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Sartre. La temporalité chez Faulkner. L'homme passe sa vie à lutter contre le temps...et l'empêche de réaliser l'humain

Sartre

 

 

 

 

Le temps vécu - Sujet et corrigé d'un résumé et d'une dissertation - Sartre "Faulkner mutile le temps"




1) Sujet.

Mais pour Faulkner (a) comme pour Proust (b), le temps est, avant tout, ce qui sépare. On se souvient de ces stupeurs des héros proustiens qui ne peuvent plus rentrer dans leurs amours passées, de ces amants que nous dépeignent Les Plaisirs et les Jours (c) cramponnés à leurs passions parce qu’ils ont peur qu’elles ne passent et qu’ils savent qu’elles passeront : on retrouvera chez Faulkner la même angoisse (…). À dire le vrai, la technique romanesque de Proust aurait dû être celle de Faulkner, c’était l’aboutissement logique de sa métaphysique. Seulement Faulkner est un homme perdu et c’est parce qu’il se sent perdu qu’il risque, qu’il va jusqu’au bout de sa pensée. Proust est un classique et un Français : les Français se perdent à la petite semaine et ils finissent toujours par se retrouver. L’éloquence, le goût des idées claires, l’intellectualisme ont imposé à Proust de garder au moins les apparences de la chronologie.

Il faut chercher la raison profonde de ce rapprochement dans un phénomène littéraire très général : la plupart des grands auteurs contemporains, Proust, Joyce (d), Dos Passos (e), Faulkner, Gide (f), V. Woolf, chacun à sa manière, ont tenté de mutiler le temps. Les uns l’ont privé de passé et d’avenir pour le réduire à l’intuition pure de l’instant ; d’autres, comme Dos Passos, en font une mémoire morte et close. Proust et Faulkner l’ont simplement décapité, ils lui ont ôté son avenir, c’est-à-dire la dimension des actes et de la liberté. Les héros de Proust n’entreprennent jamais rien : ils prévoient, certes, mais leurs prévisions restent collées à eux et ne peuvent se jeter comme un pont au-delà du présent ; ce sont des songeries que la réalité met en fuite. L’Albertine qui paraît n’était pas celle qu’on attendait et l’attente n’était rien qu’une petite agitation sans conséquence et limitée à l’instant. Quant aux héros de Faulkner, ils ne prévoient jamais ; l’auto les emporte, tournés vers l’arrière. Le suicide futur qui jette son ombre épaisse sur la dernière journée de Quentin n’est pas une possibilité humaine ; pas une seconde Quentin n’envisage qu’il pourrait ne pas se tuer. Ce suicide est un mur immobile, une chose dont Quentin se rapproche à reculons et qu’il ne veut ni ne peut concevoir : « Tu sembles ne voir en tout cela qu’une aventure qui te fera blanchir les cheveux en une nuit, si j’ose dire, sans modifier en rien ton apparence. » Ce n’est pas une entreprise, c’est une fatalité ; en perdant son caractère de possible, il cesse d’exister au futur : il est déjà présent et tout l’art de Faulkner vise à nous suggérer que les monologues de Quentin et sa dernière promenade, c’est déjà le suicide de Quentin. Ainsi s’explique, je crois, ce curieux paradoxe : Quentin pense sa dernière journée au passé, comme quelqu’un qui se souvient. Mais qui donc se souvient, puisque les dernières pensées du héros coïncident à peu près avec l’éclatement de sa mémoire et son anéantissement ? Il faut répondre que l’habileté du romancier consiste dans le choix du présent à partir duquel il raconte le passé. Et Faulkner a choisi ici comme présent l’instant infinitésimal de la mort, comme Salacrou (g) dans L’Inconnue d’Arras. Ainsi, quand la mémoire de Quentin commence à défiler ses souvenirs (« À travers la cloison j’entendis les ressorts du sommier de Shreve, puis le frottement de ses pantoufles sur le plancher. Je me suis levé… »), il est déjà mort. Tant d’art et, pour vrai dire, tant de malhonnêteté ne visent donc qu’à remplacer l’intuition de l’avenir qui fait défaut à l’auteur. Tout s’explique alors et, en premier lieu, l’irrationalité du temps : le présent étant l’inattendu, l’informe ne peut se déterminer que par une surcharge de souvenirs. On comprend aussi que la durée fasse « le malheur propre de l’homme » : si l’avenir a une réalité, le temps éloigne du passé et rapproche du futur ; mais, si vous supprimez l’avenir, le temps n’est plus que ce qui sépare, ce qui coupe le présent de lui-même : « Tu ne peux plus supporter la pensée que tu ne souffriras plus comme ça. » L’homme passe sa vie à lutter contre le temps et le temps ronge l’homme comme un acide, l’arrache à lui-même et l’empêche de réaliser l’humain. Tout est absurde : « La vie est une histoire contée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien (1). »

