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Annie Ernaux, la Femme gelée, commentaire littéraire et oral EAF

Annie ernaux

 

 

 

Annie ernaux

Annie Ernaux, La femme gelée (1981)


Introduction

Questionnaire sur Annie Ernaux et la femme gelée

Qui était Annie Ernaux ?

Annie Ernaux est issue d’une famille d’ouvriers devenus commerçants de Normandie

Quand est-elle née ?

Elle est née en 1940

Fait-elle des études supérieures ?

Oui elle fait des études de lettres pour être enseignante

Citez une de ses œuvres

Les armoires vides est son premier roman, publié en 1974

A t’-elle eu le prix Renaudot ?

Oui elle a obtenu le prix Renaudot avec La Place

De quoi parle t’-elle dans ses romans devenus de plus en plus autobiographiques ?

Elle évoque ses expériences de femme, d’avortement, d’échec de son mariage avec ses ouvrages, L’évènement, La femme gelée, Passion simple. 

Peut-on dire qu’elle associe dans ses romans l’intime et le social ?

Oui ainsi que le suggère la phrase d’Annie Ernaux : « Le Je que j’utilise me
semble une forme impersonnelle, à peine sexuée, quelquefois même plus une parole de « l’autre » qu’une parole de « moi » : une forme transpersonnelle en somme. Il ne constitue pas un moyen de m’autofictionner, mais de saisir, dans mon expérience, les signes d’une réalité. »

Quel est le thème de La femme gelée ? Quelle en est la situation ? 

Ce roman traite des limites de l’émancipation féminine, nous sommes dans les années 60. C’est une œuvre autobiographique.

Prise dans les contraintes d’un mariage et ses tâches ménagères, la jeune femme va progressivement perdre son enthousiasme et devenir une femme gelée.  Une femme happée par le conditionnement du quotidien que la société et l’institution du mariage imposent. 

