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Crébillon, les égarements du coeur, Construction du personnage à travers la variété des époques et des formes, séquence roman

 

Description de cette image, également commentée ci-après

OBJET D’ÉTUDE : LE ROMAN

Le personnage de roman du XVIIe à nos jours

Construction du personnage à travers la variété des époques et des formes

 Crébillon, Les Égarements du cœur et de l’esprit (1772).

 

 

 

Je me disposais le lendemain à aller chez elle et j'étais auprès de Madame de Meilcour, lorsqu'on lui annonça le comte de Versac. Elle me parut fâchée de cette visite. Il était en effet l'homme du monde qu'elle aimait le moins, et que pour moi elle craignait le plus. Aussi venait-il très rarement chez elle. La même raison qui faisait qu'il ne convenait pas à ma mère, faisait en même temps qu'elle ne pouvait lui convenir. Elle m'avait même défendu de le voir. Ne nous trouvant point tous deux dans les mêmes maisons, et moi allant peu à la Cour où Versac était presque toujours, nous nous connaissions fort peu.

Versac, de qui j'aurai beaucoup à parler dans la suite de ces Mémoires, joignait à la plus haute naissance l'esprit le plus agréable, et la figure la plus séduisante. Adoré de toutes les femmes qu'il trompait et déchirait sans cesse, vain, impérieux, étourdi: le plus audacieux petit-maître qu'on eût jamais vu et plus cher peut-être à leurs yeux par ces mêmes défauts, quelque contraires qu'ils leur soient. Quoi qu'il en puisse être, elles l'avaient mis à la mode dès l'instant qu'il était entré dans le monde, et il était depuis dix ans en possession de vaincre les plus insensibles, de fixer les plus coquettes et de déplacer les amants les plus accrédités; ou s'il lui était arrivé de ne pas réussir, il avait toujours su tourner les choses si bien à son avantage, que la Dame n'en passait pas moins pour lui avoir appartenu. Il s'était fait un jargon extraordinaire qui, tout apprêté qu'il était, avait cependant l'air naturel. Plaisant de sang-froid et toujours agréable, soit par le fond des choses, soit par la tournure neuve dont il les décorait, il donnait un charme nouveau à ce qu'il rendait d'après les autres, et personne ne redisait comme lui ce dont il était l'inventeur. Il avait composé les grâces de sa personne comme celles de son esprit, et savait se donner de ces agréments singuliers qu'on ne peut ni attraper ni définir. Il y avait cependant peu de gens qui ne voulussent l'imiter, et parmi ceux-là, aucun qui n'en devint plus désagréable. Il semblait que cette heureuse impertinence fût un don de la nature, et qu'elle n'avait pu faire qu'à lui. Personne ne pouvait lui ressembler, et moi-même, qui ai depuis marché si avantageusement sur ses traces, et qui parvins enfin à mettre la Cour et Paris entre nous deux, je me suis vu longtemps au nombre de ces copies gauches et contraintes qui, sans posséder aucune de ses grâces, ne faisaient que défigurer ses défauts et les ajouter aux leurs. Vêtu superbement, il l'était toujours avec goût et avec noblesse, et il avait l'air Seigneur, même lorsqu'il l'affectait le plus. Versac, tel qu'il était, m'avait toujours plu beaucoup. Je ne le voyais jamais sans l'étudier et sans chercher à me rendre propres ces airs fastueux que j'admirais tant en lui. Madame de Meilcour qui, simple et sans art, trouvait ridicule tout ce qui n'était pas naturel, avait reconnu le goût que j'avais pour Versac, et en avait frémi. Par cette raison, plus encore que par l'éloignement qu'elle avait pour les gens du caractère de Versac, elle ne le souffrait qu'impatiemment; mais les égards qu'on se doit dans le monde et qui, entre personnes d'un rang distingué, s'observent avec une extrême exactitude, l'obligeaient de se contraindre.

Il entra avec fracas, fit à Madame de Meilcour une révérence distraite, à moi, une moins ménagée encore, parla un peu de choses indifférentes, et se mit après à médire de tant de monde que ma mère ne put s'empêcher de lui demander ce que lui avait fait toute la terre pour la déchirer perpétuellement.

" Eh! parbleu, Madame, répondit-il, que ne me demandez-vous plutôt ce que j'ai fait à toute la terre, pour en être perpétuellement déchiré? On m'accable, continua-t-il, on me vexe que c'est une chose étrange, on m'excède de calomnies, on me trouve des ridicules, comme si l'on n'en avait pas, et que moi, moi je ne dusse point les voir! Mais à propos, y a-t-il longtemps que vous n'avez vu la bonne comtesse ?

Madame de Meilcour répondit que oui.