Jean-Paul Sartre « À propos de « Le bruit et la fureur ». La temporalité chez Faulkner », juillet 1939, repris in Situations, I essais critiques, Gallimard, 1947, p.70-73.



(1) Macbeth, scène v de l’acte V (note de Sartre).



Ne pas tenir compte des notes suivantes dans le résumé.

(a) William Faulkner (1897-1962), écrivain américain, a publié Le Bruit et la Fureur en 1929.

(b) Marcel Proust (1871-1922), écrivain français, auteur d’un cycle romanesque, À la recherche du temps perdu.

(c) Les Plaisirs et les Jours, recueil de poèmes en prose et de nouvelles publié par Marcel Proust en 1896.

(d) James Joyce (1882-1941), écrivain irlandais, auteur notamment d’Ulysse en 1922.

(e) John Dos Passos (1896-1970), écrivain américain, auteur notamment de la trilogie U.S.A. comprenant Le 42ème Parallèle, 1919 et La Grosse Galette, en 1938.

(f) André Gide (1869-1951), écrivain français, auteur notamment du roman Les faux monnayeurs en 1925.

(g) Armand Salacrou (1899-1989), écrivain français, auteur de L’Inconnue d’Arras, pièce en trois actes représentée le 22 novembre 1935.



Devoir.


1) Résumez le texte suivant en 100 mots (+ ou – 10%). Vous indiquerez les sous-totaux de 20 en 20 (20, 40, 60 …) dans la marge et le nombre total de mots à la fin de votre résumé.


2) Dissertation.

« L’homme passe sa vie à lutter contre le temps et le temps ronge l’homme comme un acide, l’arrache à lui-même et l’empêche de réaliser l’humain. » l.45-47.

Dans quelle mesure votre lecture des œuvres au programme vous conduit-elle à souscrire à ce commentaire ?




Corrigé


2) Analyse du texte et remarques.

Le passage appartient comme l’indique avec clarté le paratexte (= l’ensemble des éléments textuels qui accompagnent une œuvre écrite comme le titre, la dédicace, la préface, les notes, etc.) à un article critique relatif à la temporalité dans le roman de Faulkner intitulé Le Bruit et la Fureur. Il était impossible de ne pas centrer le résumé sur Faulkner, c’est-à-dire de le nommer. La référence aux autres auteurs (avec au passage un jugement sur l’œuvre de Virginia Woolf) sert à mieux analyser le roman de l’écrivain américain. Il était difficile de faire abstraction de Proust qui sert à Sartre à présenter Faulkner à un lecteur français, Proust étant alors un auteur moderne : la publication du Temps retrouvé, posthume, n’a eu lieu qu’en 1927, soit un peu plus de dix ans de l’article de Sartre.

La comparaison entre Proust et Faulkner vise à mettre en lumière à la fois la parenté entre le français et l’américain et les différences. Parenté quant à une conception du temps qui divise le sujet d’avec lui-même. Ce que Sartre veut montrer, c’est que les deux auteurs pensent le temps de telle sorte que le sujet ne peut se réaliser dans le temps. On comprend qu’une autre conception du temps amènerait à la possibilité pour le sujet de se réaliser. C’est l’élimination de l’avenir qui conduit les auteurs comparés à faire du temps ce qui divise.

