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Erasme, Eloge de la folie, LIV

ERASME, ELOGE DE LA FOLIE, CHAPITRE LIV

 

Erasme

 

       Érasme est une figure centrale de la Renaissance. Appelé    « Prince des humanistes », on le qualifie aussi d’humaniste européen. En effet, au début du XVIe siècle, il est connu partout en Europe et tous les souverains voudraient l’avoir à leurs côtés. Pacifiste convaincu, il souhaite réformer l’Église chrétienne et ses idées ont sans doute permis l’entreprise  d’un Luther. Pour autant, il est resté catholique jusqu’au  bout,  refusant de se convertir à la nouvelle religion, ce qu’on peut interpréter comme une forme de liberté d’esprit.
 
 
 
 
            Fils naturel d’un prêtre et de la fille d’un médecin, le jeune Érasme n’a pas manqué  de  l’amour de ses parents qui lui offrent une bonne  éducation jusqu’à leur mort précoce ; ceux-ci sont victimes de la peste, alors que le jeune garçon n’a que treize ans. Ensuite il est confié à des oncles peu soucieux de lui qui l’engagent à entrer au couvent pour mieux se débarrasser de lui. Ces années  de vie monastique lui laissent un souvenir peu favorable des rigueurs de la règle et de la pauvreté du savoir enseigné.
            Sa bonne connaissance du latin lui permet de suivre l’évêque de Cambrai comme  secrétaire,  ce qui l’amène à Paris où il fait connaissance avec des humanistes.  Cette expérience l’encourage à poursuivre des  études de théologie et dès que l’occasion s’en présente, il repart en voyage, en Angleterre cette fois, où il rencontre celui qui restera son ami, Thomas More et à qui il dédiera son ouvrage aujourd’hui le plus connu, L’Éloge de la folie. Il y apprend  le grec ancien et publie en 1516 une édition savante du Nouveau Testament qui le rend célèbre dans toute l’Europe. Son travail sur l’Évangile participe à un grand mouvement humaniste  de retour à la lettre du texte et appelé Évangélisme, mouvement qui amène à la réforme de Luther. Érasme et Luther restent cependant en conflit sur certains points de la doctrine, en particulier sur le libre arbitre de l’homme, idée défendue  par Érasme dans un Essai sur le libre arbitre et combattue par Luther dans le Traité  du serf arbitre. Cette querelle et la montée des tensions dans l’Église (Luther a été définitivement condamné par le pape) assombrissent les dernières années du pacifiste Érasme, jusqu’à sa mort en 1536.
            L’Éloge de la folie est un court ouvrage, écrit en latin sous le titre Encomium Moriae et rédigé en à peine deux semaines en Angleterre. Il met en scène la folie s’adressant directement au lecteur et dénonçant le dogmatisme et l’absence de raison de son temps. Selon l’interprétation qu’on donne au complément du nom  « de la folie », le titre peut s’entendre de deux manières : s’il s’agit d’un génitif objectif, on fait l’éloge de la folie et s’il s’agit d’un génitif subjectif, c’est la folie qui fait un éloge. On peut en déduire que la folie fait son propre éloge. Cette ambiguïté doit mettre le lecteur sur la voie d’une lecture active et intelligente de ce petit traité qui reprend une tradition établie dès le Moyen Âge, celle de la mise en scène de la folie, pour faire une satire subtile de la société. Dans l’extrait qui suit, Érasme s’en prend aux moines.
 
 
 
Introduction
            Érasme a bien connu les institutions religieuses puisqu’il entre au couvent dès son adolescence. Mais il développe très vite un véritable esprit critique envers la vie monacale. Grâce à sa curiosité intellectuelle et sa fréquentation des humanistes européens, il devient une référence et participe au grand mouvement  humaniste de l’Évangélisme. L’Éloge de la Folie est sans  doute  son œuvre la plus célèbre.  Il y met en scène  Moria (la folie, en latin) pour critiquer la société  de son époque.
            Nous allons voir comment Érasme dénonce l’institution religieuse.
            Nous verrons qu’Érasme fait un portrait satirique des ordres religieux, afin d’en faire le réquisitoire et de délivrer un message évangélique.
 
