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Le théâtre et la question de la mise en scène


Le théâtre est un genre littéraire, mais
aussi un spectacle ; cette double dimension pose la question des rapports entre
le texte et la mise en scène.



1. Le théâtre : un texte
Si l'on excepte la commedia dell'arte (jouée
aux xvie et xviie siècles, en Italie et en France), où le texte est réduit à un
canevas sur lequel les acteurs improvisent, une pièce de théâtre est écrite par
un auteur dramatique. Ce texte est composé de deux éléments distincts : le
dialogue, et les didascalies.



Le dialogue
C'est le discours direct, entre les personnages, qui permet
au spectateur : ■de connaître les pensées et les sentiments des personnages ;

■de connaître les informations nécessaires à la compréhension ;
■de
ressentir des émotions.
Le texte théâtral se distingue ainsi par une «
double énonciation » : les acteurs se parlent entre eux (premier niveau
d'énonciation), mais ils s'adressent aussi au public (second niveau
d'énonciation). Cette spécificité offre des jeux possibles, si le spectateur en
sait davantage qu'un personnage, par exemple.
Le dialogue emprunte
différentes formes : ■la réplique est une prise de parole ;
■la tirade est
une longue réplique, souvent argumentative, et/ou appartenant à un registre
lyrique, tragique, épique, etc ;
■la stichomythie est une succession rapide
de répliques, dans laquelle les personnages se répondent vers par vers. Elle
révèle un moment intense d'échange ;
■le récit est employé pour donner à
entendre des faits qui ne sont pas représentés sur scène (soit parce que la
bienséance s'y oppose, soit parce qu'ils se déroulent dans un autre lieu ou une
autre époque) ;
■le monologue est un faux dialogue. Le personnage se parle à
lui-même. Le monologue peut prendre la forme de stances, si le style en est
poétique ; il peut être un aparté, si d'autres personnages sont sur scène mais
ne sont pas censés entendre ce que dit le premier personnage.
Les
personnages peuvent être répartis selon un « schéma actantiel » : on peut en
effet, afin de comprendre le fonctionnement de la pièce, chercher quel est le
sujet (celui qui est à l'origine de l'action), l'objet (ce que recherche le
sujet), le destinateur (ce qui pousse le sujet à entreprendre sa quête ou son
action), le destinataire (ce ou celui à qui est destinée cette quête), les
adjuvants (ce qui, ou ceux qui, aident le sujet), et les opposants.
En prose
ou en vers, le texte théâtral diffère toujours de la communication de la « vie
réelle ». En effet, il s'agit d'un texte littéraire, qui vise à l'efficacité :
les paroles prononcées doivent avoir un lien avec l'action représentée sur
scène. D'autre part, les rythmes et les sonorités ont dans les répliques autant
d'importance que le sens : il s'agit pour le dramaturge d'engendrer des émotions
chez le spectateur, de le frapper, et de créer un univers.



Les didascalies
Ce sont les indications
scéniques que l'auteur donne au metteur en scène, aux acteurs (et éventuellement
au lecteur – mais pas au spectateur). Elles sont souvent présentées en
italiques, et signalent d'emblée qu'une pièce ne se réduit pas aux échanges
verbaux entre personnages.
Elles peuvent concerner : ■le nom des personnages
;
■le découpage en actes et scènes ;
■le lieu, l'époque ;
■les
gestes, les mimiques, le ton d'un personnage ;
■l'énonciation (par exemple :
« en aparté ») ;
■le décor ;
■la musique ;
■les accessoires ;

■etc.


2. La représentation
Une pièce de théâtre (sauf cas exceptionnel, par
exemple Musset et son Spectacle dans un fauteuil) est écrite pour être jouée,
c'est-à-dire mise en scène. Or, les didascalies sont essentielles, mais restent
des indications. Le metteur en scène a donc un rôle décisif dans le passage du
texte à la représentation concrète.



