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2007, Bac de français, séries générales, sujets à l'étranger, le biographique, M. Duras, C. Juliet, N. Sarraute

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Oral bac

 

 

 

 

CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIES GÉNÉRALES : BAC 2007



Objet d'étude : Le
biographique.
Textes :
Texte A : Nathalie Sarraute, Enfance (1983)

Texte B : Marguerite Duras, L'Amant de la Chine du Nord (1991 )
Texte C
: Charles Juliet, Lambeaux (1995)
Texte D : Sophie Calle, "Le portrait", Des
Histoires vraies + dix (2002)



Texte A - Nathalie Sarraute
(1900-1999), Enfance (1983).

Je suis assise près de maman dans une
voiture fermée tirée par un cheval, nous cahotons sur une route poussiéreuse. Je
tiens le plus près possible de la fenêtre un livre de la Bibliothèque rose,
j'essaie de lire malgré les secousses, malgré les objurgations1 de maman : «
Arrête-toi maintenant, ça suffit, tu t'abîmes les yeux... »
La ville où nous
nous rendons porte le nom de Kamenetz Podolsk. Nous y passerons l'été chez mon
oncle Gricha Chatounovski, celui des frères de maman qui est avocat.
Ce vers
quoi nous allons, ce qui m'attend là-bas, possède toutes les qualités qui font
de « beaux souvenirs d'enfance »... de ceux que leurs possesseurs exhibent
d'ordinaire avec une certaine nuance de fierté. Et comment ne pas s'enorgueillir
d'avoir eu des parents qui ont pris soin de fabriquer pour vous, de vous
préparer de ces souvenirs en tout point conformes aux modèles les plus
appréciés, les mieux cotés ? J'avoue que j'hésite un peu...
− Ça se
comprend... une beauté si conforme aux modèles...
Mais après tout, pour une
fois que tu as cette chance de posséder, toi aussi, de ces souvenirs, laisse-toi
aller un peu, tant pis, c'est si tentant...
− Mais ils n'étaient pas faits
pour moi, ils m'étaient juste prêtés, je n'ai pu en goûter que des parcelles...

− C'est peut-être ce qui les a rendus plus intenses... Pas d'affadissement
possible. Aucune accoutumance...
− Oh pour ça non. Tout a conservé son
exquise perfection : la vaste maison familiale pleine de recoins, de petits
escaliers... la « salle », comme on les appelait dans les maisons de la vieille
Russie, avec un grand piano à queue, des glaces partout, des parquets luisants,
et tout le long des murs des chaises couvertes de housses blanches... La longue
table de la salle à manger où à chacun des bouts sont assis, se faisant face, se
parlant de loin, se souriant, le père et la mère, entre leurs quatre enfants,
deux garçons et deux filles...

1. objurgations : paroles pressantes par
lesquelles on essaie de dissuader une personne.



Texte B -
Marguerite Duras (1914-1996), L'Amant de la Chine du Nord (1991).


[Marguerite Duras relate son enfance et son adolescence en Indochine,
une colonie française où sa mère est venue comme institutrice. Dans cet extrait,
elles sont sur le bateau qui les ramène en France.]

L'enfant va voir
vers le bar, elle n'entre pas bien sûr, elle va sur l'autre pont. Là il n'y a
personne. Les voyageurs sont à bâbord pour guetter l'arrivée du vent de la haute
mer. De ce côté-là du navire il y a seulement un très jeune homme. Il est seul.
Il est accoudé au bastingage. Elle passe derrière lui. Il ne se retourne pas sur
elle. Il ne l'a sans doute pas vue. C'est curieux qu'à ce point il ne l'ait pas
vue.
Elle non plus n'a pas pu voir son visage, mais elle se souvient de ce
manque à voir de son visage comme d'un manque à voir du voyage.
Oui, c'est
bien ça, il portait une sorte de blazer. Bleu. A rayures blanches. Un pantalon
du même bleu il portait aussi, mais uni.
L'enfant était allée au bastingage.
Parce qu'ils étaient si seuls tous les deux de ce côté-là du bateau sur ce pont
désert, elle aurait tellement voulu qu'ils se parlent. Mais non. Elle avait
attendu quelques minutes. Il ne s'était pas retourné. H désirait rester seul,
plus que tout au monde il désirait ça, être seul. L'enfant était repartie.

L'enfant n'avait jamais oublié cet inconnu, sans doute parce qu'elle lui
aurait raconté l'histoire de son amour avec un Chinois de Choten.
Au bout du
pont, lorsqu'elle s'était retournée, il n'était plus là.

Elle descend
dans les coursives1. Elle cherche encore la double cabine où elles ont leurs
couchettes, la mère et elle.
Et puis elle s'arrête de chercher tout à coup.
Elle sait que ça ne sert à rien, la mère restera introuvable.
Elle remonte
sur le pont-promenade.
Sur l'autre pont l'enfant ne trouve plus sa mère non
plus.
Et puis elle la voit, elle est plus loin cette fois-ci, elle dort
encore, dans une autre chaise longue, légèrement tournée vers l'avant. L'enfant
ne la réveille pas. Elle retourne encore dans les coursives. Elle attend encore.
Puis elle repart encore. Elle cherche son petit frère Paulo. Et puis elle cesse
de le chercher. Et puis elle repart vers les coursives. Et elle se couche là,
devant la double cabine dont la mère a oublié de lui donner la deuxième clé et
elle se souvient. Et elle pleure.
S'endort.