S’il y a une différence entre Faulkner et Proust elle est dans la technique narrative. Français, intellectualiste, Proust conserve la chronologie que Faulkner détruit.

Sartre propose alors une réflexion générale sur les auteurs contemporains. Ils mutilent le temps. On comprend donc qu’il s’agit pour lui d’un reproche car mutiler, c’est enlever à quelque chose ce qui lui appartient essentiellement. Dès lors, passé, présent et avenir tels qu’ils sont vécus, sous forme de souvenir(s), d’acte(s) et de projet(s), constituent la temporalité pleine que les auteurs contemporains démembrent. Les uns éliminent passé et avenir pour s’en tenir au présent, d’autres telle ou telle autre dimension du temps.

Quant à Proust et Faulkner, c’est l’avenir qu’ils enlèvent. Ce sont les effets de cette suppression particulière que Sartre étudie alors, notamment à travers le suicide de Quentin et de la technique narrative utilisée par l’auteur américain. Le suicide n’est pas un projet, il est une fatalité, c’est-à-dire il n’est pas libre. Quant à la narration, elle se situe après la mort, c’est-à-dire que la dimension de l’avenir est bien totalement éliminée. Sartre y voit une faute morale, c’est donc dire qu’il ne partage pas le point de vue de Faulkner.

C’est bien l’élimination de l’avenir qui fait du temps un diviseur, de l’existence humaine quelque chose d’absurde. Et le propos de Sartre dans cet extrait s’achève sur la citation de la très célèbre phrase de la pièce de Shakespeare, Macbeth, où le personnage éponyme, au moment où la révolte va lui faire perdre le trône qu’il a usurpé clame l’absurdité de la vie. Le lecteur voit bien sûr d’où provient le titre du roman de Faulkner.




3) Les idées essentielles.

1° Pour Proust comme pour Faulkner, le temps est facteur de division. De là découle l’absence de liberté. D’où des personnages fixés au passé.

2° Les auteurs contemporains mutilent le temps chacun à leur manière (en éliminant le passé et l’avenir ou en s’en tenant au présent).

3° Faulkner et Proust quant à eux suppriment l’avenir. C’est ce que montrent leurs personnages.

4° Malhonnêteté de Faulkner qui pallie l’absence d’avenir dans sa narration par le point de vue d’une narration d’après la mort.

5° C’est donc l’absence d’avenir qui fait que le temps apparaît irrationnel, sépare l’homme lui-même, fait l’absurdité et la souffrance de son existence.



4) Proposition de résumé.

Chez Faulkner et Proust le temps divise. Les personnages sont fixés au passé. Il manque l’avenir, donc la liberté. [20] Si Faulkner raconte en homme égaré, Proust suit la clarté et l’ordre temporel.

Nombre d’auteurs contemporains ont diversement [40] tenté de priver le temps de dimension comme le passé. Chez Proust et Faulkner, c’est l’avenir qui disparaît. [60] Leurs héros ne prévoient rien. Quentin chez Faulkner se souvient après sa mort. Ce subterfuge pallie la représentation du futur. [80] Sa pensée manque le projet. Sans avenir, le temps fait le malheur de l’homme. La vie paraît alors absurde.

100 mots

5) Dissertation.

Il n’est pas rare qu’on se lamente de la finitude de notre vie et qu’on cherche à fuir le temps qui passe comme le poète qui demande au temps de suspendre son vol.

C’est ainsi que Sartre commentant l’œuvre de Faulkner écrit :

« L’homme passe sa vie à lutter et le temps ronge l’homme comme un acide, l’arrache à lui-même et l’empêche de réaliser l’humain. »

Le philosophe exprime ici le point de vue qui découle de l’œuvre de Faulkner selon lequel la vie humaine, dans la mesure où elle est temporelle, est privée de sens. En effet, l’homme lutte contre le temps mais ce dernier le détruit comme le montre la comparaison avec l’acide. Il produit également deux autres effets, à savoir d’une part que l’homme se retrouve séparé de lui-même. Aussi, d’autre part, l’homme se trouve dans l’impossibilité d’être pleinement humain.

