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Bac 2002, français sujets à l'étranger, série L, les réécritures, Chateaubriand, Mme de Stael et Gérard Genette

Chateaubriand

 

 

 

 

Oral bac

 

 

 

 

 

CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIE L





Objet d'étude : Réécritures.


Textes :
Texte A - Madame
de Staël, Corinne ou l'Italie, Livre X, chapitre IV, 1807
Texte B -
Chateaubriand, Lettre à Julie Récamier, 1829 (texte cité par Jean d'Ormesson
dans Mon dernier rêve sera pour vous, 1998).
Texte C - Chateaubriand,
Mémoires d'outre-tombe, III, 1848-1850.
Texte D - Annexe : Gérard Genette, «
La littérature au second degré » , Palimpsestes, 1982.



Texte A -
Madame de Staël, Corinne ou l'Italie, 1807.

[A Rome, Oswald fait la
connaissance de Corinne. Ils visitent ensemble la ville et se rendent, au moment
de la Semaine Sainte, à la chapelle Sixtine pour y entendre le Miserere1
d'Allegri.]

Oswald se rendit à la chapelle Sixtine pour entendre le
fameux Miserere vanté dans toute l'Europe. Il arriva de jour encore, et vit ces
peintures célèbres de Michel-Ange, qui représentent le jugement dernier, avec
toute la force effrayante de ce sujet, et du talent qui l'a traité. Michel-Ange
s'était pénétré de la lecture du Dante; et le peintre comme le poète représente
des êtres mythologiques en présence de Jésus-Christ; mais il fait presque
toujours du paganisme le mauvais principe, et c'est sous la forme des démons
qu'il caractérise les fables païennes. On aperçoit sur la voûte de la chapelle
les Prophètes et les Sibylles appelés en témoignage par les chrétiens; une foule
d'anges les entourent, et toute cette voûte ainsi peinte semble rapprocher le
ciel de nous; mais ce ciel est sombre et redoutable; le jour perce à peine à
travers les vitraux qui jettent sur les tableaux plutôt des ombres que des
lumières; l'obscurité agrandit encore les figures déjà si imposantes que
Michel-Ange a tracées; l'encens, dont le parfum a quelque chose de funéraire,
remplit l'air dans cette enceinte, et toutes les sensations préparent à la plus
profonde de toutes, celle que la musique doit produire. Pendant qu'Oswald était
absorbé par les réflexions que faisaient naître tous les objets qui
l'environnaient, il vit entrer dans la tribune des femmes, derrière la grille
qui les sépare des hommes, Corinne qu'il n'espérait pas encore, Corinne vêtue de
noir, toute pâle de l'abstinence, et si tremblante dès qu'elle aperçut Oswald,
qu'elle fut obligée de s'appuyer sur la balustrade pour avancer : en ce moment,
le miserere commença. Les voix, parfaitement exercées à ce chant antique et pur,
partent d'une tribune au commencement de la voûte; on ne voit point ceux qui
chantent; la musique semble planer dans les airs; à chaque instant la chute du
jour rend la chapelle plus sombre. [...] C'était une musique toute religieuse
qui conseillait le renoncement à la terre. Corinne se jeta à genoux devant la
grille et resta plongée dans la plus profonde méditation; Oswald lui-même
disparut à ses yeux. II lui semblait que c'était dans un tel moment d'exaltation
qu'on aimerait à mourir, si la séparation de l'âme d'avec le corps ne
s'accomplissait point par la douleur; si tout à coup un ange venait enlever sur
ses ailes le sentiment et la pensée, étincelles divines qui retourneraient vers
leur source : la mort ne serait pour ainsi dire alors qu'un acte spontané du
cœur, qu'une prière plus ardente et mieux exaucée. Le miserere, c'est-à-dire
ayez pitié de nous, est un psaume composé de versets qui se chantent
alternativement d'une manière très différente. Tour à tour une musique céleste
se fait entendre, et le verset suivant, dit en récitatif, est murmuré d'un ton
sourd et presque rauque; on dirait que c'est la réponse des caractères durs aux
cœurs sensibles, que c'est le réel de la vie qui vient flétrir et repousser les
vœux des âmes généreuses; et quand ce chœur si doux reprend, on renaît à
l'espérance; mais lorsque le verset récité recommence, une sensation de froid
saisit de nouveau; ce n'est pas la terreur qui la cause, mais le découragement
de l'enthousiasme. Enfin le dernier morceau, plus noble et plus touchant encore
que tous les autres, laisse au fond de l'âme une impression douce et pure : Dieu
nous accorde cette même impression avant de mourir. On éteint les flambeaux; la
nuit s'avance; les figures des Prophètes et des Sibylles apparaissent comme des
fantômes enveloppés du crépuscule. Le silence est profond, la parole ferait un
mal insupportable dans cet état de l'âme où tout est intime et intérieur; et
quand le dernier son s'éteint, chacun s'en va lentement et sans bruit; chacun
semble craindre de rentrer dans les intérêts vulgaires de ce monde.

1.
Miserere : pièce de musique chantée d'inspiration religieuse.




Texte B - Chateaubriand, Lettre à Julie Récamier, 1829.


Rome, mercredi 15 avril 1829.