 
I. Un portrait satirique
A) La situation d’énonciation
- C’est Moria, la Folie, qui parle = prosopopée (La prosopopée est une figure de pensée qui consiste à mettre en scène une personne qui n’est pas là, comme si elle était présente, ou à donner la parole à une chose muette ou abstraite.) = permet à l’auteur de prendre  une certaine  distance avec son texte et de critiquer avec ironie les moines sous le masque de la folie.
- Les indices de la 1ère personne renvoient à Moria (« à mon sens », « grâce à moi ») qui affirme assurer le bonheur de ces Religieux dans les quatre premières  lignes du texte.  + « Ils seraient, à mon sens, les plus malheureux des hommes, si je ne les secourais de mille manières » = Modalisateur marquent la certitude (« A mon sens ») + Adjectif superlatif « les plus malheureux » + hyperbole « mille manières » = Moria apporte  une aide aux hommes, en leur permettant de croire à leur déraison.
- L’ensemble du texte est marqué par le jugement négatif que porte la folie sur les moines : Les modalisateurs (attitude de l’énonciateur sur son énoncé) tels que « vulgairement, fausse » et les marqueurs ironiques (qui montrent que l’énonciateur ne partage pas le point de vue énoncé) : « ils ont d’eux-mêmes , ils estiment , ils croient, beaucoup se font gloire » mettent en évidence la distance que l’énonciateur instaure entre ce qu’il décrit et ce qu’il pense de cette description : Registre fortement axiologique et épidictique (blâme).
 
B) Un portrait
- « Leur espèce est universellement exécrée, au point que leur rencontre fortuite passe pour porter malheur » : Valeur générique (hypéronyme) du substantif « espèce » fortement dépréciatif + Valeur hyperbolique de l’adverbe « universellement » = L’auteur livre le portrait de toute une catégorie sociale et se place du point de vue de la majorité qui les « exècre », verbe d’action hyperbolique et très dépréciatif. L’auteur, qui se sert de la folie comme d’un porte-parole, parle au nom de tous, il rapporte une opinion communément admise.
- Portrait physique dépréciatif = voir la description de leur saleté...
- Portrait moral tout aussi dévalorisant : « sans les comprendre, ignorance, grossièreté, impudence » = isotopie de la bêtise impudente et grossière = portrait axiologique et épidictique = blâme.
 
C) Satirique
- « Quand ils braient comme des ânes  dans  les églises  » = comparaison dépréciative et déshumanisante = double  critique : ils ne savent pas chanter et surtout ils ne comprennent pas le sens des psaumes qu’ils chantent (la comparaison comique avec l’âne est motivée par la stupidité qu’on lui prête proverbialement). Pour Érasme, en effet, il était tout à fait nécessaire que le peuple et à plus forte raison les moines,  comprennent le  sens  des  paroles  de  l’évangile et de la liturgie pour qu’ils puissent avoir un accès direct à la parole divine. En cela, il s’opposait aux autorités religieuses qui souhaitaient garder le privilège d’être les intermédiaires entre les fidèles et Dieu.
- La comparaison avec l’âne se  poursuit  avec une  métaphore :     « ils beuglent  aux  portes  » qui  assimile  les  Religieux  mendiants à  des  bovins. Le verbe « beugler » rappelle celui de « braire » = isotopie animale dépréciative = registre burlesque qui ridiculise les moines.
- Finalement,  les  défauts qui  étaient  suggérés par  ces  images  sont explicités à la fin du paragraphe dans  un rythme binaire (2 + 2) rimé qui clôt l’introduction par une pointe : « de la saleté et de l’ignorance, de la grossièreté et de l’impudence  » (cette  traduction  rend bien la succession des termes latins choisis par Érasme dans le texte original : sordibus, inscitia, rusticitate, impudentia) = Les termes très péjoratifs font des moines des êtres sales et grossiers qui se croient parfaits et supérieurs.
 