Or, si la vie de l’homme est fondamentalement temporelle, n’est-ce pas précisément la lutte contre le temps qui la rend absurde ? Autrement dit, l’homme, s’il accepte le temps ne peut-il pas se réconcilier avec lui-même ? Ne peut-il pas alors être humain, rien qu’humain ? Mais comment cela serait-il possible si l’effet du temps est en dernière instance d’amener la destruction de tout ce que l’homme fait ou pense ?

On peut donc se demander finalement si l’œuvre de Faulkner ne présente pas la seule vision possible du drame humain dont la temporalité est mortifère ou bien s’il y a un sens et lequel à penser une temporalité humaine susceptible de donner un sens à la vie humaine.

En nous appuyant notamment sur le chapitre deux de l’Essai sur les données immédiates de la conscience intitulé « La multiplicité des états de conscience. L’idée de durée », Sylvie de Nerval et Mrs Dalloway de Virginia Woolf, nous verrons que la fuite du temps, nécessaire et impossible, rend absolument vaine l’existence humaine, qu’accepter le futur est ce qui permet de donner un sens à la vie humaine et que c’est à la condition de vivre au présent sans négliger le futur que ce sens peut se réaliser.



La succession ou l’avant et l’après est le rapport fondamental constituant le temps qui fait disparaître à jamais la réalité, la nôtre comme la réalité hors de nous. Déjà Augustin, dans le livre XI des Confessions analysait cette évanescence du présent qui frappe l’existence humaine de vanité. Ainsi, chez Nerval, le petit Parisien découvre une Sylvie qui n’est plus, tout en ayant gardé son sourire athénien, a des vêtements qui montrent l’usure (VIII. Le bal de Loisy). Chez Virginia Woolf, Lady Rosseter n’est plus la Lucie Seton d’antan (cf. p.303). Même si en la retrouvant elle commence par reconnaître ce qui en elle n’a pas changé (cf. p.290), elle finit par remarquer l’usure du temps. Bergson note que la ville qu’on a découvert ne se retrouvera jamais la même. Elle change imperceptiblement. Ce caractère du temps qu’il met en lumière, que ne remarque-t-il pas en quoi il frappe notre existence d’une grande friabilité. Mais, ne peut-on pas justement fuir le temps ?

La fuite du temps est un échec. Car, qu’est-ce que fuir, sinon du point de vue temporel, quitter un instant pour un autre, c’est-à-dire une conduite éminemment temporelle. Même la recherche de l’éternité, parce qu’elle se fait dans le temps paraît vaine et Alain n’avait pas tort dans les Éléments de philosophie de soutenir qu’on peut se passer d’une telle notion. Dans le temps social ou physique qui ne s’écoule pas, la fuite n’est qu’illusion. Car, le temps physique, comme le temps social, ont besoin de la durée, c’est-à-dire de la succession vraie pour être. Si je ne retenais pas les coups de l’horloge, note Bergson, il ne pourrait s’additionner (cf. p.7Cool. L’homme finalement tente d’échapper au temps, notamment en le spatialisant, dans la mesure où la vie sociale comme la pensée scientifique l’exigent. Mais l’une et l’autre sont bien dans la nécessité de s’y appuyer. Comme Bergson le soutiendra dans L’Évolution créatrice (1907), il faut bien attendre que le sucre fonde. Dans la mondanité ou dans la tentative de revivre les souvenirs, il montre son impossibilité. Ainsi voit-on le personnage et narrateur de Sylvie, sur la base d’un souvenir involontaire, fuir l’amour présent pour l’actrice au profit d’un retour dans le passé. Et l’échec sera d’autant plus assuré qu’il lui montre son irrésolution en évoquant notamment Adrienne (cf. XI. Retour). De même, si Clarissa Dalloway se livre aux mondanités, c’est bien pour fuir le temps et son arrêt de mort irrévocable. On comprend alors pourquoi l’annonce de la mort de Septimus Warren Smith qu’elle ne connaît pas l’affecte autant, tout au moins un moment (cf. p.306).

