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Camus, La Peste Début de la troisième partie, Une chronique réaliste, une tragédie humaine

 

Camus

 

 

 

Première partie de l'entretien : TEXTE 2, Camus, La Peste Début de la troisième partie, de "ainsi à longueur de semaine,..." à "... l'appel morne et sans passion de la peste".

Introduction : à la différence des deux premières, la troisième partie est constituée d’une seule longue séquence, qui marque le « sommet de la chaleur et de la maladie ».

A la fin de la partie précédente, après Tarrou, Grand et Paneloux, Rambert a décidé de rejoindre à son tour les formations sanitaires : tous les personnages principaux sont donc désormais engagés contre la peste.

Au début de la troisième partie, le narrateur fait une pause dans sa chronique pour décrire la situation de l’épidémie dans la ville.

LECTURE TEXTE:

Ainsi, à longueur de semaine, les prisonniers de la peste se débattirent comme ils le purent. Et quelques-uns d'entre eux, comme Rambert, arrivaient même à imaginer, on le voit, qu'ils agissaient encore en hommes libres, qu'ils pouvaient encore choisir. Mais, en fait, on pouvait dire à ce moment, au milieu du mois d'août, que la peste avait tout recouvert. Il n'y avait plus alors de destins individuels, mais une histoire collective qui était la peste et des sentiments partagés par tous. Le plus grand était la séparation et l'exil, avec ce que cela comportait de peur et de révolte. Voilà pourquoi le narrateur croit qu'il convient, à ce sommet de la chaleur et de la maladie, de décrire la situation générale et, à titre d'exemple, les violences de nos concitoyens vivants, les enterrements des défunts et la souffrance des amants séparés. C'est au milieu de cette année-là que le vent se leva et souffla pendant plusieurs jours sur la cité empestée. Le vent est particulièrement redouté des habitants d'Oran parce qu'il ne rencontre aucun obstacle naturel sur le plateau où elle est construite et qu'il s'engouffre ainsi dans les rues avec toute sa violence. Après ces longs mois où pas une goutte d'eau n'avait rafraîchi la ville, elle s'était couverte d'un enduit gris qui s'écailla sous le souffle du vent. Ce dernier soulevait ainsi des vagues de poussière et de papiers qui battaient les jambes des promeneurs devenus plus rares. On les voyait se hâter par les rues, courbés en avant, un mouchoir ou la main sur la bouche. Le soir, au lieu des rassemblements où l'on tentait de prolonger le plus possible ces jours dont chacun pouvait être le dernier, on rencontrait de petits groupes de gens pressés de rentrer chez eux ou dans des cafés, si bien que pendant quelques jours, au crépuscule qui arrivait bien plus vite à cette époque, les rues étaient désertes et le vent seul y poussait des plaintes continues. De la mer soulevée et toujours invisible montait une odeur d'algues et de sel. Cette ville déserte, blanchie de poussière, saturée d'odeurs marines, toute sonore des cris du vent, gémissait alors comme une île malheureuse. Jusqu'ici la peste avait fait beaucoup plus de victimes dans les quartiers extérieurs, plus peuplés et moins confortables, que dans le centre de la ville. Mais elle sembla tout d'un coup se rapprocher et s'installer aussi dans les quartiers d'affaires. Les habitants accusaient le vent de transporter les germes d'infection. « Il brouille les cartes », disait le directeur de l'hôtel. Mais quoi qu'il en fût, les quartiers du centre savaient que leur tour était venu en entendant vibrer tout près d'eux, dans la nuit, et de plus en plus fréquemment, le timbre des ambulances qui faisait résonner sous leurs fenêtres l'appel morne et sans passion de la peste.

Problématique: Quelle est la visée de ce texte?