Le lieu et le temps
■Au xviie siècle, les
unités imposent un seul lieu, et un temps réduit à 24 heures. Le lieu peut être
une pièce dans un palais, un intérieur bourgeois, une place, etc. que le metteur
en scène meuble et décore.
■Au xixe et xxe siècles, les lieux sont
multiples, ce qui impose des changements de décors. Le metteur en scène peut
choisir des décors réalistes, ou bien stylisés, voire de simples écriteaux
indiquant la nature du lieu (renouant ainsi avec les procédés du Moyen Âge et de
la Renaissance).
■Dans tous les cas, la convention choisie est acceptée par
le spectateur – mais chacune engendre des émotions différentes.




Les éléments de mise en scène

La musique, la lumière, les costumes, les décors… sont autant
d'éléments laissés à la discrétion du metteur en scène. À chaque moment d'une
pièce existent donc des choix à faire, qui engagent le sens de l'œuvre.




La direction d'acteurs

Les acteurs sont dirigés par le metteur en scène : leur travail commun
permet de faire émerger une diction, un débit, des intonations, mais aussi des
gestes, des déplacements… Là encore, les choix effectués donneront une couleur
spécifique à la pièce.


3. Mise en scène et création
Comme on vient de le voir, le metteur en scène
n'est pas un simple exécutant ; il ne peut pas se contenter de transposer les
didascalies en éléments réels. D'une part, parce qu'elles n'étaient pas
fréquentes jusqu'au xixe siècle ; d'autre part, parce que ces indications
laissent encore de la place pour une interprétation ; enfin, parce que chaque
mise en scène est unique et que le théâtre est un art « vivant ». La mise en
scène est donc « création », à partir de l'œuvre de l'auteur dramatique.




Convergence
La plupart du temps, la représentation s'attache à rendre visible, par des signes,
le sens de l'œuvre écrite. Les metteurs en scène respectent le texte, mais aussi
les lieux (décors), l'époque, les classes sociales des personnages, etc.
Il
y a ainsi convergence entre la pièce telle qu'elle a été écrite et la
représentation.



Apports


Cependant, le respect du texte et des conditions de création initiale
n'empêchent pas que deux metteurs en scène donneront pour la même œuvre un
spectacle différent. En effet, les costumes, le ton ou les déplacements des
acteurs, le choix même des acteurs (connus ou inconnus, plus ou moins jeunes, de
physiques différents, etc.) sont autant d'éléments qui donneront au spectacle sa
spécificité.
On peut ajouter à cela la symbolique des couleurs (tel décor,
en rouge éclatant, aura un impact différent sur le spectateur que s'il est d'un
beige neutre), la vitesse de l'action, la musique, etc. Chaque metteur en scène
offre donc un apport personnel au texte initial.



Divergence

Enfin, certains metteurs en
scène choisissent de s'écarter délibérément de l'un ou l'autre des aspects du
texte initial. On peut ainsi transposer le sujet dans une autre époque (par
exemple, faire jouer une œuvre de Marivaux par des comédiens en jean) : le texte
est le même – il prend cependant, par cette modernisation, un sens nouveau. On
peut, pour donner un autre exemple, choisir de faire jouer un rôle masculin par
une femme, ou inversement.
Un metteur en scène peut également envisager la
pièce, ou une partie de la pièce, selon un angle original. Ainsi, le monologue
de L'Avare, de Molière, dans lequel le personnage se plaint d'avoir été volé et
de ne pas retrouver sa « cassette », est d'un registre comique ; mais on peut le
dire avec lenteur, sur un ton pathétique, comme le fit par exemple Jouvet. Dans
ce dernier cas, il n'y a pas « trahison » de l'auteur : le metteur en scène met
soudain en relief un aspect du personnage qui était présent, mais disparaissait
sous le comique. Harpagon reste ridicule, certes, mais devient aussi émouvant et
révèle le mal dont il souffre.


Conclusion

Le spectacle théâtral est à
la fois « représentation » et « re-création » ; par ces deux aspects, il permet
la redécouverte de l'œuvre originale.


http://www.lemonde.fr/revision-du-bac/annales-bac/francais-premiere/le-theatre-et-la-question-de-la-mise-en-scene_1-fra-05.htm

 

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