Forum bac  Listes EAF, descriptifs bac - Blog des lycéens  

L oral de français

ForumFORUM PEDAGOGIQUE

FORUM PREPABACForum prepabac

 

Skype
Prepabac facebook
Google
Twitter

DOSSIER BAC

Spécial candidats libres

Cned

ORAL EAF

Blogger

 

 

Sartre

Bibliothèque scolaire

11000 documents en ligne

Le bac en ligne metropole etranger candidats libres et lyceens scolarises

Elèves scolarisés   

Candidats libres

Lycées métropole et à  l'étranger      

 

 

Etude ch.9 Pierre et jean de Maupassant

maupassant

 

 

 

 

Commentaire du chapitre 9, Pierre et Jean Maupassant

 

TEXTE :

Une heure plus tard il était étendu dans son petit lit marin, étroit et long comme un cercueil. Il y resta longtemps, les yeux ouverts, songeant à tout ce qui s'était passé depuis deux mois dans sa vie, et surtout dans son âme. À force d'avoir souffert et fait souffrir les autres, sa douleur agressive et vengeresse s'était fatiguée, comme une lame émoussée. Il n'avait presque plus le courage d'en vouloir à quelqu'un et de quoi que ce fût, et il laissait aller sa révolte à vau-l'eau à la façon de son existence. Il se sentait tellement las de lutter, las de frapper, las de détester, las de tout, qu'il n'en pouvait plus et tâchait d'engourdir son coeur dans l'oubli, comme on tombe dans le sommeil. Il entendait vaguement autour de lui les bruits nouveaux du navire, bruits légers, à peine perceptibles en cette nuit calme du port ; et de sa blessure jusque-là si cruelle il ne sentait plus aussi que les tiraillements douloureux des plaies qui se cicatrisent. Il avait dormi profondément quand le mouvement des matelots le tira de son repos. Il faisait jour, le train de marée arrivait au quai amenant les voyageurs de Paris. Alors il erra sur le navire au milieu de ces gens affairés, inquiets, cherchant leurs cabines, s'appelant, se questionnant et se répondant au hasard, dans l'effarement du voyage commencé. Après qu'il eut salué le capitaine et serré la main de son compagnon le commissaire du bord, il entra dans le salon où quelques Anglais sommeillaient déjà dans les coins. La grande pièce auxmurs de marbre blanc encadrés de filets d'or prolongeait indéfiniment dans les glaces la perspective de ses longues tables flanquées de deux lignes illimitées de sièges tournants, en velours grenat. C'était bien là le vaste hall flottant et cosmopolite où devaient manger en commun les gens riches de tous les continents. Son luxe opulent était celui des grands hôtels, des théâtres, des lieux publics, le luxe imposant et banal qui satisfait l'oeil des millionnaires. Le docteur allait passer dans la partie du navire réservée à la seconde classe, quand il se souvint qu'on avait embarqué la veille au soir un grand troupeau d'émigrants, et il descendit dans l'entrepont. En y pénétrant, il fut saisi par une odeur nauséabonde d'humanité pauvre et malpropre, puanteur de chair nue plus écoeurante que celle du poil ou de la laine des bêtes. Alors, dans une sorte de souterrain obscur et bas, pareil aux galeries des mines, Pierre aperçut des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants étendus sur des planches superposées ou grouillant par tas sur le sol. Il ne distinguait point les visages mais voyait vaguement cette foule sordide en haillons, cette foule de misérables vaincus par la vie, épuisés, écrasés, partant avec une femme maigre et des enfants exténués pour une terre inconnue, où ils espéraient ne point mourir de faim, peut-être. Et songeant au travail passé, au travail perdu, aux efforts stériles, à la lutte acharnée, reprise chaque jour en vain, à l'énergie dépensée par ces gueux, qui allaient recommencer encore, sans savoir où, cette existence d'abominable misère, le docteur eut envie de leur crier : «Mais foutez-vous donc à l'eau avec vos femelles et vos petits ! »Et son coeur fut tellement étreint par la pitié qu'il s'en alla, ne pouvant supporter leur vue.

 

Des haillons : vêtements déchirés, sales, en mauvais état. À vau-l'eau : à la dérive. Cosmopolite : venu de tous les horizons.

Introduction

Cet extrait se situe dans le dernier chapitre à la fin du roman, Jean vient de proposer, en vérité, presque imposer à Pierre de partir en devenant médecin de marine. Ce dernier trouve un embarquement à bord du transatlantique « La Lorraine ». Cet extrait se situe précisément au moment où Pierre, attendant la visite de sa famille avant le départ, visite le navire. On se demandera en quoi ce passage propose une vision originale du monde. Dans un premier temps on s'intéressera à l'aspect réaliste de la visite du bateau et dans un second temps on étudiera la dimension symbolique et initiatique de cette visite.