Annie ernaux

Lecture du texte

Un mois, trois mois que nous sommes mariés, nous retournons à la fac, je donne des cours de latin. Le soir descend plus tôt, on travaille ensemble dans la grande salle. Comme nous sommes sérieux et fragiles, l’image attendrissante du jeune couple moderno-intellectuel. Qui pourrait encore m’attendrir si je me laissais faire, si je ne voulais pas chercher comment on s’enlise, doucettement. En y consentant lâchement. D’accord je travaille La Bruyère ou Verlaine dans la même pièce que lui, à deux mètres l’un de l’autre. La cocotte-minute, cadeau de mariage si utile vous verrez, chantonne sur le gaz. Unis, pareils. Sonnerie stridente du compte-minutes, autre cadeau. Finie la ressemblance. L’un des deux se lève, arrête la flamme sous la cocotte, attend que la toupie folle ralentisse, ouvre la cocotte, passe le potage et revient à ses bouquins en se demandant où il en était resté. Moi. Elle avait démarré, la différence.
Par la dînette. Le restau universitaire fermait l’été. Midi et soir je suis seule devant les casseroles. Je ne savais pas plus que lui préparer un repas, juste les escalopes panées, la mousse au chocolat, de l’extra, pas du courant. Aucun passé d’aide-culinaire dans les jupes de maman ni l’un ni l’autre. Pourquoi de nous deux suis-je la seule à me plonger dans un livre de cuisine, à éplucher des carottes, laver la vaisselle en récompense du dîner, pendant qu’il bossera son droit constitutionnel.
Au nom de quelle supériorité. Je revoyais mon père dans la cuisine. Il se marre, « non mais tu m’imagines avec un tablier peut-être ! Le genre de ton père, pas
le mien ! ». Je suis humiliée. Mes parents, l’aberration, le couple bouffon. Non je n’en ai pas vu beaucoup d’hommes peler des patates. Mon modèle à moi n’est pas le bon, il me le fait sentir. Le sien commence à monter à l’horizon, monsieur père laisse son épouse s’occuper de tout dans la maison, lui si disert19, cultivé, en train de balayer, ça serait cocasse, délirant, un point c’est tout. À toi d’apprendre ma vieille. Des moments d’angoisse et de découragement devant le buffet jaune canari du meublé20, des œufs, des pâtes, des endives, toute la bouffe est là, qu’il faut manipuler, cuire. Fini la nourriture-décor de mon enfance, les boîtes de conserve en quinconce, les bocaux multicolores, la nourriture surprise des petits restaurants chinois bon marché du temps d’avant. Maintenant, c’est la nourriture corvée.
Je n’ai pas regimbé21, hurlé ou annoncé froidement, aujourd’hui c’est ton tour, je travaille La Bruyère. Seulement des allusions, des remarques acides, l’écume d’un ressentiment mal éclairci. Et plus rien, je ne veux pas être une emmerdeuse, est-ce que c’est vraiment important, tout faire capoter, le rire, l’entente, pour des histoires de patates à éplucher, ces bagatelles relèvent-elles du problème de la liberté, je me suis mise à en douter. Pire, j’ai pensé que j’étais plus malhabile qu’une autre, une flemmarde en plus, qui regrettait le temps où elle se fourrait les pieds sous la table, une intellectuelle paumée incapable de casser un œuf proprement. Il fallait changer. À la fac, en octobre, j’essaie de savoir comment elles font les filles mariées, celles qui, même, ont un enfant. Quelle pudeur, quel mystère, « pas commode » elles disent seulement, mais avec un air de fierté, comme si c’était glorieux d’être submergée d’occupations. La plénitude des femmes mariées. Plus le temps de s’interroger, couper stupidement les cheveux en quatre, le réel c’est ça, un homme, et qui bouffe, pas deux yaourts et un thé, il ne s’agit pas d’être une braque22. Alors, jour après jour, de petits pois cramés en quiche trop salée, sans joie, je me suis efforcée d’être la nourricière, sans me plaindre. « Tu sais, je préfère manger à la maison plutôt qu’au restau U, c’est bien meilleur ! » Sincère, et il croyait me faire un plaisir fou. Moi je me sentais couler. Version anglaise, purée, philosophie de l’histoire, vite le supermarché va fermer, les études par petits bouts c’est distrayant mais ça tourne peu à peu aux arts d’agré- ment. J’ai terminé avec peine et sans goût un mémoire sur le surréalisme que j’avais choisi l’année d’avant avec enthousiasme. Pas eu le temps de rendre un seul devoir au premier trimestre, je n’aurai certainement pas le capes23, trop difficile. Mes buts d’avant se perdent dans un flou étrange. Moins de volonté. Pour la première fois, j’envisage un échec avec indifférence, je table sur sa réussite à lui, qui, au contraire, s’accroche plus qu’avant, tient à finir sa licence et sciences po24 en juin, bout de projets. Il se ramasse sur lui-même et moi je me dilue, je m’engourdis. Quelque part dans l’armoire dorment des nouvelles, il les a lues, pas mal, tu devrais continuer. Mais oui, il m’encourage, il souhaite que je réussisse au concours de prof,
que je me « réalise » comme lui. Dans la conversation, c’est toujours le discours de l’égalité. Quand nous nous sommes rencontrés dans les Alpes, on a parlé ensemble de Dostoïevski25 et de la révolution algérienne. Il n’a pas la naïveté de croire que le lavage de ses chaussettes me comble de bonheur, il me dit et me répète qu’il a horreur des femmes popotes. Intellectuellement, il est pour ma liberté, il établit des plans d’organisation pour les courses, l’aspirateur, comment me plaindrais-je. Comment lui en voudrais-je aussi quand il prend son air contrit d’enfant bien élevé, le doigt sur la bouche, pour rire, « ma pitchoune, j’ai oublié d’essuyer la vaisselle... » tous les conflits se rapetissent et s’engluent dans la gentillesse du début de la vie commune, dans cette parole enfantine qui nous a curieusement saisis, de ma poule à petit coco, et nous dodine26 tendrement, innocemment.
Annie Ernaux, La femme gelée


