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Maupassant, Pierre et Jean Ch. 6

maupassant

 

 

 

 

« Elle était adroite [...] ne sachant que faire » La demande en mariage de Jean à madame Rosémilly

TEXTE :
Elle était adroite et rusée, ayant la main souple et le flair de chasseur qu'il fallait. Presque à chaque coup, elle ramenait des bêtes trompées et surprises par la lenteur ingénieuse de sa poursuite.Jean maintenant ne trouvait rien, mais il la suivait pas à pas, la frôlait, se penchait sur elle, simulait un grand désespoir de sa maladresse, voulait apprendre. — Oh ! montrez-moi, disait-il, montrez-moi ! Puis, comme leurs deux visages se reflétaient, l'un contre l'autre, dans l'eau si claire dont les plantes noires du fond faisaient une glace limpide, Jean souriait à cette tête voisine qui le regardait d'en bas, et parfois, du bout des doigts, lui jetait un baiser qui semblait tomber dessus. — Ah ! que vous êtes ennuyeux, disait la jeune femme ; mon cher, il ne faut jamais faire deux choses à la fois. Il répondit : — Je n'en fais qu'une. Je vous aime. Elle se redressa, et d'un ton sérieux : — Voyons, qu'est-ce qui vous prend depuis dix minutes, avez-vous perdu la tête ? — Non, je n'ai pas perdu la tête. Je vous aime, et j'ose, enfin, vous le dire. Ils étaient debout maintenant dans la mare salée qui les mouillait jusqu'aux mollets, et les mains ruisselantes appuyées sur leurs filets, ils se regardaient au fond des yeux. Elle reprit, d'un ton plaisant et contrarié : — Que vous êtes malavisé de me parler de ça en ce moment. Ne pouviez-vous attendre un autre jour et ne pas me gâter ma pêche ? Il murmura : — Pardon, mais je ne pouvais plus me taire. Je vous aime depuis longtemps. Aujourd'hui vous m'avez grisé à me faire perdre la raison. Alors, tout à coup, elle sembla en prendre son parti, se résigner à parler d'affaires et à renoncer aux plaisirs. — Asseyons-nous sur ce rocher, dit-elle, nous pourrons causer tranquillement. Ils grimpèrent sur le roc un peu haut, et lorsqu'ils y furent installés côte à côte, les pieds pendants, en plein soleil, elle reprit : — Mon cher ami, vous n'êtes plus un enfant et je ne suis pas une jeune fille. Nous savons fort bien l'un et l'autre de quoi il s'agit, et nous pouvons peser toutes les conséquences de nos actes. Si vous vous décidez aujourd'hui à me déclarer votre amour, je suppose naturellement que vous désirez m'épouser. Il ne s'attendait guère à cet exposé net de la situation, et il répondit niaisement : — Mais oui. — En avez-vous parlé à votre père et à votre mère ? — Non, je voulais savoir si vous m'accepteriez. Elle lui tendit sa main encore mouillée, et comme il y mettait la sienne avec élan : — Moi, je veux bien, dit-elle. Je vous crois bon et loyal. Mais n'oubliez point, que je ne voudrais pas déplaire à vos parents. — Oh ! pensez-vous que ma mère n'a rien prévu et qu'elle vous aimerait comme elle vous aime si elle ne désirait pas un mariage entre nous ? — C'est vrai, je suis un peu troublée. Ils se turent. Et il s'étonnait, lui, au contraire, qu'elle fût si peu troublée, si raisonnable. Il s'attendait à des gentillesses galantes, à des refus qui disent oui, à toute une coquette comédie d'amour mêlée à la pêche, dans le clapotement de l'eau ! Et c'était fini, il se sentait lié, marié, en vingt paroles. Ils n'avaient plus rien à se dire puisqu'ils étaient d'accord, et ils demeuraient maintenant un peu embarrassés tous deux de ce qui s'était passé, si vite, entre eux, un peu confus même, n'osant plus parler, n'osant plus pêcher, ne sachant que faire.
 