Je commence cette lettre le
mercredi saint au soir, au sortir de la chapelle Sixtine, après avoir assisté à
Ténèbres1 et entendu chanter le Miserere. Je me souvenais que vous m'aviez parlé
de cette belle cérémonie, et j'en étais, à cause de cela, cent fois plus touché.
C'est vraiment incomparable. Cette clarté qui meurt par degrés, ces ombres qui
enveloppent peu à peu les merveilles de Michel-Ange; tous ces cardinaux à
genoux; ce nouveau pape prosterné lui-même au pied de l'autel où, quelques jours
avant, j'avais vu son prédécesseur; cet admirable chant de souffrance et de
miséricorde s'élevant par intervalles dans le silence et la nuit; l'idée d'un
Dieu mourant sur la croix pour expier les crimes et les faiblesses des hommes,
Rome et tous ses souvenirs sous la voûte du Vatican. Que n'étiez-vous là avec
moi ! J'aime jusqu'à ces cierges dont la lumière étouffée laisse échapper une
fumée blanche, image d'une vie subitement éteinte. C'est une belle chose que
Rome pour tout oublier, pour mépriser tout et pour mourir. Au lieu de cela, le
courrier demain m'apportera des lettres, des journaux, des inquiétudes. II
faudra vous parler de politique. Quand aurai-je fini de mon avenir et quand
n'aurai-je plus à faire dans le monde qu'à vous aimer et à vous consacrer mes
derniers jours ?

1. Ténèbres : office du soir célébré pendant la Semaine
sainte.



Texte C - Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, livre
III, 1848-1850.

Mercredi saint, 15 avril.

Je sors de la chapelle
Sixtine, après avoir assisté à Ténèbres et entendu chanter le Miserere. Je me
souvenais que vous m'aviez parlé de cette cérémonie et j'en étais, à cause de
cela, cent fois plus touché. Le jour s'affaiblissait, les ombres envahissaient
lentement les fresques de la chapelle et l'on n'apercevait plus que quelques
grands traits du pinceau de Michel-Ange. Les cierges, tour à tour éteints,
laissaient échapper de leur lumière étouffée une légère fumée blanche, image
assez naturelle de la vie que l'Écriture compare à une petite vapeur. Les
cardinaux étaient à genoux, le nouveau pape prosterné au même autel où quelques
jours avant j'avais vu son prédécesseur; l'admirable prière de pénitence et de
miséricorde, qui avait succédé aux lamentations du prophète, s'élevait par
intervalles dans le silence et la nuit. On se sentait accablé sous le grand
mystère d'un Dieu mourant pour effacer les crimes des hommes. La catholique
héritière sur ses sept collines était là avec tous ses souvenirs; mais, au lieu
de ces pontifes puissants, de ces cardinaux qui disputaient la préséance aux
monarques, un pauvre vieux pape paralytique, sans famille et sans appui, des
princes de l'Église sans éclat, annonçaient la fin d'une puissance qui civilisa
le monde moderne. Les chefs-d'œuvre des arts disparaissaient avec elle,
s'effaçaient sur les murs et sur les voûtes du Vatican, palais à demi abandonné.
Des étrangers curieux, séparés de l'unité de l'Église, assistaient en passant à
la cérémonie et remplaçaient la communauté des fidèles. Une double tristesse
s'emparait du cœur. Rome chrétienne en commémorant l'agonie de Jésus-Christ
avait l'air de célébrer la sienne, de redire pour la nouvelle Jérusalem les
paroles que Jérémie1 adressait à l'ancienne. C'est une belle chose que Rome pour
tout oublier, mépriser tout et mourir.

1. Jérémie : prophète biblique
qui fut témoin de la chute de Jérusalem.



Texte D - Annexe :
Gérard Genette, « La littérature au second degré », Palimpsestes, 1982.


Un palimpseste est un parchemin dont on a gratté la première inscription
pour en tracer une autre, qui ne la cache pas tout à fait, en sorte qu'on peut y
lire, par transparence, l'ancien sous le nouveau. On entendra donc, au figuré,
par palimpsestes (plus littéralement : hypertextes), toutes les œuvres dérivées
d'une œuvre antérieure, par transformation ou par imitation. De cette
littérature au second degré, qui s'écrit en lisant, la place et l'action dans le
champ littéraire sont généralement, et fâcheusement, méconnues. On entreprend
ici d'explorer ce territoire. Un texte peut toujours en lire un autre, et ainsi
de suite jusqu'à la fin des textes. Celui-ci n'échappe pas à la règle : il
l'expose et s'y expose. Lira bien qui lira le dernier.



I - APRÈS AVOIR PRIS CONNAISSANCE DE L'ENSEMBLE DES TEXTES, VOUS RÉPONDREZ D'ABORD A LA QUESTION SUIVANTE. (4 points)

Quels sont les éléments purement informatifs concernant le Miserere ?

Il - VOUS TRAITEREZ ENSUITE UN DES TROIS SUJETS SUIVANTS AU CHOIX. (16 points)

Commentaire :
Vous commenterez l'extrait des Mémoires d'outre-tombe.
Dissertation :
En vous appuyant sur les textes du corpus, les œuvres que vous avez étudiées en classe
et vos lectures personnelles, vous vous demanderez dans quelle mesure les œuvres
littéraires ou artistiques sont des « œuvres dérivées d'une œuvre antérieure par
transformation ou par imitation ». (Texte en annexe).
Invention :
Vous avez assisté à un concert ou à un spectacle qui vous a profondément marqué. Vous
en faites le compte rendu pour un journal local en insistant sur les
circonstances de l'événement, sur son déroulement et sur l'effet qu'il a produit
sur vous.

 

Oral bac

 

 

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