19. disert : qui s’exprime facilement et avec élégance.
20. meublé : appartement loué avec ses meubles.
21. regimber : protester, s’insurger.
22. braque (familier) : stupide, écervelé. Équivalent de « cinglé ».
23. capes : concours pour devenir professeur dans l’enseignement secondaire.
24. Sciences-Po : école prestigieuse d’administration.
25. Dostoïevski : auteur russe (1821-1881).

Annie ernaux

Analyse littéraire et questionnaire EAF

Problématique

Montrez que par son écriture soucieuse du réel, Annie Ernaux traduit dans ce passage l’aliénation et le conditionnement dans la souffrance de la femme

Plan possible pour un commentaire

I – Une écriture soucieuse de la réalité

II – La force de la réalité

III – Aliénation, conditionnement et souffrance de la femme

Annie ernaux

Analyse

I – Une écriture soucieuse de la réalité

L’écriture d’Annie Ernaux est facile d’accès, simple, ouverte à tous mais singulière par son vocabulaire familier et son style oral. On peut à cet égard citer « paumée », « bouffe », « emmerdeuse », « comme nous sommes sérieux et fragiles, l’image attendrissante du jeune coupe moderno-intellectuel. Style très libre parfois peu soucieux du respect grammatical.  Une écriture réaliste, toujours en reflet du réel qu’elle tente de décrire de manière très détaillée et parlante, sans effet de style, parfois brutale et trop familière.  Ce qui domine sont les soucis du détail, du concret.  L’ambition d’Annie Ernaux est de rester fidèle au quotidien et de transcrire les difficultés de vivre, les souffrances telles qu’elles sont ressenties sans les transfigurer, sans les sublimer dans le but d’accentuer le poids du réel, du quotidien écrasant. Elle raconte la vie à l’état brut, la sienne et celle des autres.  Le lecteur s’y retrouve, il se projette et se reconnaît car personne ne peut échapper au quotidien.  La portée de l’écriture d’Annie Ernaux est donc universelle, elle touche tout le monde. 

  • Questionnaire possible
  • Comment qualifier l'écriture d'Annie Ernaux? Donnez quelques ajectifs
  • Quel est l'effet produit?
  • Dans quel but pratique t'-elle cette écriture libre?
  • Selon  vous, l'écriture soucieuse de la description réaliste contribue t'-elle à valoriser le poids écrasant du quotidien et la portée universelle de l'écriture d'Ernaux? 

 

II – La force de la réalité

La réalité est la toile de l’histoire, le quotidien a une place essentielle ainsi que le suggère l’énumération « patates, la bouffe, petits pois cramés ». Les jeunes étudiants sont englués dans la force du quotidien et poids des contraintes que cela suppose.  Beaucoup de détails sont consacrés aux descriptifs culinaires et domestiques comme par exemple, « l’aspirateur », « les courses », « des œufs, des pâtes, des endives, toute la bouffe ». Les études elles-mêmes sont soumises au rythme des obligations et des contraintes domestiques, « vite le supermarché va fermer », « les études par petits bouts ». La réalité est dépeinte comme envahissante, trop prenante, étouffante au point d’avaler les idéaux d’égalité du couple « moderno-intellectuel ».  Ils offrent « une image attendrissante », sont pleins d’idéaux mais en même temps sont mangés par un quotidien trop banalisé et trop lourd à gérer.  L’homme et la femme sont des intellectuels engagés dans leurs idéaux mais la femme semble davantage appuyée et revendiquée chez la femme, on le voit par les paroles et les pensées du mari «  le discours de l’égalité », « il souhaite », « il m’encourage », « il me dit et me répète », « intellectuellement, il est pour ma liberté ».  Mais la réalité s’impose toujours plus « le réel c’est ça, un homme et qui bouffe », elle met fin aux rêves d’égalité et aliène la femme à ses tâches de subsistance, d’organisation, de cuisine… La différence entre homme et femme transparaît de manière brutale et injuste car le rôle de la femme vient casser l’idéal d’égalité.  « Au nom de quelle supériorité », l’homme prône un idéal d’égalité mais dans les faits attend de la femme qu’elle cuisine et le serve, s’occupe de la maison et gère les courses. Annie Ernaux souligne l’inconsciente mauvaise foi de l’homme en contradiction entre ses mots et ses actes, « non mais tu m’imagines avec un tablier peut-être », « tu sais je préfère manger à la maison », « ma pitchoune j’ai oublié de faire la vaisselle ».  Les jours défilent ainsi que les tâches obligatoires et quelle place reste t’-il à la liberté intellectuelle  face au lourd poids des corvées ? 