Introduction
 
: 1- Présentation : ....
2- Problématique
3- Plan
En quoi cette extrait donne-t-il une vision désabusée (blasée) des relations entres les hommes et les femmes ?
 Dans un premier temps on étudiera le déroulement de la demande en mariage de Jean à madame Rosémilly et dans un second temps on s'intéressera au rapport entre le mariage et l'amour.
 
I- Le déroulement de la demande
 
1) Le cadre de la scène
L'extrait est précédé par la descente vers la plage. À ce moment là, le désir de Jean s'est affirmé (« l'œil allumé regardait fuir devant lui la cheville mince, la jambe fine, la hanche souple et le grand chapeau provoquant ») et ses interrogations sur l'éventuelle demande en mariage ont fait place à la certitude. Dans notre extrait, les personnages sont arrivés sur la plage et il existe à présent une proximité physique entre eux, il « la frôlait, se penchait sur elle ». Le cadre de la scène semble idéal aux yeux de Jean ; « un joli endroit pour parler d'amour », « une eau si claire », « glace limpide », « clapotement de l'eau ». Donc c'est un endroit qui respire la pureté et qui reflète l'harmonie, et c'est un cadre qui est envahi par la mer. Cependant à l'intérieur de ce cadre, madame Rosémilly est accaparée par la pêche pour laquelle elle a des talents puisqu'on nous dit qu'elle est « adroite et rusée, ayant [...] le flair de chasseur ». On a donc une situation de pêche, c'est à dire une situation de chasse dans laquelle celle qui chasse est chassée, et la preuve c'est qui « il la suivait pas à pas ». Mais il n'en reste pas moins qui la proie est plus expérimentée que le chasseur. Ainsi, les intentions de Jean envers la jeune femme semblent naïves voire puériles. En effet, Jean « du bout des doigts lui jetait un baiser qui semblait tomber sur son reflet ... » Cette aspect ridicule est renforcé par la situation des personnages, « ils étaient debout [...] dans la marre salée qui les mouillait jusqu'aux mollets ».
 
2) L'inversion des rôles
On l'a déjà dit, madame Rosémilly est à la fois proie et chasseresse. Ce paradoxe se poursuit durant la demande en mariage qui suit. Jean, par le biais du point de vue interne, utilise un vocabulaire galant et précieux. Jean, donc, fait preuve de « gentillesses galantes » avec des « refus qui disent oui ». En somme, une « coquette comédie d'amour ». Tout cela est donc exagéré et joué, il « simulait un grand désespoir ». Jean se déclare et répète deux fois « je vous aime » mais il est le seul à parler d'amour. À la fin de l'extrait, on constate sa déception, « il s'étonnait », « il s'attendait à », « il répondit niaisement ». De son côté, madame Rosémilly est présentée comme une chasseresse expérimentée, « main souple », « flair de chasseur », « presque à chaque coup ». En revanche cet aspect possède aussi une facette négative. En effet, elle est « rusée » et les « bêtes [sont] trompées et surprises ». En revanche, cet aspect possède aussi une facette négative. En effet, elle est « rusée » et les « bêtes [sont] trompées et surprises ». La pêche est, pour elle, plus importante que la déclaration de Jean car elle doit « renoncer aux plaisirs » pour lui parler. En outre, elle émet des jugements négatifs sur Jean de façon répétée : « que vous êtes ennuyeux », « avez vous perdu la tête », « que vous êtes malavisé », « me gâter la pêche ». Cette scène s'oppose aux conventions dans lesquelles l'homme est un prédateur et la jeune femme une proie inexpérimentée, le tout dans un cadre poétique, propice à une déclaration d'amour. Ici, au contraire, c'est la femme qui domine, qui chasse et qui considère l'amour comme une chose ennuyeuse mais néanmoins nécessaire. En effet, madame Rosémilly sait que le mariage peut lui apporter une stabilité et un statut.
 
