine sont les soucis du détail, du concret.  L’ambition d’Annie Ernaux est de rester fidèle au quotidien et de transcrire les difficultés de vivre, les souffrances telles qu’elles sont ressenties sans les transfigurer, sans les sublimer dans le but d’accentuer le poids du réel, du quotidien écrasant. Elle raconte la vie à l’état brut, la sienne et celle des autres.  Le lecteur s’y retrouve, il se projette et se reconnaît car personne ne peut échapper au quotidien.  La portée de l’écriture d’Annie Ernaux est donc universelle, elle touche tout le monde. 

  • Questionnaire possible
  • Comment qualifier l'écriture d'Annie Ernaux? Donnez quelques ajectifs
  • Quel est l'effet produit?
  • Dans quel but pratique t'-elle cette écriture libre?
  • Selon  vous, l'écriture soucieuse de la description réaliste contribue t'-elle à valoriser le poids écrasant du quotidien et la portée universelle de l'écriture d'Ernaux? 

 

II – La force de la réalité

La réalité est la toile de l’histoire, le quotidien a une place essentielle ainsi que le suggère l’énumération « patates, la bouffe, petits pois cramés ». Les jeunes étudiants sont englués dans la force du quotidien et poids des contraintes que cela suppose.  Beaucoup de détails sont consacrés aux descriptifs culinaires et domestiques comme par exemple, « l’aspirateur », « les courses », « des œufs, des pâtes, des endives, toute la bouffe ». Les études elles-mêmes sont soumises au rythme des obligations et des contraintes domestiques, « vite le supermarché va fermer », « les études par petits bouts ». La réalité est dépeinte comme envahissante, trop prenante, étouffante au point d’avaler les idéaux d’égalité du couple « moderno-intellectuel ».  Ils offrent « une image attendrissante », sont pleins d’idéaux mais en même temps sont mangés par un quotidien trop banalisé et trop lourd à gérer.  L’homme et la femme sont des intellectuels engagés dans leurs idéaux mais la femme semble davantage appuyée et revendiquée chez la femme, on le voit par les paroles et les pensées du mari «  le discours de l’égalité », « il souhaite », « il m’encourage », « il me dit et me répète », « intellectuellement, il est pour ma liberté ».  Mais la réalité s’impose toujours plus « le réel c’est ça, un homme et qui bouffe », elle met fin aux rêves d’égalité et aliène la femme à ses tâches de subsistance, d’organisation, de cuisine… La différence entre homme et femme transparaît de manière brutale et injuste car le rôle de la femme vient casser l’idéal d’égalité.  « Au nom de quelle supériorité », l’homme prône un idéal d’égalité mais dans les faits attend de la femme qu’elle cuisine et le serve, s’occupe de la maison et gère les courses. Annie Ernaux souligne l’inconsciente mauvaise foi de l’homme en contradiction entre ses mots et ses actes, « non mais tu m’imagines avec un tablier peut-être », « tu sais je préfère manger à la maison », « ma pitchoune j’ai oublié de faire la vaisselle ».  Les jours défilent ainsi que les tâches obligatoires et quelle place reste t’-il à la liberté intellectuelle  face au lourd poids des corvées ? 

Nous sommes dans le schéma traditionnel du couple, la femme est nourricière et sacrifie ses études pour ses corvées incontournables et l’homme revendique la liberté égalitaire intellectuelle mais attend de son épouse qu’elle assume son rôle de femme au foyer.  « Pas eu le temps de rendre un seul devoir au premier
trimestre ». L’homme est à la hauteur de sa carrière car il a le temps, il est dans ce cas de figure détaché des obligations domestiques, sa carrière est mise au premier plan tandis que celle de son épouse est au second.  « Pourquoi de nous deux suis-je la seule à me plonger dans un livre de cuisine, [...] pendant qu’il bossera son droit constitutionnel », « j’envisage un échec avec indifférence, je table sur sa réussite à lui ». L’homme domine ici et la femme est en position de soumission. L’idéal s’est substitué au quotidien sur le modèle traditionnel du mariage. 