Nous sommes dans le schéma traditionnel du couple, la femme est nourricière et sacrifie ses études pour ses corvées incontournables et l’homme revendique la liberté égalitaire intellectuelle mais attend de son épouse qu’elle assume son rôle de femme au foyer.  « Pas eu le temps de rendre un seul devoir au premier
trimestre ». L’homme est à la hauteur de sa carrière car il a le temps, il est dans ce cas de figure détaché des obligations domestiques, sa carrière est mise au premier plan tandis que celle de son épouse est au second.  « Pourquoi de nous deux suis-je la seule à me plonger dans un livre de cuisine, [...] pendant qu’il bossera son droit constitutionnel », « j’envisage un échec avec indifférence, je table sur sa réussite à lui ». L’homme domine ici et la femme est en position de soumission. L’idéal s’est substitué au quotidien sur le modèle traditionnel du mariage. 

  • Questionnaire possible :
  • Les jeunes étudiants mariés sont englués dans un quotidien très lourd : relevez les expressions les plus significatives à cet égard
  • Quels sont les idéaux revendiqués et comment se heurtent-ils au quotidien trop lourd en obligations?
  • Expliquez la mauvaise foi de l'homme
  • Citez pour justifier votre réponse
  • Peut-on dire que l'idéal se substitue au quotidien? 
  • Sur quel modèle?  Justifiez en citant la phrase la plus représentative de cette idée forte


III – Aliénation, conditionnement et souffrance de la femme

L’idéal des jeunes étudiants, « ce jeune coupe moderno-intellectuel », est celui de l’égalité ainsi que le suggère le champ lexical, « ensemble », « la même pièce », « unis », « pareils », « la ressemblance ». L’égalité est revendiquée au niveau intellectuel « on a parlé ensemble de Dostoievski », égalité dans le travail « il souhaite que je réussisse au concours », dans les études « que je me réalise comme lui » ainsi que dans le partage des tâches ménagères « il a horreur des femmes popotes ».  Un idéal bien ancré dans l’esprit des jeunes gens semble guidé leurs paroles et leurs actes.  Un idéal qui n’avait pas pris en compte l’idée que ni l’un ni l’autre n’était capable de gérer la charge du quotidien « je ne savais pas plus que lui préparer un repas ».  Une note pessimiste domine malgré tout car au-delà de cet idéal d’égalité, une prise de conscience vient à l’esprit de la narratrice, ses parents seuls sont parvenus à partager réellement les tâches domestiques « je revoyais mon père dans la cuisine », « non je n’en ai pas vu beaucoup d’hommes peler des patates ».  Le deuxième modèle suggéré est celui des parents du mari :  « monsieur père laisse son épouse s’occuper de tout dans la maison ». Le troisième est celui du couple étudiants mariés.  On note ainsi de l’ironie dans le ton de la narratrice car la mauvaise foi de l’homme commence à transparaître.  Sans le savoir, sans en avoir conscience, ces jeunes personnes sont déjà conditionnées à obéir à un modèle plus ou moins traditionnel qu’ils vont reproduire malgré eux.  L’aliénation est sous-jacente. 