 

I- Une visite réaliste

 

1) Des effets de réel Parmi les auteurs réalistes et naturalistes, Maupassant est un de ceux qui utilise le moins les effets de réel. Ainsi il évoque les moments qui précèdent  le départ d'un navire : l'ambiance à bord avec les « bruits légers » « dans la nuit calme du port », les passagers arrivant par le « train de marée amenant les voyageurs de Paris ». Il mentionne aussi « quelques Anglais » rappelant le circuit que fait le paquebot qui passe d'abord par l'Angleterre avant de traverser l'Atlantique. En outre, la description des passagers de l'entre-pont est l'occasion d'évoquer la forte vague d'émigration pour les États-Unis dans les années 1880. on a 700 000 personnes en 1885. enfin, on apprend également que deux mois se sont écoulés depuis le début du roman, précision temporelle assez rare dans le roman, et cette précision temporelle renforce la Réalisme.

2) La description du paquebot La visite du navire est un prétexte pour faire la description de la société moderne. On voit que celle-ci se divise en deux : d'un côté le luxe du salon qui est « celui des grands hôtels, des théâtres, des lieux publics », de l'autre l'entre-pont qui est comparé à « un souterrain obscur et bas, pareil aux galeries des mines ». On a une forte opposition entre ces deux espaces avec des bâtisses qui sont hautes (« grands hôtels ») de l'autre des choses qui sont basses (« souterrain », « bas » , « mines »). On a en plus une allusion à la condition ouvrière avec les mines qui renvoient directement au roman d'Émile Zola, Germinal. Ensuite, le salon est décrit lui aussi comme « vaste », comme une « grande pièce » avec de « longues tables » et des « lignes illimitées » de « filets d'or ». Maupassant insiste sur la taille puissante du lieu renforcée par l'adverbe « indéfiniment » avec en outre un vocabulaire pictural qui souligne les lignes de fuite et donc la perspective. Le terme « encadré » renforce la dimension picturale. Par opposition, l'entre-pont est un lieu exigu dans lequel les passagers sont entassés, « grouillant par tas sur le sol ». De plus, les lieux s'opposent également par leur richesse, d'un côté on a « marbre », « or », « velours », « luxe opulent », « millionnaires », de l'autre on a « pauvre », « « haillons », « malpropre », « misérables », « abominable misère ». Enfin, les lieux s'opposent par leur chaleur, d'un côté un lieu vide marqué par le règne minéral et de l'autre côté on a un lieu plein de vie marqué par le règne animal, la chaleur et les odeurs : « odeur », « puanteur de chair », « grand troupeau », « nauséabonde », « du poil ou de la laine de bêtes ».

3) La population du paquebot Si le salon est caractérisé par son décor, l'entre-pont l'est par la foule, seul deux officiers d'équipage, « le commissaire de bord » et « le capitaine » ainsi que « quelques Anglais » sont mentionnés, s'opposant au « troupeau d'émigrants' et aux « centaines » de passagers. Cette population est montrée de façon péjorative en insistant sur l'animalité et la saleté : « troupeau », « bêtes », « nauséabonde », « puanteur », « mal propre », en résumé il s'agit d'une « foule sordide » (terme péjoratif). Ainsi cette vision réaliste dérive vers une vision poétique et métaphorique d'autant plus que Maupassant insiste sur le caractère universel de cette vision, « vaste hall [...] cosmopolite » de tous les continents.

 

II- Une visite symbolique et initiatique

 

1) La découverte du monde Cette visite réaliste est également l'occasion de la découverte du monde par Pierre. En effet, le « petit lit marin » au début de l'extrait évoque l'enfance voir l'avant naissance, comme le bébé dans le ventre de la mère/dans le placenta ou une régression infantile. Ce voyage renvoie donc à l'inexpérience de Pierre qui semble découvrir la misère humaine. Ainsi ce voyage en mer devient symbolique évoquant les rituels initiatiques qui nécessitent une immersion (ex : le baptême chrétien) ou un exil temporaire (comme chez les indiens d'Amérique).

 

2) Une descente aux Enfers

Enfers = royaume des morts La visite du navire s'apparente à une descente aux Enfers. Pierre est présenté comme un mort puisque son lit est « étroit et long comme un cercueil ». À cela s'ajoute le champ lexical de la fatigue : « fatigué », « las » répété trois fois, « émoussé ». On a aussi le champ lexical de la mort, même si il est plus discret : « oublie », « sommeil ». Plus que la fatigue, Maupassant évoque l'envie de se laisser aller « à vau-l'eau », « engourdir son cœur » et de ne plus combattre. On a le champ lexical de l'affrontement : « lutter », « frapper », « détester ». En sortant de sa cabine , Pierre « erre », croise des gens perdus qui sont « inquiets, cherchant [...] s'appelant, se questionnant et se répondant au hasard dans l'effarement du voyage ». Ayant vu le salon luxueux mais quasi désert, il descend à l'entre-pont et cette descente ressemble à un voyage aux Enfers. En effet, l'entre-pont est réservé à la troisième classe, c'est à dire réservé à une population ayant peu de moyen,  il possède des caractéristiques chtoniennes (qui a un rapport avec ce qui est souterrain) : « souterrain obscur et bas, pareil aux galeries des mines ». La localisation traditionnelle des enfers. De plus, la population qui habite cet espace ne semble pas humaine : « troupeau », « puanteur », « la laine des bêtes », « grouillant par tas », « vos femelles et vos petits ». C'est donc une population animalisée, qui ne semble pas avoir de volonté comme des moutons, comme des zombies, comme des morts vivants. Ce groupe de gens a donc perdu toute humanité et semble damné (être maudit) « cette foule de misérables vaincus ».