  • Questionnaire possible :
  • Les jeunes étudiants mariés sont englués dans un quotidien très lourd : relevez les expressions les plus significatives à cet égard
  • Quels sont les idéaux revendiqués et comment se heurtent-ils au quotidien trop lourd en obligations?
  • Expliquez la mauvaise foi de l'homme
  • Citez pour justifier votre réponse
  • Peut-on dire que l'idéal se substitue au quotidien? 
  • Sur quel modèle?  Justifiez en citant la phrase la plus représentative de cette idée forte


III – Aliénation, conditionnement et souffrance de la femme

L’idéal des jeunes étudiants, « ce jeune coupe moderno-intellectuel », est celui de l’égalité ainsi que le suggère le champ lexical, « ensemble », « la même pièce », « unis », « pareils », « la ressemblance ». L’égalité est revendiquée au niveau intellectuel « on a parlé ensemble de Dostoievski », égalité dans le travail « il souhaite que je réussisse au concours », dans les études « que je me réalise comme lui » ainsi que dans le partage des tâches ménagères « il a horreur des femmes popotes ».  Un idéal bien ancré dans l’esprit des jeunes gens semble guidé leurs paroles et leurs actes.  Un idéal qui n’avait pas pris en compte l’idée que ni l’un ni l’autre n’était capable de gérer la charge du quotidien « je ne savais pas plus que lui préparer un repas ».  Une note pessimiste domine malgré tout car au-delà de cet idéal d’égalité, une prise de conscience vient à l’esprit de la narratrice, ses parents seuls sont parvenus à partager réellement les tâches domestiques « je revoyais mon père dans la cuisine », « non je n’en ai pas vu beaucoup d’hommes peler des patates ».  Le deuxième modèle suggéré est celui des parents du mari :  « monsieur père laisse son épouse s’occuper de tout dans la maison ». Le troisième est celui du couple étudiants mariés.  On note ainsi de l’ironie dans le ton de la narratrice car la mauvaise foi de l’homme commence à transparaître.  Sans le savoir, sans en avoir conscience, ces jeunes personnes sont déjà conditionnées à obéir à un modèle plus ou moins traditionnel qu’ils vont reproduire malgré eux.  L’aliénation est sous-jacente. 

  • Questionnaire possible
  • Relevez les expressions et phrases du texte qui montrent que l'idéal des jeunes étudiants est celui de l'égalité
  • A quels niveaux l'idéal d'égalité est-il revendiqué?
  • Expliquez, "il a horreur des femmes popotes"
  • Montrez la prise de conscience de la narratrice
  • Quel est le modèle de référence cité dans le texte?
  • Quel est l'effet produit?
  • Cela vous semble t'-il restrictif?
  • Quel est le deuxième modèle évoqué?
  • Quel est le troisième?
  • Etudiez l'ironie de la narratrice
  • L'aliénation est-elle manifeste ou latente?


Bilan : « Au nom de quelle supériorité » ?  Impression d’être trahie, désarroi, culpabilisation, voici les étapes, les états d’esprit traversés dans l’aliénation.  Au lieu de se révolter, la femme calque au modèle conjugal de la société.  Elle se discrédite, renie ses premières aspirations, ses valeurs et substitue des épluchages de patates aux heures d’étude qu’elle doit sacrifier pour son mari.  Le quotidien prend le dessus. Renoncements, elle est prisonnière du modèle de vie qu’elle cherchait à fuir.  Elle finit par perdre le goût des études « mes buts d’avant se perdent dans un flou étrange », « pour la première fois j’envisage un échec avec indifférence ».  Elle sacrifie ses études, elle n’écrit plus.  Elle se sent « s’engluer », se diluer, elle est aux prises d’une machine, celle du quotidien qui lui dicte ses actes et la marche à suivre jour après jour.  On retrouve la justification du titre, la femme gelée, elle est dans le renoncement de ses premières aspirations, l’émancipation par l’égalité, la liberté, les études.  Le constat est la mauvaise foi de l’homme et la mauvaise conscience des femmes. L’émancipation est un échec.