Un haut-parleur avait
annoncé que la terre avait disparu. Qu'on a atteint la pleine mer. L'enfant
hésite et puis elle remonte sur le pont. Une houle très légère est arrivée avec
le vent de la mer.

Sur le bateau la nuit est arrivée. Tout est éclairé,
les ponts, les salons, les coursives. Mais pas la mer, la mer est dans la nuit.
Le ciel est bleu dans la nuit noire, mais le bleu du ciel ne se reflète pas dans
la mer si calme soit-elle et si noire.
Les passagers sont de nouveau
accoudés au bastingage. Ils regardent vers ce qu'ils ne voient plus. Ils ne
veulent pas rater l'arrivée des premières vagues de la haute mer et avec elles
celle de la fraîcheur du vent qui d'un seul coup s'abat sur la mer.


L'enfant cherche encore sa mère. Elle la retrouve cette fois encore
endormie dans ce sommeil d'immigrée à la recherche d'une terre d'asile. Elle la
laisse dormir.

1. coursives : dans un navire, couloirs intérieurs ou
extérieurs entre les cabines.



Texte C - Charles Juliet (1934),
Lambeaux (1995)

Tu es le dernier des quatre enfants.
Quand le drame
est survenu et que ta mère a été hospitalisée, des voisins t'ont recueilli et
gardé quelques semaines. Puis au début de l'année, ton père t'a confié à M. et
Mme R., des paysans qui vivaient dans un village de la plaine. En plus de la
nombreuse famille qu'elle élevait, Mme R. avait déjà en nourrice deux petites
filles dont la mère avait perdu une jambe lors d'un accident. Ecrasée de
travail, Mme R. avait d'abord refusé de te prendre. Mais lorsque par la suite
elle avait appris que tu allais être placé chez une vieille femme qui se
saoulait et vivait dans un taudis, elle avait accepté de dépanner ton père, afin
de lui laisser le temps de chercher une nourrice acceptable. Lorsque enfin il en
eut trouvé une et qu'il vint te chercher, Mme R. et ses cinq filles ne voulurent
pas te laisser partir. Elles s'étaient attachées à ce nourrisson et dirent à ton
père qu'elles s'occuperaient de toi comme si tu étais un fils de la famille.

Pourtant, le bébé que tu étais aurait dû les excéder et les pousser à
refuser de te garder. Car jour et nuit, les épuisant l'une après l'autre, tu ne
cessais de pleurer. (Tu pleuras tant qu'un muscle de l'aine se déchira et qu'il
fallut l'opérer d'une hernie.) Elles étaient aux petits soins pour toi, elles te
nourrissaient comme il convient, te parlaient, te berçaient, te dorlotaient,
mais rien ne pouvait apaiser tes pleurs.
Ton père ayant oublié de leur
indiquer ton prénom, elles choisirent de l'appeler Jean, à l'instar du fils du
boucher, un garçon plaisant, sympathique, que tout le village appréciait.
T'attribuer son prénom, c'était marquer l'espoir que tu aurais chance de lui
ressembler, de recevoir en partage certaines de ses qualités.




Texte D - Sophie Calle (1953), "Le Portrait", Des histoires
vraies + dix (2002)

[Sophie Calle est une artiste contemporaine née en
1953 qui mêle photographie et écriture.]



LE PORTRAIT


J'ai neuf ans. En fouillant dans le courrier de ma mère, j'ai trouvé une
lettre qui lui était adressée et qui commençait ainsi : « Chérie, j'espère que
tu songes sérieusement à mettre notre Sophie en pension...» La lettre était
signée du nom d'un ami de ma mère. J'en ai conclu que c'était lui mon vrai père.
Lorsqu'il nous rendait visite, je m'asseyais sur ses genoux et, mes yeux dans
les siens, j'attendais des aveux. Devant son indifférence et son mutisme il
m'arrivait de douter. Alors je relisais la lettre volée. Je l'avais cachée
derrière le tableau de la salle à manger, une peinture de l'école flamande,
datant de la fin du XVème siècle, intitulée Luce de Montfort, représentant une
jeune femme en buste, légèrement de profil à gauche, le regard de face, le
visage pris dans une coiffe blanche et empesée, vêtue d'un pourpoint rose.




I- Après avoir pris connaissance de l'ensemble des textes, vous
répondrez d'abord â la question suivante (4 points) :

Dans les quatre
textes du corpus chaque auteur parle de lui-même. Analysez renonciation de
chacun des extraits en commentant l'intérêt des choix opérés.

II. Vous
traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :


Commentaire
Vous commenterez le texte de Marguerite Duras à partir
de : « Elle descend dans les coursives » () jusqu'à la fin.

Dissertation

Le souci de vérité dans l'écriture autobiographique interdit-il mise en
scène, détour, masques littéraires ?

Invention
L'éditeur de Sophie
Calle a été intrigué par la présence du tableau flamand dans son autobiographie.
Dans une lettre, elle lui répond pour en justifier la nécessité. Vous rédigerez
cette lettre.

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