II- Les rapports entre amour et mariage
 
1) Le mariage comme affaire
La déclaration d'amour de Jean se transforme, à cause de la logique bourgeoise, en discussion contractuelle (discussion comme si on parlait d'un contrat) : « si vous décidez aujourd'hui à déclarer votre amour, je suppose [...] que vous désiriez m'épouser ». Pour madame Rosémilly, une déclaration d'amour équivaut à une demande en mariage, un sentiment devient un contrat. Cette transformation se retrouve aussi dans la position des personnages, ils s'assoient pour mieux « causer tranquillement », l'adverbe ici s'oppose à toutes idées amoureuses, à toutes relations amoureuses. De même, alors « [qu'ils] se regardaient au fond des yeux », ils sont maintenant « installés côtes à côtes ». Leur position dans l'espace montre que nous sommes dans la rationalité et non pas dans le sentiment. Le lexique utilisé montre l'importance des décisions, « peser les conséquences », »si vous décidez aujourd'hui », « exposer net » comme dans une discussion d'affaire. En effet, le contrat est validé par une sorte de poignet de main : « elle lui tendis la main [...] il y mettait la sienne ». Comme le veut la convention bourgeoise, ce contrat nécessite le consentement des parents. On peut remarquer que pour Jean, ses parents se résume à sa mère : « je ne voudrais pas déplaire à vos parents », « oh ! Pensez-vous que ma mère [...] ». Cette demande en mariage débouche sur le silence : « ils se turent », « n'osant plus parler », « ils n'avaient plus rien à se dire », sur le vide : « c'était fini », et sur la répétition des négations : « n'osant plus parler », « n'osant plus pêcher », « ne sachant que faire ». Pour Jean, le résultat est décevant et il est contrarié, il n'y a aucun enthousiasme. Les modalisateurs « un peu » et « bien » montrent la tiédeur des sentiments, et on note aussi l'importance du champ lexical de la gêne ; « moi je veux bien », « un peu troublés », « un peu embarrassés », « un peu confus ».
 
2) La conception de l'amour
Le mariage n'a non seulement pas de relation avec le plaisir, car il faut « renoncer aux plaisirs », mais en plus il est le signe d'une absence de liberté. Jean « se sentait lié, marié ». Dans la conception de la société bourgeoise, l'amour conduit naturellement au mariage. Pour Maupassant, qui partage les idées du philosophe allemand Schopenhauer, l'amour n'existe que dans le but de la reproduction et le choix de la personne ne se fait qu'en fonction de la meilleure reproduction : reproduction en ce qui concerne les enfants mais aussi reproduction d'un schéma social, d'un modèle. Au chapitre V Pierre voit la plage comme une « hall d'amour » où les unes se vendaient et les autres se donnaient, pour lui le mariage est proche de la prostitution ce qui semble être le point de vue de Maupassant. Les chapitres V et VI se répondent donc, cet extrait semble donner raison à Pierre qui dit à sa mère en regardant le couple « j'apprends comment on se prépare à être cocu. La formation du couple Jean/madame Rosémilly est donc la répétition du couple Roland d'où l'amour est absent. La discussion entre Jean et sa future femme laisse penser que les sentiments n'ont pas lieu d'être et que le couple part sur de mauvaises bases. Ainsi, madame Rosémilly est un parfait substitut de la mère qui admire les falaises comme au chapitre I et à toutes les chances de devenir une femme adultère.
 
Conclusion : Cet extrait nous présente une scène de déclaration d'amour qui n'est pas conventionnelle et qui, au contraire des clichés habituels, se veut grotesque : le cadre de la scène pourrait être romantique mais la situation des personnages en train de pêcher tire vers le ridicule. En outre, les rôles sont inversés et c'est la femme qui est dominatrice. Dans cet extrait aussi, par une absence de sentiments, nous renvoie à la conception pessimiste de l'amour et du mariage de Maupassant. Chez lui, l'amour est directement associé à l'intérêt et le mariage est un contrat. Ce passage donne finalement raison à Pierre, que l'on peut voir comme un représentant au point de vue de l'écrivain. Cette scène de plage, plus encore que la scène de pêche en mer, est représentative de l'influence des peintres impressionnistes contemporains de Maupassant tels qu' Édouard Manet et Claude Monet. Ils ont beaucoup peint la côte Normande.
 
 
 
Commentaires (1)

1. Najeh 01/06/2016

Les thèmes dans «Pierre et Jean» de Maupassant

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