3) La partie philosophique de l'extrait Pierre, d'abord « étendu dans son petit lit marin, étroit et long », aperçoit dans ce qu'il voit comme un « souterrain obscur et bas » les « centaines d'hommes, de femmes et d'enfants étendus sur des planches superposées ». Il y a donc une identification du lieu et de situation. Ainsi Pierre se voit comme faisant partie de cette foule « de misérables vaincus par la vie, épuisés, écrasés [...] exténués ». Cela fait écho à la propre fatigue de Pierre « tellement las de lutter ». Cette ressemblance que Pierre doit percevoir provoque chez lui un rejet violent ; « mais foutez-vous donc à l'eau avec vos femelles et vos petits ! », on peut noter ici l'utilisation d'un niveau de langue familier (« foutez-vous ») et un lexique déshumanisant (« vos femelles et vos petits » => comparaison à des animaux). De plus, Pierre est appelé à ce moment « le Docteur » en référence à l'analyse qu'il est capable de faire de la société comme il ferait le diagnostic d'un patient malade. Maupassant, comme d'autres écrivains réalistes du XIXe siècle a été fortement influencé par le philosophe allemand Schopenhauer (qui est pessimiste). Ce dernier proclame l'inutilité de la lutte pour la vie et de la reproduction qui ne conduit qu'à une misère perpétuelle. Cela fait écho aux pensées de Pierre à propos des misérables « qui allaient recommencer encore ». Maupassant ne voit qu'une seule solution pour résoudre cet état de fait : l'abolition du vouloir-vivre. Ces éléments se retrouvent ici dans le champ lexical de la lutte inutile pour la survie : « travail perdu », « efforts stériles » et « énergie dépensée ». De même, on retrouve ces éléments dans le champ lexical de la reproduction : « d'hommes, de femmes et d'enfants », « femelles », « petits ». Au final, ce spectacle de la misère amène Pierre à poser un regard pessimiste sur la vie ; cependant le « docteur » ne peut s'empêcher d'être ému par la situation et d'avoir le cœur « étreint par la pitié ».

 Conclusion : Cet extrait tranche avec le reste du roman. En effet, on y trouve de nombreuses descriptions réalistes du navire et des passagers ainsi que certains éléments philosophiques qui nous montrent que Pierre est visiblement ici le porte-parole de Maupassant. De plus, le passage contient une dimension métaphorique qui apparente la visite du navire à une descente aux Enfers. Il s'agit donc là d'un passage clé du roman. Pierre  a été contraint (forcé) de s'embarquer à la fois pour ne pas sombrer dans la haine, mais aussi pour ne plus indisposer sa mère et le nouveau couple que forment Jean et madame Rosémilly. Ainsi, contrairement à Jean qui s'enferme dans un univers bourgeois, Pierre, avant même son départ, va à la découverte du Monde. Si Maupassant lui même démontre un véritable pessimisme, il laisse néanmoins de l'espoir à son personnage. Le motif du voyage est une tendance très forte en cette fin de siècle dans la littérature française. Des auteurs comme Pierre Loti (Pêcheurs d'Islande) ou Victor Ségales valorisent à travers leurs oeuvres le voyage comme un moyen de découverte et d'apprentissage. Cette tendance avait débuté avec Baudelaire qui clos son recueil Les Fleurs du mal avec un long poème qui s'intitule Le Voyage.

 

 

 

Commentaire proposé par  HarzouzlaurencoursST2S

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

 Prépabac le bac en ligne

Logo prepabac

Boutique en ligne français  philosophie

Coaching scolaire mondial
Elèves scolarisés (lycées français à l'Etranger) et candidats libres

 

Professeur indépendant

  • Identifiant SIRET : 819 269 226 00018
  • APE  :  8559B
Logo prepabac

Français : niveau seconde

Français : Bac pro

Littérature : Dossier bac

Profs en direct le jour du bac

PROF EN DIRECT : BAC 2016

Bac 2016

 

Français   -   Français bac pro 

Littérature   -   Philosophie


 
Logo prepabac
Préparation à l'examen du baccalauréat : français séries générales, technologiques et bac pro, philosophie   littérature  Bac pro et Brevet : Bac  en ligne sur prepabac.org. Profs en direct le jour du bac : les annales bac . Préparer le bac en ligne : Demande de cours sur skype  - Coaching scolaire mondial = Elèves scolarisés et candidats libres (lycées français à l'étranger )

 

Licence Creative Commons
Bibliothèque scolaire de prépabac est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une œuvre à http://www.prepabac.org/.

Copyright

Droits d'auteur enregistrés, Copyright

Depot.com sous le numéro  00056187

Tous droits réservés

Le site prepabac.org respecte "la loi informatique et liberté "

N° enregistrement CNIL :  1943841