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Extrait du livre, Uhlman, l'ami retrouvé

Brevet

 

 

 

 

 

Brevet 2016 decouvrez les sujets de francais 2

 

 

 

Extraits du livre





L’ami retrouvé de Fred Uhlman (1971) – texte 1 : la rencontre avec Conrad



Il entra dans ma vie en février 1932 pour n'en jamais sortir. Plus d'un quart de siècle a passé depuis lors, plus de neuf mille journées fastidieuses et décousues, que le sentiment de l'effort ou du travail sans espérance contribuait à rendre vides, des années et des jours, nombre d'entre eux aussi morts que les feuilles desséchées d'un arbre mort.

Je puis me rappeler le jour et l'heure où, pour la première fois, mon regard se posa sur ce garçon qui allait devenir la source de mon plus grand bonheur et de mon plus grand désespoir. C'était deux jours après mon seizième anniversaire, à trois heures de l'après-midi, par une grise et sombre journée d'hiver allemand. J'étais au Karl Alexander Gymnasium à Stuttgart, le lycée le plus renommé du Wurtemberg, fondé en 1521, l'année où Luther parut devant Charles Quint, empereur du Saint Empire et roi d'Espagne.

Je me souviens de chaque détail : la salle de classe avec ses tables et ses bancs mas­sifs, l'aigre odeur de quarante manteaux d'hiver humides, les mares de neige fondue, les traces jaunâtres sur les murs gris là où, avant la révolution, étaient accrochés les portraits du Kaiser Guillaume et du roi du Wurtemberg. En fermant les yeux, je vois encore les dos de mes camarades de classe, dont un grand nombre périrent plus tard dans les steppes russes ou dans les sables d'Alamein. J'entends encore la voix lasse et désillusionnée de Herr Zimmermann qui, condamné à enseigner toute sa vie, avait accepté son sort avec une triste résignation. Il avait le teint jaune et ses cheveux, sa moustache et sa barbe en pointe étaient teintés de gris. Il regardait le monde à travers un pince-nez posé sur le bout de son nez avec l'expression d'un chien bâtard en quête de nourriture. Bien qu'il n'eût sans doute pas plus de cinquante ans, il nous paraissait, à nous, en avoir quatre-vingts. Nous le méprisions parce qu'il était doux et bon et avait l'odeur d'un homme pauvre; probablement n'y avait-il pas de salle de bains dans son logement de deux pièces. Durant l'automne et les longs mois d'hiver, il portait un costume tout rapiécé, verdâtre et luisant (il avait un second costume pour le printemps et l'été). Nous le traitions avec dédain et, de temps à autre, avec cruauté, cette lâche cruauté qui est celle de garçons bien portants à l'égard des faibles, des vieux et des êtres sans défense.

Le jour s'assombrissait, mais il ne faisait pas assez nuit pour éclairer la salle et, à travers les vitres, je voyais encore claire­ment l'église de la garnison, une affreuse construction de la fin du XIXe siècle, pour le moment embellie par la neige recouvrant ses tours jumelles qui transperçaient le ciel de plomb. Belles aussi étaient les blanches collines qui entouraient ma ville natale, au delà de laquelle le monde semblait finir et le mystère commencer. J'étais somnolent, faisant de petits dessins, rêvant, m'arra­chant parfois un cheveu pour me tenir éveillé, lorsqu'on frappa à la porte. Avant que Herr Zimmermann pût dire : « Herein », parut le professeur Klett, le proviseur. Mais personne ne regarda le petit homme tiré à quatre épingles, car tous les yeux étaient tournés vers l'étranger qui le suivait, tout comme Phèdre eût pu suivre Socrate.

Nous le regardions fixement, comme si nous avions vu un fantôme. Probablement tout comme les autres, ce qui me frappa plus que son maintien plein d'assurance, son air aristocratique et son sourire nuancé d'un léger dédain, ce fut son élégance. En matière de style vestimentaire, nous fai­sions à nous tous un morne assemblage. La plupart de nos mères avaient le sentiment que n'importe quels vêtements étaient assez bons pour aller en classe aussi long­temps qu'ils étaient faits d'étoffe solide et durable. Nous ne nous intéressions encore aux filles que médiocrement, de sorte que peu nous importait cet accoutrement prati­que et de bon usage de vestes et de culottes courtes achetées dans l'espoir qu'elles dure­raient jusqu'à ce que nous devenions trop grands pour elles.

Mais, pour lui, c'était différent. Il portait un pantalon de bonne coupe et au pli impeccable qui, de toute évidence, n'était pas, comme les nôtres, un vêtement de confection. Son luxueux costume gris clair était fait de tissu à chevrons et, presque

certainement, « garanti anglais ». Sa che­mise était bleu pâle et sa cravate bleu foncé ornée de petits pois blancs. Par contraste, nos cravates paraissaient sales, graisseuses et éraillées. Et bien que nous considérions comme efféminée toute tentative d'élé­gance, nous ne pouvions nous empêcher de regarder avec envie cette image d'aisance et de distinction.

Le professeur Klett alla tout droit à Herr Zimmermann, lui murmura quelque chose à l'oreille et disparut sans que nous l'eus­sions remarqué parce que nos regards étaient concentrés sur le nouveau venu. Il se tenait immobile et calme, sans le moindre signe de nervosité. Il paraissait, en quelque sorte, plus âgé et plus mûr que nous et il était difficile de croire qu'il n'était qu'un nouvel élève. S'il avait disparu aussi silen­cieusement et mystérieusement qu'il était entré, cela ne nous eût pas surpris.