ANNONCE PLAN

I) Une chronique réaliste

A) Une forte présence d’éléments temporels

+ « A longueur de semaine » l. 1 dès les premiers l’auteur montre que le peste traine

+ « Au milieu du mois d’aout »l.6 il situe l’épisode dans le temps

+ « Au milieu de cette année là »l.16

B) Un narrateur très présent

+ « On le voit » l.30 le narrateur s’englobe avec les habitants d’Oran

+ »On pouvait dire »l.5 le narrateur prend part aux discussions

+ « Voilà pourquoi »l.10 introduit la fonction du narrateur

+ «le narrateur croit »l.11 le narrateur se nomme et présent d’énonciation : il s’adresse au lecteur

+ « On les voyait »l.25 présence de narrateur

C) Des passages descriptifs et explicatifs

+ « Ainsi » l. premier mot, montre un lien logique que le passage semble être une pause-bilan

+ « A titre d’exemple »l.13 les exemples permettent au narrateur d’expliquer des faits plus clairement

+ « Oran et ses plateaux »l18 = description géographique des lieux

+les verbes sont au présent : discours explicatif

II) La Peste

A) Vision apocalyptique

+ « avait tout recouvert »l.6 « tout » montre l’omniprésence de la peste

+ La peste est sujet elle agit seule

+ « La cité empestée »l.17 sous l’emprise de la peste toute la ville semble prisonnière

+ « Mouchoir sur la bouche » l.26 faiblesse de la protection mais les habitants tentent tout de même d’éviter la contamination

+ « blanchie de poussière »l.35è renvoie à la saleté de la ville

B) Effet de la peste

+ « Séparation des amants »l.9 è selon le narrateur semble plus important que la mort : touche Rieux et Rambert

+ « promeneurs devenus rares »l.25 isolement chacun reste chez soi pour éviter la contamination

+ « se hâter par les rues »l.26 les habitants sont rarement dans les rues et quand ils y sont : rapidité

III) Une tragédie humaine

A) Accentuée par 4 sens

*Le toucher : + « battaient les jambes » èForce du vent

*L’ouïe : + « Poussant des plaintes continues » le vent est personnifié : domination du vent

+ « sonore » Ce sens est cité directement

*L’odorat : + « odeur » renvoie à la mauvaise odeur de la peste

* La vue : « voit » l.4 très présent dans le texte : description

MAIS : absence du gout

B) Généralisation de l’homme accentuant le tragique

+oppositions « individuelle » et « collective » l.7 et 8 généralisation de l’homme

+ On ne voit plus chacun mais chacun appartient à un groupe une masse généralisation pas le « tous » C’est une histoire collective : omniprésence de la peste

+au début de la peste seulement « des victimes dans les quartiers extérieurs »l.39 puis « s’installer aussi dans les quartiers d’affaire »l.41

C) La fatalité

+ La première phrase est au passé simple « comme ils le purent » : efforts vains : accepte la fatalité

+ « Le vent se leva et souffla » : vent personnifié et un autre problème se rajoute : « aucun obstacle naturel » entraine la fatalité

+ « Vagues de poussière et de papier » : l’homme ne prend plus rien en charge, il est découragé : Fatalité

+ « Courbés » : ils s’abaissent, se rendent : Fatalité

Conclusion : Ce texte a donc pour but de nous proposer une réflexion sur la condition humaine, basée sur l’image des hommes à la fin du monde, une fin du monde incarnée ici par une vision apocalyptique de la ville empestée, et la notion de fatalité. Cette image des hommes nous renvoie à sa nature profonde, et nous montre que Camus, optimiste, se représente l’homme comme fondamentalement bon, et apte à faire le bien, puisque les personnages principaux s’engagent à lutter contre la peste et à aider les malades.

Cette notion d’engagement en réaction à l’adversité, à la fatalité d’une menace, on la retrouve pendant la seconde guerre mondiale, avec la résistance. De plus, Camus déclare ouvertement au critique Roland Barthes que « La Peste […] a cependant comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme. ».

 

 

Entretiens et commentaires sur la peste de Camus
Commentaires : première partie de l'entretien
Entretien : deuxième partie

 

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