Cependant, puisque cette fuite du temps est impossible, et si on écarte l’hypothèse de la foi religieuse qui promet l’éternité, l’acceptation de la temporalité de notre vie ne donne-t-elle pas un sens à cette vie ? Ne la rend-elle pas humaine ?



Accepter le futur fait le sens de la vie. Telle est la thèse de Sartre. Si j’accepte le futur, je suis libre. Je me projette et j’existe comme projet. Remarquons que la journée de Clarissa Dalloway que relate le roman de Virginia Woolf est toute entière ordonnée à un futur qui se réalise. Préparer la réception, organiser son existence est ce qui ouvre à Clarissa la possibilité d’un sens. Et les récriminations de son ancien amour de jeunesse, Peter Walsh, sont justement le fait du désœuvrement. Si un chapitre de Sylvie s’appelle « Résolution », c’est pour marquer justement ce que ce terme indique de volonté, de décision. Aussi, lorsque le narrateur-personnage tire le bilan dans son « Dernier feuillet », il apprécie d’avoir extrait de l’expérience une certaine vérité. Ainsi, le projet de connaissance qu’il déclare emphatiquement éternel, lui ouvre une perspective sur le temps qui en annihile l’aspect destructeur. Et c’est en un sens par une vie qui retrouve la profondeur du moi selon l’injonction de Bergson qu’il est possible d’irriguer les projets, de leur donner cette couleur qui nous est propre, y compris dans l’expression même des idées. Mais comment résister à la vanité dont la mort semble asséner toute vie ? N’est-elle pas le futur à proprement parler ?

Pour avoir à la fois des projets et pour résister à la mort, il semble nécessaire soit de la nier, soit de se concentrer alors sur ceux-là. Septimus suit le premier parti. Il nie en quelque sorte la mort (cf. p.90) et dans sa solitude, il trouve une forme de sagesse. L’ode au temps apparaît comme ce qui le réconcilie avec le temps (cf. p.257). De même, en cherchant dans son passé des analogies ou encore en faisant du désir de connaître quelque chose d’éternel, le narrateur de Sylvie montre une certaine volonté de nier la mort. Celle d’Adrienne donne lieu à une analepse narrative tout à fait surprenante. Tout laisse à penser que les souvenirs relatifs à Adrienne l’ont été partiellement alors que le narrateur avait appris par Sylvie qu’elle était morte et qu’il semblait la rechercher en Aurélie. Et comme le récit est écrit du point de vue justement de cette connaissance, c’est bien une négation de cette mort qui explique la confusion des femmes aimées. Et cette négation de la mort, elle apparaît implicitement dans le souci de Bergson de penser une durée qui est accumulation, d’une continuité sous-jacente de la vie qui n’admet aucune discontinuité, d’un temps sans instants qui coupent et rythment la vie et surtout la pensée comme Bachelard le lui reprochera dans La Dialectique de la durée (1936).

Car, vouloir finalement fuir la mort, c’est comme l’oubli, le plus sûr moyen de s’en rapprocher. Or, elle est l’avenir par excellence et comme possibilité qui détruit tous les possibles, ce qui frappe de vanité tout acte prétendument libre parce que tourné vers l’avenir. Dès lors, n’est-ce pas en se consacrant sur le présent, seul temps dont nous disposons, qu’il est possible de ne pas fuir le temps et de vivre notre vie humaine ? Or, comment faire sans se tourner malgré tout vers l’avenir et donc vers la fin de toute fin ?