  • Questionnaire possible : Bilan
  • Expliquez la différence entre la mauvaise foi de l'homme et la mauvaise conscience de la femme
  • Citez pour justifier votre réponse
  • Quel est le bilan final du texte? Dans quel état d'esprit la jeune femme est-elle?
  • Le titre vous semble t'-il justifié? 

 

Conclusion :

L’écriture singulière et sincère d’Annie Ernaux permet une réelle prise avec le quotidien qui fait entrer notre coupe de jeunes étudiants mariés en conflit avec leur idéal d’égalité et leurs revendications.  La désillusion est vécue à travers la femme qui finira par renoncer à ses aspirations et à ses rêves pour reproduire le schéma traditionnel de l’épouse soumise aux obligations et tâches ménagères dans le mariage ;

Annie ernaux

Ouverture :

Retrouvons-nous dans le texte de Malraux, la Condition humaine, les mêmes difficultés à rester fidèles aux idéaux d’égalité et de liberté ? 

 

Lecture cursive :
Malraux, La Condition humaine (1933)

L’homme s’interroge sur le sens de son existence à travers l’histoire. La Condition humaine propose un évènement historique, l’insurrection communiste de Shanghai en avril 1927.  Nous voyons une dizaine de personnages évoluer à travers des scènes dramatiques. Kyo et May sont mariés et révolutionnaires, leur couple est moderne au sens ou il est basé sur une certaine indépendance et une certaine liberté. Mais le coupe est en crise car May a trompé Kyo avec un homme et Kyo est en plein désarroi malgré la liberté dans le couple.  Jalousie, incompréhension, angoisse… Dans ce passage nous voyons Kyo revenir d’un combat, il vient chercher sa femme et un discours indirect libre commence.

Dans ce texte, Malraux nous montre qu’il est difficile de rester fidèle à ses idéaux de liberté et d’égalité tout comme Annie Ernaux mais à un niveau plus romanesque et plus existentiel.  Dans les cas, l’homme fait preuve de mauvaise foi et ne reste pas fidèle en acte aux idéaux de départ. Le concept de liberté est remis en question dans les deux textes mais c’est encore la femme gelée qui est la plus aliénée par les modèles sociaux qui tuent ses idéaux. 

Lecture du texte
– [C’est Kyo qui parle] Tu ne serviras à rien.
– À quoi servirai-je, ici, pendant ce temps ? Les hommes ne savent pas ce que c’est
que d’attendre... »
Il fit quelques pas, s’arrêta, se retourna vers elle :
« Écoute, May : lorsque ta liberté a été en jeu, je l’ai reconnue. »
Elle comprit à quoi il faisait allusion18 et eut peur : elle l’avait oublié. En effet, il
ajoutait d’un ton plus sourd :
« ... et tu as su la prendre. Il s’agit maintenant de la mienne.