"Mais c'est qu'on ne la voit plus, reprit-il; j'en suis dans une douleur amère, dans la plus terrible affliction_!

Se serait-elle jetée dans la dévotion? repartit ma mère.

Vraisemblablement, reprit-il, elle en viendra là. Elle est pénétrée de la plus auguste douleur: elle vient de perdre le petit marquis, qui lui a fait la plus condamnable infidélité que de mémoire d'homme on ait imaginée. Comme ce n'est pas la première fois qu'elle est quittée, on pourrait croire qu'elle se consolerait de celle-ci comme des autres (car l'habitude au malheur le fait moins vif), sans un accident qui rend cet abandon-ci extraordinaire.

Et c'est? demanda Madame de Meilcour.

C'est, repartit-il... mais comment le croirez-vous de la personne de la Cour la plus prévoyante, la mieux rangée? C'est qu'elle n'avait que celui-là. Pour rétablir sa réputation, elle s'était fait une affaire de sentiment. Mais il n'y a pas de femmes que ceci n'en dégoûte: et ce qu'il y a de pis, c'est que l'infidèle a voulu se réserver le plaisir noir, barbare, de n'avoir pas de successeur, et qu'il la peint si bien de façon à glacer les plus intrépides, que depuis huit jours qu'elle est si fatalement délaissée, il ne s'est pas présenté à elle la plus mince consolation. Vous conviendrez que cela est douloureux, mais au plus douloureux!

Je ne crois pas, répondit ma mère, un mot de toute cette aventure.

Comment! dit Versac, c'est un fait public. Pourriez-vous me soupçonner de le prêter à la comtesse, qui est une des femmes du monde pour qui j'ai la plus grande considération, et que je tiens en estime particulière? Ce que je vous dis est aussi prouvé qu'il l'est qu'elle et la divine Lursay ont mis du blanc toute leur vie. "

Je pensai frémir en entendant Versac parler si injurieusement d'une personne pour qui j'avais le plus grand respect, et à qui je croyais le devoir.

" Autre genre de calomnie, répondit Madame de Meilcour: jamais Madame de Lursay n'a mis de blanc.

Oui, reprit-il, comme elle n'a jamais eu d'amants. "

" Des amants! Madame de Lursay! " pensai-je m'écrier.

" Ne dirait-on pas, poursuivit Versac, qu'on ne la connaît point? Ne sait-on pas qu'il y a cinquante ans au moins qu'elle a le cœur fort tendre? Cela n'était-il pas décidé avant même qu'elle épousât cet infortuné Lursay qui, par parenthèse, était bien le plus sot marquis de France? Ignore-t-on qu'il la surprit un jour avec D..., le lendemain avec un autre, et deux jours après avec un troisième, et qu'enfin, ennuyé de toutes ces surprises qui ne finissaient pas, il mourut, pour ne pas avoir le déplaisir de retomber dans cet inconvénient? N'a-t-on pas vu commencer cette haute pruderie dans laquelle elle est aujourd'hui? Cela empêche-t-il que tels et tels (il en nomma cinq ou six) ne lui doivent leur éducation; que moi qui vous parle, je ne lui aie refusé la mienne; et que peut-être elle ne postule actuellement celle de Monsieur, ajouta-t-il en me montrant?"

Cette apostrophe me fit rougir au point que, pour peu qu'il m'eût regardé, il se serait sûrement mis au fait de l'intérêt que je prenais à ses discours.

" Pense-t-elle, continua-t-il, avec son Platon qu'elle n'entend ni ne suit, nous en imposer sur les rendez-vous obscurs qu'elle donne, et que nous soyons là-dessus aussi dupes que les jeunes gens qui, ne connaissant ni la nature ni le nombre de ses aventures, croient adorer en elle la plus respectable des Déesses, et soumettre un cœur qu'avant eux personne n'avait surpris?" Ce portrait si vrai de ma situation dissipa entièrement le doute où j'avais été jusque-là sur les discours de Versac. Je reconnus en rougissant combien j'avais été trompé, et, sans imaginer encore comment je pourrais punir Madame de Lursay de l'estime qu'elle m'avait donnée pour elle, je résolus fermement de le faire. Si je m'étais rendu justice, j'aurais senti que je ne devais qu'à moi-même le piège dans lequel j'étais tombé, que le manège de Madame de Lursay était celui de toutes les femmes et, qu'en un mot, il y avait moins de fausseté dans son procédé que de sottise dans le mien. Mais cette réflexion était ou trop mortifiante ou trop au-dessus de moi, pour que je la fisse. Comment ! me disais-je à moi-même. M'assurer que jamais elle n'a aimé que moi! Abuser aussi indignement de ma crédulité!

 
 
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