  • Questionnaire possible
  • Relevez les expressions et phrases du texte qui montrent que l'idéal des jeunes étudiants est celui de l'égalité
  • A quels niveaux l'idéal d'égalité est-il revendiqué?
  • Expliquez, "il a horreur des femmes popotes"
  • Montrez la prise de conscience de la narratrice
  • Quel est le modèle de référence cité dans le texte?
  • Quel est l'effet produit?
  • Cela vous semble t'-il restrictif?
  • Quel est le deuxième modèle évoqué?
  • Quel est le troisième?
  • Etudiez l'ironie de la narratrice
  • L'aliénation est-elle manifeste ou latente?


Bilan : « Au nom de quelle supériorité » ?  Impression d’être trahie, désarroi, culpabilisation, voici les étapes, les états d’esprit traversés dans l’aliénation.  Au lieu de se révolter, la femme calque au modèle conjugal de la société.  Elle se discrédite, renie ses premières aspirations, ses valeurs et substitue des épluchages de patates aux heures d’étude qu’elle doit sacrifier pour son mari.  Le quotidien prend le dessus. Renoncements, elle est prisonnière du modèle de vie qu’elle cherchait à fuir.  Elle finit par perdre le goût des études « mes buts d’avant se perdent dans un flou étrange », « pour la première fois j’envisage un échec avec indifférence ».  Elle sacrifie ses études, elle n’écrit plus.  Elle se sent « s’engluer », se diluer, elle est aux prises d’une machine, celle du quotidien qui lui dicte ses actes et la marche à suivre jour après jour.  On retrouve la justification du titre, la femme gelée, elle est dans le renoncement de ses premières aspirations, l’émancipation par l’égalité, la liberté, les études.  Le constat est la mauvaise foi de l’homme et la mauvaise conscience des femmes. L’émancipation est un échec.

  • Questionnaire possible : Bilan
  • Expliquez la différence entre la mauvaise foi de l'homme et la mauvaise conscience de la femme
  • Citez pour justifier votre réponse
  • Quel est le bilan final du texte? Dans quel état d'esprit la jeune femme est-elle?
  • Le titre vous semble t'-il justifié? 

 

Conclusion :

L’écriture singulière et sincère d’Annie Ernaux permet une réelle prise avec le quotidien qui fait entrer notre coupe de jeunes étudiants mariés en conflit avec leur idéal d’égalité et leurs revendications.  La désillusion est vécue à travers la femme qui finira par renoncer à ses aspirations et à ses rêves pour reproduire le schéma traditionnel de l’épouse soumise aux obligations et tâches ménagères dans le mariage ;

Annie ernaux

Ouverture :

Retrouvons-nous dans le texte de Malraux, la Condition humaine, les mêmes difficultés à rester fidèles aux idéaux d’égalité et de liberté ? 

 

Lecture cursive :
Malraux, La Condition humaine (1933)

L’homme s’interroge sur le sens de son existence à travers l’histoire. La Condition humaine propose un évènement historique, l’insurrection communiste de Shanghai en avril 1927.  Nous voyons une dizaine de personnages évoluer à travers des scènes dramatiques. Kyo et May sont mariés et révolutionnaires, leur couple est moderne au sens ou il est basé sur une certaine indépendance et une certaine liberté. Mais le coupe est en crise car May a trompé Kyo avec un homme et Kyo est en plein désarroi malgré la liberté dans le couple.  Jalousie, incompréhension, angoisse… Dans ce passage nous voyons Kyo revenir d’un combat, il vient chercher sa femme et un discours indirect libre commence.