Il faut donc vivre sans négliger le futur sans quoi il n’y a pas d’action. Si tendre toujours vers le futur ou l’avenir, comme on voudra dire, c’est nécessairement négliger le présent, le seul qu’on vit, ce n’est pas seulement parce qu’il faut fuir la vieillesse ennemi ou la mort comme Ronsard l’a si souvent chanté. Septimus se retrouve avec Rézia en un moment heureux (notamment p.256) que les médecins, Holmes par sa venue, Bradshaw par son programme, vont détruire. À la différence de son amoureux transi, Sylvie sait vivre au présent. Les projets chez elle n’empêchent nullement de savoir où elle est, voire de profiter des moments qui s’offrent à elle. Courtisée par le frère de lait du narrateur, promise au mariage et à l’installation avec son futur pâtissier de mari, elle n’en néglige pourtant pas ses relations avec le personnage et narrateur de la nouvelle. On voit de même chez Bergson un moi profond qui ressaisit sa durée pour vivre pleinement et non superficiellement. C’est donc que l’avenir n’est pas ici un quelconque projet représenté, mais ce qui résulte de la résolution d’être soi. Seul donc l’avenir immédiat peut-on dire, celui sur lequel déborde le présent et sur lequel la mort n’a pas de prise est de nature à concilier la vie au présent et la nécessaire relation au futur. Mais, en quoi y a-t-il un sens humain à une telle vie ?

Le temps pleinement pensé est la forme même de notre expérience pour reprendre une thèse d’Alain dans les Éléments de philosophie. La durée selon Bergson nous constitue. Elle fait la substance même de notre être. En un sens, la permanence qui sert à penser habituellement le sujet est une façon de le spatialiser. C’est pour cela que Bergson use de la métaphore de la profondeur pour marquer moins notre inscription dans l’espace que ce qu’a de temporel l’espace lui-même puisqu’archéologiquement, plus on s’enfonce et plus on retrouve les traces du passé. Seul le vain fantôme de l’éternité peut nous faire croire qu’hors du temps serait notre salut. Ainsi le narrateur de Sylvie, s’il se délecte aussi de certains de ses souvenirs, c’est parce qu’il y retrouve pour ceux de sa jeunesse une certaine immédiateté qui contraste avec l’adulte soucieux. C’est la raison pour laquelle de tels souvenirs, notamment celui de la deuxième fête avec Adrienne, ne se distinguent pas véritablement du rêve (cf. VII. Châalis), moment où le temps habituel et quotidien disparaît au profit d’un autre rapport au temps. Et encore, il saura voir une possibilité de bonheur dans la vie de Sylvie. Il acceptera l’expérience, donc la condition humaine. Finalement le temps que nous vivons est le seul et que nous n’avons pas à emprunter à un temps prétendument existant, l’idée d’un avenir qui n’est pas par définition : celui de la mort. Et c’est bien parce qu’elle accepte la vie que Mrs Dalloway est aussi profonde d’être superficielle : « C’était ça, la vie… » (p.285). La banalité de l’expression exprime finalement la nécessité de s’en tenir à la banalité. C’est que les réflexions du roman selon lesquelles les archéologues sauront qui était dans la voiture montre que le temps qui nous est imparti n’est qu’une petite partie d’un temps bien plus vaste mais en même temps, l’accepter, c’est justement accepté cette limite de l’existence humaine. Aussi, en étant superficiel, Clarissa Dalloway réussit bien à conjurer la mort.



Somme toute, nous nous sommes interrogés sur la question de savoir si l’absurdité de l’existence humaine ne tenait pas à sa dimension temporelle et à l’horreur qu’elle est aussi pour l’homme comme le donnait à penser Faulkner selon l’interprétation de Jean-Paul Sartre. Et nous avons vu que fuir le temps rendait bien la vie humaine absurde. Mais l’homme n’est pas condamner à fuir le temps. S’il peut se projeter vers le futur pour donner un sens à sa vie, c’est à la condition de ne pas faire de ce futur le seul sens mais de trouver dans ce que le présent, seul temps qu’il vit lui donne, les ressources pour se projeter sans se perdre dans l’avenir.

Il resterait finalement à se demander comment est possible cette conduite de fuite du temps.

 

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