 
II. Un réquisitoire
A) Art de la conviction
- La folie sait aussi manier les figures du discours pour rendre son discours plus convainquant. On reconnaît derrière le masque de Moria l’admirateur de Cicéron et l’humaniste qui imite l’art du discours antique :
- Les longues périodes : « Aussitôt après le bonheur des théologiens, vient celui des gens vulgairement appelés Religieux ou Moines, par une double désignation fausse, car la plupart sont fort loin de la religion et personne ne circule davantage en tous lieux que ces prétendus solitaires. » = Deux coordonnées + une principale et une comparative = La pensée se développe par étape, proposition après proposition = En appelle à la raison et à la faculté du lecteur à réfléchir.
- Les  énumérations : « Et voici les Bénédictins, les Bernardins, les Brigittins, les Augustins, les Guillemites, les Jacobins comme s’il ne suffisait pas de se nommer Chrétiens ! » Le jeu des paronomases et des rimes permet à l’énumération de ridiculiser les ordres religieux et leur propension à se disperser inutilement.
- Les métaphores hyperboliques : « Ils braient, ils beuglent » amènent une certaine complicité avec le lecteur qui se moque de concert avec l’auteur. Le rôle du lecteur est donc fondamental, il participe à la portée satirique du texte, de sa faculté d’interaction avec le texte dépend l’efficacité de celui-ci.
 
B) Registre épidictique
- « Leur espèce est universellement exécrée, au point que leur rencontre fortuite passe pour porter malheur, et pourtant ils ont d’eux-mêmes une opinion magnifique. » = jeu des antithèses (opposition, par exemple des termes malheur/magnifique) = contradiction (que la syntaxe met en valeur = principale + consécutive : l’opinion des gens VS indépendante introduite par l’adverbe de liaison oppositif « pourtant » : l’opinion que les moines ont d’eux-mêmes = ridiculisation de ces religieux qui ne sont même pas capables d’introspection et qui se leurrent constamment.
- «  Appelés Religieux ou Moines, par une double désignation fausse, car la plupart sont fort loin de la religion » = Antithèse Religieux/Fort loin de la religion = Érasme joue de la polyptote de façon ironique pour blâmer le comportement des moines.
- « Quand ils braient comme des ânes dans les églises, en chantant leurs psaumes qu’ils numérotent sans les comprendre, ils croient réjouir les oreilles des personnes célestes. » Mise en scène burlesque (des ânes qui chantent des psaumes !!) dont le ridicule est exacerbé par l’ironie sous-jacente de la phrase et l’ignorance des moines (ils croient réjouir des personnes célestes). Érasme caricature l’institution religieuse.
 
C) Rôle de la folie
- « Ils seraient, à mon sens, les plus malheureux des hommes, si je ne les secourais de mille manières. » : La folie utilise un style simple et explicatif, quasi factuel, pour mettre en valeur son rôle dans le fait que les moines ne se rendent pas compte de l’abjection qu’ils provoquent parce qu’elle les aide : c’est-à-dire qu’ils sont fous ! Derrière cette explication se cache Érasme lui-même qui les taxe d’insensés.
- « Aimables gens » : Adjectif ironique. « Le plus drôle est que » : idem. L’ironie est omniprésente dans le texte et indique au lecteur sa portée critique.
- Les exclamations du texte marquent la désapprobation de la folie et son indignation.
 