Dans ce texte, Malraux nous montre qu’il est difficile de rester fidèle à ses idéaux de liberté et d’égalité tout comme Annie Ernaux mais à un niveau plus romanesque et plus existentiel.  Dans les cas, l’homme fait preuve de mauvaise foi et ne reste pas fidèle en acte aux idéaux de départ. Le concept de liberté est remis en question dans les deux textes mais c’est encore la femme gelée qui est la plus aliénée par les modèles sociaux qui tuent ses idéaux. 

Lecture du texte
– [C’est Kyo qui parle] Tu ne serviras à rien.
– À quoi servirai-je, ici, pendant ce temps ? Les hommes ne savent pas ce que c’est
que d’attendre... »
Il fit quelques pas, s’arrêta, se retourna vers elle :
« Écoute, May : lorsque ta liberté a été en jeu, je l’ai reconnue. »
Elle comprit à quoi il faisait allusion18 et eut peur : elle l’avait oublié. En effet, il
ajoutait d’un ton plus sourd :
« ... et tu as su la prendre. Il s’agit maintenant de la mienne.

– Mais, Kyo, quel rapport cela a-t-il ?
– Reconnaître la liberté d’un autre, c’est lui donner raison contre sa propre souffrance, je le sais d’expérience.
– Suis-je « un autre », Kyo ? »
Il se tut, de nouveau. Oui, en ce moment, elle était un autre. Quelque chose entre
eux avait été changé.
« Alors, reprit-elle, parce que j’ai... enfin, à cause de cela, nous ne pouvons même
plus être en danger ensemble ?... Réfléchis, Kyo : on dirait presque que tu te venges...
– Ne plus le pouvoir, et le chercher quand c’est inutile, ça fait deux.
– Mais si tu m’en voulais tellement que cela, tu n’avais qu’à prendre une maî-
tresse... Et puis, non ! pourquoi est-ce que je dis cela, ce n’est pas vrai, je n’ai pas
pris un amant ! et tu sais bien que tu peux coucher avec qui tu veux...
– Tu me suffis », répondit-il amèrement.
Son regard étonna May : tous les sentiments s’y mêlaient. Et – le plus troublant de
tous – sur son visage, l’inquiétante expression d’une volupté ignorée de lui-même.
« En ce moment, reprit-il, ce n’est pas de coucher que j’ai envie. Je ne dis pas que
tu aies tort ; je dis que je veux partir seul. La liberté que tu me reconnais, c’est la
tienne. La liberté de faire ce qu’il te plaît. La liberté n’est pas un échange, c’est la
liberté.
– C’est un abandon... »
Silence.
« Pourquoi des êtres qui s’aiment sont-ils en face de la mort, Kyo, si ce n’est pas
pour la risquer ensemble ? »
Elle devina qu’il allait partir sans discuter, et se plaça devant la porte.
« Il ne fallait pas me donner cette liberté, dit-elle, si elle doit nous séparer maintenant.
– Tu ne l’as pas demandée.
– Tu me l’avais d’abord reconnue. »
« Il ne fallait pas me croire », pensa-t-il. C’était vrai, il la lui avait toujours reconnue.
Mais qu’elle discutât en ce moment sur des droits la séparait de lui davantage.
« Il y a des droits qu’on ne donne, dit-elle amèrement, que pour qu’ils ne soient pas
employés.
– Ne les aurais-je reconnus que pour que tu puisses t’y accrocher en ce moment,
ce ne serait pas si mal... »
Cette seconde les séparait plus que la mort : paupières, bouche, tempes, la place
de toutes les tendresses est visible sur le visage d’une morte, et ces pommettes
hautes et ces longues paupières n’appartenaient plus qu’à un monde étranger. Les
blessures du plus profond amour suffisent à faire une assez belle haine. Reculait-elle, si près de la mort, au seuil de ce monde d’hostilité qu’elle découvrait ?
Elle dit :
« Je ne m’accroche à rien, Kyo, disons que j’ai tort, que j’ai eu tort, ce que tu voudras, mais maintenant, en ce moment, tout de suite, je veux partir avec toi. Je te le
demande. »


André Malraux, La Condition humaine.

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