– Mais, Kyo, quel rapport cela a-t-il ?
– Reconnaître la liberté d’un autre, c’est lui donner raison contre sa propre souffrance, je le sais d’expérience.
– Suis-je « un autre », Kyo ? »
Il se tut, de nouveau. Oui, en ce moment, elle était un autre. Quelque chose entre
eux avait été changé.
« Alors, reprit-elle, parce que j’ai... enfin, à cause de cela, nous ne pouvons même
plus être en danger ensemble ?... Réfléchis, Kyo : on dirait presque que tu te venges...
– Ne plus le pouvoir, et le chercher quand c’est inutile, ça fait deux.
– Mais si tu m’en voulais tellement que cela, tu n’avais qu’à prendre une maî-
tresse... Et puis, non ! pourquoi est-ce que je dis cela, ce n’est pas vrai, je n’ai pas
pris un amant ! et tu sais bien que tu peux coucher avec qui tu veux...
– Tu me suffis », répondit-il amèrement.
Son regard étonna May : tous les sentiments s’y mêlaient. Et – le plus troublant de
tous – sur son visage, l’inquiétante expression d’une volupté ignorée de lui-même.
« En ce moment, reprit-il, ce n’est pas de coucher que j’ai envie. Je ne dis pas que
tu aies tort ; je dis que je veux partir seul. La liberté que tu me reconnais, c’est la
tienne. La liberté de faire ce qu’il te plaît. La liberté n’est pas un échange, c’est la
liberté.
– C’est un abandon... »
Silence.
« Pourquoi des êtres qui s’aiment sont-ils en face de la mort, Kyo, si ce n’est pas
pour la risquer ensemble ? »
Elle devina qu’il allait partir sans discuter, et se plaça devant la porte.
« Il ne fallait pas me donner cette liberté, dit-elle, si elle doit nous séparer maintenant.
– Tu ne l’as pas demandée.
– Tu me l’avais d’abord reconnue. »
« Il ne fallait pas me croire », pensa-t-il. C’était vrai, il la lui avait toujours reconnue.
Mais qu’elle discutât en ce moment sur des droits la séparait de lui davantage.
« Il y a des droits qu’on ne donne, dit-elle amèrement, que pour qu’ils ne soient pas
employés.
– Ne les aurais-je reconnus que pour que tu puisses t’y accrocher en ce moment,
ce ne serait pas si mal... »
Cette seconde les séparait plus que la mort : paupières, bouche, tempes, la place
de toutes les tendresses est visible sur le visage d’une morte, et ces pommettes
hautes et ces longues paupières n’appartenaient plus qu’à un monde étranger. Les
blessures du plus profond amour suffisent à faire une assez belle haine. Reculait-elle, si près de la mort, au seuil de ce monde d’hostilité qu’elle découvrait ?
Elle dit :
« Je ne m’accroche à rien, Kyo, disons que j’ai tort, que j’ai eu tort, ce que tu voudras, mais maintenant, en ce moment, tout de suite, je veux partir avec toi. Je te le
demande. »


André Malraux, La Condition humaine.

 

 

Simone de beauvoir 1

SIMONE DE BEAUVOIR  : LE DEUXIEME SEXE

1908/1986 

Simone de Beauvoir est une figure militante pour la cause des femmes : "le deuxième sexe", 1949 a fait un énorme scandale.

Elle y analyse l'oppression des femmes par les hommes en particulier à partir de ses expériences vécues mais aussi à partir des faits historiques. La femme vit dans une société masculine par l'éducation, les lois... Dès le plus jeune âge, la petite fille est conditionnée à devenir une bonne épouse, puis une bonne mère. Elle doit tout attendre de l'homme et ne peut concevoir sa vie que par le mariage et la maternité.

Simone de Beauvoir est connue pour sa célèbre citation "on ne naît pas femme on le devient". La femme garde sa dépendance vis-à-vis de l'homme et n'échappe pas au schéma traditionnel de la femme sous l'emprise de son père, puis de la femme sous l'emprise du mari.

C'est ainsi que se trouve justifiée l'infériorité de la femme, elle est sociale. Le mariage prive la femme de son émancipation.

 

 Annie leclerc

 

Annie Leclerc

HOMMES ET FEMMES (1940/2006)

Professeur de philosophie et écrivaine, Annie Leclerc est une grande figure du féminisme.

Sa position n'a rien à voir avec celle de Simone de Beauvoir car elle pense que la condition féminine est une tare dont il faut se libérer. Il ne faut pas vouloir l'égalité car la vouloir signifie se soumettre aux valeurs masculines.

C'est ainsi que les femmes s'aliènent, en voulant copier les hommes = la volonté de dominer. Si les femmes veulent garder leur conscience d'elle-même, elles doivent se libérer de ce désir d'égalité

Montesquieu 3

 

LETTRES PERSANES (Lettre 161)

MONTESQUIEU

(1689/1755)

Court roman , Les lettres persanes est paru en 1721 sans nom d’auteur. On sait que c'est Montesquieu. Un des persans, Usbek reçoit des nouvelles d'Ispahan qui l'informe d'une révolte contre son sérail.

C'est ainsi que Montesquieu trouve l'occasion de s'interroger sur la condition féminine et sur ses contradictions entre les théories progressistes d’Usbek proches des lumières et son comportement obscurantiste.