 
III. Un message évangélique
A) Contre l’hypocrisie et l’ignorance
- Dès la première phrase pointe une critique centrale : l’écart entre les apparences et la réalité.  Ainsi le nom même de « moine » formé à partir du grec monos qui signifie « seul » et désigne le genre de vie de ces religieux retirés du monde est contredit dans les faits par leurs habitudes : ils vivent dans le monde, en groupe, comme on peut le voir dans le texte avec l’insistance sur le pluriel (ils ne sont jamais désignés par le singulier) et par le présent de vérité générale : « personne ne circule davantage en tous lieux que ces prétendus solitaires » + Valeur axiologique de l’adjectif « prétendus » + Hyperboles « tous lieux, personne ».
- « Ils estiment que la plus haute  piété est de ne rien savoir, pas même lire » = Jeu antithétique entre le superlatif « la plus haute piété » et l’attribut « ne rien savoir », porté à son paroxysme par l’objection écartée « même pas lire » + Modalisation fortement ironique (les textes sacrés sont écrits, et comment les connaître et les comprendre si on ne peut pas les lire ?). Au-delà de la rhétorique,  c’est  surtout  la  critique  d’un  certain christianisme  et  le  message  évangélique qui  est  révélateur  d’un nouveau  mouvement  de pensée en ce début de XVIe  siècle.  Érasme prône un retour au texte sacré et un accès direct entre ces textes et les chrétiens. Pour cela le savoir est une aide. Lui-même a appris le latin, le grec et un peu d’hébreu pour pouvoir lire la Bible et il critique sévèrement l’ignorance des moines dont il a fait l’expérience durant ses années au couvent.
 
B) Les comportements des moines sont contraires aux préceptes religieux
- Le mot « règle », au début du deuxième paragraphe, a un sens bien précis : il s’agit des  préceptes disciplinaires définissant la conduite des membres d’un ordre religieux. Or ces ordres sont multiples et leur règle aussi.
- C’est ce que dénonce l’auteur à travers la prise de position de Folie qui émet le jugement de valeur (présent de vérité générale) selon lequel le plus important pour les moines est de « se différencier entre eux ». Ils se qualifient donc par des conduites ridicules, comme  une  attention particulière  portée  aux  vêtements  ou  à  certaines  pratiques  sans cohérence avec l’enseignement du Christ (« Des hommes… entre  eux »).
- S’ensuit  l’énumération dépréciative des  différents  ordres  existants qui, par sa  longueur,  met l’accent  sur  l’absurdité  d’un tel nombre  de noms différents,  d’autant  que  la chute  de cette  suite hétéroclite de noms rappelle ce qu’ils sont  à l’origine : des     « Chrétiens ».
 
 
 
C) Et aux obligations de charité, d’humilité et d’abstinence
- « Des hommes, qui professent la charité apostolique, poussent les  hauts  cris pour  un  habit  différemment  serré » = Déterminant indéfini péjoratif + Antithèse entre le fait de professer la charité apostolique et les querelles de costumes entre les ordres = dérisoire, contraire à l’Évangile.
- « Rigidement attachés à leurs usages » : Métaphore dépréciatif et axiologique = aucune ouverture d’esprit et faculté d’écoute. Aucune tolérance, étroitesse d’esprit.
- « Il en est qui redoutent comme un poison le contact de l’argent, mais nullement le vin ni les femmes. » Formule impersonnelle « il en est qui » fortement dépréciative + Registre axiologique qui dénonce, de façon ironique, le goût des moines pour la bonne chair et qui ne respectent pas leur vœu d’abstinence. À travers la voix de la folie, c’est le Christ lui-même qu’on entend pour rappeler  au lecteur le sens  de la foi et de la charité. Érasme évoque dans le discours qu’il fait tenir à Jésus les « mesquines traditions » des  Religieux qu’il oppose aux préceptes du fils de Dieu. Cette distinction  permet de critiquer les institutions, non la foi. On voit bien comment ce discours satirique amène le lecteur à remettre  en cause les institutions religieuses et à questionner les pratiques des  moines. L’humanisme chrétien consiste ici à revenir à la lettre du texte de la bible, symbolisée par les paroles du Christ, pour acquérir  une autonomie de pensée et un accès direct à l’enseignement de Dieu.
 
Nathalie LECLERCQ
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