Herr Zimmermann remonta son pince­-nez, parcourut la salle de ses yeux fatigués, découvrit un siège vide juste devant moi, descendit de son estrade et, à l'étonnement de toute la classe, accompagna le nouveau venu jusqu'à la place qui lui était assignée. Puis, inclinant légèrement la tête comme s'il avait presque envie de le saluer, mais ne l'osait tout à fait, il retourna lentement vers l'estrade à reculons, ne cessant de faire face à l'étranger. Regagnant son siège, il s'adressa à lui: «Voudriez-vous, je vous prie, me donner votre nom, votre prénom, ainsi que la date et le lieu de votre nais­sance? »

Le jeune homme se leva. «Graf von Hohenfels, Conrad, annonça-t-il, né le 19 janvier 1916 à Burg Hohenfels, Wurtem­berg. » Puis il se rassit.

L’ami retrouvé de Fred Uhlman (1971) – texte 2 : la séparation



XVII

Un jour, au début de décembre, où j'étais rentré à la maison, fatigué, mon père m'em­mena dans son cabinet de consultation. Il avait vieilli au cours des six derniers mois et semblait avoir une certaine difficulté à respirer. « Assieds-toi, Hans, j'ai à te parler. Ce que je vais te dire te causera un choc. Ta mère et moi avons décidé de t'envoyer en Amérique, pour l'instant en tout cas, jus­qu'à ce que la tempête se soit calmée. Nos parents à New York s'occuperont de toi et feront en sorte que tu ailles à l'université. Nous croyons que c'est ce qui vaudra le mieux pour toi. Tu ne m'as pas parlé de ce qui se passe au lycée, mais nous pouvons imaginer que cela n'a pas été facile pour toi. A l'université, ce serait encore pis. Oh, la séparation ne sera pas longue ! Nos compa­triotes reviendront à la raison d'ici quelques années. Quant à nous, nous resterons ici. C'est notre patrie et notre foyer. Ce pays est le nôtre et nous ne laisserons pas un "sale Autrichien" nous le voler. Je suis trop vieux pour changer mes habitudes, mais tu es jeune, tu as tout l'avenir devant toi. Et maintenant, ne fais pas d'objections, ne discute pas, ce n'en serait que plus dur pour nous. Et, pour l'amour du ciel, ne dis rien pour quelque temps. »



Et la chose fut ainsi réglée. Je quittai le lycée à la Noël et, le 19 janvier, mon jour d'anniversaire, presque exactement un an après l'entrée de Conrad dans ma vie, je partis pour l'Amérique. Deux jours avant mon départ, je reçus deux lettres. L'une d'elles était en vers, effort combiné de Bollacher et de Schulz :







Petit youpin, nous te disons adieu.

Puisses-tu rejoindre en enfer Moïse et Isaac.



Petit youpin, où iras-tu?

Rejoindre les Juifs en Australie?



Petit youpin, ne reviens jamais,

Sinon nous te tordrons le cou.







La seconde lettre était ainsi conçue:



Mon cher Hans,



C'est là une lettre difficile. Laisse-moi d'abord te dire combien je suis triste de te voir partir pour l'Amérique. Il ne peut être aisé pour toi, qui aimes l'Allemagne, de commencer une vie nouvelle en Amérique, pays avec lequel toi et moi n'avons rien en commun, et j'imagine ton amertume et ton chagrin. D'autre part, c'est probablement la chose la plus sensée que tu puisses faire. L'Allemagne de demain sera différente de celle que nous avons connue. Ce sera une Allemagne nouvelle sous la conduite de l'homme qui va décider de notre destin et de celui du monde entier pour des siècles à venir. Tu seras scandalisé si je te dis que je crois en cet homme. Lui seul peut préserver notre pays bien-aimé du matérialisme et du bolchevisme; c'est grâce à lui seul que l'Allemagne regagnera l'ascendant moral qu'elle a perdu par sa propre folie. Tu n'en conviendras pas, mais je ne vois pas d'autre espoir pour l'Allemagne. Il nous faut choisir entre Staline et Hitler, et je préfère Hitler. Sa personnalité et sa sincérité m'ont impressionné plus que je ne l'eusse cru possible. J'ai fait récemment sa connais­sance alors que je me trouvais à Munich avec ma mère. Extérieurement, c'est un petit homme quelconque, mais, dès qu'on l'écoute, on est entraîné par sa force de conviction, sa volonté de fer, sa violence inspirée et sa perspicacité prophétique. En sortant, ma mère était en larmes et ne cessait de répéter : « C'est Dieu qui nous l'a envoyé. » Je suis plus fâché que je ne sau­rais dire de ce que, pour un certain temps­ peut-être un an ou deux - il n'y aura pas place pour toi dans cette Nouvelle Allema­gne. Mais je ne vois pas pourquoi tu ne reviendrais pas plus tard. L'Allemagne a besoin de gens comme toi et je suis convaincu que le Führer est parfaitement capable et désireux de choisir, parmi les éléments juifs, entre les bons et les indésira­bles.

Car celui qui vit près de son lieu d'origine répugne à le quitter.



Je suis heureux que tes parents aient décidé de rester. Bien entendu, personne ne les molestera et ils pourront vivre et mourir ici en paix et en sécurité.

Peut-être, un jour, nos chemins se croise­ront-ils de nouveau. Je me souviendrai tou­jours de toi, cher Hans ! Tu as eu sur moi une grande influence. Tu m'as appris à penser, et à douter, et, grâce au doute, à trouver Notre-Seigneur et Sauveur Jésus­-Christ.



Bien à toi,

Conrad v. H.

 

 

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