On voit Roxane, la favorite dans cette dernière lettre pousser un cri de liberté et affirmer que sa soumission n'a été que superficielle, une façade pour défendre son indépendance et sa liberté vis-à-vis de son maître. Elle dénonce les inégalités existantes entre hommes et femmes et leur statut respectif. Roxane affirme qu'elle détient le pouvoir sur Usbek en le trompant et en portant atteinte à son bonheur. Elle retourne la situation en sa faveur. On reconnait un peu par cette situation particulière, celle de Madame de Merteuil par la notion de sérail, par le mépris et l'humiliation mais elle est moins aliénée que Roxane qui est en situation d'esclave dans le sérail. Son désir de liberté s'affirme dans la mort.

Maupassant 2

 

Bel Ami (1885)

Maupassant

Ce roman raconte l’ascension sociale de Georges Duroy, jeune provincial, qui monte à Paris pour faire fortune dans le journalisme et les affaires.

C'est un séducteur mais personnage médiocre et surtout sans scrupules. Il va se servir des femmes pour évoluer dans la société.

Madeleine Forestier est une de ses conquêtes, c'est grâce à elle qu'il entre dans le journal.

Elle écrit les articles de son mari qui est incapable de le faire, c'est une femme émancipée, brillante, séduisante, manipulatrice qui se sert des hommes pour s'affirmer au niveau politique. Elle revendique une égalité dans le mariage et refuse la domination d'un homme.

Son émancipation est intellectuelle et non sexuelle comme Emma Bovary. Elle sait rester dans l'ombre pour servir sa cause. C'est une vraie femme émancipée. Elle est capable de trouver son bonheur et sa liberté.

 

 Olympe de gouges

 

 

 

 

OLYMPE DE GOUGES

DECLARATION DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA CITOYENNETE

1791

Née en 1748, Marie Gouzes écrit sous le pseudo d'Olype de Gouges. Elle lutte pour l'indépendance des femmes. Elle est l'une des rares femmes du 18e à fréquenter les salons littéraires. Elle s'est battue pour l'émancipation de la femme et l'esclavage, son abolition. Elle finira guillotinée après Marie Antoinette.

Elle publie dans une revue, une Déclaration des Droits de la Femme et de la citoyenneté, elle féminise la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. C'est le premier manifeste féministe en France au siècle des Lumières. En fait elle remplace "homme" par "femme" dans le but de montrer que cette déclaration était censée être universelle car en fait la femme est oubliée. C'est ainsi qu'elle revendique l'égalité = une égalité homme et femme mais aussi une égalité politique. Le droit de vote et celui d'être élue. Les droits et les devoirs doivent être entendus au masculin comme au féminin.

«  l’exercice des droits naturels n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui impose  ». C'est une parodie de la déclaration de 1789.

 

 

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

 Prépabac le bac en ligne

Logo prepabac

Boutique en ligne français  philosophie

Coaching scolaire mondial
Elèves scolarisés (lycées français à l'Etranger) et candidats libres

 

Professeur indépendant

  • Identifiant SIRET : 819 269 226 00018
  • APE  :  8559B
Logo prepabac

Français : niveau seconde

Français : Bac pro

Littérature : Dossier bac

Profs en direct le jour du bac

PROF EN DIRECT : BAC 2016

Bac 2016

 

Français   -   Français bac pro 

Littérature   -   Philosophie


 
Logo prepabac
Préparation à l'examen du baccalauréat : français séries générales, technologiques et bac pro, philosophie   littérature  Bac pro et Brevet : Bac  en ligne sur prepabac.org. Profs en direct le jour du bac : les annales bac . Préparer le bac en ligne : Demande de cours sur skype  - Coaching scolaire mondial = Elèves scolarisés et candidats libres (lycées français à l'étranger )

 

Licence Creative Commons
Bibliothèque scolaire de prépabac est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une œuvre à http://www.prepabac.org/.

Copyright

Droits d'auteur enregistrés, Copyright

Depot.com sous le numéro  00056187

Tous droits réservés

Le site prepabac.org respecte "la loi informatique et liberté "

N° enregistrement CNIL :  1943841